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L'oracle et la mantique

 

            Dans la mythologie grecque, chaque fois qu'un roi ou un citoyen grec veulent connaître l'avenir, ils se dépêchent vers l'oracle, surtout à Delphes, pour chercher une réponse à leurs angoisses, les uns pour connaître  l'issue d'une bataille à laquelle ils se préparent, d'autres pour savoir s'ils auront un jour un héritier, puis d'autres parce qu'ils sont à la recherche de leurs parents qu'ils ne connaissaient pas. Mais à chaque consultation, il arrive souvent que le consultant ne comprenne la parole de l'Oracle, souvent énigmatique, qu'une fois qu'il est trop tard. Ils devinent tous le sens des paroles de l'oracle à leurs dépens. A Crésus, roi de Lydie, l'oracle de Delphes dit : "Tu détruiras un Empire." Il déclare la guerre aux Perses et détruit le sien, son propre Empire. À Œdipe[1], l'oracle de Delphes dit : "Tu tueras ton père et tu épouseras ta mère." Œdipe fuit le pays de ses parents adoptifs, de peur de réaliser les paroles de l'oracle, il s'en va à Thèbes, où il tue Laïos, roi de Thèbes, son père biologique et épouse Jocaste, sa vraie mère, avec laquelle il eut deux filles et deux garçons. 

 

            L'oracle grec constitue un aspect fondamental dans la religion et la culture grecques. Les Grecs interrogent les dieux, par l'intermédiaire de l'oracle, chaque fois qu'ils se retrouvent dans une situation difficile ou bien lorsqu'ils désirent connaître l'avenir. L'oracle est la réponse donnée par un dieu à une question personnelle, et parfois collective. La parole de l'oracle est souvent énigmatique, sujet à interprétations. Par extension, l'oracle désigne aussi le dieu consulté, l'intermédiaire humain qui transmet la réponse ou le lieu sacré où la réponse divine est donnée. L'interprète de la réponse divine est souvent nommé prophète, prophétesse, prêtre ou prêtresse. comme la Pythie, qui était la prêtresse d'Apollon ou la Sibylle chez les Romains. Les interprètes de ses oracles sont aussi nommés les devins, ceux qui pratiquent la mantique[2] ou l'art de la divination.  La divination, chez les Grecs, est l'affaire de personnes connaissant des rites bien déterminés, des personnes prises par l'"enthousiasme", c'est-à-dire, le fait d'être habité par un dieu. Le devin le plus connu dans la mythologie grecque est Tirésias. Celui qui a compris le message que l'oracle de Delphes dit à Œdipe.

            On peut voir l'équivalent de l'oracle grec chez les Kabyles à la fois dans la figure de l'Amγar azemri/Le vieux puissant ou Amγar azemni/Le vieux des temps reculés, ou dans celle des  Saints musulmans locaux ou encore des fous, atteints de la divine maniaAmγar azemri ou azemni, figure de l'oracle antique, est confiné dans les contes et les légendes. Un conte kabyle islamisé, où le héros, appelé souvent Ali, vient débarrasser le pays du bon sultan turc des rebelles berbères, représentés sous la forme de différents monstres  légendaires comme Awaγzen[3]/L'ogre, Tteryel/L'ogresse ou Talafsa m sebεa iqurray/Hydre à sept têtes.  Le pays pacifié, le héros musulman prend la belle fille du sultan turc, l'épouse et depuis lors ils vivent heureux avec beaucoup d'enfants. Quel rôle font jouer les colonisateurs des contes à Amγar azemni/Le vieux des anciens temps ? Si nous faisons le parallèle entre la situation politique et l'environnement culturel du conte, on peut supposer que le bon vieux sage, maître de la parole énigmatique, aide l'occupant Ali à éliminer les monstres qui infestent et souillent le pays conquis par le Turc et le Musulman. Se rangeant du côté du colon, le vieux des temps anciens, l'oracle des contes, constitue dans le conte un Kabyle de service métaphorique. Celui qui aide l'ennemi pacificateur à anéantir les "monstres" kabyles, empêchant le sultan turc de régner paisiblement sur ses terres kabyles conquises. 

            Quand Amγar azemni ou azemri aide Ali et le sultan à anéantir les sauvages et monstres autochtones, il fait preuve de bonne action, dans l'imaginaire d'un kabyle lambda.  Sans lui, aucun héros pacificateur ne viendrait à bout de la Kabylie. Mais par le concours d'un Maître de Vérité, d'un vieux des temps anciens, de celui qui connaît tout, le héros Ali réussit à couper la tête à l'ogre, à l'ogresse et à la pieuvre qui refusent de donner l'eau aux paisibles croyants et sujets du sultan. La légende d'Amγar azemni n'est pas loin de ce qu'aurait dit la reine Dihya à ses enfants princes, avant de mourir, à savoir, d'aller embrasser l'islam. Une reine, Maîtresse de Vérité, qui, comme Amγar azemni, par ses sages paroles conseille aux siens de se soumettre à l'ennemi et à l'envahisseur islamique. Tous les sages et les rois berbères ont conseillé donc leur peuple à se soumettre à leur ennemi, à défaut, ils aident même ces derniers à les tuer.

            Au contraire de l'oracle grec, qui aide les héros grecs à pacifier le monde des monstres barbares et étrangers, l'oracle kabyle, par la volonté de nos Maîtres de Vérités, les saints et d'autres religieux révisionnistes, ont fait de l'oracle kabyle l'allié de l'étranger contre le Kabyle. Le grand amγar azmni  n'envoie pas, comme la Pythie de Delphes, des héros kabyles conquérir des contrées lointaines, il aide les héros étrangers à faire main basse sur sa terre. En falsifiant le conte kabyle, l'arabo-islamiste a fait d'Amγar azmni un Maître de Vérité,  au service de sa cause. Quel vieux kabyle ne traite pas son fils, non-Musulman, de traître ou de sauvage, d'un être sans cœur et sans humanité, comme le furent l'ogre,  l'ogresse et l'hydre à ses sept têtes ? En conséquence, le Kabyle est soumis, son oracle aussi.

           

L'oracle, du mythe à la réalité

 

             Le nom du site de Delphes vient du mot Delphis/Dauphin. Selon la légende, Apollon aurait pris la forme du dauphin pour attirer dans son temple les marins crétois chargés d'y instaurer son culte. Le temple est fondé par le dieu lui-même, après avoir construit celui de Délos, l'île de sa naissance. Le site était gardé par Python, fils de Gaïa. Apollon, désireux de fonder un oracle pour guider les hommes, tua le lézard avec son arc, en le laissant pourrir au soleil[4], et s'appropria l'oracle. Le site abrite aussi l'Omphalos[5], le nombril du monde, investi d'une signification sacrée.

            Tout ce mythe a été sans doute inventé pour donner de la légitimité et de la puissance au sanctuaire oraculaire de Delphes. Un sanctuaire où règne Apollon et qui s'exprime par la bouche de la Pythie, dont la tradition antique fait une jeune fille vierge et inculte, installée sur un trépied placé dans une fosse oraculaire, l'adyton[6], juste au-dessus d'une fissure d'où les anciens pensaient qu'émanaient des vapeurs toxiques. La Pythie tient à la main une branche de laurier, attribut du maitre des lieux, et un récipient plat sans anses, servant aux libations. La tradition dit que durant la consultation, le consultant ne pouvait pas voir la Pythie. Elle aurait été dissimulée par une sorte de rideau. Comme Tiderwicin[7]/Les  devineresses en pays kabyle, elles rendent souvent leurs oracles derrière un rideau. Le consultant n'entend généralement que sa voix.

            Le sanctuaire de Delphes, visité de partout, donnait des oracles contre de l'argent, de l'or et d'autres richesses comme animaux, blé et toutes sortes de produits agricoles. Les prêtres des temples d'Apollon prélevaient dix[8] pour cent sur chaque récolte agricole annuelle. Comme les zaouia kabyles, les oracles grecs étaient donc de véritables trésors[9] des cités grecques. Rien que le site de Delphes, contient les trésors[10] de toutes les cités du pays, dont le plus important est le trésor des Athéniens.  

            En Kabylie, des légendes islamiques sont construites selon le modèle de Delphes. Cheikh Mohand Oulhocine en est l'un des personnages tenant la fonction d'oracle de son vivant. Il est l'un des Maîtres de la parole ambiguë, comme semble l'attester cette histoire: un homme lui rend visite, le Cheikh l'invite à rester, sans s'occuper de lui. Un moment plus tard, alors que le visiteur, désireux de partir, informe son hôte de sa décision de le quitter, le Cheikh lui dit trois fois : "Reste." Mais le visiteur outrepasse son conseil. En partant, le cheikh dit : "Win ur d-iεus Ṛebbi, ulay s-d-gen at-Ṛebbi/Celui que Dieu n'a pas gardé, les serviteurs de Dieu ne peuvent rien pour lui." L'homme s'en va et meurt dans un guet-apens. CQFD.

            Voici donc une situation qui ressemble à celle des oracles de Delphes, ambiguë, déroutante, qu'aucun visiteur ne peut comprendre. Mais alors que les conseils de l'oracle de Delphes pour Crésus et Œdipe sont mythiques, ceux de Cheikh Mohand Oulhocine ne permettent aucun doute quant à leur authenticité. Tous les Kabyles croient à ses pouvoirs et à sa puissance. Si le visiteur avait compris les paroles de Cheikh Mohand Oulhocine, il ne serait pas parti et n'aurait pas été  tué sur le chemin du retour. Ce serait donc le visiteur le coupable, le fautif, bien qu'il soit victime ? Celui qui s'est fait tuer car il n'a pas compris les paroles ambiguës du grand Cheikh ? Personne ne blâme le Cheikh, qui savait que son visiteur allait se faire tuer, sans le prévenir directement ? Le Maître de Vérité n'a jamais tort, c'est le visiteur qui n'a pas su l'écouter. Mais si cela s'est vraiment passé comme on le rapporte, Cheikh Mohand Oulhocine ne serait-il pas jugé, dans une société rationnelle, pour non-assistance à personne en danger ? Ne serait-il pas accusé de complicité avec les meurtriers ? Comment aurait-il pu savoir que son visiteur allait se faire tuer ? Il n'échapperait pas à un tribunal moderne.

            Mais les Kabyles ne se posent pas ce genre de questions. Ils aiment la mantique et cette histoire doit rester comme un oracle porteur de vérité divine, venue par l'intermédiaire d'un grand sage, kabyle en sus, aucune chance donc de se tromper. Infaillible, sa parole vient de son inspiration divine! C'est donc Dieu qui lui a dit que son visiteur courait un risque, qu'il allait se faire tuer en chemin, mais il n'a pas jugé utile de le prévenir avec des mots simples. Il le prévient avec des énigmes, comme si Dieu le lui avait conseillé ainsi. Le visiteur est mort, à la nouvelle de sa mort, Cheikh Mohand Oulhocine était sans aucun doute content de son art divinatoire, et ses adeptes aussi. Ceux qui affluaient chez lui, apportant des offrandes votives croyaient à cette histoire. Le fait que le visiteur ait été tué est une preuve évidente que leur gourou est doué d'un pouvoir "apollinien". Sinon comment justifieraient-ils leur visite chez lui chaque fois qu'ils ont un souci ? Cheikh Mohand Oulhocine parle en énigmes, sait faire des jeux de mots, sage parmi les sages, il n'y aucun doute que tout ce qu'il dit est La Vérité. Personne ne peut imaginer une autre fin à l'oracle "pythique" du Cheikh que celle de voir le visiteur mourir.  Le visiteur, tel Œdipe et Crésus, par son manque d'intelligence a couru vers sa perte car il n'a pas su interpréter les paroles du Maître.

 

            Mais Cheikh Mohand Oulhocine, n'a-t-il pas juste invité le visiteur à rester ? En lui disant sa parole oraculaire, ne l'a-t-il pas dit juste pour lui dire quelque chose de spirituel comme à son habitude ? Puis le hasard de sa mort, a fait le reste, c'est-à-dire l'a confirmé dans son rôle de Maître de Vérité. Ni dieu, ni inspiration divine, peut-être juste le hasard, et la reconstruction du sens a posteriori. Un "je vous l'avais bien dit" auréolé de mantique! Même Circé, la méchante sorcière, a donné des conseils avisés au divin Ulysse, et grâce à eux il a échappé à bien des obstacles; même au chant des sirènes. Et elle lui a dit clairement, sans énigmes, rien à interpréter, tout était dévoilé à Ulysse le rusé. Mais Circé n'est pas une devineresse, Ulysse est supérieur à elle, elle ne peut le tromper, elle ne peut que lui dire la vérité. Il est arrivé à Ithaque sain et sauf. Mais le pauvre homme kabyle devant le Cheikh ne fait pas le poids, impressionné qu'il est par son aura. On lui donne tort doublement, il n'est pas assez rusé pour comprendre les paroles du Cheikh, et en plus il est mort, parce qu'il est allé écouter ce qu'avait à dire cet intercesseur de Dieu. S'il était resté chez lui, il ne serait sûrement pas tombé dans un guet-apens. Le sot est nécessaire à la réputation du sage.   Où est donc la Vérité tant recherchée, celle dont dirait Aït Menguellet : "Anida-tt tidett nettnadi-tt ur d aγ-tuffa/Où est la Vérité que nous cherchons et qui ne nous trouve pas."

            Dans un monde irrationnel, à chaque homme son Maître de Vérité, l'oracle et Tirésias pour les Grecs archaïques, le prophète pour les brebis égarées, le voyageur pour le casanier, le riche pour le pauvre, le fort pour le faible, le roi pour son sujet, Don Juan pour le frustré sexuel et les Cheikh des zaouia pour les Kabyles décadents.

 

Inertie fondamentale d'un monde qui vit dans le cercle de l'autoréférence. L'oracle ne nous donne que ce que l'on veut entendre, à nous qui voulons croire qu'il a raison. La vérité de la parole oraculaire ne peut se confirmer qu'après coup, et si elle ne se confirme pas c'est qu'on a bien pris en compte ce que l'avertissement du dieu disait. Rien de plus, l'oracle a toujours raison et l'homme ne peut que se soumettre et abandonner sa liberté.

 

 

Si le Kabyle veut cesser de tourner en rond, un réveil salutaire lui est indispensable. Pour cela il faut cesser de rechercher une Vérité Absolue, auprès de  maîtres de Vérité auto-proclamés, ou institués par une société aveuglée par leur charisme. Il est nécessaire que le Kabyle s'interroge, ouvre ses yeux et dirige son regard vers les  multiples sources de la Vérité, car la parole chatoyante, bien frappée, qui sonne comme un chant de sirènes aux oreilles n'est pas la Vérité. S'il garde toujours cette vénération sans critique pour les détenteurs de la parole et donc du pouvoir, il ne pourra qu'être dans l'inertie décrite par Aït Menguellet dans cette chanson:

 

Ttbεeγ later, n wi t-ilan

Ṭṭfeγ abrid a t-leḥqeγ

Iḍarren-is, d tikli iḥfan

Ziγen la tezziγ tenḍeγ

Mi nwiγ wwḍeγ s ayen illan

D lateṛ-iw i γer id-uγaleγ

 

J'ai suivi des pas, je ne sais de qui

J'ai pris la route pour le rattraper

Ses empreintes étaient presque effacées

En fait je ne faisais que tourner en rond

Quand je pensais arriver quelque part

Je ne faisais que revenir sur mes pas



[1] Comme récompense pour avoir vaincu le Sphinx, Œdipe devient le roi de Thèbes, laissé vacant après la mort de Laïos, tué par son fils Œdipe. Il épouse Jocaste, la reine veuve, qui n'était autre que sa mère biologique, et ils eurent quatre enfants, deux garçons Polynice et Étéocle, et deux filles Antigone et Ismène. Ainsi l'oracle de Delphes accompli, Thèbes tombe en proie à la peste. Pour sauver sa ville, Œdipe doit découvrir le meurtrier de Laïos. Œdipe se met à la recherche du meurtrier, et il découvre son forfait, à savoir que c'est lui-même qui a tué son père et épousé sa mère. Auteur de deux souillures, crime et inceste, il s'aveugle pour ne pas voir ce qu'il a fait (Voir Œdipe Roi, de Sophocle).

[2] Il est intéressant de constater que le mot el-mentiq en arabe est assez proche du mot grec, mais ne signifie pas "divination" mais "logique", serait-ce parce qu'il n'y a pas d'autres logiques que celle de Dieu?

[3] Dans les contes kabyles, seuls les monstres portent des noms kabyles. Le sultan, sa fille et le héros sont toujours des Arabo-turco-musulmans.

[4] Petits, les adultes nous disaient dans les villages kabyles : "Celui qui tue sept lézards et exposent leur ventre au soleil ira au paradis." Certains adultes nous expliquaient que durant la fuite du prophète Mohamed, poursuivi par les soldats mécréants, il se réfugie dans une grotte.  Devant la grotte il y avait un lézard vert qui a vendu le prophète, heureusement qu'une araignée a surgi pour tisser à l'entrée du trou une toile qui a empêché les soldats de  voir le prophète. Depuis le prophète a dit : "Celui des croyants qui tue sept lézards et expose leur ventre au soleil, ira au paradis."

[5] Omphalos : selon la cosmogonie de la religion grecque, Zeus, roi de l'Olympe, aurait lâché deux aigles des points extrêmes oriental et occidental du monde. Les deux aigles se rencontrèrent à Delphes, au pied du mont Parnasse, c'est là où Zeus aurait laissé tomber l'Omphalos, marquant le centre du monde. Selon certaines légendes, cette pierre est celle substituée à Zeus nouveau-né et avalé par son père Cronos : elle symbolise ainsi la naissance et la puissance de Zeus. Voici le mythe lié à l'omphalos, selon La Théogonie d'Hésiode : Cronos, ayant appris, par un oracle sans doute, qu'un jour l'un de ses fils le détrônerait, exigea de sa femme Rhéa qu'elle lui livre chaque nouveau-né, qu'il engloutissait au fur et à mesure. Il a englouti cinq de ses enfants : Déméter, Héra, Poséidon, Hestia et Hadès. Rhéa réussit à éviter ce sort Zeus, sixième enfant, en lui substituant une pierre enveloppée d'un linge. Plus tard, devenu adulte, Zeus, avec l'aide de sa femme Métis, força son père en lui faisant avaler une plante vomitive, à recracher les enfants dévorés, ainsi que la pierre, qui devient l'Omphalos, le nombril du monde. Mais selon la tradition, plusieurs Omphalos furent érigés durant l'antiquité à travers le bassin méditerranéen. À Maraghna, un village qui se situe dans la commune d'Illoula Oumalou, il y avait jusqu'au milieu des années soixante-dix, une pierre en forme de menhir (tazrutt n Wedris), au milieu de la place publique. Selon les vieux, c'est Wedris/Ouedris, le saint local, qui leur offert cette pierre. La pierre a été démolie quand le village a rénové la place publique. Depuis, chaque fois que le village est frappé par une "catastrophe", les vieilles disent : "Depuis qu'on a détruit la pierre de Ouedris, le village est en décadence."     

[6] L'Adyton : "lieu dans lequel on ne peut entrer." L'Adyton est un terme architectural qui désigne dans le temple de la Grèce antique un espace réservé à certaines fonctions, la plupart du temps religieuses. Il s'agit d'une pièce située soit en arrière du naos (la pièce la plus importante du temple), soit emboité dans le naos lui-même, mais qui peut être aussi souterrain (Crypte) ou soulevé au-dessus du sol (Podium)

[7] À l'époque chrétienne, la Pythie est considérée comme une femme possédée par le démon. L'islam du clergé aussi considère les devineresses berbères comme sorcières. En voyant Dihya, reine des Berbères, régnant sur les hommes, les Arabo-islamistes pensaient qu'elle avait un pouvoir magique sur eux. C'est peut-être la raison pour laquelle ils l'ont surnommée Kahina. La sorcière.

[8] Cette tradition a été reconduite par le monothéisme islamique, ce que les Kabyles appellent Leεcuṛ ou Leεwaceṛ : donner aux pauvres un dixième de sa richesse. Leεcuṛ a peut-être un rapport avec tamellalt n leεcuṛ/L'œuf de la fête religieuse, rappelé par Matoub Lounes.

[9] Les trésors de Delphes sont des édifices implantés dans le site. Érigés par les cités à l'occasion d'un évènement important, ils servent de chapelles votives en présentant des offrandes ou en glorifiant un exploit. Delphes comptait au moins une vingtaine de trésors.  

[10] Après la conquête de la Grèce par les Romains, les empereurs qui se rendaient à Delphes, n'allaient pas consulter l'oracle; mais pour piller les trésors. À propos pourquoi les armées françaises n'ont jamais pillé ni détruit les zaouia

 

 

 

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