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         Dans la légende explicative d'Anzar, rapportée par Génevois, on pouvait lire :

Il était jadis un personnage du nom d'Anzar. C'était le maître de la pluie. Il désirait épouser une jeune fille d'une merveilleuse beauté : la lune brille dans le ciel, ainsi elle brillait elle-même sur la terre. Son visage était resplendissant, son vêtement était de soie chatoyant.

         Elle avait l'habitude de se baigner dans une rivière aux reflets d'argent. Quand le maître de la pluie descendait sur terre, s'approchait d'elle, elle prenait peur[1] et lui se retirait.

         Un jour, il finit par lui dire : "Tel l'éclair j'ai fendu l'immensité du ciel, ô Toi, Etoile plus brillante que les autres, donne-moi donc le trésor qui est tien sinon je te priverai de cette eau."

         La jeune fille lui répondit : "Je t'en supplie, Maître des eaux, au front couronnée de corail, (je le sais) nous sommes faits l'un pour l'autre... mais je redoute le qu'en dira-t-on"...

         A ces mots, le Maître de l'eau tourna brusquement la bague qu'il portait au doigt : la rivière soudain tarit et disparut. la jeune fille poussa un cri et fondit en larmes. Alors elle se dépouilla de sa robe de soie et resta toute nue. Et elle criait vers le ciel : "Ô Anzar, Ô Anzar ! Ô Toi, floraison des prairies ! Laisse à nouveau couler la rivière, et viens prendre ta revanche."

         A l'instant même elle vit le Maître de l'eau sous l'aspect d'un éclair immense[2]. Il serra contre lui la jeune fille : la rivière se remit à couler et toute la terre se couvrit de verdure.

 

         Imaginons une histoire comme celle-ci dans la Bible ou dans le Coran, les Monothéistes nous l'auraient présentée et vendue non comme une légende, mais plutôt comme une histoire vraie, et ce, malgré son côté “jeu de séduction amoureuse” et malgré la nudité de la jeune fille. Les rabbins nous en parleraient avec fierté dans les synagogues, les prêtres dans les églises et les imams dans les mosquées. La fougue amoureuse de Dieu deviendrait de la volonté, l'expression de son désir de peupler la terre de sa progéniture, la nudité de la jeune fille se transformerait en pureté, et la sécheresse serait présentée comme une punition divine car les hommes se seraient détournés de la voie de Dieu.   On aurait même droit dans les mosquées à la célèbre phrase : "Pas de pudeur en religion". Ainsi les monothéistes pourraient justifier leur interprétation par la science de l'herméneutique religieuse, perfectionnée par les théologiens chrétiens. La recherche du sens devenant l'apanage d'une science soi-disant avérée de l'implicite et du vrai dessein de Dieu.

         Mais s'agissant de l'histoire d'Anzar, elle serait sortie tout droit, selon les monothéistes, de la cervelle des ignorants païens, afin de justifier leur vie pleine de péchés et de luxure. Une histoire vulgaire d'un faux dieu battant la campagne tel un satyre à la recherche de plaisirs charnels. Quand il s'agit des religions païennes, la morale monothéiste veille. Du coup, la pudeur est de mise dans les lieux de cultes. On transforme le rite d'Anzar en superstition, la nudité devient de l'indécence et le désir du dieu est assimilé à celui d'une bête sauvage qui n'a point de limite. C'est d'ailleurs l'image qu'ont les monothéistes de Zeus-Jupiter et de Dionysos. Dans les forums d'Internet, nous lisons même des commentaires de certains monothéistes musulmans traitant les Kabyles de Bacchusiens. Ah Bacchus ! Ce grand dieu, ami de la vie, dispensateur des richesses, symbole du renouveau, divinité des jeux et du théâtre... un dieu adulé dans le monde méditerranéen antique que voilà devenu, selon le monothéisme ambiant, soucieux du respect des religions, l'ennemi public numéro un, la figure de la débauche et de la perdition. 

 

         Nous nous étonnons parfois des réactions de certaines personnes, même si elles ne sont pas religieuses.[3] La façon avec laquelle, comme les monothéistes pratiquants, elle traitent les religions anciennes, est assez révélatrice. On ne les cite même pas dans leurs discussions quand on palabre sur les religions et quand on le fait, on dit en passant : avant les hommes croyaient en plusieurs dieux. Et on passe. Chacun a, ancré dans sa tête, que les religions antiques sont dépassées et cela ne vaut même pas la peine d'en parler. Certains, tentés de trouver un sens à l'histoire, considèrent même que le monothéisme est un progrès, et que tout polythéisme tend au monothéisme. Et les exemples s'offrent à eux, de Platon à Plotin jusqu'à Saint Augustin qui aurait remis sur ses pieds la spiritualité de ces crypto-chrétiens[4]. Quand on évoque le vivre ensemble[5], c'est souvent des trois monothéistes qu'il s'agit. Les adeptes de ces trois religions, de leur côté, n'arrivent toujours pas à croire qu'il existe des hommes et des femmes, qui n'ont rien à voir avec leurs dogmes. Même si une personne se définit comme athée ou sans religion, le monothéiste viendra à nous rappeler que ladite personne est d'origine juive, chrétienne ou musulmane. Les monothéistes ne laissent rien passer, pour eux, nous descendons tous de leurs religions, de leur premier ancêtre et nous sommes tous d'origine monothéiste. Un kabyle ne faisant pas le ramadhan a péché quand bien même l'intéressé ne serait pas musulman. En Algérie, il n'existe même pas de statut d'athée pour les sans-dieu, on comptabiliserait même le diable dans la foule des croyants[6].  Pour eux, reconnaître un athée, c'est reconnaître un peu l'inexistence de Dieu. Voilà pourquoi les croyants exigent le respect des religieux tout en offensant les non-croyants. Sinon de quel droit un Moyen-Oriental viendrait me traiter de mécréant dans mon village kabyle ? Et pourtant vous trouverez, même dans les villages, des croyants qui viendraient vous le rappeler si jamais vous vous détournez de leur religion ou de ce qu'ils croient leur religion.  Personne, quel que soit son degré d'athéisme[7], ne peut échapper au mépris et à la morale des croyants en Kabylie, surtout les jours de fêtes religieuses où ces derniers se croient tout permis. Ils viennent même vous souhaiter "bonne fête" en sachant que cela vous blesserait. A cela, ils ont trouvé une astuce : souhaiter la paix et la bonne fête à un mécréant, cela augmenterait, selon eux, leur chance d'aller au paradis. A la limite, ils préfèrent embêter un athée que de dire des amabilités à un autre croyant comme eux : on gagne plus sur le dos d'un non-croyant.  

 

L'idée de dieu et les hommes

 

         Dans son ouvrage "Défense du Paganisme",  l'Empereur Julien[8] a rappelé à ses lecteurs que la connaissance de Dieu ne vient pas aux hommes à travers l'enseignement, mais cette connaissance existe naturellement[9] dans l'humanité. "Tous les peuples attribuaient aux divinités le ciel comme demeure, en faisaient les rois de toutes choses et les installaient sur des trônes les plus précieux pour qu'ils puissent d'en haut observer ce qui se passe sur Terre."- Voici donc, selon l'Empereur Julien, une conception commune de la divinité chez tous les hommes, et ce depuis les temps les plus anciens : une évidence que nul ne peut réfuter, et pourtant, on entend encore, jusqu'à nos jours, des monothéistes se targuant d'avoir fait découvrir l'idée de Dieu[10] à l'Humanité, voire la vraie idée d'un Vrai Dieu. Pour eux, toutes les divinités que les peuples ont adulé avant l'arrivée du Dieu d'Abraham étaient fausses.  Quelle moue de mépris ne voit-on pas sur le visage d'un Musulman quand on évoque devant sa barbe les noms d'Ammon, de Zeus, de Jupiter ou d'Anzar. Ils les renient de but en blanc sans même discuter, sans se soucier du respect qu'il doit aux religions polythéistes, respect qu'il exige, en revanche, pour la sienne d'un non-Musulman. 

        

         L'Empereur Julien soulignait l'absurdité de certaines  fables[11] grecques à propos des dieux et des déesses, mais ces fables, qu'on appelle aujourd'hui mythologie, qu'ont-elles de plus absurde et de si délirant que celles des monothéistes ? "Que dirions-nous du serpent  qui parlait avec Eve ? De quel langage se servait-il ?", sans oublier Moïse fendant la mer, Jésus marchant sur l'eau et Mohamed sauvé de la mort par une araignée. Mais alors, nous diriez-vous, pourquoi continue-t-on à surnommer les religions polythéistes des mythologies pendant qu'on appelle les monothéismes « religions » ? -  Effectivement, depuis la chute de la Rome païenne, le monothéisme, fort de son triomphe, n'a pas hésité à imposer ses dogmes aux peuples jadis païens. De l'inquisition chrétienne au terrorisme islamiste, les peuples d'origine païenne, traumatisés par des siècles de violence et de prosélytisme monothéiste, ont perdu toute volonté de résistance à ces religions de livres et d'épées. De plus, le monothéisme, pour pouvoir prendre racine en Méditerranée occidentale, n'a pas hésité à détourner les pratiques païennes à son profit : il a emprunté au paganisme jusqu'aux fêtes rituelles et les a faites siennes, comme c'est le cas de Noël et des Paques dans les pays christianisés et de timecret/ Fête de partage des viandes en Kabylie islamisée.  

         Si l'Europe a pu se libérer partiellement du Judéo-Christianisme, grâce notamment à ses penseurs et aux différents mouvements culturels et artistiques qui l'ont traversée, ce n'est guère le cas de l'Afrique du Nord, qui, confrontée successivement aux trois dogmes, a été précipitée pour longtemps, si ce n'est  à jamais, dans les ténèbres, voire dans la culture de la souffrance et de la mort.  Les habitants de cette région du monde, dépourvus de culture rationaliste[12], vivent en dehors du temps historique et le monothéisme se nourrit de leur ignorance afin d'embrouiller jusqu'à la chronologie. Un Kabyle lambda est incapable de situer l'Antiquité. Rien n'est daté. Il utilise le mot Zik-nni/Avantpour parler du passé.  Au mieux Zik-zik-nni/Avant-avant pour évoquer les temps immémoriaux. La non maîtrise du phénomène chronologique rend impossible toute compréhension de l'Histoire des religions et de celle de l'humanité. Zik-nni/Avantpourrait à la fois signifier la dernière guerre, quand la peste a frappé la Kabylie, quand les animaux parlaient, etc.  Pour lui, le Kabyle lambda, il y a deux temps : le temps de l'ignorance et celui de l'Islam. Cette confusion est sciemment entretenue par le pouvoir religieux. Celui-ci éloigne les Kabyles du temps réel et de la vérité historique, et les plonge dans un brouillard, où le manque de maîtrise chronologique, les emprisonne et les condamne comme le peuple de la Caverne. 

 

 

Les textes sacrés

 

         Revenons maintenant à notre texte de départ, à savoir à la légende explicative d'Anzar, rapportée par Genevois. Si ce texte existait dans la Torah, la Bible ou le Coran, on aurait assisté à des confrontations entre les savants monothéistes sur son sens. On aurait entendu des phrases, à chaque fois, qu'on prononce le nom d'Anzar : je vous renvoie au texte, d'après l’Évêque de Bône, d'après le Rabbin de Jérusalem, selon l'imam d'El Azhar... Mais comme il s'agit d'Anzar, fausse divinité pour les Monothéistes (et pour les Kabyles hélas !), personne ne se soucie de comprendre le contenu du texte. Aucun Kabyle ne cherche à comprendre de quoi il s'agit, et pourtant, il parle d'eux. Essayez d'interpréter cette "légende" au village, tout le monde se moquera de vous pendant qu'ils tentent vainement de comprendre quand et comment le prophète Mohamed est parti de la Mecque vers Médine.  

         Et pourtant, le texte d'Anzar, est une production culturelle kabyle, mais aucun Kabyle ne le prend au sérieux, alors qu'il pourrait faire objet de mémoires, de thèses, de recherches. Le rite d'Anzar appartient aux mystères, il est riche et complexe. Jusque-là, il reste hermétique et difficile à cerner. Nous avons lu un commentaire d'un internaute à propos de l'un de nos articles sur Anzar, qui disait en substance que ce genre de sujet doit être traité par des ethnologues et des archéologues. Nous sommes d'accord avec la personne, mais nous avons le droit aussi de lui répliquer par une question : "Mais où sont ces ethnologues et archéologues ?" - Nous ne prétendons pas connaître la vérité sur le mythe d'Anzar, encore moins sur son rite, nous tentons juste de le comparer aux mythes grecs et romains, largement documentés, et donner à l'occasion certaines pistes, que nous espérons un début de travail sur nos mythes, contes et légendes. Notre site s'appelle "Mare Nostrum Arcadia" et l'Arcadiaest le contraire de l'Académia. Nous n'avons donc aucune prétention de vous révéler une quelconque vérité sur le texte et le rite d'Anzar.

         A attendre l'avènement des ethnologues et des archéologues kabyles, nous risquons d'attendre longtemps, même très longtemps. Nous savons très bien que ces deux disciplines sont des institutions de l’État, voire des Écoles, que les États payent pour faire des recherches. Quel intérêt aurait l’État algérien à financer des recherches sur le mythe et le rite d'Anzar ? Lui qui souhaite effacer toute trace de la culture ancienne de l'Afrique du Nord et qui y arrivera bientôt ? - Certes il existe des chercheurs kabyles, et non des moindres, mais leur intérêt se trouve ailleurs. Il y en a qui sont devenus spécialistes de l'Islam, d'autres de la tradition, mais rarement des religions anciennes, qu'ils pensent peut-être, comme tout le monde, mortes et dépassées[13].

        

         Les monothéistes nous présentent leurs religions comme celles du Livre(s). Tout le monde les appelle ainsi. Tout le monde nous renvoie aux textes bibliques et coraniques. Ils présentent ces livres comme sacrés et nous invitent à les lire, car à leurs yeux, si nous ne croyons pas à leurs religions, c'est parce que nous n'avons pas lu leurs livres. Ils nous les offrent même gratuitement. Ils désirent tous nous sauver, d'aucuns de l'influence du diable, et d'autres de nous-mêmes. Ils sont tous porteurs de mauvaise nouvelle, celle de la fin du monde, chargée de punitions et de châtiments. Fin du monde qui arrivera par la faute des pécheurs, c'est-à-dire des hommes et des femmes qui ne respectent pas la parole de Dieu. Si les dieux grecs se sont retirés de la vie des hommes sans casse, le Dieu d'Abraham ne compte pas céder son trône à d'autres divinités. Chaque fois que l'humanité manifeste son désir de se libérer de son joug, Il menace de tout détruire. C'est entre les lignes, c'est dans le texte... pour ceux qui savent lire.

         Le texte, les Écritures, à croire que l'écriture est née avec le monothéisme. Le verbe Kteb/Écrire, d'origine arabe, est lié en Kabylie, chez nos proches ancêtres, à l'amulette et au texte coranique.  Des amulettes renfermant des versets coraniques, ou Awal n Ṛebbi/la parole de Dieu, que nos imams, dits savants, nous confectionnaient pour nous sauver des maladies, des démons, de la sorcellerie et de la mort.  Faire croire à nos ancêtres que le kabyle s'écrit, cela relève presque du blasphème. Pour eux même leur destin est écrit d'avance par Dieu :Ayen yuran f twenza, ad iεeddi/Ce qui est écrit sur le front, se réalisera.          Les monothéistes, gens du Livre(s), ont très tôt manifesté leur désir d'en finir avec l'écriture comme ils en ont fini avec les divinités anciennes. Ils l'ont fait notamment en incendiant la bibliothèque d'Alexandrie à deux reprises. Ils ont réussi à faire disparaître jusqu'à l'idée de l'écriture dans la tête de nos ancêtres. Seuls les Marabouts et les tenants du Coran ont le droit d'écrire. Il aurait fallu l'arrivée des Français, pour qu'ils puissent voir enfin apparaître une autre forme d'écriture, celle de l'administration et de l'école, la profane, en opposition à l'écriture sacrée du savoir, car pour eux, le français est une langue utilitaire et l'arabe celle de Dieu par excellence. Quant au kabyle, il n'est même pas considéré comme une langue, juste un patois qu'ils parlent dans les villages.  Même si l'on raconte  l'histoire d'Anzar, pourtant une divinité, telle qu'on la connaît partout en Kabylie, personne pourtant ne croit au caractère sacré de ce récit. On vous dira que  c'est de la superstition. Seul le texte coranique est sacré.

         Mais cela ne nous surprend pas outre mesure, ce que nous trouvons étrange et incompréhensible, c'est le traitement réservé dans les pays de grandes cultures aux textes grecs et latins parlant des dieux polythéistes, notamment les textes d'Homère : l'Iliade et l'Odyssée, et d'Hésiode : la Théogonie. Pourquoi  considèrent-ils les livres monothéistes comme sacrés mais pas les livres grecs traitant des divinités ?

         Les pays de grandes cultures, comme les pays occidentaux, ont repris presque tout de la Grèce, qu'ils appellent à juste titre "Le berceau du monde moderne". Les Grecs ont inventé la cité, la démocratie et le politique; développé beaucoup de disciplines : médecine, astronomie, rhétorique, philosophie, physique et d'autres sciences, sans oublié les Arts. Par son génie, la Grèce a créé la Raison, enfin la pensée rationnelle, lieu de débats philosophiques et de dialogues. Nous nous posons une question : Comment reconnaître toutes ces belles inventions aux Grecs, au point de parler de miracle, et leur préférer dans le domaine de la croyance les religions orientales, porteuse d'un seul dieu, patriarche,  tyran et absolu ? Pourquoi appelle-t-on mythologie les croyances grecques et religions celles de l'Orient ?  A leurs yeux, cela voudrait-il dire que la rationalité grecque ne serait utile et nécessaire que contre les croyances païennes, mais pas contre les dogmes monothéistes, qui sont subjugué la raison  à leur foi ( ratio ancilla fidei, la raison servante de la foi, comme dirait les théologiens médiévaux)

         Le triomphe du Dieu d'Abraham a donné la supériorité spirituelle aux monothéistes, au point de se voir élus et meilleurs, du moins c'est ce qu'ils croient. Et pour nous en convaincre, ils utilisent les découvertes grecques au profit de leurs dogmes. Certes le monothéisme est plus absolu en Afrique du Nord et relatif en Europe, mais quand on parle de religions en France, on n'évoque que les adeptes du Dieu d'Abraham. Les dieux grecs sont devenus des figurines artistiques. Mais comment peut-on admirer la statue d'Apollon en pensant que c'est un faux dieu ?  Comment un Kabyle peut-il communiquer avec les esprits de la nature en l'absence d'Anzar ?

Les dieux et déesses méditerranéens anciens sont aussi dans les textes. Les croyances méditerranéennes anciennes sont aussi des religions des Livres (mais pas d'un seul), au même titre que celles du monothéisme.

 

Le kabyle, langue sacrée

 

         Les monothéismes rapportent les paroles de leur Dieu, dites et écrites dans les langues moyen-orientales. Seul le christianisme, par son extension à travers l'Occident et sa revendication universelle (katholos, pour tous), a réussi à épouser différentes langues. Malgré son choix du grec et du latin au départ, cette religion a fini par s'adapter à toutes les langues des communautés d'accueil. Pour la majorité des Chrétiens, seul le texte biblique est sacré, chaque communauté est libre de célébrer la messe dans sa langue[14], et ce malgré quelques érudits latinistes qui tiennent encore à la tradition. Mais les monothéistes les plus acharnés quant à cette question linguistique sont les Musulmans. Ils interdisent même la traduction du Coran. Celui-ci est descendu en arabe et c'est aux peuples épousant l'Islam d'apprendre cette langue. Partout où ils s'installent, où ils introduisent leur religion, ils obligent les peuples soumis à apprendre la langue arabe, qu'ils présentent comme langue de Dieu, comme langue sacrée.  Tous les peuples islamisés ont intériorisé ce fait. Ils ont tous opté pour la langue arabe à la place de leurs langues premières.

         Ce fut le cas aussi en Kabylie. Nos proches ancêtres vouaient un culte sans pareil à la langue du Coran. Ils croyaient tous que Dieu parle arabe. Dans leur entreprise d'arabisation des Berbères, les Arabes vont  jusqu'à leur dire que le jour du jugement dernier, toute l'humanité parlera arabe devant Allah, d'où la nécessité d'apprendre cette langue. Car ceux qui ne savent pas parler arabe, bien sûr, iront tous en Enfer, même pas de cours de rattrapage !

 

         Mais dans le texte d'Anzar, dieu a parlé. Il a parlé en kabyle. Le kabyle, ne serait-il pas dans ce cas, selon la logique monothéiste, une langue sacrée ? - Et si nous restons toujours dans leur logique, considérant Anzar comme fausse divinité, le kabyle est automatiquement considérée par les fanatiques arabo-islamistes comme une fausse langue. Voici peut-être l'une des raisons pour laquelle le pouvoir d'Alger est hostile à la reconnaissance de la langue kabyle. Allah est seul vrai Dieu et l'arabe est sa langue. 

          "Tel l'éclair j'ai fendu l'immensité du ciel, ô Toi, Etoile plus brillante que les autres, donne-moi donc le trésor qui est tien sinon je te priverai de cette eau."

         Ce passage prononcé par Anzar est suffisant comme preuve pour consacrer le kabyle parmi les langues sacrées. Anzar a parlé kabyle comme Allah a parlé arabe, Zeus le grec, Jupiter le latin, etc. Tous les humains ont créé des divinités et les ont fait s'exprimer dans leurs langues.

 

         Existe-t-il dans ce cas, une langue non-sacrée ?   

 

 

    

 


[1]          La scène d'un dieu poursuivant des nymphes ou des jeunes filles vierges est courante sur les peintures des vases grecs. L'un des exemples les plus connus est la scène où le dieu Apollon poursuivait la nymphe Daphné.

[2]          Anzar surgit sous l'aspect d'un éclair immense, puis une autre tradition le décrit comme descendant du ciel sous la forme d'une boule de feu, cette scène nous rappelle Sémélé face à Zeus brillant de mille feux, puis la fécondation de la vierge Marie par un trait de lumière. Selon H. Jeanmaire : "Un dieu nouveau a toujours emprunté des dévotions dont ses prédécesseurs ont pu être l'objet."

[3]          Des jeunes Kabyles irréligieux nous ont invité durant le mois de ramadhan passé à rejoindre leur groupe "Groupe de non-jeûneurs". Nous avons, à leur grande surprise, décliné l'invitation en leur signifiant que nous ne sommes pas concernés, car pour rejoindre un groupe de non-jeûneurs, il faut être Musulman.

[4]   Dans toute l'antiquité chrétienne et surtout au Moyen-âge avec Thomas d'Aquin, on a essayé de concilier la richesse de la pensée des philosophes « païens » avec la Révélation. On a alors fait de Socrate, de Platon et d'Aristote des penseurs qui avaient l'intuition de la Vérité, à qui il ne manquait que la Révélation et la conscience du sacrifice de Jésus pour l'Homme. Chez les Musulmans, par qui on a retrouvé un certain nombre de textes grecs perdus pour l'Occident chrétien, il s'agit de faire de tout homme dès qu'il naît un musulman en puissance, Socrate était musulman mais il ne le savait pas, car Allah a été, est et sera toujours le maître des Hommes.

[5]          Les Monothéistes, en France, par leur thèmes de dialogue des religionset du vivre ensemble semblent nous dire : tant que nos trois religions ne sont pas inquiétées, nous vous laisserons vivre ensemble. On dirait qu'ils nous font une faveur en respectant la laïcité et les lois de la République. Chaque fois que la société française veut promulguer une loi, ils se lèvent de concert pour rappeler aux législateurs leur volonté de vivre ensemble. Le Vivre ensemble qui ne concerne exclusivement que leurs trois communautés monothéistes. Cela dit, si on regarde l'Histoire, ils ont raison : n'ont-ils pas provoqué la chute de Rome ?

[6]          Cela dit, même en France, les immigrants venus d'Afrique du Nord, quel que soit leur athéisme, sont comptés et « recensés » comme Musulmans.

[7]          En Occident, les non-croyants, athées et agnostiques ont réussi à substituer l'art à la religion. Ils trouvent dans l'Art et la Culture tout l'esprit du paganisme antique : l'amour de la vie et la liberté qui est donné à l'homme de vivre en dehors des lois de Dieu. Contrairement à ceux qui disent qu'il y a une crise spirituelle en Europe, ils se trompent à nos yeux, car le manque spirituel existe plutôt dans les pays où la Culture et les Arts sont absents. La misère culturelle pousse souvent les peuples dans toutes sortes de fanatismes religieux, seuls sources de consolation. L'homme européen trouve de l'esprit dans ses actions et ses créations. Contrairement à un athée vivant en Afrique du Nord, le manque de culture et de plaisirs de la vie,  expose celui-ci irrémédiablement à la confrontation avec la morale et les interdits religieux. Ce qui met sa vie, non seulement en retrait, mais en danger dans certains cas. A propos du manque de foi dans les pays théocratiques, Simone Weil disait : "La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi, et en ce sens l'athéisme est une purification."- Dans un pays où règne l'ordre religieux, on devient athée par spiritualité.  

[8]          Julien dit l'Apostat n'est autre que l'Empereur Julien, de son vrai nom Flavius Claudius Julianus (331- 26 juin 363), également appelé Julien le Philosophe ou Julien II par référence à l'empereur précédent Didius Julianus, ou encore Julien l'Empereur. Julien l'Empereur est nommé César en Gaule de 335 à 361 par Constance II, puis devenu Empereur romain de 361 à 363.

[9]          "Le divin, pour les anciens, est l'essence même de la nature", H. Jeanmaire, dans "Dionysos, histoire du culte de Bacchus".

[10]         En la matière, le Christianisme a fait plus fort que les deux autres monothéismes. Dans le récit de la Genèse, il est écrit : "Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fut, Dieu dit : qu'il y ait un firmament au-dessus des eaux et il en fut ainsi, Dieu dit que les eaux se rassemblent en une seule masse et qu'apparaisse le continent et il en fut ainsi" (Gn. 1,1, 3,6-7,9). Toute la création est scandée par cette parole de Dieu qui est créatrice. Ce qui inspira Jean à écrire dans son prologue : "Au commencement était le verbe."

[11]         Beaucoup d'autres histoires comme celles-ci font objet de comparaison entre les religions polythéistes et monothéistes : En quoi "Adam façonné dans l'argile" de la Bible serait plus crédible que "Le premier homme façonné dans l'argile par Prométhée  de la tradition grecque ? En quoi "Jesus, fils de Dieu" est plus crédible que "Dionysos, fils de Zeus" ?, etc.

[12]         En Afrique du Nord, comme dans la Grèce archaïque, les maîtres de vérité restent les imams et les savants religieux. La tradition fait autorité. En Kabylie, nous entendons souvent : "Akken qarren at-zik/Comme diraient les anciens". Il y en a même qui disent : "Nnan-d kullec at-zik/Les anciens ont tout dit." - Toutes les vérités sont partagées entre les religieux d'un côté et les vieux de l'autre. Cela bloque toute initiative à la création et à toute production d'idées. Evoquer Dieu ou les anciens met  toujours un terme à tout dialogue, tout échange, au doute et à la critique. Les membres des sociétés religieuses et traditionnelles n'ont absolument rien à dire, ils n'ont qu'à apprendre les paroles de Dieu ou celles des anciens. En Kabylie, on ne dit pas connaisseur de la langue de celui qui produit des idées et de nouveaux discours, mais de celui qui a appris les paroles des anciens. Le discours religieux et la tradition favorisent la conservation des vieilles choses au détriment de la création. Pour ces sociétés, toute nouveauté porte la mort, voire est synonyme de fin du monde, le leur bien sûr. La Kabylie est mentalement dans un temps circulaire, où les dires des ancêtres reviennent quotidiennement pour réfuter ceux de leurs descendants, atteints de raison, qui cherchent à innover. Ce qui laisse les Kabyles prisonniers d'un monde ancien, qui résiste au lieu de vivre, qui se reproduit à l'identique, qui reste sur la marge de la marche historique de l'humanité. Une société qui se marginalise de plus en plus et qui meurt petit à petit dans son folklore, sa musique horizontale et ses vieilles idées.

[13]         Tous les corpus recueillis en Kabylie (Mythes, contes  et légendes) par les Français nous sont renvoyés tels quels : des corpus sans explications et sans commentaires. Pourquoi ne nous donneraient-ils pas les analyses qu'ils ont fait de ces corpus ?  Anzar sait qu'ils en ont fait, mais les analyses étaient pour eux : ils les ont faites pour mieux connaitre notre façon de voir le monde, nos peurs et nos angoisses, nos joies et nos peines... En somme, pour mieux nous connaître afin de bien nous coloniser. C'était de bonne guerre ! Mais qu'a t-on fait depuis l'indépendance de nos mythes et légendes ? Nous nous contentons de les répéter, comme les récitants de Coran, pour ne pas les oublier. Encore un coup du sort de la tradition.

[14] La première traduction en grec des livres qui constituent la Bible a été faite selon la légende par soixante dix savants juifs d'Alexandrie, on a appelé cette traduction « la Septante ». C'est sur cette traduction première en grec que l'Ancien testament a été traduit en latin  par Saint Jérôme, le « père des traducteurs ». Les Evangiles et les actes et épîtres des Apôtres qui constituent le Nouveau Testament ont été écrits en grec, et Saint Jérôme les a traduits en latin. C'est cette traduction qu'on appelle la Vulgate.

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