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            Dans le rite d'Anzar rapporté par Genevois, il y a donc mariage et union sexuelle entre un immortel et une "mortelle". Après avoir tenté d'expliquer tant bien que mal, dans le cadre de la mythologie méditerranéene ( notammment libyco-gréco-romaine)  qui est Anzar, il est légitime de s'intéresser maintenant à la fiancée d'Anzar, la future épouse de la divinité de la pluie, celle qui consacre l'alliance sacrée entre les Kabyles et leur principale divinité.

 

            Les anciens, si nous croyons les textes grecs, voyaient les mariages consommés entre les divinités et les mortel(les) comme une malédiction. Cela semble être aussi le cas du mariage entre Anzar, dieu de la pluie, et sa fiancée, choisie, dans le mythe, par ses soins. Cette union est vue comme une malédiction car elle se noue sur un sacrifice : le sacrifice de la jeune fille offerte au dieu de la pluie.  

 

            Dans le cas où Anzar serait la réplique kabyle de Zeus, sa future épouse, à l'instar de Danaé, Europe ou encore Léda ou Alcmène, il est clair que la fiancée d'Anzar, dans tous ces cas de figure, ne pourrait être qu'une mortelle de sang royal, à savoir une reine ou une princesse. Toutes les unions du maître de l'Olympe sont les fruits de rapt et de tromperies. Aucune mortelle choisie par Zeus n'a été consentante et elles ont toutes souffert de leurs unions avec le maître de l'égide.  Le phénomène est aussi similaire dans le cas inverse, Ulysse a bel et bien rejeté les insistantes demandes en mariage de Circé et de Calypso. Il a refusé de sacrifier sa condition de mortel, même si le prix, en retour, s'appelait l'immortalité. En Kabylie, ne dit-on pas des hommes qui ont épousé Tiṛuḥaniyin/Les nymphes des champs, qu'ils vivent dans deux mondes, un monde visible et un autre invisible ? On raconte même que parmi ses "malheureux élus", il y en a qui ont des enfants avec les divinités suscitées.

 

            Toutes les mortelles qui ont épousé les dieux ont fini mal si nous pouvons ainsi parler. Danaé, épouse de Zeus, reniée par son père et jetée avec son bébé dans la mer; Ariane, femme de Dionysos,  descendue dans les Enfers; et Koré, conquête de Hades, finissant reine du monde des ténèbres.  Chaque union est suivie de séparation douloureuse entre l'épouse de la divinité et sa famille. Il en est de même pour le mythe de Koré, fille de Démêter, qui représente pour les Grecs la première séparation entre la fille et la mère. Episode douloureux dans la tradition grecque, qui rapporte que le drame d'Eleusis commence par la séparation de Démêter et Perséphone. Cette séparation causa non seulement la détresse de la déesse de l'agriculture, qui perdit sa fille, mais dans sa douleur sauvage, Déméter laissa mourir sur terre toute vie. Depuis, la même douleur revient frapper, à chaque mariage, y compris entre mortels, la mère et la fille qui se séparent. Le mariage se fête à la fois dans la joie et la douleur : la joie de l'union des époux et la douleur de la séparation de la fille et la mère. La chanson d'Idir "Weltma/Ma soeur" illustre bien notre propos.

 

            Dans le cas où Anzar représente Poséidon, il est probable que la fiancée que les Kabyles ont offert à la divinité est princesse, reine, nymphe ou déesse, comme dans le cas où le maître de la surface liquide s'est uni avec Démter, déesse de l'agriculture, elle, sous la forme d’une jument et lui, surgissant des mers,  sous les traits d'un étalon fougueux.

 

            Mais si nous suivons le rite que les Kabyles rendent à Anzar, nous avons toutes les raisons de croire que la divinité de l'eau pourrait être Dionysos, qui, devient, selon la tradition tardive grecque, la figure de tous les dieux. Il représenterait à la fois Zeus son père, ses oncles Poséidon, maître des mers, et Hades, dieu des Enfers.

 

            Dans son livre "Dionysos et la déesse Terre", Maria Daraki explique le clivage qui sépare la religion des Grecs en deux ensembles : céleste et chtonien. L'univers céleste présidé par Zeus, religion contractuelle et juridico-politique; puis l'univers terrestre[1], guidé par Gaïa et ses cortèges[2] de divinités collectives, anonymes et polyvalentes : les Heures, les Erinyes, les Grâces, les Titans, les Géants.... L'univers céleste est celui de la cité, où la religion officielle instituée, est d'ordre politique et l'univers terrestre est considéré comme un monde de valeurs vitales : la reproduction et la nutrition de tout ce qui vit.  Voilà sans doute ce qui explique l'absence des hommes dans le rite d'Anzar. Il ne s'agit pas d'un mariage juridico-politique, mais d'une union sexuelle rituelle dont le but est la fécondation.

 

            Le mariage officiel, véritable structure juridique,se refère au mariage mythique entre Zeus et Héra. Cette dernière est la déesse des mariages et des naissances, et  aussi le symbole de la femme au foyer, fidèle et loyale envers son mari, malgré l'attitude pour le moins volage de ce dernier. Mais il reste pour la Grèce ancienne officielle le mariage modèle, basé sur un contrat civique et juridique. Un mariage légitime entre deux membres du même rang, en l'occurence, entre divinités. En plus de son caractère sacré, il est aussi d'essence politique, où l'homme, à l'image de Zeus, s'octroie le pouvoir au sein du couple. Une manière d'exclure la femme du cercle politique. Même à l'assemblée, seul l'homme peut représenter la famille.  La femme ne doit assurer que son rôle d'épouse d'intérieur, fidèle qui fournira à son mari, l'unique chef de famille, une progéniture et une hérédité. D'où peut-être la double fonction d'Héra, déesse des mariages et des naissances. Le mariage tombe donc sous le sceau de la loi de la cité, il atteste, aux époux, d'une alliance officielle, qui facilitera plus tard l'accès à l'héritage aux seuls enfants issus de cette union légale aux yeux de la législation. Dans son livre "Dionysos et la déesse  Terre", Maria Daraki écrit : "La finalité majeure du mariage classique[3] est d'établir des critères rigoureux de distinction entre enfants légitimes (gnesioi) et bâtards (nothoi). Le droit à la citoyenneté en dépend."

 

            Le mariage rituel, quant à lui, est régi par des valeurs vitales, voire religieuses, comme la reproduction et la nutrition de tout ce qui vit.  Ce genre d'union est plus du ressort de la société que de du pouvoir de la cité. Le mariage rituel est symbolique. Il unit le temps d'un rite deux époux, comme Anzar et une jeune vierge du village, souvent de rangs différents, dans le but de rendre fécondes soit les femmes soit la nature. Dans ce genre d'union, la femme sacrifiée pour une divinité, peut symboliser la Terre, comme mère nourricière. Quoique la femme imite la Terre  dans le fait de donner vie, la femme est dans l'imitation et la Terre l'essence. La Terre, selon Platon, fait beaucoup plus qu'une femme. Gaïa, la Terre, ne symbolise pas uniquement la féminité, elle est de deux sexes, de nature hermaphrodite. Elle est celle qui, au commencement du monde, en compagnie d'Eros, donna naissance toute seule à Tartare et à Ouranos : deux enfants qui plus tard font des enfants à Gaïa, leur propre mère. Des unions "contre nature", traversées par l'inceste[4].  Phénomène qui fait scandale une fois fertile, qui bloque le temps et mélange les générations, où le géniteur devient l'engendré, comme dans le cas d'Oedipe roi.

 

            Le mariage rituel est un mariage de conquête, où la sexualité se consomme en communion sous couvert de nourriture.  Il en est de même, en Kabylie, comme partout ailleurs, où, le jour de fête de mariage, le sexe et la nourriture se consomment de pair et en communion.  Tout le village est convié, tous viennent manger au moment où le fiancé, lui, consomme ou mange la fiancée.  Il existe une forte corrélation entre l'alimentation et la sexualité. La plante est dans la graine comme l'enfant est dans le sexe. Le soc laboure le champ de blé comme le sexe masculin laboure le champ maternel. Voilà pourquoi la fiancée d'Anzar pourrait être Déméter, qui, sous forme de jument, attend, assoiffée, l'arrivée de l'étalon fougueux. La fiancée d'Anzar pourrait symboliser la Terre, celle qui désire engendrer après s'être fécondée.

 

            Le mariage kabyle traditionnel, tel que nous le connaissons, est-il civique ou dionysiaque ? Certes les fiancés scellent un contrat juridique chez le maire, mais pour eux, ce n'est qu'une simple formalité qu'il doivent à l'administration, souvent coloniale.  Le mariage kabyle, dit traditionnel, obéit plus, dans la forme et dans le fond, à des règles nuptiales païennes, héritées depuis des siècles. Comme tous les mariages dionysiaques ou rituels observés en Grèce ancienne, tels les Anthestéries et les Holéa[5], le mariage kabyle dure trois jours : le premier est réservé à  l'égorgement du boeuf, à la dot et aux chants; le second au cortège, au banquet chez le père de la fiancée et aux noces, et le troisième à la fontaine. Durant les trois jours le village vit au rythme des chants et des danses, ainsi qu'à manger ensemble. Les éléments importants et communs que partagent les mariages grecs et kabyles, en dehors des chants et des danses, sont surtout la nourriture[6], la sexualité, la corbeille et la fontaine. Durant les Anthestéries ou la fête aux fleurs, c'est au deuxième jour, que les Grecs ouvrent le temple de marais de Dionysos, près de la fontaine Callirhoé[7], où celui-ci surgit pour épouser la reine d'Athènes.

 

            Comme en Kabylie, le mariage[8] ordinaire à Athènes, veut que le tuteur de la jeune fille, généralement son père, qui choisit pour elle un mari qu'elle n'a pas le droit de voir avant  le jour ou la nuit de noces. Là aussi, comme en Kabylie, le mariage ne consiste qu'à remettre la mariée à son époux. En Grèce, la veille du mariage,  on sacrifie aux dieux protecteurs des mariages. Après cela, la fiancée doit prend un bain rituel : un cortège, accompagné de joueurs de hautbois et des femmes portant des torches, va puiser de l'eau à la fontaine Callirhoé et la lui apporte dans un vase spécial, le loutrophore".

            Le jour du mariage, les maisons des deux fiancées sont décorées de guirlandes de feuilles d'olivier et de laurier. Un sacrifice et un banquet ont lieu chez le père de la fiancée. Les femmes y participent, mais restent séparées des hommes. Voilée, la mariée, y est présente, avec à ses côtés sa "nympheutria", parente chargée de l'assister pendant les cérémonies du mariage. Durant ce banquet, des mets traditionnels sont servis, notamment le gâteau de sésame, symbole de la fécondité.  Parmi les convives circulent un jeune garçon[9] dont les parents sont vivants,  il offre le pain dans une corbeille[10] en prononçant des mots rituels  qui rappellent certaines formules des religions à mystères :"J'ai fui le mal, j'ai trouvé le mieux." A la fin du repas, la fiancée reçoit des cadeaux.

            Puis, c'est le départ de la mariée, accompagnée d'une procession qui va conduire la fiancée au domicile de l'époux et de ses parents. Vêtue de blanc, voilée et couronnée, la fiancée est debout sur un char tiré par des mulets ou des boeufs.  Eclairés par des flambeaux, parents et amis suivent en chantant un vieil hymne religieux, dans lequel on invoque Hyménaos, dieu du mariage. A l'arrivée, la fiancée est accueilie par les parents du mari avec une couronne de myrthe. On répand noix et figues sèches sur sa tête, geste rituel avec lequel on accueille tout nouvel habitant dans une maison. Après cela, on lui offre un Mélittouta[11], un gâteau nuptial fait au miel. 

            Le couple entre dans la chambre nuptiale (Thalamos). Là, la nouvelle mariée se dévoile. la porte de chambre fermée, l'un des amis du fiancé monte la garde, pendant qu'une partie de l'assistance chante un Epithalame, un hymne nuptial, et que l'autre éloigne à grands bruits les mauvais esprits. Le lendemain, la famille de la mariée apporte pour le couple des cadeaux et la dot promise. Puis, quelques jours plus tard, le mari offre aux membres de sa famille un banquet précédé d'un sacrifice, pour leur signifier son mariage, cérémonie à laquelle la mariée n'est pas conviée.    

           

            Nous remarquons l'existence de beaucoup de points communs entre les mariages grec ancien et kabyle traditionnel. Qui a emprunté[12] à l'autre ? La question n'est guère là, l'essentiel c'est que les traditions des uns et des autres s'inspirent du même tronc commun méditerranéen. Les différence qui peuvent exister entre les mondes kabyle et gréco-romain sont plus des variantes locales, comme il en existe au sein de la tradition grecque même. Imaginons une République "kabyle" au Vème siècle avant notre ère, sa proximité avec le monde grec, l'aurait sûrement poussé, comme l'avait fait la République de Rome, à emprunter aux Grecs les dieux olympiens pour les besoins politiques de la cité, puis à continuer à honorer les divinités locales, qui sont parfois anonymes et polyvalentes, pour d'autres besoins vitaux, telles la fécondation et la nutrition. La non-existence d'un Etat "kabyle" antique a fait que rien n 'a été institué, et tout est resté au stade oral, en butte à des transformations et des inflluences d'autres religions, notamment du monothéisme(s) moyen-oriental.

 

            La preuve est que les Kabyles ont atteint le stade de la cité à travers le village. Celui-ci possède presque toutes les institutions d'une cité grecque préclassique : lieu de culte, assemblée, cimetière, routes, fontaines publiques. Comme la cité grecque archaïque, le village kabyle fonctionne selon des lois humaines, non selon celles de Dieu, promulguées et votées par l'assemblée du village.  L'organisation politique du village était quasi apollinienne : partage des terres, tracée des routes, développement de l'architecture... Puis de l'autre côté, il y a la joie et la fête selon les rites et les coutumes dionysiaques. Si seulement ces villages kabyles avaient songé un jour à créer une République kabyle, les choses seraient sûrement différentes aujourd'hui.  Hélas, la Kabylie, depuis la chute de Rome, n'a fait que subir, dans la division, les différents colonialismes, nuisibles pour sa civilisation et son esprit méditerranéens. Elle a, à coup sûr, raté l'occasion en manquant d'un Solon, pour transformer le village en République, moderne, dans le cadre juridico-politique gréco-romain.

           

 

La naissance et la mort

 

            La naissance et la mort, dans l'univers dionysiaque[13], ne sont pas en opposition, il marque une jonction comme celle de la nuit et le jour. La nuit n'est pas en opposition du jour, mais elle est dans le jour comme le jour est dans la nuit. Dionysos meurt chaque saison, avant de revenir de sous-terre comme reviennent les fruits saisonniers. Ne dit-on pas que la première vigne a poussé sur une tombe fraîche ? C'est pourquoi durant les rites de fécondation et de nutrition, les processions chantent à la fois les renaissances des êtres humains et la renaissance de la végétation. Dans Anzar, la sécheresse ne frappe pas seulement de stérilité le ventre de la terre, mais celui des femmes aussi.

            La naissance est liée à l'acte sexuel, et quand Dionysos, l'homme aux  fleurs[14], comme Anzar, l'amant d'un jour, arrive et que l'on célèbre la fête des morts, l'acte sexuel recouvre un pouvoir qui reconduit l'ordre du monde. Ainsi dans le mythe d'Anzar, l'invitation des villageois, lancée à l'endroit de la divinité de l'eau, est d'ordre sexuel : on le convie à un festin charnel, non en sa qualité de dieu amuseur, mais de puissance nourricière et grand fécondateur.

            Dans le dionysisme, le temps, comme la pensée, est circulaire[15]. Tout meurt et revient. La naissance d'un élément n'est que la réincarnation[16] ou le retour de celui qui est déjà mort. Dans la Grèce antique, comme en Kabylie, la naissance d'un enfant n'est que le retour du grand père ou de l'arrière grand père mort. Et c'est Dionysos qui assure cette filiation circulaire en sa qualité de dieu Autopator[17], c'est à dire chaque nouvelle vie nait d'un mort : chacun est fils de son grand père. La mère qui accouche d'un enfant n'est que la nourrice aux mamelles.

            Tout le système dionysiaque est basé sur la fécondation,  où la naissance et la mort se superposent et se versent inlassablement l'une dans l'autre. La filiation n'est pas linéaire, les morts et les vivants s'y mèlent. La vie et la mort s'inscrivent dans un cercle, disait Maria Daraki, dans son livre "Dionysos et la déesse Terre", elles ne peuvent pas être, la première un commencement et la seconde une fin". 

            Le système de filiation circulaire existe encore en Kabylie. Le nouveau-né prend toujours la place de l'ancêtre, du grand père ou de l'arrière grand-père. Ce système se manifeste aussi dans la vendetta[18], où la famille qui perd l'un de ses membres voit son cercle cassé. En Kabylie, il se manifeste sous forme d'Anza[19], l'écho de l'âme de l'assassiné qui continue à crier vengeance  sur le lieu du crime. Le cercle ne se reconstitue qu'une fois que sa famille (celle de la victime) le venge, mais pas seulement, elle a aussi le devoir de le faire renaitre, en donnant vie à un nouveau-né mâle, qui portera son nom.

            Comme le mariage, les Kabyles, contraints par les différentes administrations coloniales, à inscrire les naissances et les morts dans les registres de l'Etat civil, mais ce n'est pas pour autant qu'ils ont renoncé au système ancien, qui reste exclusivement païen. La même situation qu'ont vécu les Grecs de l'époque classique, où la filiation patrilinéaire cohabitait avec la filiation circulaire. Cela s'est passé après l'introduction de Dionysos dans le panthéon officiel grec. Son intronisation va au-delà d'un simple invité de l'Olympe, il devient à la fois fils de Zeus et Zeus lui-même, comme l'ont fait les Chrétiens de Jésus, qui est à la fois la figure du Seigneur et du fils. Zeus et Dionysos sont devenus des figures interchangeables, ce qui atteste encore une fois de l'affiliation circulaire. Dionysos est à la fois Père et fils, Zeus et Dionysos, patron de la filiation officielle patrilinéaire et patron de la filiation officieuse circulaire.  C'est Iachoos[20], autre nom de Dionysos, qui signifie Père et Fils.     

            Le système de filiation circulaire considère l'homme intemporel : il n'a pas de date de naissance ni de dates fixes, il est comme Dionysos, il descend sous-Terre avant de remonter comme un végétal. C'est le principe même de la religion Terre. Religion plus ancienne que le règne des cieux. Dans Hésiode, c'est la Terre "androgyne" qui a enfanté, à elle seule, Ouranos étoilé, avant que celui ne la viole, ne la couvre, ne la domine et ne lui fasse des enfants. Tous les dieux célestes sont nés de et sur la Terre, d'où leur statut d'immortels. Dionysos, incarnant la Terre, est hermaphrodite et androgyne, comme elle.

            Le miracle chez les adeptes de la religion Terre, c'est quand l'union sexuelle débouche sur un accouchement, lorsque le mâle produit un mâle. Et l'enfant mâle en naissant réincarne l'adulte qui en est le géniteur. Quand à la femme enceinte, comme la Terre, elle nourrit dans son sein l'enfant "adulte".  Ainsi se présente le système de filiation circulaire, les mâles s'engendrent les uns les autres et les femmes ne sont considérées que comme des terreaux où croissent et se nourrissent les enfants mâles. Même le géniteur, comme la femme porteuse du futur mâle, n'assure que le rôle d'instrument de fécondation, car sa mission n’est  pas de se donner un fils, mais de faire revenir le grand père ou l'arrière grand père. Cela explique sans doute la répudiation, en Kabylie, de certaines femmes qui ne peuvent pas accoucher d'enfants mâles. 

 

            Dionysos ancien, champêtre et sauvage, se manifeste en maître magique, parfois sous les traits d'un enfant puis parfois d'un jeune homme féminisé, d'où peut-être la présence de jeunes garçons parmi les femmes dans le rite d'Anzar; et il punit tout homme qui ose se mettre sur son chemin. Dans les Anthestéries grecques, quand il revient de la mort pour épouser la reine d'Athènes, il envoie les hommes athéniens boire le vin fraîchement tiré des jarres. Ils les saoûlent pour se retrouver seul parmi les femmes. Mais dans Anzar, que font les hommes au moment où le dieu de la pluie descend pour s'accoupler avec sa fiancée ? La tradition kabyle ne dit rien sur le sujet. Vont-ils boire du vin ? c'est probablement ce qu'ils faisaient dans la lointaine antiquité. Le rite d'Anzar, en s'adaptant au nouveau monothéisme islamique, a surement occulté ou supprimé cette pratique, jugé illicite par la nouvelle religion. Comme dirait Maria Daraki : "L'héritage dont il a la charge, Dionysos le rend acceptable dans les formes, afin de mieux conserver le contenu." Quant  à l'absence du vin dans le rituel féminin, cela nous semble normal. Même en Grèce, on ne consomme pas du vin dans les rituels féminins, notamment durant la fête des morts, jour où les hommes ouvrent les jarres du nouveau vin.

            Puis il y a Dionysos, civilisé et coulé dans le marbre, celui qu'Athènes a insitué en dieu du théâtre, officiellement fils de Zeus, au même titre que son frère Apollon, et dont la mission est de casser la filiation circulaire en donnant la paternité au roi de l'Olympe. Ce qui rend tout le système de la reproduction  subordonné au système politique. La confrontation entre les deux frères a débouché à l'avènement de la tragédie grecque.  Celle qui a ramené sur la place publique le débat avec le passé. C'est la rencontre entre Apollon et Dionysos, entre le cercle et la ligne, entre la raison d'Athèna et la magie de Dionysos, entre la déesse Terre et le roi de l'Olympe. La tragédie, traversée par la guerre civile[21], a enseigné aux Grecs l'adaptation à la nouvelle situation tumultueuse. La tragédie a été vécue par les Grecs comme une leçon de pédagogie répondant aux besoins psychologiques des Grecs. Une période où l'ordre céleste et civique se consolident conjointement en intégrant officiellement Dionysos dans la religion de la République. Dionysos le transgresseur de l'ordre établi a réussi son entrée dans le panthéon, il devient un dieu céleste, reconnu par la République d'Athènes. On réforme le système religieux en tenant compte de Dionysos vagabond, cette ancienne divinité, chtonienne et terrestre à qui Homère a  interdit l'Ether.

            Reste Dionysos champêtre, le maître de la magie, le séducteur, l'amant, le guide des bacchantes, le rôdeur nocturne, le sauvage... laissé à la porte de la cité, à la faveur de la nuit. Il est repoussé vers les femmes dont les Grecs pensent qu'elles ont une pensée circulaire. Celle-ci continuent à le fêter, loin de la place publique et en l'absence des hommes. N'est-ce pas ce qui est arrivé à Liber, Dionysos romain, que le dionysisme a atteint par diffusion ? N'est-ce pas ce qui est arrivé à Anzar, probablement, au temps de l'empire romain ?       

            En Kabylie, comme à Athènes du Vème siècle, les systèmes de filiation, circulaire et patrilinéaire cohabitent. Mais en marge de tout cela, Dionysos ancien persiste et se perpétue dans la magie et dans les rituels nocturnes, exclusivement féminins.

            Ne dit-on pas à juste titre qu'en Kabylie, c'est la femme qui est garante de la tradition ? Effectivement tout ce qui subsiste de l'ancien monde, en bien ou en mal, c'est grâce aux femmes qu’il nous est parvenu.  L'homme kabyle, soucieux de gagner sa vie, se range toujours du côté de ceux qui le gouvernent et des croyances dominantes. Rien qu'à entendre les chants des veillées funèbres, pendant qu'elles poussent des hymnes à la vie, les hommes rappellent aux vivants les souffrances de la tombe, version islamique. 

            Ce sont les hommes kabyles aussi qui ont abandonné Anzar au profit de la prière du vendredi aux temps des sécheresses; ce sont eux encore qui ont fait de timecret/la fête de partage de viande, profondément païenne, une Acura/Achoura, fête musulmane. 

            Les femmes kabyles n'ont rien cédé. Elles restent vigilantes comme Hestia[22], la déesse vierge et féconde, protectrices de la flamme et gardiennes du feu sacré de Gaïa la Terre.  Hestia, la déesse qui s'est sacrifiée pour que Dionysos atteigne l'apothéose, fasse son ascension de la terre vers le ciel, en lui laissant sa place dans l'Olympe. Celle qui a préféré rester sur terre, près du feu du foyer, afin de péréniser le culte de la fécondation et de la nutrition dans les maisons kabyles.

            Ce sont les femmes qui continuent de pratiquer la religion Terre et entretiennent inconsciemment[23] le dionysisme, la voix de la résistance identitaire. 

 

 

  

             

 


[1]A Rome et en Afrique du Nord, en dehors du panthéon impérial emprunté aux Grecs, il y a chez les Romains et les Africains du Nord des quantités de divinités anonymes et polyvalentes. C'est le cas aussi en Grèce, il y a le Panthéon officiel juridico-politique, puis il y a d'autres divinités locales propres à chaque région, d'où la profusion de divinités et de versions de mythes. A noter que Dionysos n'a rejoint le Panthéon grec que tardivement, à travers notamment les Dionysies urbaines. A noter qu'il existe deux sortes de Dionysies : urbaine et champêtre. Les premières, politiques, se manifestent par le théâtre et la représentation architecturale en marbre de la divinité; et les secondes, religieuses, se manifestent par des symboles agraires. En plus des Dionysies qui sont des cultes publiques et diurnes, il y a aussi des cultes magiques nocturnes exclusivement féminins, célébrés en cachette au nom de Dionysos Sabazios.   

[2]Les cortèges infernaux accompagnant Gaïa et Dionysos qui surgit de la tombe durant la fête des morts en Grèce est l'équivalent du cortège nocturne kabyle Taqufett n at-laxart/le cortège des mortsou Taḍebbalt n at-laxart/Le tambour des morts. Selon la Tradition, ces cortèges passent la nuit dans les villages. Ils cherchent probablement des clients pour le roi des Enfers. Gare à celui qui les suivra. Un cortège de la mort jouant aux tambours ne peut être que celui des bacchantes, suivant Dionysos, le rôdeur nocturne.

[3]La sexualité, dans le mariage classique ou ordinaire, est subordonnée à la loi juridique, voire même politique.

[4]"C'est tout le problème d'Oedipe. Lorsque ses yeux s'ouvrent sur "son atroce forfait", ce dont le roi de Thèbes s'accuse avec horreur, est d'avoir mélangé les générations. Dans la tragédie de Sophocle, l'inceste n'est pas une transgression sexuelle à proprement parler; il offense les lois d'un certain type de filiation fondée sur les principes du temps linéaire, d'une part; de l'unicité de l'être, de l'autre. Pour Oedipe,  l'insupportable n'est pas qu'il se soit uni avec sa mère ; c'est qu'il en eut des enfants. Il est maudit pour avoir "eu des enfants de la mère dont il est né", pour avoir "avoir montré au monde des pères, des frères, enfants, tous du même sang", pour avoir fait de Jocaste "un champ maternel à la fois pour lui et pour ses enfants". De son côté, la "mère incestueuse" se pend pour avoir 'enfanté un époux de son époux, des enfants de ses enfants". L'horreur éclate au niveau de la progéniture. A croire que si l'inceste était resté stérile il n’y aurait eu ni "délit" ni souillure." - Maria Daraki, "Dionysos et la déesse Terre."  - En kabylie, comme dans la Grèce antique, l'inceste est mal vu, et dans la tradition kabyle, on accuse d'inceste le bouc. Le seul animal qui finit par procréer avec sa mère. Le bouc est aussi l'attribut de Dionysos.  Pour autant, l'inceste fortement dénoncé entre le bouc et sa mère n'empêche pas les Kabyles de boire le lait de la chèvre ou de manger la chair des deux bêtes incestueuses. L'inceste se pratiquait aussi chez les Pharaons. Dans le souci de ne pas corrompre le sang royal, les Pharaons se marient et s'engendrent entre eux. Dans la région de la Méditerranée, les mariages consanguins sont fréquents. Ils empêchent les étrangers de s'introduire dans la lignée et de les éloigner ainsi de toute tentative d'héritage.

[5]Holéa : festin paysan où l'on échange, comme aux Thesmophories,  des propos obscènes, tout en garnissant les tables de banquet de gâteaux en forme d'organes des deux sexes, masculin et féminin. Fête de trois jours, Dédiée à Déméter et sa fille Koré.

[6]Chez Aristophane, auteur de comédies, la marmite est une variante du ventre nourricier. En Kabylie, les hommes qui ne veulent pas limiter les naissances : "Ayen yellan di lqaε n tecuyt, a t-id-yesali uγenja/Ce qui se trouve dans le fond de la marmite, la louche le remontera."- C'est peut-être le sens et la fonction de la présence de la louche dans le rite d'Anzar. 

[7]La fontaine Callirhoé se trouve à Athènes, près du temple de Dionysos. La  fontaine Callirhoé "à la belle eau" qui distribuait son liquide par neuf bouches de lions sculptées, c'est la fontaine dans laquelle aussi les fiancées grecques puisent de l'eau pour le bain nuptial. Callirhoé signifie aussi "la belle coulée", eau sacrée, elle sert aux rituels nuptiaux.

[8]Quant aux motifs de répudiation, ils sont multiples, en Grèce ancienne comme en Kabylie, l'adultère de l'épouse rend obligatoire la répudiation, sous peine d'atimie(du grec ancien : mépris) pour le mari. La stérilité aussi peut constituer une cause de répudiation, puisque un homme ne se marie que pour assurer la continuité de la famille.

[9]Dans les mariages kabyles, la présence des garçons aussi est remarquable. Au lendemain de la nuit de noces, c'est un garçon qui passe la ceinture autour de la taille de la nouvelle-mariée, et c'est parmi les garçons aussi, que celle-ci choisit celui à qui elle donnera à boire de l'eau de son broc à la fontaine, en faisant voeu d'enfant mâle. Les garçons sont présents de même dans le mariage rituel d'Anzar.

[10]Dans les mariages kabyles, la corbeille tient un rôle essentiel dans les cérémonies nuptiales. Après la consommation sexuelle entre l'époux et la mariée, le premier sort de la chambre avec une corbeille pleine de figues sèches et de gâteaux qu'il distribue à ses amis qui l'attendent dehors, tout en gardant la porte de la chambre des époux des esprits maléfiques. La corbeille signifie aussi en kabyle droit de passage. Quand la procession transporte sur un mulet une fiancée d'un village à un autre, il lui arrive de passer par un village tiers, c'est dans ce cas que le chef de la procession paye au chef de village-tiers la part de la corbeille. Celle-ci payée, le village laisse passer la procession.

[11]Mélittouta : gâteau au miel que les Grecs offrent aussi en sacrfice aux dieux, puis aux morts à l'occasion de la fête des fleurs. Le mot Méli signifie en grec Miel. Le mot Mélittoutaressemble au mot kabyle Tamtunt ouTamtut. Tamsignifie probablement Miel. Tamtuntne serait-il pas à l'origine le nom du gâteau au miel ?

[12]Tous les peulples vivant en voisinage s'influencent, notamment grâce au commerce  et parfois aux guerres. Ils s'empruntent des mots, des idées, des coutumes et des croyances. L'emprunt d'une idée est courant, quoique le peuple qui l'emprunte l'adapte à son monde culturel. Comme dirait Louis Gernet : "Les peuples n'empruntent que les éléments dont ils ont besoin."

[13]Dans la tradition grecque, Dionysos est le parèdre de Démêter, déesse de l'agriculture et protectrice des mariages.

[14]Pendant les Anthestéries à Athènes, ou la fête des fleurs, Dionysos remonte de sous terre avec une fleur noir qu'il offre à sa fiancée, la reine d'Athènes, accopagnée par un cortège de douze femmes de rang aristocratiques. C'est en narcisse noir aussi que Hades s'est métamorphosé pour séduire la belle Perséphone, fille de Démêter, déesse de l'agriculture. L'épisode des fleurs est quasi absent dans le rite d'Anzar, rapporté par Genevois, mais il se manifeste dans Tameγra n tefsut/La fête du printemps ouTameγra n ijeğğigen/La fête des fleurs, où l'on voit les jeunes hommes du village revenir tôt des champs pour fleurir leurs fiancées, leurs mères et leurs soeurs, après un bain de rosée du matin sur l'herbe.

[15]Le temps linéaire est le temps des cités, le temps de l'Histoire. Ce que la Kabylie n'a pas connu, car elle n'a pas connu de République. Toute la mémoire se transmet par les mythes, non par l'Histoire.

[16]Dans la méthaphysique antique, la somme des âmes est stable et elle tourne.

[17]Autopator : père entièrement identique à son père. Les mâles qui s'engendrent les uns les autres.    Slimane Azem a si bien rendu la filiation circulaire kabyle dans sa célebre chanson "Mi yemmut Muḥ, wayeḍ a d-illal/Dès qu'un Muh meurt, un autre voit le jour."

[18]Solon a mis officiellement fin à la vendetta en Grèce au VIème siècle avant notre ère. Après quoi ce sont les tribunaux publics qui statuent sur les crimes entre membres de la société.

[19]Anza, ressemble aux Erinyes, filles de la Terre, qui poursuivent les criminels et qui leurs rappellent leur forfait. En latin, elles s'appellent les Furies. Anzaest un  écho qui vient aussi de la Terre, il est fils de la Terre, la voix des sous-terrains qui crie vengeance sur le lieu du crime. Dionysos méilichios est un dieu vengeur des meurtres commes les Erinyes, et comme elles, il est détenteur des richesses. Dionysos mélichiosne serait-il pas pas la réplique de Malik l-lmut/Le roi de la Mort qu'on retrouve dans les chants funèbres des Khouanes de Kabylie ?

[20]Iachoos, père et fils, ne ressemble-t-il pas à Iésoûs, nom grec de Jesus, qui est aussi père et fils ? Iachoosest aussi la forme mystique de Dionysos éleusien, ce qui ressemble fortement au dieu nord-africain Yakuc, divinité des Enfers, donc du monde sous-terrain. Dionysos s'appelle aussi Dimorphos: celui qui renaît de lui-même, à la fois père et fils. C'est probalement la version grecque de Janus romain, dieu à deux visages.

[21]  Dans la Stasis, révolution, ou guerre civile, au Vème siècle, qui voit le peuple, aquis au dionysisme, se soulèver contre les nobles, défenseurs de la religion olympienne, pour la réforme agraire. Il est logique que ceux du peuple, qui revendiquent la terre soient attachés à la religion Terre, contrairement aux nobles, qui se croient descendre des divinités célestes et qui veulent maintenir le système céleste, présidé par Zeus. 

[22]Le foyer : lkanun, ou mégaronqu'on trouve au milieu des maisons mycénéennes, considéré comme le nombril de la Terre, la porte par laquelle on atteint les Enfers, située dans le ventre de la déesse-mère. Le passage entre le monde sous-terrain et la surface du sol. Le foyer signifie chez les Grecs vie et femme : allumer un foyer veut dire enfanter. Souvenez-vous de la chanson d'Idir : Cfiγ : "Tenniḍ-iyi asmi d-lulleγ, iεdawen ur bγin ara, ass-a tferḥeḍ mi muqreγ, tuγam teftilt di lḥaṛa/Tu(mère) m'a dit que le jour de ma naissance, les ennemis n'étaient pas contents aujourd'hui contente de me voir grand, une  flamme s'est allumée dans la maison."- quand un enfant voit le jour en Grèce, on pratique l'amphidrony : on passe le nouveau né au dessus du foyer. C'est l'enfant du foyer ou du feu, comme Dionysos, qui est né dans le feu de l'éclat de son père Zeus, quand il s'est révélé à Sémélé la Lune, mère de Dionysos, fils de la foudre qui a eu les flammes pour nourrices.  C'est dans la même chanson aussi que Idir chantait : "Cfiγ amzun d iḍelli, γef signa mi gγum tagut, aekkal iγli-d i znad, tamurt yečča-tt unaγur. Nek terriḍ-iyi γer dduḥ, a yemma ur ṭṭiseγ ara, cfiγ tmutleḍ-iyi γer tẓurin bb wefrara/Je me souviens comme si c'était hier, les nuages cachait le ciel, la gachette du fusil se libère, et la terre est ravagée par la séchersse. Tu m'a mis dans mon berceau, je ne pouvais dormir, tu m'a comparé aux raisins de chasselats.  Ne sommes-nous pas dans le monde de Dionysos ? 

[23]"La tradition est une somme de "survivances", maintenues par inertie; elles ne s'accrochent parfois à aucune réalité vivante", Maria Daraki, dans "Dionysos et la déesse Mère."

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