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Qui est Anzar ?

 

       Si nous tenons compte uniquement du mythe d'Anzar tel que rapporté par Genevois, nous constatons qu'Anzar avait toutes les caractéristiques de Zeus-Jupiter : Maître de pluie, qui descendait sur terre sous l'aspect d'un éclair immense...Ajouté à cela, comme Zeus-Jupiter, Anzar pratiquait aussi de son côté l'enlèvement des mortelles.

 

         Toutefois la ressemblance du mythe d'Anzar avec celui d'Amymoné, nous donne le droit de penser qu'Anzar pourrait être aussi Poséidon-Neptune, dieu de la mer.

 

         Mais le rite que Genevois nous suggère, en plus de Zeus et de Poséidon, une autre divinité, en l'occurence Dionysos, dieu du vin. 

 

         Dans la représentation tragique que les choeurs de procession présentent, il y a beaucoup d'éléments qui font référence notamment à la fois à Zeus, à Poséidon et à Dionysos.

 

         Les éléments qui font référence à Zeus, roi des dieux, se trouvent notamment dans le premier chant que la procession entonne en accompagnant la fiancée d'Anzar vers le sanctuaire de celui-ci  et dans le chant du choeur de femmes une fois réunies dans le sanctuaire :

 

Anẓar ! Anẓar !

Ay agellid, eṛz aγurar.

 

Anzar ! Anzar !

Ô Roi, fais cesser la sécheresse.

 

         Le deuxième élément est dans le chant que le choeur de femmes entonnent une fois réunies dans le sanctuaire :

 

Ay Anẓar, mmi-s n ucacfal,

Tamεict-ik gar yetran.

 

Ô Anzar, fils du géant,

Toi qui vit parmi les étoiles.

 

 

         Seul Zeus-Jupiter, parmi les dieux porte le titre de Roi, car il est le monarque de l'Olympe ou de l'Ether, régions qui se situent parmi les étoiles.

 

         Puis dans le même chant, un autre élément suggère plutôt Poséidon-Neptune :

 

Tamurt ad ters am tegmert,

S tirza-k i tefṛeḥ.

 

La terre attend, livrée comme une jument,

Toute à la joie de ta venue.

 

         Ce vers nous rappelle l'union de Poséidon, dieu de la mer, et de Déméter, Terre mère, déesse de l'agriculture, que certaines traditions confondent avec Gaïa[1], la Terre. Alors que Déméter était en Arcadie, Poséidon la convoita mais elle se transforma en cavale et se mêla aux juments du roi Oncos. Cependant il en fallait beaucoup plus pour dissuader le maitre des eaux[2], qui, à son tour, prit la forme d'un fougueux étalon et la rendit mère du cheval Arion, qui était immortelle et doué de parole[3].

          Mais d'autres éléments, notamment du rite plaident pour la figure de Dionysos, incarnée par Anzar, dieu de la pluie chez les Kabyles. Le premier élément rend compte du  lieu où se passe la cérémonie, dans un sanctuaire. A noter que Dionysos est probablement l'unique dieu dans le panthéon gréco-romain à disposer de sanctuaire[4], mais rarement de temples.

 

         De plus, Dionysos a toutes les raisons d'être à l'honneur à l'occasion de la célébration des fiançailles d'Anzar, car il est le dieu de la végétation, de la vigne et des arbres fruitiers. Comme Anzar, il est le maître de l'élément liquide.  Il est aussi connu aussi, comme Poséidon, pour  faire jaillir du sol des sources d'eau, comme c'est le cas à Kaparision de Méssinie. (voir : Dionysos et la déesse Terre, de Maria Daraki) 

 

         Dionysos, parèdre de Déméter,  est aussi la divinité qui fait prospérer le clos des arbres. Assisté des Grâces[5] (Charites) et des Heures (Horoi), il veille sur le mûrissemnt des fruits. Dionysos est considéré aussi comme le maître d'abondance et des jardins fruitiers. Il se prénommait "dieu humide", et dans le rite d'Anzar, le choeur des femmes après s'être réuni dans le sanctuaire :

 

Ccaṛ s tidi-k iγzer,

Ad talli tudert zdat lmut.

 

Remplis la rivière de ta sueur

Et la vie triomphera de la mort.

 

         Voici un appel lancé à l'endroit de Dionysos, dieu humide, maître de l'élément liquide, esprit de la végétation, maître de "morts" et de "renaissances", celui qui se manifeste en eau, en sève et en sperme. Dionysos, le soleil et l'enfer, la lumière et les ténébres, le maître de jonction et du mouvement circulaire. Le cercle qui se manifeste dans le mythe d'Anzar par la bague que dieu portait au doigt et qu'il tournait pour assécher ou inonder d'eau les fleuves et les sources. Le cercle revient dans le rite par le mouvement giratoire de la fiancée d'Anzar qui tourne sept fois autour du sanctuaire de la divinité. Puis enfin, la balle ronde en liège que des jeunes filles poussent avec des bâtons pour les glisser dans un trou circulaire creusé au sol pour recevoir la graine, qu'on enterre comme un mort, avant qu'elle ne repousse verte et fleurie. C'est l'éternel cycle de la nature. C'est Dionysos mortel qui meurt chaque année, descend dans le monde souterrain, avant de revenir à la lumière, au printemps.

 

         Dans son livre "Dionysos et la déesse Terre", Maria Daraki écrit : "Tout laisse entendre que les eaux, celle de la mer surtout, mais aussi celles de certains lacs et marais, sont un passage vers l'Hadès. L'élément liquide fait la transition entre le monde des vivants et le monde souterrain. Or c'est là une voie à double sens qui se prête à des passages circulaires. La mer qui engloutit Dionysos peut aussi le rendre à la vie : ainsi à Brasiai, elle jette sur la grève la larmax qui le porte plus mort que vif, en compagnie de sa mère, elle, morte. C'est en plongeant dans le lac de Lerne[6] que le dieu, tué par Persée[7], effectue sa descente aux Enfers. Et c'est du même étang infernal qu'il resurgit lorsque, au son des salpinges, ses fidèles le rappelle à la vie. C'est de la mer que Dionysos émerge , sous la forme d'un taureau, lorsque les chants des femmes de l'Elide, réunies devant son temple sur la grève, l'appelle du monde souterrain :

 

"Viens, à Dionysos, héros,       

au temple près de la mer,

dans le temple pur

avec les Grâces

Bondissant avec ton pied de taureau

Digne taureau ! Digne taureau ![8]"

 

         Dionysos-Zagreus, dieu serpent, l'assoiffé, adepte des libations d'eau et de vin, habitant de l'espace souterrain, séjour des morts et source de nourriture. Le gardien de l'arbre aux pommes d'or[9], don fait par la déesse Gaïa à Héra, le jour de son mariage avec Zeus. Le dieu serpent, gardien des sources d'eau[10].  Le serpent est un animal chtonien, qui change annuellement de mue, pour se renouveler tout comme la nature. Dans l'imagerie archaïque, selon Maria Daraki, "le temps de la vie", l'Aion, épouse le mouvement de la voie liquide, celle de la semence, cet cette voie, nous dit-on, a une forme de cercle ou de serpent.

 

         Dionysos, le dispensateur des joies, est aussi dieu du vin et de l'ivresse. L'une des traditions raconte que le vin bacchique est le sang divin (Ichor), tombé sur terre, et fit pousser la première vigne.  Dans un autre mythe, il est rapporté que la vigne a poussé pour la première fois sur une tombe fraîche. Ce qui explique peut-être le lien étroit qui existe entre la vigne et la mort, la nourriture végétale et le monde souterrain, séjour des morts et source de nourriture. Selon une autre version, l'invention du vin est due à l'initiative du bouc, c'est pourquoi le foulage de raisins est effectué par les Satyres ou par des hommes déguisés en Satyre, qui pendant la préparation, foulent le raisin en criant "Vive Dionysos"[11]. Le foulage de vin est assimilé à la mise à mort du dieu, dont un chant raconte  "le démembrement de son corps, et le jus qui sort des grappes est son sang."[12] - Ce chant est depuis Homère, un chant de deuil.  L'Iliadedécrit "un vignoble chargé de grappes, beau et tout en or". Et, quand vient  l'heure des vendanges, "des filles, des garçons pleins de tendres pensées emportent le doux fruit dans des paniers tressés", tandis qu'un enfant joue du luth et chante une chanson de deuil, "chant de flûte pour fouler le raisin."

 

         Comme son origine et sa préparation, selon Maria Daraki, la consommation du vin appelle à la conjonction des deux mondes, terrestre et souterrain. Les morts de la Grèce sont des "assoifés",  il arrive qu'on leur fasse des libations en les arrosant comme des plantes, par des offrandes d'eau que l'on verse dans les crevasses du sol durant les Hydrophories, qui font, semble-t-il, partie du rituel dionysiaque. Le mélange d'eau et de  miel ou de miel et de lait leur agrée aussi. A condition que le liquide coule à flots.  

          

         Dionysos, comme son père, sorti du feu de la foudre de son paternel[13], est aussi lumineux, brillant, flamboyant et rayonnant comme le roi des dieux.  Anzar aussi. Ne descend-t-il pas du ciel sous la forme d'un immense éclair ? Mais  Dionysos-lumineux est aussi Dionysos-sombre (Morychos), vêtu d'une peau de chèvre noire, il est le dieu nocturne (nyktelios), doublet de Zagreus "rôdeur de nuit"[14] (Nyktipolos).  Sous sa forme ténébreuse, selon Maria Daraki, Dionysos fait l'objet de cultes nocturnes[15] et reçoit des sacrifices infernaux. Il est le grand Dionysos-Chtonios, divinité souterraine dont la figure demeure en marge de la splendeur des Olympiens du monde classique attique, mais dont il incarne toutes les prérogatives.

 

Dionysos et la religion dionysiaque

 

         Le dionysisme, selon Louis Gernet, s'est répandu en Grèce quelques temps après le début du second millénaire.  Le Dionysisme est le fait de possession que les Grecs appellent Mania. Et la Mania, pour les Grecs anciens, est bonne, car elle est divine. Selon Louis Gernet, le vertige dionysiaque donne accès à un monde surnaturel. Pour Platon, les danses dionysiaques sont pratiquées à des fins de "purification" et d'"initiation". Elles comportent un élément de Mimésis[16], origine du drame.

 

         Le culte de Dionysos se manifeste sous plusieurs aspects et durant plusieurs périodes de vie : quand le dieu descend sous-terre en hiver, quand il revient à la lumière au printemps; durant les beuveries joyeuses, la fête des morts et les lamentations funéraires[17], puis durant la Mimésis ou les représentations théâtrales.  En somme, le Dionysisme est une religion des mystères dont la promesse est l'immortalité.

 

         Le Dionysisme est connu pour ses processions  bacchiques et leur délire; cas d'extase collective. Selon Louis Gernet, le délire bacchique peut être suivi par le reste de la société. Il n'est pas réservé uniquement à la troupe bacchique. Le reste de la société peut le suivre non pas seulement avec une curiosité plus ou moins bienveillante, mais avec une sympathie qui participe."

 

         La Mania doit son pouvoir à l'absorption de vin, attribut de Dionysos. Et la cure de la mania se fait par la mania de la Mimésis, où des personnages masqués s'adonnent à des jeux de théâtre, qu'on appelle la mania spectaculaire et dont la fonction est la Catharsis. Dionysos est le symbole de théâtre, c'est dieu enfant qui aime jouer et qui fait jouer. Il est le thérapeute qui soigne la névrose collective[18], qui selon les psychanalystes, est un fait social.  Avec Dionysos, dieu inquiétant, selon Louis Gernet, si loin qu'on se croit,  on est toujours à la marge de la folie.

 

          Les Ménades[19] ou les Bacchantes sont les accompagnatrices de Dionysos. Des femmes possédées qui personnifient les esprits orgiaques de la nature. Elles sont souvent accompagnées de Satyres,  avec lesquels elles forment la Thiase, cortège dionysiaque. Elles sont couronnées de feuilles de lierre, portant un thyrse[20]. Vêtues de peaux de chèvre, elles escortent Dionysos en jouant des tambourins et en secouant leurs thyrses.  Le collège des Ménades est l'élément important dans la religion dionysiaque. Comme dans le rite d'Anzar, le jour de la célébration de ses fiançailles, il n'y a que des femmes. Les hommes sont chassés du village. Selon Louis Gernet : "L'opposition des sexes a un rôle fondamental et fonctionnel dans toute la vie religieuse où elle se traduit à l'occasion par un antagonisme symbolique."

 

         Le Ménadisme est un délire collectif. C'est le vertige  soulevé par les moyens traditionnels de suggestions, à savoir la musique hypnotisante et la transe collective. 

 

         Pour finir, voilà ce que dit de la religion dionysiaque Louis Gernet, dans son livre L'Anthropologie dans la religion grecque: " Le Dionysisme est  l'exaltation de l'âme qui s'échappe hors de "ce monde-ci" par les moyens de l'extase et qui pénètre dans un autre monde avec la certitude  de l'anthousiasme. L'extase est une sortie; l'extase est une possession[21]." 

 

Dionysos, dieu apolitique

 

         A l'opposé de son frère Apollon, bâtisseur des cités et fondateur des frontières, Dionysos est un dieu apolitique. Il n'a pas de rapport avec la cité. Il en a avec la nature, spécialement avec la nature sauvage.  Dans le mythe d'Anzar, rapporté par Genevois, aucune ville ni aucun territoire n'est mentionné. Anzar arrive du ciel sous la forme d'un immense éclair. Anzar est-il, comme Dionysos, apolitique ?

 

         Dionysos n'est pas olympien, il est l'invité de l'Olympe. On raconte que Hestia, déesse des foyers, lui a cédé sa place, mais  il a préféré passer son temps sur terre parmi les hommes. Il est le dieu qui circule, il est Un et Multiple, il est partout et nulle part.  Contrairement aux autres dieux, Dionysos n'a pas de temples ou presque, et le manque de temple magnifie et impersonnalise la divinité.  Il est le maître des deux mondes, terrestre et souterrain. Il est le dieu sans frontières, il est celui qui meurt et qui revient, celui qu'on sacrifie et pour qui on sacrifie, il est à la fois dieu et offrande. Dionysos est le maître des métamorphoses. Il est le dieu chtonien, le dieu au masque qui préside aux manipulations rituelles du vin.  C'est la divinité à cent facettes. Il est un dieu de la révélation. Il est à la fois Zeus-le brillant, Hades-le riche, Hermès-Psychopompe et Poséidon- maître des eaux... il est à la fois Zeus, roi des dieux et fils. Il est à la fois Zeus le gentil (Meilikios) et Zeus le sanguinaire (Maimaliktes); il est à la fois Zeus porteur de la corne d'abondance et Zeus (Ktesios), sous forme de serpents, gardien des greniers. Il est dieu champêtre, patron des cultes phalliques, et maître de la fécondité féminine et agraire. Il est celui qui guide les bateaux sur des mers vineuses. Il est le dieu du rajeunissement, qui donne aux vieilles choses un nouveau accent. Il est Dionysos-Zagreus, fondateur de l'agriculture et inventeur du labourage; il est dieu à cornes, qui, le premier attela  les boeufs sous le joug et fit les premières semailles; en somme, il est un nourricier polyvalent.    

 

         L'épiphanie masquée de Dionysos durant les fêtes Pithoigia, se passe le jour de l'ouverture des jarres de vin à Athènes. Nous y voyons des spectres s'attaquer à des enfants porteurs de cruches remplies de vin. Ils en veulent au contenu de ces récipients spécialement dionysiaques , mais ils ont la partie dure car les adeptes de Dionysos se défendent énergiquement. C'est un Dionysos chtonien, dieu au masque, qui préside aux manipulations rituelles du vin sur les vases dits "Lénéens". Et nous savons que, comme certaines autres versions de l' "élément liquide", le vin constitue un passage à double sens qui permet la circulation entre les vivants et les morts.  Aux âmes qui viennent boire du vin  au milieu des vivants correspondent les appels de trompettes[22], lancés en direction du monde infernal, que ponctuent lors de la même fête, les beuveries des vivants. Le festin dionysiaque réalise parfois une passagère conjonction des deux mondes : les friandises consommées au jour des Choes sont les mêmes que celles qu'on offre aux morts. Cette jonction, nous le savons, domine les   Anthestéries. (Voir Maria Daraki, Dionysos et la déesse Terre)

 

         Les Anthestéries[23] est la fête des fleurs[24] (anthos/fleur), festival grec antique célébré en l'honneur de Dionysos. Fête de religion paysanne figurant au calendrier d'Athènes et qui se déroule fin février et début mars. Le premier jour est appelée Pithoigia : ouverture des jarres. Les Athéniens se rendent au sanctuaire de Dionysos, dans les marais, enLimnais, pour ouvrir les jarres de vin nouveau. Sur le parcours, les fêtards, juchés sur des chars rustiques profèrent des moqueries à l'adresse des passants.   Le deuxième jour est appelé Koes, fête des pichets, on sert des pichets de vin nouveau et un concours de boisson est organisé. Le sanctuaire de Dionysos est alors ouvert pour la seule fois de l'année. On y organise dans le sanctuaire la hiérogamie (union sacrée) de la femme de l'archonte-roi et de Dionysos : quatorze femmes de bonne naissance assistent la reine. Le troisème jour est appelé Khyrtoi, la fête des marmites,. On fait cuire dans chaque maison des marmites de graines à l'intention des morts. Le dernier jour est consacré au culte des morts. Les âmes des morts reviennent ce jour-là, et on y prie pour eux et on donne des graines en offrandes à Hermès Psychopompe, conducteur des morts. Puis on passe à l'hydrophoriaoù l'on offre aux morts des libations d'eau , versées sur les tombes dans des excavations. A la fin de la fête, on congédie les morts : l'association des morts avec les vivants dure pendant la période d'hiver et se termine à l'arrivée du printemps. Toutes ces cérémonies se déroulent sans le ministère des prêtres[25].

 

         Si nous faisons attention à ce qui se passe pendant les trois jours des Anthestéries, nous remarquons qu'ils ont beaucoup d'éléments en commun avec le rite d'Anzar. Certes les Grecs, durant ces fêtes, rendent hommage à Dionysos pour leur avoir donné du vin[26], alors que durant le rite d'Anzar, les Kabyles demandent plutôt de l'eau. Mais les deux rites ont beaucoup de points communs, notamment les processions qui convergent vers le sanctuaire de Dionysos, le mariage de Dionysos avec la femme de l'archonte-roi, autrement dit la reine, assistée de quatorze femmes de bonne naissance. Dans Anzar, n'est-ce pas la matrone du village, femme exempte de tous reproches, qui conduit la fiancée vers le sanctuaire de la divinité ? Existe-t-il des fêtes dans l'Antiquités durant lesquelles les Africains du Nord rendaient un culte à Dionysos pour leur avoir donné du vin ?

 

 

Anzar est-il Dionysos ?

 

 

         Au Vième siècle avant notre ère, écrit Maria Daraki, dans "Dionysos et la déesse mère", alors que Dionysos est implanté en Grèce depuis longtemps, la vague du dionysisme déferle sur le pays.  On peut s'interroger sur cette manifestation soudaine et conquérante, d'un dieu présent sur les lieux depuis le second millénaire au moins. Enigme fondatrice du dionysisme, ce déferlement qui se propage comme "une épidémie" soulève une question qui "dans l'histoire humaine est des plus troublantes" : celles des "révolutions", des "mutations",  des "renouvellements internes et brusques".   Il en soulève une autre également, sur laquelle nous choisissons d'insister.  Ce VIème siècle marque le point culminant d'une autre "révolution" , celle qui forma la Grèce des siècles classiques. Elle a parachevé l'édifice de la cité, donné naissance à la "Raison", consolidé un système religieux conforme à l'une et à l'autre, la religion olympienne.

 

         Mais alors comment expliquer ce prodige historique ? Peut-on supposer qu'il s'agisse d'un mouvement et d'un contre mouvement, soutenus par des couches sociales différentes ? Pour peu qu'on creuse, toujours selon Maria Daraki, on doit se rendre à l'évidence : les origines sociales des deux courants ont une racine commune.  Dans la Stasis, révolution, l'initiative revient au "peuple" qui se soulève pour la réforme agraire et tient tête aux "nobles" au cours d'une "lutte violente" qui aura duré longtemps : en gros, les VIIème et VIème siècle. A cette même époque, le même antagonisme social s'accuse, sous des formes instituées, dans la vie religieuse. Il oppose les Thiases et les Orgéons, mots et choses dionysiaques par excellence, au Hétairies et aux Génè, formations socio-religieuses guerrières et nobiliaires.

 

         Il existe bien en Grèce, une série de rites réfractaires aux normes dominantes, olympiennes et civiques : ils sont tous rigoureusement secrets et, dans leur grande majorité féminins; s'il y a scandale, il est mis sous le boisseau. Les rituels dionysiaques[27], en revanche, en ceci de particulier : tout en contredisant dans l'absolu les normes de la "cité des mâles", ils mobilisent souvent pour leur exécutions le peuple des citoyens et, dans ce cas, ils sont publics et transparents.

 

         En Kabylie, comme en Grèce et partout ailleurs, il existe aussi des rituels secrets, souvent nocturnes et exclusivement féminins. Des rituels de sorcelleries et de magie sévèrement punis par la loi de l'assemblée du village. Mais le rite d'Anzar n'est-il pas transparent ? Ne contredit-il pas dans l'absolu touts les traditions dominantes, y compris monothéistes judaïo-chrétiano-islamiques ? N'a-t-il pas échappé à toutes les influences religieuses venues d'ailleurs ?

 

         Anzar, s'il était un dieu d'avant le VIème siècle, pourquoi les Romains ne l'ont pas intégré dans le panthéon des divinités africaines comme ils l'ont fait avec la déesse Africa, déesse de l'agriculture ? Alors que les Romains, quand ils conquièrent un pays, ont tendance à honorer les dieux du pays conquis et les reçoivent même officiellement à Rome, Anzar ne serait-il pas dieu des Nord-Africains hostiles aux normes olympiennes romaines ? Ne serait-il pas le dieu des petites gens contre ceux des dominants ? Ne serait-il pas le dieu rebelle qui s'exile dans les montagnes pour mener la résistance contre Ubdir-Jupiter du panthéon impérial ? Ne serait-il pas le dieu des couches sociales défavorisées, celles qui se transforment plus tard en adeptes du Donatisme orthodoxe contre l'église de Rome, puis  aujourd'hui disciples de  l'islamisme radical contre l'islam de l'Etat et de la  "noblesse maraboutique" ?

 

         Anzar n'est-il pas Dionysos-Bacchus combattu par les Nobles, Païens, Chrétiens et Musulmans ?   

 

         Et Dionysos n'est-il pas le dieu monothéiste méditerranéen, celui qui a tué son père et pris sa place comme l'avait prédit Métis à Zeus et dont nul ne savait le secret, hors mis Prométhée qui finit crucifié sur un rocher par le roi de l'Olympe ? Dionysos n'est-il pas chez les Orphiques le Tout et le Multiple, le tout puissant et l'unique? 

 

         Si Dionysos est tout et multiple, complexe et simple, alors qui est Anzar ? Peut-être est-il la version proprement africaine ce Dionysos, oublié, refoulé, dissimulé sous les masques du monothéisme? Comme tous les dieux, ses voies semblent impénétrables!

 

     



[1]Pausanias donne une autre version du mythe en faisant de Gaïa la Terre la mère du cheval Arion.

[2]Les Grecs surnomment aussi Poséidon maître des eaux.

[3]Arion, doué de parole, cela nous rappelle le commencement de certains mythes kabyles : Asmi heddren lewhuc/Quand les animaux étaiet doués de parole. ou bien : Asmi thedder ddunit/Quand la Terre parlait. Les Kabyles ne faisaient-ils pas allusion à ces temps des dieux hésiodiques quand Gaïa, la Terre parlait.

[4]  Pausanias a visité un sanctuaire de Dionysos, entre l'Elide et l'Arcadie, dans un lieu qui s'appelle "passage". Une rivière passe par là, dont Dionysos commande le passage purement spatial et détient le secret de l'intemporelle jonction dionysiaque entre le monde des morts et le monde des vivants. 

[5]Les Grâces (Charites) s'associent également à Dionysos, elles partagent avec lui l'autel  à Olympie. C'est dans la même région que les femmes, réunies au bord de la mer, appellent le dieu à venir, avec les "Grâces", qui, chez Pindare, chantent en son honneur (Voir : Dionysos et la déesse Terre, de Maria Daraki). Ce rite, rapporté par Pindare nous rappelle les fêtes d'Awessu qui se pratiquent en Afrique du Nord, au mois d'août, quand les femmes se rendent très tôt le matin à la mer, elles entrent dans l'eau, pour rencontrer le dieu de la mer. Cette fête est aussi accompagnée de chants en l'honneur de la divinité de l'élément liquide.    

[6]Le lac de Lerne est considéré par les Grecs comme l'une des portes de l'Enfer. Nous constatons par ce fait que l'eau est la voie qui mène du monde vivant au monde souterrain. C'est cette voie-là que Dionysos prend pour descendre aux Enfers et revenir sur terre.  Les Kabyles déposent souvent un récipient troué sur les tombes pour permettre à l'eau de pénétrer pour hydrater les morts, car ces derniers sont assoifés comme les plantes et ils ont besoin d'eau. On enterre les morts, on enterre les graines. Les Grecs disaient : "L'homme pousse de terre comme une plante et redevient terre à sa mort."

[7]Selon une autre légende obscure, Persée aurait tué Dionysos en le noyant dans le lac de Lerne pour empêcher l'introduction de son culte à Argos. (Schlie à l'Iliade, 319; Pausanias, II, XX, 3, XXII,1), mais on peut supposer aussi que c'est pour empêcher Dionysos de récupérer sa mère aux Enfers. Persée serait alors le gardien de l'équilibre entre le monde des viivants et celui des morts.

[8]Plutarque,  dans Questions grecques.

[9]Dans le récit biblique de la Chute, c'est le serpent qui donne la pomme de la connaissance à Eve.

[10]En Kabylie, le serpent est considéré omme le gardien des champs, des maisons, des sources et d'autres lieux encore. 

[11]En 601, le Concile de Constantinople fait état d'interdiction pour ceux qui foulent le raisin de crier "Vive Dionysos", ils doivent crier maintenant : "Kurie Eleison !" On  peut remarquer encore que l'un des autres noms par lesquels on interpelle Dionysos est Iacchos. Il serait assez intéressant de rapprocher ce nom du nom que signale Al Bekri sur la manière dont les Berbères du Sud du Maroc appellent Dieu, Yakuc.

[12]Il est difficile de ne pas faire de rapprochement avec la légende christique et tout le discours sur le  corps et le sang du Christ, d'autant que Dionysos comme Jésus est un le dieu-fils par excellence et de surcroît mortel;

[13]Comme Sheytan, le diable, selon le Coran, qui se souvient certainement de cette ange déchu que fut Lucifer dans la Bible.

[14]En Kabylie, à la tombée de la nuit, les adultes disent aux enfants : "Win ara d-yezzin i taddart deg-yiḍ, ad yuγal d aεejmi/azger aberkan/Celui qui fait le tour du village deviendra un veau/Boeuf noir".

[15]Pourquoi Dionysos fait-il l'objet de cultes nocturnes ? Ne sont-ils pas reconnus par les pouvoirs publics de l'époque ? Seraient-ils des cultes clandestins ou de véritables cultes reconnus comme tels ? En Afrique du Nord, jusqu'à nos jours, les communautés "dionysiaques" se donnant à la magie, à l'ivresse, aux chants, au rythme des tambours et aux transes, pratiquent leurs activités la nuit. Depuis quand ces communautés "dionysiaques" ont-elles commencé à pratiquer leurs activités la nuit ? Est-ce depuis Rome, à la marge des cultes officiels ou depuis l'intrusion du monothéisme chrétien, puis par la suite de l'Islam ? 

[16]Le terme Mimésis s'applique tout d'abord dans un contexte religieux, au mime et à la musique. Il ne s'agit pas de reproduire l'apparence du réel, mais d'en exprimer la réalité cachée.

[17]En Kabylie, durant les veillées funèbres, il y a des choeurs d'hommes ou de femmes qui continuent encore de nos jours à chanter autour du mort. Les textes chantés par les hommes sont très influencés par la tradition musulmane, mais ceux chantés par les femmes, restent d'âme antique et païenne.

[18]De nos jours, tous les grands rassemblements et toutes les grandes manifestations religieuses monothéistes, souvent fanatiques, se veulent une thérapeutique contre la  névrose collective des croyants.

[19]On désigne aussi par Ménades, du grec ancien Mainomai/Délirer, les participantes des Dionysies, célébrations religieuses athéniennes en l'honneur de Dionysos. Dans leur rite d'Anzar, les jeunes filles munies de bâtons, qui s'adonnent au jeu de la balle, ne représentent-elles pas les Bacchantes ? 

[20]Thyrse, du grec Thyrsos, est un grand bâton évoquant un sceptre. Il est orné de feuilles de lierre ou de vigne et surmonté d'une pomme de pin ou de grenade.

[21]En Kabylie, il y a des états de délires dans lesquels sombrent certaines personnes et dont les Kabyles disent Yettemlek/Il est possédé; yettwazdeγ/Il est habitéou encore yekcem εemṛayen/Il est dans un autre monde.  

[22]Trompette, encore unn rapprochement à faire avec une image présente dans la Bible, dans l'Apocalypse, comme si le Jean de l'Apocalypse avait vu dans son délire apocalyptique ce qui était présent à tout Grec lors des fêtes bacchiques. Souvenir, influence, car n'oublions pas que les Evangiles et le Nouveau Testament furent écrits en grec.

[23]Dionysos est associé aux Anthestéries, qui s'appelaient Dionysies tout court. Thucydide signale que les Anthestéries sont les plus anciennes Dionysies. L'interprétation des Anthestéries comme "une fête des fleurs", remonte à l'Antiquité, alors même que celles-ci n'y tiennent aucune place. C'est la fête des morts qui donne la tonalité funèbre à la cérémonie. Jean Haudry, quand à lui,  rapproche Anthos  de la notion d'obscurité et interprète le nom des Anthestéries comme "la fête de celui qui traverse l'obscurité hivernale. L'arrivée sur l'eau de Dionysos symbolise la "traversée des ténèbres hivernales" et la sortie de l'hiver. A la fois fête des morts et fête du vin, les Anthestéries se tiennent à la fin de la période hivernale. 

[24]Les Kabyles fêtent la sortie de l'hiver par Tameγra n ijeğğigen/Fêtes des fleurs.

[25]Le rite d'Anzar aussi se déroule sans le ministère des prêtres. On peut noter aussi que dans la céremonie nuptiale de la reine et de l'archonte-roi, il y a la présence de cordes, celles de la balançoire, ce qui peut être rapproché du filet qui entoure le corps nu de la jeune fille offerte à Anzar.

[26]Vision dionysiaque du travail agraire : tout dépend des puissances surnaturelles, l'action humaine est purement médiatrice.

[27]Athènes a intégré Dionysos dans l'Olympe aux siècles classiques.. Alors que c'est à Athènes également que la "révolution dionysiaque" s'est accusée avec le plus de force. Le Dionysisme y donna  lieu à de somptueuses institutions qui se sont accumulées avec un dionysisme novateur. Gardienne particulièrement fidèle des  traditions, l'Athènes des Thyiades et des Anthestéries ajoute à ses "anciennes Dionysies"  d'autres, plus récentes, qu'elle est la seule à instituer : les Dionysies en ville, cadres des concours tragiques et comiques. 

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