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            Dans le rite d'Anzar, selon la version de Genevois, la procession des femmes, accompagnées de jeunes garçons, finit sa marche nuptiale à la "mosquée" du village ou au sanctuaire consacré à Anzar, lieu où les femmes doivent lui remettre la fiancée. 

 

         Nous avons déjà évoqué, dans les précédents articles, que lğamaε ne signifie pas littéralement mosquée, dans le sens habituel, dans l'esprit des Kabyles.  Lğamaε, pour un Kabyle est un lieu de rassemblement,  mais différent de Tajmaεt, qui signifie assemblée. Tajemaεtest l'assemblée politique, où les hommes se rassemblent pour parler des affaires du village. Lğamaε est un édiffice, surnommé "la maison de dieu", là où les pratiquants musulmans prient, mais aussi le lieu qui devient à l'occasion le temple d'Anzar ou d'autres divinités. Lğamaε ne signifie pas spécifiquement lieu de culte musulman, il constitue un panthéon de tous les dieux ou tout simplement un lieu de culte qui peut regrouper toutes les croyances, comme le précise le serment Jmaεliman/Par toutes les croyances, qu'on entend souvent chez les hommes, en Kabylie.

 

         Il arrive aussi que les femmes organisent la cérémonie d'Anzar en dehors de la mosquée, soit dans un lieu  où se trouve une grande pierre, un espace vaste qui peut contenir la foule de participants ou encore un lieu qu'abrite un chêne, un frène, un olivier ou un figuier. Des arbres très répandus en Kabylie et qu'on retrouve fréquement à l'entrée ou aux environs des villages.  Ces lieux sont sacrés, il y a queques années, on voyait encore des vielles femmes y déposer de la nourriture ou allumer des bougies en l'honneur des gardiens des lieux ou des divinités obscures et sans nom.

 

         Le village kabyle possède tout ce que posséde une cité grecque à l'aube de sa naissance, en matière d'édifices publics : une fontaine, une assemblée, un lieu de culte, un cimetière, des latrines publiques, une décharge et une aire de jeu et de rassemblement des foules à l'occasion des grands évènements commme Timecreṭ/Le partage de viande; Amagger n tefsut/L'accueil du printemps,etc. Il sert aussi de lieu de spectacles pour les fêtes de mariage : c'est là où se produisent les poètes, les artistes, les magiciens et les troupes de percussionistes de passage comme Bujlima/L'homme à la corne-muse,  et les différents animateurs. En fait, c'est là où l'on chante et où l'on danse. 

 

         L'absence de ruines de temples antiques, en Kabylie, réservés au polythéisme nous prouve que les Kabyles sont arrivés plus tard dans la région, après qu'ils ont fui les villes des plaines, chassés par les nouveaux monothéistes, venus d'Orient. Désorganisés, ils se sont installés sur les massifs montagneux, et ont construit leurs villages à côté des points d'eau, souvent sur des crêtes, pour prévenir toute attaque surprise de l'extérieur, y compris de la part des villages voisins, Kabyles comme eux, mais qu'on ne voit pas souvent d'un bon oeil. 

 

         Les Kabyles, en fuyant les plaines, ont emporté toutes les techniques qu'ils ont appris notamment au contact des Romains, comme la construction des maisons ainsi que le plan du village doté d'une grande artère principale puis de venelles partant de la grande rue vers les groupements de maisons, qu'on appelle iderma, adrumau singulier, qui signifie quartier, qui rassemble principalement Lḥaṛa, groupe de maisons de la même famille, partageant la même cour, s'ouvrant sur une grande porte cochère en chaine massif,  et parfois équipée de banquettes,  sous des treilles de vigne, où s'assoient les femmes, en été. C'est dans ces lieux aussi, très frais, que font parfois la sieste les vielles personnes, surtout celles qui ne peuvent plus sortir.  

 

         En construisant leurs villages, ces anciens citadins, désirant passer inaperçus, ont préféré sans doute ne pas construire des temples visibles, afin de ne pas attirer l'attention des envahisseurs monothéistes d'Orient et éviter toutes tentatives de représailles. Les Kabyles, acculés et affaiblis, ne pensaient qu'à survivre. Chacun s'occupe de son village. Ils ne se sont jamais unis pour un grand projet politique, comme l'instauration d'une République. Ils ne s'unissent, de temps à autre, que pour défendre leur territoire quand il est menacé.

 

         Les Kabyles sont trés attachés à leur terre, mais la leur, celle qui leur donne à manger. Une terre qu'ils ont partagée en petits champs, qu'ils cultivent et qui leur permet de survivre. Leur  vie dure des montagnes ne leur a laissé aucune chance de réfléchir aux grands enjeux politiques, censés les protéger du monde extérieur. A part quelques tentatives, comme la fondation des sultanats des Aït Abbas et de Koukou, qu'ils ont fondés sur le modèle turc, et qui s'inscrivent dans la logique de la Ouma islamia/Ouma islamique, dans un environnement dominé par l'Empire ottoman.

 

         Ces louables tentatives de créer des sultanats ont échoué, car leur objectif était spécifiquement défensif. Le même sort était réservé aux grandes dynasties marocaines des Almohades et des Almoravides au Moyen Âge. S'inspirant des modèles orientaux, ils ont duré le temps qu'à duré leur force militaire, c'est-à-dire leur capacité à soumettre des populations de la région. Ces "Etats" n'ont jamais eu de perspectives politiques au sens gréco-romain. Ils étaient exclusivement religieux. L'ennemi, pour ces dynasties, demeurait l'infidèle chrétien du Nord, surnommé jusqu'à nos jours : Aṛumi, mot qui désigne au départ le Romain. Le mot "Romain", grâce à la propagande musulmane,  a fini par désigner le Chrétien du Nord.

 

         L'arrivée de l'Islam en Afrique du Nord, en s'annonçant, avec la prétention propre à toute religion monothéiste, comme la seule vraie, a fait table rase du passé antique, commun aux Africains du Nord et aux Romains, en montrant ces derniers  comme l'ennemi juré et l'adversaire éternel de leur religion. L'Islam, comme le Christianisme de Saint Augustin, se voulant sauveur des Nord Africains, voire de l'Humanité,  s'est lancé dans la diabolisation des religions premières méditerranéennes, au point que l'homme méditerranéen, devient l'adversaire le plus farouche des croyances de ses propres ancêtres et du monde antique, qu'il juge dépassés et retrogrades. Partout, en Méditerranée,  s'installe l'absolutisme oriental qui a réussi en quelques siècles à effacer toute trace de civilisation dans l'ex-Empire gréco-romain. Les croyances anciennes jugées fausses, les dieux et les déesses dévalorisés, les peuples antiques qualifiés d'ignorants et de luxurieux pêcheurs, voilà qui sonne le glas du monde antique méditerranéen.

 

         L'arrivée du monothéisme oriental et la chute de Rome a précipité la Méditerranée dans des luttes religieuses sans merci, cela a duré pendant des siècles, et continue encore de durer de nos jours, notamment au Moyen Orient, berceau du monothéisme, et en Afrique du Nord, devenue la dépendance du golfe arabique, qu'on surnomme terre "d'Islam".  Ainsi est faite la mentalité monothéiste. Les Arabo-Musulmans disent aux Berbères, ainsi qu'à d'autres peuples : "Ma terre est à moi, la tienne est à Allah." ou bien : "Ma terre m'appartient, quant à la tienne, je vais voir dans le Coran." - Voilà ce qui explique leur volonté d'installer leur religion partout, puis de chasser les autres dans les territoires qu'ils estiment conquis à leur cause.

 

 

L'Arabo-islamique, c'est l'Algérie; le Berbère, c'est de la politique.

 

         Les Berbères, après avoir perdu l'Afrique du Nord, devenue Maghreb, grâce au révisionisme franco-arabe, ont perdu tout contrôle sur leur histoire et leur civilisation. On encourage même les populations de cette région du monde dans l'affirmation de leurs pseudos origines arabo-islamistes, pendant qu'on qualifie les Berbères de passéistes, voir d'ethnicistes, au point même d'entendre des Berbères dénoncer les idées  "Berbéristes" de leurs "concitoyens" qui souhaient réhabilliter les origines antiques de l'Afrique du Nord. On entend même certains Kabyles, démocrates et laïcs, dire : "On ne peut pas fonder des Etats sur des bases ethniques et religieuses.[1]" ou encore "La religion n'est pas un problème". Et pourtant, qui pourrait nier que les Etats Nord-Africains en fondant leurs nations sur leur appartenance ethnique et religieuse revendiquée au monde arabo-musulman sont des Etats à base ethnique et religieuse? Alors pourquoi ne reproche-t-on pas à ces Arabo-islamistes d'avoir créé un espace éthnique, linguistique  et religieux qui s'appelle le Monde arabe ?

 

         Imaginons une seconde, une Algérie délivrée de ses démons, qui deviendrait du jour au lendemain progressiste, démocratique et laïque, qui mettrait en valeur son Histoire et sa culture, qui remettrait au jour son passé refoulé, revaloriserait son patrimoine ancien, les habitants de ce pays, redécouvriraient alors avec fierte ce que furent leurs ancêtres, les édifices qu'ils ont bâtis, les temples religieux qu'ils fréquentaient à Timgad, à Caesarée, puis dans d'autres villes encore.  Ils verraient que l'Islam n'a rien apporté de nouveau qui n'ait déjà existé; que les temples païens même virtuellement reconstitués, rivaliseraient de beauté et de sacralité avec les actuels synagogues, cathédrales, églises et mosquées. Voeu pieu!

 

Certes il n'existe pas de ruines de temples en Kabylie, car tardivement peuplée, mais il en est de même aussi en Grèce et en Italie. Des temples antiques imposants ne se trouvaient à l'époque que dans les grandes cités antiques comme Delphes, Athènes, Egine, Olympie, Paestum, Ephèse, Agrigente, Rome... Les temples sont l'oeuvre des Etats et non des petits villageois grecs et romains. Les temples gréco-berbères et romano-berbères étaient construits dans les grandes cités, Leurs vestiges témoignent encore de ce que fut l'Afrique du Nord. L'Afrique du Nord que l'Arabo-islamiste veut ensevelir dans les méandres de l'oubli. Des temples que certains archéologues et historiens français appellent les ruines romaines pendant qu'ils appellent les leurs gallo-romaines. 

 

         Que le Monde jette un coup d'oeil objectif sur l'Afrique du Nord, l'ancien allié de Rome, dont la situation géographique est plus à l'Ouest que certains pays de l'Occident, et voie ce que les ancêtres des Gréco-libyques et Berbèro-romains ont construit dans l'Antiquité, de Cyrène à Volubilis, en passant par Tripoli, Cirta, Timgad, Tipaza, Caesarée, et bien d'autres villes, il verra peut-être que le Berbère n'est pas uniquement le montagnard tribal habitant des villages, mais un ancien citadin  qui a appris au contact du Grec et du Romain l'art de construire en dur et les techniques agricoles et artisanales.

 

         La réalité officielle de la politique de l'Algérie est le déni de tout ce qui n'est pas arabo-musulman. Les Arabo-Musulmans pensent que le monde commence et finira avec eux. N'est-ce pas la démarche du khalif Omar Ibn El-Khettab, le général arabe, qui dans sa grande sagesse, a dit en brûlant les livres de la bibliothèque d'Alexandrie : "S'ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux, donc il faut les détruire[2]". Voici le vrai visage du monothéisme, venu d'Orient, avec la ferme intention d'effacer toutes traces de civilisation antique, d'inspiration gréco-romaine, dans le bassin de la Méditerranée.

 

         Aujourd'hui, écrire sur l'Afrique du Nord, n'est pas une tâche facile pour ceux qui revendiquent la civilisation antique. Les plateaux de télévision et les journaux français ne donnent accès qu'aux écrivains qui nous racontent l'Afrique du Nord judaïque ou islamique. Pourvu que tu sois de confession juive ou musulmane, tout témoignage est bon, surtout quand celui-ci nous raconte le départ du juif de l'Algérie, on a envie de fondre en larmes. Quant à l'Islam, on aime beaucoup celui des dictionnaires amoureux de cette religion; l'Islam des lumières, l'ami de toutes les religions, le bouquet de fleurs, l'ivresse spirituelle,  et je vous passe la liste à la Prévert à laquelle les médias français veulent nous faire croire.

 

          Parfois, les animateurs français, pour comprendre les Kabyles, recourent à des intelectuels syriens ou libanais. Ces derniers, du haut de leur savoir, rassurent les Français en présentant les Kabyles comme heureux de vivre dans le monde arabo-islamique. Dernièrement, une chaîne de télévision publique française a diffusé à partir de l'Institut du Monde arabe, un documentaire sur l'Afrique romaine, commenté à la fin par un antiquisant syrien. Aucun mot sur les Berbères, à croire, d'après le documentaire, que l'Afrique romaine était de tout le temps arabe. Pire encore, quand la télévision française rendit hommage à Hannibal via un documentaire, nous sentions le regret dans la voix du commentateur, il pleurait presque la chute de Carthage qu'il impute à Massinissa, le roi de Numidie, qui commence dans le documentaire comme chef de la cavalerie d'Hannibal, et qui finit mercenaire à la solde des Romains. Voilà le genre de mépris que les médias français réservent aux Berbères, les traîtres qui ont aidé Rome à détruire Carthage et qui, aujourd'hui encore, empêchent l'émergence du grand royaume arabe rêvé par l'empereur Napoléon III.      

 

          Quant au Kabyle, aussi laïc ou athée soit-il, il reste "un Musulman d'apparence" pour la France officielle et un traître pour l'Arabo-islamiste, qui le qualifie de rénégat qui a choisi de s'intégrer en France dans le but de plaire aux Français.  Mais comment trahir quelqu'un qu'on ne reconnaît pas comme faisant partie de son groupe?  On trahit un ami, un frère, une cause, si on a cru un jour à cet ami, à ce frère à cette cause.  L'Arabo-islamiste, quand il insulte le Berbère, souhaite que celui  prenne ses insultes pour des compliments, mais quand le Berbère réagit, le premier se fait victime en criant au sionisme et à l'islamophobie.

 

 

Tolérance à sens unique

 

         Qu'est-ce que la tolérence si ce n'est "Laisse-moi faire les choses que tu ne supportes pas" ? Une belle trouvaille de l'homme moderne, qui, faute d'instaurer un contrat social et républicain entre les citoyens, recourt aux notions religieuses de tolérance et de pardon. La tolérance, concept fragile, élan du coeur, qui risque d'un moment à un autre de s'évanouir pour laisser la place à l'insulte et au conflit entre communautés et groupes sociaux, tant il est vrai que chacun ne demande finalement respect et tolérance que pour son Dieu et sa culture. Nous dirons même que chacun veut être toléré, mais pas prêt à tolérer. Encore un piège politique d'essence religieuse, contraire à la raison et à l'esprit des lois. Car la seule chose qui mérite le respect ce sont les bonnes lois émanant de la volonté générale. Les bonnes lois qui libèrent et qui protègent. Au diable l'amour du prochain,  il a le droit de ne pas m'aimer,  du moment que j'ai la loi de mon côté.

 

         En Algérie, l'unité nationale, n'est tributaire d'aucun contrat social, elle est faite autour de l'Arabo-islamisme et par l'exclusion constitutionelle des autres cultures et religions. En Algérie, le prosélytisme est interdit pour les autres mais permis pour les Musulmans. On le fait partout, à l'école, dans les mosquées, dans les rues et à travers les médias.  En Algérie, faute de lois, tout se fait au nom et autour d'Allah : l'amour est interdit sans la permission des imams; les choses du ventre sont licites ou illicites; les marchandises se monnayent dans les souks en faux serments religieux; les discours politiques sont émaillés de versets coraniques...  En Algérie, si tu ne fais pas le ramadan, on viendra te chercher dans ta retraite pour te rappeler le respect de l'Islam, c'est-à-dire la tolérance vis-à-vis de la foi de la majorité... Et estime-toi heureux qu'on ne te lynche pas parce que tu as mangé tout seul chez toi! 

 

         Les Arabo-islamistes disent de leur religion qu'elle est universelle.  Ils mesure l'universalité non par rapport aux valeurs de droit à la vie et à la liberté, mais par rapport à l'espace géographique qu'elle occupe. L'Islam est universel, car il existe en Europe, en Amérique, en Afrique, en Asie et en Australie.  Mais dès qu'un démocrate "algérien" demande l'instauration des droits de l'homme, on lui signifie que les droits de l'homme sont une notion occidentale, elle n'est pas de chez nous. C'est un concept culturel créé par les mécréants, voire par les Sionistes qui veulent s'installer partout et avoir des droits, etc. De même pour la démocratie, à part la pratique électorale dont ils raffolent, parce qu'ils se savent majoritaires et sûrs de gagner, sa pratique doit se faire dans le cadre islamique[3].

 

          Les Arabo-islamistes construisent des mosquées sonorisées, partout en Kabylie.  Ils prient durant la sécheresse, et quand celle-ci dure, ils ne s'en prennent pas à leur Dieu, mais aux prieurs villageois dont la foi est faible. Ce qui n'est pas le cas des Kabyles d'antan, qui durant les rites d'Anzar, mèlent la promesse et la  menace à l'égard de la divinité. Un devoir équivaut à un droit. Une fiancée vaut bien une averse de pluie. C'est de la croyance à la romaine basée sur le donnant donnant. Une divinité antique, si elle veut des offrandes, doit satisfaire les besoins de ses adorateurs.

 

         Voilà comment ont vécu les peuples païens, chacun avait ses dieux et ses mythes. Les citoyens de l'Empire romain étaient libres de pratiquer la religion qu'ils voulaient. Ils se trouvaient des grands temples dans les grandes cités et des petits dans les campagnes et les villages. Point de guerres de religions entre les peuples. Les seules guerres qui opposaient les païens étaient pour la terre et la liberté. Certes ces peuples s'en remettaient, durant la guerre, à leurs dieux, mais durant la défaite, les vaincus punissaient leurs divinités en brisant leurs statues, et parfois,  ils poussaient la punition jusqu'à fermer leurs temples.

 

 

Le Kabyle entre Dieu et la politique

 

         Le siècle que nous vivons est dur. Il nous promet beaucoup de catastrophes, dont celle du choc de civilisations. Choc de civilisations, autrement dit, une guerre des religions. Une guerre  entre les adorateurs du même Dieu, séparé par l'interprétation du bien et du mal. Guerre entre ceux qui cassent les oeufs par un bout et ceux qui les cassent  par un autre bout; entre ceux qui mangent de la viande égorgée et ceux qui mangent la non-égorgée... Des guerres politiques qui permettront aux fanatiques religieux de tous bords de régler leurs comptes sur le terrain de la foi. Tout cela se passera sous le regard du Dieu commun. Dieu qui est devenu de plus en plus un objet de désir et de convoitise. Celui qui permet au faible de soumettre plus faible que lui et de se venger, à l'occasion, du plus fort. Dieu n'est alors que l'hypostase du ressentiment général des faibles. Un objet de désir, dont, faute de raison, le fanatique attend  manifestations et miracles pour sauver le croyant qu'il était, et prouver à ses ennemis la suprématie de sa foi. Mais comme dirait le proverbe africain : "Le bon Dieu est aussi bon pour l'homme qui veut traverser la rivière que pour le crocodile qui veut le manger."

 

         La différence entre  le paîen et le monothéiste, le premier prie pour vivre et le second pour être sauvé. Le Kabyle de jadis, pour avoir de l'eau était capable de prier n'importe quelle divinité. Mais le Kabyle d'aujourd'hui a compris, en être moderne et rationaliste,  qu'il n'est plus utile de sacrifier pour le retour des pluies. Durant les sécheresses, il fait comme tous les peuples modernes, ils manifestent et exigent de l'eau de ceux qui le gouvernent. C'est le pouvoir algérien qui lui organise des prières le vendredi pour l'obtention de la pluie. Le Kabyle sait qu'on ne prie pas en France et dans les pays développés pour obtenir de la pluie. L'eau, on la cherche, on l'achemine par des tuyaux, on la stocke et on la distribue aux populations. Il a vu les oeuvres gigantesques des Romains, appelés aqueducs, et connu les fontaines construites par les Français qui l'abreuvent jour et nuit avec le même débit été comme hiver. Il a un compteur chez lui, il paye l'eau pour l'administration algérienne, et il veut en avoir dans son robinet. Ce n'est pas sacré. C'est une question de savoir faire, de techniques, d'infrastructures et de distribution!

 

         Voici la raison pour laquelle le Kabyle ne construit plus de temples pour Anzar. Il sait que la vie sur terre est une affaire d'hommes, et pour cela, il a organisé son village à l'image d'une petite cité antique. Il a crée des lois humaines pour vivre. La religion est de loin secondaire. L'amitié entre les gens relève beaucoup plus de la solidarité qui existe entre eux que de la croyance qui les unit. Des laïcs qui s'ignorent. Pour eux, l'objectif de la vie est la vie, et non l'au-delà. Sa foi est certes simple, mais ô combien conciliatrice. Il ne juge jamais son voisin pour sa religion, mais pour ses actes et ses valeurs. Quand il lui arrive de sacrifier, il ne cherche même pas à savoir pour quelle divinité il sacrifie, il le fait beaucoup plus pour perpétrer la tradition, rassembler les siens pour un partage de viande, qu'il considère comme un lien d'unité et d'harmonie entre les villageois. C'est pour lui l'occasion de rappeler les siens et de les regrouper autour du manger ensemble. Puis, quand il veut quelque chose, il sait où s'adresser. Aux responsables du pays. On ne peut lui raconter des histoires. De par son expérience villageoise, même s'il n'a pas réussi à créer une République, il sait ce qui relève de la politique et de la foi, et il fait bien la différence.

 

         Mais politiquement, il connaît ses limites aussi. Il sait qu'il n'a pas l'Etat de son côté, et celui dont il dépend est beaucoup plus oppresseur que libérateur. Il tente dans sa grande sagesse de contribuer à l'instauration d'un Etat, d'un vrai Etat moderne, avec de meilleures lois, une meilleure école, mais en vain. Tout ce à quoi il aspire est contrarié. L'Etat algérien, à chaque lutte, lui répond soit par la répression, soit par l'implantation d'une nouvelle mosquée dans son village

 

         Le Kabyle a toujours compté sur lui même.  Il a su bâtir son village, ramener de l'eau, travailler sa terre, soigner ses malades, enterrer ses morts sans le concours d'aucun Etat. Mais depuis qu'il a confié son destin aux autres, on le voit s'égarer dans les choses qui jusque là ne le concernaient pas. Avant dans les assemblées, il parlait des labours, des récoltes, de marché, de l'eau, des travaux à faire pour l'interêt général; aujourd'hui, il assite à la défiguration de son village, à l'émergence d'idées sentant la mort de ses lois,  le déclin de sa culture et de ses valeurs. Tout cela est savamment orchestré par les tenants du pouvoir, relayés par des Kabyles de service, soumis et  corrompus à souhait. Des Kabyles qui abattent les oliviers, les arbres d'Athéna, déesse de la sagesse et de la paix, mère nourricière, pour bâtir des mosquées imposantes en son stéréo dominant les villages. Mais ces serviteurs volontaires ont oublié que le sang vert versé de l'olivier est aussi l'attribut de la déesse de la guerre. Un jour, en déesse, elle revendiquera son dû.    

 

         Ce jour-là, le Kabyle bâtira sur les ruines de l'obscurantisme un temple pour Athéna la sage, symbole de la raison, déesse de l'art et des technique; des lieux des sciences et des savoirs au nom d'Hypatie, d'Hippocrate, d'Apulée, de Térence, de Galilée, de Darwin et de tous les adeptes de la chouette chevêche, la protectrice des cités, la défenseuse des artisans, qui, par le coup de massue d'Héphaïstos, sortit autrefois armée de la tête de Zeus, en Libye, sur les rivages du grand lac salé de Tritonis, lac du dieu marin Triton, fils de Poseidon, maître des eaux.

 

L'idée de dieu

 

  

         Dieu est un mot dont la charge émotionelle est très puissante.  Il condense les rivalités et les décisions des religions monothéistes qui en revendiquent une révélation exclusive. Il est le symbole suprême de toute autorité. D'un côté, on s'en sert pour dominer, de l'autre pour se venger.

 

           Les hommes primitifs en se confrontant à la Nature ne comprenaient pas ce qui les entouraient et ce qui leur apparaissaient sous forme de pluie, de vent, de soleil, de plantes et d'animaux, puis sous d'autres formes spectaculaires comme le feu des forêts, les volcans, les tremblements de terre, le tonnere et la foudre... Les hommes primitifs ne comprenaient pas tous ces phénomènes. Ils ne savaient pas pourquoi ils mouraient. Ils ne savaient pas pourquoi la Nature pouvait déchaîner des éléments destructeurs, puis générer parfois de belles couleurs et des parfums agréables.  Puis, par le fait d'être en permanence plongé dans la Nature, de voir s'y succéder les cycles des saisons, des jours et des nuits, y voir des fleurs s'ouvrir et des feuilles d'arbres mourir, l'homme primitif, s'est dit qu'il devait y avoir une sorte de force animée, un esprit dans chacun des phénomènes de la Nature. Ce qui le poussa à l'adoration des éléments de la nature, à adorer les grands arbres, les montagnes, les bois et les cours d'eau. Ce qu'on appelle aujourd'hui : la croyance animiste.

 

         Puis, l'homme se développa, la culture aidant, il réussit à conceptualiser ses croyances en imaginant des dieux : dieu de la pluie, dieu du soleil, dieu de la mer, dieu du feu, etc. Des dieux peuplant la Nature et qui étaient capables d'accomplir toutes choses. Il pensait que ces puissances agissaient selon leurs humeurs et leurs caprices, ce qui le poussa à vouloir plaire à ses puissances. Et pour les amadouer, apaiser leur colère et les rendre favorables, il se mit à les honorer en leur organisant des rites de fertilté, des rites de saisons, des rites de passages de la vie à la mort, etc. Ainsi se formèrent les rites et les coutumes païennes. Et pour instituer tout cela, chaque tribu désigna un prêtre, que les monothéistes affublèrent plus tard du nom de sorcier, afin de relier les hommes aux divinités, le monde terrestre au monde céleste.

 

         Le besoin, chez le païen, de donner un sens aux phénomènes de la Nature, le pousse à inventer des mythes culturels pour chaque divinité et chaque élément naturel. Ces mythes, transmis oralement de générations en générations, finirent par devenir des croyances. Des croyances qui s'installèrent dans la conscience collective et devinrent, petit à petit, des vérités avec lesquelles les hommes expliquaient l'origine du monde, des dieux et de l'homme. Ces croyances et les rites qui les accompagnaient aboutirent enfin à une religion organisée et institutionalisée propre à chaque regroupement social.

         L'idée, que dans l'inconscient collectif, existe une puissance supérieure qu'il faut craindre et apaiser est très présente, elle est l'arrière-fond mythique de la représentation commune de la religion. Idée que même le monothéisme, fondé sur la Révélation, a repris.

 

         La différence entre le polythéiste et le monothéiste réside en cela que pour le premier, les dieux sont nés sur Terre; pour le second, Dieu a créé la terre. Pour le  premier, les dieux sont immortels; pour le second Dieu est éternel. Pour le premier, il attend à ce que les dieux l'aident à vivre; pour le second, il attend de Dieu qu'il le sauve. Le premier honore les dieux de ses hôtes, le second a tendance à leur imposer le sien. La religion du premier est basée sur des Mystères de la Nature, celle du second est basée sur le Livre, dans lequel est révélée la parole de Dieu.  Le premier admet plusieurs religions, le second une seule, la sienne. Les autres, à la rigueur, ont peut être de bonnes intentions, mais elles ne sont pas acceptables, et le fidèle doit faire attention à ne pas se laisser séduire par de fausses croyances qui ne sont pas la "loi de dieu" de la Révélation.

 

         Quand aux rapports de ces religions à la Nature, l'Animisme et le Polytheime prêchent l'harmonie dans la relation à la Nature[4], tandis que le Monothéisme, à travers ses trois religions révélées, prêche la domination de l'homme sur la Nature.

 

         L'avénement du Monde moderne, en Occident, marque un tournant dans l'histoire des rapports entre l'homme et la Nature : la raison devient la seule instance capable de justifier les attitudes et les actions des hommes. Ce qui conduira à la crise des religions. La pensée analytique et méthodique instaurée par Descartes, la mécanique de Newton, la vision mécaniste de l'Univers sont désormais les outils de l'explication de l'Univers. L'explosion de l'industrie donnera naissance à une vision de la nature comme simple réserve de matières premières. 

 

         La destruction en cours de cet univers a fait prendre conscience à l'homme moderne des dangers de l'exploitation des richesses naturelles, ce qui a donné naissance à l'écologie politique, combat de l'homme du XXème siècle, afin de sauver sa mère Gaïa. 

 

        

Les  temples païens

 

         A l'origine, chez les premiers peuples, les lieux de cultes étaient soit une montagne, un bois, un cours d'eau ou une grotte. C'est à partir du moment où les Grecs commencent à représenter leurs dieux et leurs déesses sous une forme humaine à travers des statues, qu'ils construisent les premiers temples afin d'abriter les statues en bois représentant leurs divinités, déposées dans un sanctuaire. Le sanctuaire[5], téménosen grec, c'est-à-dire ce qui est découpé, est un espace sur la terre coupé, délimité par un prêtre pour devenir propriété d'un dieu ou d'une déesse.

 

         Au début, le temple grec[6] est aussi modeste[7] que les premières habitations des hommes. Au VIIIème siècle avant notre ère, apparaissent des temples en brique crue dont le toit est soutenu par des colonnes en bois comme le certife le temple d'Héra à Samos.  Puis à partir du VIIème siècle avant notre ère la Grèce connait les premiers temples en pierre, en marbre, en calcaire ou encore en tuf. Peu à peu, vont être crées les ordres architecturaux doriques et ioniques.

 

         Quant aux statues des divinités placées à l'intérieur des temples, elles sont en bois, qu'on appelle Xonea, avant d'être réalisées en marbre ou en bronze. Les fidèles n'entrent pas dans les temples. Ils ne peuvent voir les statues que de l'extérieur quand la porte du temple est ouverte lors des cérémonies. Quant aux sacrifices, l'acte fondamental du culte, il est effectué à l'extérieur du temple[8], sur l'autel situé devant l'entrée principale.

 

         Les temples est souvent rectangulaires, sauf le temple rond qu'on appelle "Tholos". La porte du temple est souvent orientée vers l'Est, en face du soleil levant qui éclaire la statue de dieu ou de la déesse, placée devant l'entrée, le jour de la célébration de la fête de la divinité. 

 

         Le plan-type du temple grec est rectangulaire, avec un vestibule, qu'on appelle "Plan-mégaron", du nom de la salle principale des palais mycéniens dont il reprend la configuration. Le temple est constitué de deux parties[9] : le Sékos, partie fermée entourée de murs et le Péristasis, Péristyle extérieur, la partie ouverte, délimitée par une colonnade. La partie fermée du temple comporte en son coeur le Naos[10], qui abrite la statue de la divinité.  Derrière le Naos, dans les temples où se déroulent des cérémonies secrètes, se trouve parfois l'Adyton ou l'Abaton, endroit souterrain interdit au public, dans lequel se tient par exemple la Pythie de Delphes, dans le temple d'Apollon. Dans les temples vastes, il y a devant le Naos le Pronaos ou le vestibule. Puis au fond du temple, il y a l'Opisthodome, une chambre, qui n'a acune communication avec le Naos, où l'on entrepose le trésor du dieu ou de la déesse, ainsi que les offrandes qui lui sont faites. L'ensemble du temple repose sur une plate-forme de trois degrés, la Crépis, dont le troisième degré, le Stylobate, qui porte la colonnade, ou l'ensemble de colonnes, qui entoure le Sékos.

 

         Le temple périptère est entouré de colonnes sur chacun de ses côtés, comme le Parthénon et l'Héphaïstéion d'Athénes, les temples de Paestum en Grande Grèce. Quant au temple diptère, il est comme un périptère, mais à double colonnade, comme le temple d'Artémis à Ephèse.

 

         Puis il y a d'autres temples qui présentent d'autres formes : l'Aptère sans colonnes latérales; l'Antis qui présente deux colonnes en façade entre les antes comme le trésor des Athéniens à Delphes; le Prostyle est doté d'un ensemble de colonnes sur la façade principale comme le trésor de Géla à Olympie; l'Amphiprostyle avec une colonnade sur chacune de ses deux façades comme le temple d'Athéna Niké à Athènes; puis la Tholos, temple rond comme celui d'Athéna Pronaia à Delphes.

 

         Les temples sont classés en fonction du nombre de leurs colonnes en façade : le Tétrastyle possède quatre colonnes, le Hexastyle, six, le Décastyle, dix et le Dodécastyle, douze.

 

          Au VIème siècle avant notre ère, il y avait  deux courants architecturaux representés en Grèce, le Dorien, style[11] d'ordre dorique et le Ionique, developpé notamment en Ionie. L'Attique, ou la région d'Athènes, qui se situe au carrefour entre ces deux courants construit des temples qui peuvent avoir les deux courants à la fois, dorique et ionique. Puis vient le troisième style, le Corinthien, mais que certains spécialistes considèrent comme une variante tardive de l'ordre ionique.

 

I- L'ordre dorique : il privilégie la gravité, la force et la sévérité. Il répond à un idéal de simplicité. Le chapiteau n'est pas décoré et la colonne n'a pas de base.  Elle est rarement monolithique, elle est souvent constituée de plusieurs tambours. La frise qui orne le fronton est composée d'une alternance de triglyphes à trois rainures et de métopes sculptées. La colonne dorique représente un léger ronflement au quart de sa hauteur et possède une vingtaine de cannelures peu profondes. Selon l'architecte antique Vitruve, la colonne dorique représente l'homme. L'ordre dorique est le plus ancien, on en trouve partout en Grèce, en Grande Grèce et en Sicile. Voir le temple d'Héra à Olympie, le Parthénon à Athènes et le temple de Poséidon à Paestum dans le Sud de l'Italie.

 

II- L'ordre ionique : il privilégie l'élégance et la souplesse. Il est plus raffiné et plus ornementé que l'ordre dorique. Selon Vitruve, il représente la femme. Les cannelures ressemblent au plis du vêtement des jeunes filles drapées d'une longue tunique. Voir les Caryatides de l'Erechthéion sur l'Acropole à Athènes. Le chapiteau de la colonne de la colonne ionique est en forme de volute, la base est moulurée, la frise est décorée d'une série continue de sculptures. La colonne ionique est plus élancée et plus fine que la dorique. Elle est presque toujours monolithique avec vingt-quatre profondes cannelures.

 

Le style ionique s'est developé en Ionie et dans les îles de la mer Egée à la fin du VIème siècle avant  notre ère. Parfois on rencontre les deux styles, dorique et ionique, dans le même temple comme c'est le cas du temple d'Athéna Niké sur l'Acropole, ainsi que celui du Parthénon, un temple aux chapiteaux et aux colonnes doriques, et sur lequel on peut voir  une frise dorique et une frise ionique.

 

III- L'ordre corinthien : c'est le dévelopement de l'ordre ionique de la seconde moitié du Vème siècle. La différence entre les deux ordres ionique et corinthien est dans le chapiteau. Dans l'ordre corinthien, il est en forme de cloche renversée et il est décoré de feuilles d'acanthes. Le style corinthien est peu utilisé en Grèce, on peut l'observer à l'Olympéion, temple de Zeus, à Athénes, en revanche, il est beaucoup utilisé par les Romains, notamment au Panthéon et au forum. Vitruve raconte comment le chapiteau corinthien serait né : une jeune fille mourut à Corinthe. Sa nourrice porta sur sa tombe un panier contenant quelques petits vases que la jeune fille aimait de son vivant, et le recouvrit d'une tuile pour les protéger. Puis elle déposa le tout sur la racine d'une plante d'acanthe. Au printemps les feuilles et les tiges d'acanthe commencèrent à sortir, s'élevèrent le long de du panier, et, au contact de la tuile, se recourbèrent à leur extrémité en formant des volutes. Le sculpteur Gallimachus, passant près du tombeau, vit le panier. Son arrangement lui plut et l'imita dans les colonnes qu'il fit dès lors à Corinthe.

 

         Les temples grecs sont savamment décorés. La pierre est stuquée. Les pierres en hauteur sont recouvertes de couleurs vives, surtout le rouge et le bleu. Les sculptures, métopes doriques, frises ioniques et frontons des deux ordres peuvent avoir un relief plus au moins accentué, du bas-relief à la ronde-bosse.

 

          Voici quelques éléments constituant le temple grec :

 

1- Antéfix : élément décoratif qui garnit les bords et le sommet de la toiture.

2- Tuile : plaque rigide, généralement faite en terre cuite moulée, qui sert de matériau de couvertue pour les toits.

3- Pronaos : partie intérieur du temple donnant accès au Naos.

4- Grille : treillis clôturant le pronaos ou l'opisthodome.

5- Rampe : plan incliné permettant l'accès au temple.

6- Euthynterie : base servant à niveler la surface sur laquelle repose le temple.

7- Stylobate : partie supérieure de la crépis, supportant les colonnes.

8- Péristyle : ensemble de colonnes, sur une ou plusieurs rangées, entourant le temple.

9- Crépis : soubassement sur lequel repose l'édifice, composé de plusieurs degrés.

10- Colonne : pilier circulaire cannelé servant de support à l'entablement.

11- Entablement : partie composée de l'architrave, de la frise et de la corniche, servant de support au fronton.

12- Architrave : partie inférieur de l'entablement posée directement sur les chapitaux des colonnes.

13- Frise :  partie de l'entablement entre la corniche et l'architrave dont la décoration varie selon les styles d'architecture.

14- Corniche : mouillure en saillie qui couronne l'entablement.

15- Rampant : partie inclinée du fronton.

16- Fronton : partie triangulaire couronnant l'entablement.

17- Tympan : surface triangulaire comprise entre la corniche et les deux rampants du fronton.

18- Acrotère : ensemble ornemental reposant sur un socle placé au sommet et aux extrémités du fronton.

 

         Pour plus d'informations, veuillez consulter l'ouvrage "Le temple grec" d'Isabelle Didierjaen, professeur agrégée de lettres classiques au collège public Jeanne d'Arc, Orléans.

 

         A l'attention des Kabyles païens, voici donc le plan d'un temple comme l'ont conçu les païens de l'Antiquité. Ils ont existé partout sur le rivage de la Méditerranée, en Grèce, à Rome et en Afrique du Nord. Si jamais un jour, vous voulez le reconstituer en l'honneur d'Anzar ou d'une autre divinité, vous n'avez qu'à vous inspirer de ce présent plan. 

           

 


[1]Une fois que les dirigeants algériens ont inscrit les constantes nationales dans le marbre à savoir que la langue officielle du pays est l'arabe, que l'Islam est la religion de l'Etat, ils ont par la suite instauré une loi interdisant la création de partis politiques à base linguistique et religieuse.  C'eût été drôle si cela n'avait eu les conséquences que l'on sait sur les Berbères d'Afrique du Nord!

[2]Exploit exactement comparable à celui qu'ont fait avant lui des généraux et des empereurs chrétiens#, quand, après avoir chassé Hypathie de la bibliothèque d'Alexandrie, ils ont mis le feu aux livres que l'édiffice abritait.

[3]Au Moyen-Âge, en Europe, les philosophes avaient le droit de philosopher, mais uniquement pour prouver que le christianisme est la vraie religion.

[4]Il n’est pas incongru à ce propos de signaler un fait qui s’est passé en 1947 dans un village de Kabylie. Un homme a reçu une lourde amende pour n’avoir pas respecté cet équilibre et cette harmonie de la nature propres aux premières religions. En effet, il avait tué traitreusement une perdrix et ses perdreaux qui allaient se désaltérer auprès d’un point d’eau. L’assemblée du village considéra qu’il avait manqué de respect à la perdrix et à la loi du village. Il fut donc châtié pour cela. Souvenez-vous des paroles de la chanson d’Idir «Am uferruj ar tissit, inɣa asseggeḍ s uxatel»(Comme la perdrix au point d’eau que le chasseur tue traitreusement). Cet amour de la nature est au plus profond de la culture et de la société kabyles.

[5]Le Sanctuaire, Templum en latin, signifie Ce qui est consacré. On y retrouve la racine indo-européenne *tem, couper, délimiter. Le terme de templum en latin désigne aussi bien un temple en dur qu’un espace consacré, même l’espace virtuel dans le ciel dans lequel sont censés passer les oiseaux attendus pour les auspices.

[6]Le temple d'Apollon à Delphes est d'abord une hutte en branchages avant de devenir un énorme édifice en marbre..

[7]Il y a quelques années, les mosquées des villages kabyles ne dépassaient pas les habitations.  

[8]La Civilisation minoenne et la civilisation mycénienne, célébraient leurs cultes dans les maisons, dans la palais ou en plein air, n'ont pas construit de temples. Le temple grec n'apparaît qu'au cours des siècles obscures, probablement autour du IXème siècle avant notre ère, sous la forme de constructions de bois et de briques qui abritent des statues des dieux et des déesses. Les premiers temples en pierre apparaissent au VII siècle avant notre ère.

[9]L'assemblée du village kabyle est aussi constituée de deux parties, une partie couverte qu'on appelle "Tajmaεt n ddaxel/L'assemblée de l'intérieur"et une non-couverte qu'on appelle "Tajmaεt n beṛṛa/L'assemblée de l'extérieur".

[10]Le Naos s'appelle Cella en latin, en italien aussi.

[11]Stylos : Colonne.

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