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  Selon le rite d'Anzar rapporté par Genevois, après que les convives à la cérémonie ont mangé, la matrone du village enlève ses habits à la fiancée et la laisse nue comme au jour de sa naissance. La jeune fille s'enveloppe d'un filet à fourrage. Puis elle fait sept fois le tour du sanctuaire, tenant la louche en main de façon à avoir la tête de la louche en avant comme si elle demandait de l'eau, tout en tournant, elle répête :

 

Tajemmaεt texla telluẓ,

Tḥers-iyi amzun d talafsa.

 

Le filet à fourrage est vide, il a faim,

Il m'étreint comme ferait une hydre.

 

        Nous constatons dans l'image usitée, dans le texte cérémonial, que l'eau, est encore une fois, comme dans toutes les traditions méditerranéennes, liée à l'hydre. L'hydre à sept têtes, talafsa m sebεa iqquray, représentée par les sept tours que la fiancée d'Anzar effectue, toute nue, autour du sanctuaire sacrificiel.

 

        Genevois écrivait : "... tenant la louche en main de façon à avoir la tête de la louche en avant comme si elle demandait de l'eau,..." - Comme si elle demandait de l'eau : Là, l'auteur se livre à une interprétation qui reste probable, mais peu certaine concernant le geste de la jeune fille. Car la tête de la louche/Aγenja ou Iflu, selon les villages, pourrait aussi signifier la tête de l'hydre ou l'arme avec laquelle l'hydre doit être décapitée. Nous reviendrons un peu plus tard sur l'interprétation que nous vous proposons à propos de la tête de l'ustensile.

 

          Dans la version de Genevois, le mythe d'Anzar est réduit au strict minimum. Il y a une sécheresse et les habitants des Aït Ziki consacrent un rite, pour obtenir de l'eau. Mais il n'échappe pas au lecteur qu'un rite, quelle que soit sa portée, est plein de mystères, dont seuls les initiés et les prêtres ont le secret. Le rite d'Anzar est loin de livrer tous ses secrets. Comme tous les rites d'antan, qui n'ont pas laissé d'écrit,  celui d'Anzar demeure hermétique à tout effort d'explication et d'analyse. Rien qu'à le comparer aux autres mythes méditerranéens, notamment gréco-romains, nous nous retrouvons devant une pléthore de possibilités. Mais à chaque fois que nous croyons tenir une explication, comme l'eau, elle nous échappe d'entre les doigts.

 

        Le filet à fourrage est personnifié dans le rite d'Anzar. C'est un monstre, au ventre vide, affamé, et qui demande à manger avant qu'il ne laisse à nouveau couler l'eau dans les sources et les fontaines. L'image nous rappelle la Gorgone, la nymphe Méduse maudite par Athéna pour avoir souillé son temple. La  Gorgone, monstre des Enfers, qui, du feu de ses yeux pétrifie les mortels en  asséchant leur peau et en les transformant en statues de pierre. La Gorgone, l'image de la mort, le visage hideux de la sécheresse. Nous nous plaisons  à croire que le mot aγunja est de même racine que Gorgo, ce qui nous laisserait supposer que probablement, la louche ne signifie pas l'ustensile de cuisine à remplir d'eau, mais bel et bien la tête du monstre, tourné vers le ciel, pour ne pas pétrifier de son regard brûlant les mortels présents à la cérémonie. Qu'est-ce qui motive à propos notre explication et  l'interprétation que nous vous soumettons ? Il y a que, dans une autre version du mythe d'Anzar, quand la jeune fiancée tend sa louche au ciel, le choeur de femmes l'accompagnant chante : Aman aman i uqlib, aγenja yettigririb/De l'eau, de l'eau pour le premier labour, pendant que aγenja/la louche roule. Quel objet peut-il rouler par terre si ce n'est la tête de l'hydre qui empêche l'eau de jaillir des fontaines ? Est-ce que la louche est un ustensile lié à l'eau ou plutôt à la nourriture qui se trouve dans Tuggi/Marmite ou aḍenjiṛ/Chaudron.  Pourquoi le choix de Aγenja, dans le rite, et non pas tabuqalt/L'aiguière, attribut de Tislit n Wanzar, pour recevoir l'eau du ciel ? Buγenja/Celui qui a la louche, appellation du rite d'Anzar, dans d'autres régions berbèrophones, ne serait-il donc pas le monstre à tête de Gorgone ? La racine ΓNJ ne ressemble-t-telle à celle de Lγula : nom arabophone de l'ogresse, ainsi qu'à Nuja/Ogresse et Lunja/fille de l'ogresse en kabyle ?

 

        Puis, il y a d'autres régions en Kabylie, qui appellent la louche Iflu (à lire Iflou), probablement du verbe Flu/Transpercer. La racine du mot Iflu est la même que celle du mot grec Oplo/Arme. Ne serait-ce pas la lance de la déesse Athéna, brandie à sa sortie de la tête de Zeus, contre le monstre du lac Tritonis ? Ne serait-ce pas l'épée que la même déesse a offert à Persée, fils de de la pluie d'argent (ou d'or selon les versions), pour couper la tête de Méduse, la nymphe amante de Poseidon, maître des eaux, que la vierge Athéna a transformé en monstre pour avoir souillé son temple ? - Rien n'est à écarter dans l'interprétation des rites, qui, très anciens, sont pleins de mystères.

 

        Que signifie donc cette fameuse louche que la fiancée d'Anzar brandit au ciel ? Mystère et boule de gomme !

 

        Le texte d'Anzar, que Genevois a rapporté, à la première lecture, ne semble pas compliqué, surtout qu'il ressemble à n'importe quel texte décrivant la tradiction d'une communauté qui continue encore à effectuer des rites païens "dépassés", mais exotiques pour le chercheur qui vient l'observer. Quel est le but de Genevois ? Est-ce juste la transcriptiion d'un mythe qu'il devait à l'époque remettre à son employeur, qui lui, en colon averti, tente de lui donner un sens  pour mieux connaître les croyances, les peurs, les interrogations, en deux mots, la culture du peuple qu'il s'apprête à soumettre ? Nous ignorons les intentions de Genevois, ainsi que celle de tous les chercheurs de l'époque qui ont silloné la Kabylie pour recueillir les  contes, les proverbes et les poèmes anciens.

 

        Le texte d'Anzar reste très obscur. Il est, comme tous les textes mythiques, exposé à differentes interprétations, souvent tendancieuses et idéologiques. Eviter la comparaison avec les mythes gréco-romains liés à l'eau, c'est le soustraire à la civilisation méditerranéenne antique et le placer dans le registre plutôt des populations "sauvages" qui continuent de rendre des cultes  aux esprits pour faire tomber la pluie. Ne rions-nous pas, nous les Kabyles, qui rendons le culte à Anzar de voir la danse de la pluie chez les Indiens ? Les Musulmans ne rient-ils pas aujourd'hui en voyant encore des sauvages Berbères rendre des cultes à Anzar ? Et le météorologue ne rit-t-il pas du Musulman qui prie à la mosquée pour faire tomber la pluie ? Sans doute, mais en silence. Et c'est ainsi dans tous les domaines.  

 

        Nous ne prétendons pas détenir la vérité sur le sens du mythe d'Anzar, loin de nous cette idée, mais l'esprit de ce mythe est païen et il mérite d'être comparé aux mythes gréco-romains, comme l'ont fait avec leurs mythes les intellectuels et chercheurs de l'Occident. Les Libyens n'avaient-ils pas fréquenté les Grecs, bâtisseurs de Cyrène ? Les Africains (Maures, Numides et Gétules) n'avaient-ils pas fréquenté les Romains, bâtisseurs de Timgad, de Césarée et d'autres métropoles encore ? Pourquoi parler de la civilisation gallo-romaine quand ça concerne l'Histoire de la France sous l'occupation romaine, pas de la civilisation berbèro-romaine quand il s'agit de l'Histoire de l'Afrique du Nord ?

 

        C'est dans une vision ancienne du "bon sauvage" qu'est , semble-t-il, rapporté par Genevois le mythe d'Anzar. Il ressemble à tout ce qui vient de cette partie du monde, à savoir, l'Afrique du Nord, y compris dans l'Art. Comme nous l'avons constaté dans le film "Le Gladiator",  un peplum à gros budget et grand public, qui en évoquant l'Afrique du Nord antique, montrait des Numides habillés en Arabes. Le mépris et l'ignorance de l'Histoire de l'Afrique du Nord laissent libre court à tous les fantasmes. Il en est de même aussi de l'interprétation de nos mythes et contes, on remet à jour, c'est à dire, au contexte islamique toute la culture ancienne, tout en ignorant les éléments, pourtant évidents,  qui nous ramènent jusqu'à Homère, Virgile et Apulée.  

 

        Sur ce plan, rien n'est épargné au Berbère de l'Afrique du Nord. Pour les Etats nord-africains, le Berbère est arabisé par l'Islam et pour les médias occidentaux, tout le monde est Nord-africain : Pieds-noirs, Juifs d'Algérie, Musulman d'Algérie, les Arabes, enfin tous ceux qui s'en réclament, excepté le Berbère.  Il ne voit ce sous-continent que dans le seul et unique cadre : celui du Maghreb pour les Arabo-islamistes, celui d'un pays de soleil, pour les Français anciens d'Algérie. Ils adorent dire de l'Afrique du Nord qu'elle fut autrefois terre de cohabitation des trois religions monothéistes. Mais personne ne daigne, parmi toutes ces catégories de populations revendiquer le passé berbère et païen de cette région. Au contraire, profitant de l'ignorance et de l'isolement des Berbères, ils mettent tous en avant leur passé religieux, jusqu'à se proclamer plus méditerranéens que les autres, davantage que les Italiens et les Grecs. Ils choisissent même des symboles autres que ceux de l'Antiquité. Il la  transforme jusqu'au parfum, Dans la Méditerranée du Sud actuelle, on ne jure que par le jasmin, plante d'orient bien sûr. Même les Révolutions, quand elles ne sont pas arabes, sont du jasmin. Tout cela se dit au mépris des Berbères, descendants d'Athéna, adorateurs de l'huile d'olive et du basilic.  

 

        Nous constatons donc que tous les mots choisis pour qualifier l'Afrique du Nord excluent les Berbères du paysage. Celui-ci ne se reconnait que dans le qualificatif pays du soleil, mais quel soleil ? Celui du Mechreq[1]/Moyen-Oriental sans doute.

 

        Il nous est rapporté que durant l'année 2011, alors que l'Etat algérien voulait tracer une route du côté d'Azazga à travers des oliveraies, et que les propriétaires de  ses champs se sont constitués en association de défense de leurs arbres, voici le préfet de la région, buveur de pétrole, qui rapplique avec ses forces de "l'ordre", en disant du haut de sa morgue aux protestants : "Vous avez l'olivier, et vous croyez posséder toutes les richesses du monde." - Passons le mépris qu'a ce responsable de la population de la région, encore que son ignorance de l'Histoire de cet arbre, attribut d'Athéna, toujours au feuillage vert, plusieurs fois millénaire, plus vieux que la présence de ses ancêtres en Afrique du Nord, symbole de la terre kabyle, ne peut être passé sous silence. Car sa blessante arrogance ne vise pas uniquement la dévalorisation de l'olivier, dont il ignore l'Histoire, mais l'âme et la culture kabyle. N'est-ce pas la raison pour laquelle on brûle chaque été les forêts de Kabylie ?    

 

Jeu de la balle, jeu de la guerre ?        

 

 

        Une fois que (toujours selon le rite rapporté par Genevois) la fiancée d'Anzar toute nue (ou pas), selon l'époque, est remise à la divinité, des jeunes filles en âge d'êtres mariées s'assemblent  auprès de la fiancée pour le jeu dit  "Zerzari"  : un jeu qui se pratique  avec une balle de liège. Elles se groupent dans un endroit plat, non loin du sanctuaire. Munies chacune d'un bâton, elles se disputent la balle jusqu'à ce qu'elle tombe dans le trou préparé pour la recevoir.

 

        Durant son voyage en Libye, Hérodote a pu observé un jeu pratiqué par les jeunes filles de ce pays : les jeunes filles se séparant en deux camps, elles se battaient à coups de pierres et de bâtons. Il disait qu'il n'était pas rare qu'elle se blessent, même mortellement parfois. Ce jeu est probablement instauré en l'honneur d'Athéna Pallas, qui  un jour, alors qu'elle jouait à la guerre avec sa compagne de jeu la naïade Pallas, fille de Triton,  la tua. Chagrinée, la déesse ne pouvant ressusciter la naïade, adopta son nom.

 

        Le jeu de la balle dans le rite d'Anzar fait peut-être écho au jeu de la guerre pratiqué dans la Libye d'Hérodote.  Et la balle qui roule, que les jeunes filles vierges du village poussent à l'aide des bâtons ne rappelle-t-elle pas Aγenja yettegririb/La louche roule ? Et le trou creusé pour accueillir la balle n'est-ce pas le trou du premier labour ? Le trou creusé pour recevoir la balle n'est-il pas l'ouverture du Tartare qui engloutit la tête du monstre ?  Le jeu de la balle n'est-il pas organisé par les vierges du village en l'honneur d'Athéna Pallas, protectrice des cités et des villages ?

 

Athéna, déesse berbère?[2]

 

 

        Athéna, vierge, déesse protectrice d’Athènes. Maîtresse dans l’art de la guerre, entendue comme stratégie. Déesse dont la sagesse est comparable à sa mère Métis, métamorphosée en goutte d'eau, que Zeus a avalée toute entière encore grosse de sa progéniture. Zeus attendait un fils qui le détrônerait, il eut une fille, née toute armée, sortie de son crâne.

 

        Ses innombrables surnoms évoquent les circonstances de sa naissance, ses caractères physiques, ou ses attributions: Tritogéneia (née près du lac Tritonis), Coryphasia (née sur une hauteur), Parthénos (la jeune fille, la vierge), Glaukôpis (aux yeux brillants), Hippia (protectrice des chevaux), Promachos (le rempart de la cité), Polias (gardienne de la ville), Nikè (la victorieuse), Ergané (la travailleuse), Pronoia (la prévoyante), Agoraia (déesse de l'agora), polyboulos (de bon conseil /πολύϐουλος ), fille de Zeus porte-égide (θύγατερ Διὸς αἰγιόχοιο / tygater Dios aigiokhoio). L'épithète poétique Pallas, souvent accolée au nom d'Athéna, proviendrait soit de παλλειν, "frapper", soit, plus vraisemblablement, de παλλα, "jeune fille". C’est donc une déesse qui apparaît comme profondément grecque[3].

 

Selon Hérodote, les Libyens font des sacrifices au Soleil et à la Lune, mais certains d'entre eux sont de fervents adorateurs d'Athéna et de Poséidon.

Si l’on en croit Hérodote, Athéna est une déesse empruntée par les Grecs aux Libyens, d’où son qualificatif de «Tritogéneia». On peut lire dans les Euménides d’Eschyle, une invocation à Athéna Tritogeneia. Faudrait-il en inférer que pour une partie des anciens, la déesse fille de Zeus, divinité éponyme d’une des plus grandes cités grecques, serait née près du lac Triton, c’est-à-dire en Libye ? On trouve en effet cette épithète aussi bien chez Homère que chez Hésiode, mais elle ne semble pas avoir ce sens topographique, elle signifierait pour l’un comme pour l’autre «née de la tête». La seule chose certaine que nous puissions dire c’est que cet adjectif a été assimilé par les anciens eux-mêmes à une région particulière de la Libye. Il faut signaler tout de même que pour la localisation du lac Triton, les anciens n’étaient pas d’accord du moins dans la période qui nous intéresse ici: certains le plaçaient en Libye comme Eschyle, d’autres parlaient d’un lac Triton dans la région du Nord de la Grèce qui touchent aux Scythes.[4]

        Il faut signaler que le passage des Euménides est daté traditionnellement de 458 et fait certainement allusion comme le précise François Chamoux, à l’expédition d’Egypte des Perses qui venait de commencer. Quant à l’importance du culte de Pallas à Cyrène et dans ses environs, on peut encore consulter la IXème Pythique de Pindare, v. 97 sq, où il est question des «fêtes de Pallas» pendant lesquelles Télésicrate suscite l’admiration des jeunes filles, puisque celles-ci pouvaient assister aux épreuves athlétiques, ce qui n’est pas sans faire écho à d’autres épreuves proprement libyennes qu’Hérodote nous décrit au bord du Lac Triton, et dans lesquelles les jeunes filles en l’honneur d’ «Athéna» montre leur courage en combattant les unes contre les autres.

 

«CLXXX. Immédiatement après les Machlyes, on trouve les Auséens. Ces deux nations habitent auteur du lac Tritonis ; mais elles sont séparées par le fleuve Triton. Les Machlyes laissent croître leurs cheveux sur le derrière de la tête, et les Auséens sur le devant. Dans une fête que ces peuples célèbrent tous les ans en l'honneur de Athéna, les filles, partagées en deux troupes, se battent les unes contre les autres à coups de pierres et de bâtons. Elles disent que ces rites ont été institués par leurs pères en l'honneur de la déesse née dans leur pays, que nous appelons Athéna ; et elles donnent le nom de fausses vierges à celles qui meurent de leurs blessures. Mais, avant que de cesser le combat, elles revêtent d'une armure complète à la grecque celle qui, de l'aveu de toutes, s'est le plus distinguée; et, lui ayant mis aussi sur la tête un casque à la corinthienne, elles la font monter sur un char, et la promènent autour du lac. Je ne sais de quelle façon ils armaient autrefois leurs filles, avant que les Grecs eussent établi des colonies autour d'eux. Je pense cependant que c'était à la manière des Égyptiens. Je suis en effet d'avis que le bouclier et le casque sont venus d'Égypte chez les Grecs. Ils prétendent que Athéna est fille de Poséidon et de la nymphe du lac Tritonis, et qu'ayant eu quelque sujet de plainte contre son père, elle se donna à Zeus, qui l'adopta pour sa fille.

 

Giulia Sissa analyse ce passage de cette manière: «Face à la parthénos qui serait tout entière dans son âge et dans son statut de non-mariée se dresse donc une figure qui témoigne une dissimulation possible derrière ces données de surface. Parmi les guerrières nubiles se cache une ou plusieurs dont apparence est trompeuse,        la plaie qui fait saigner le corps est censée mettre à nu une vérité obscure.» Il est intéressant de noter que la déesse se présente comme parthénos, vierge, à l’instar de deux autres divinités du panthéon grec, Hestia et Artémis. Quelle est le sens de cette virginité divine? En tout cas, il n’est pas inutile de rapprocher ce rite féminin d’ordalie[5] près d’une étendue d’eau du rite rapporté sur Anzar.

 

Selon Hérodote, donc, cette «Athéna», authentiquement libyenne, est une fille de «Poséidon » et d’une nymphe du lac « Tritonis ». Il faut noter que les Libyens ne l’appellent pas « Athéna ». Mais Hérodote prend l’habitude pour ses lecteurs de donner le nom grec des divinités qu’il rencontre, même pour l’Egypte. Alors s’agit-il d’une influence libyenne sur la mythologie grecque? Peut-être. Mais les Grecs, un siècle avant la visite d’Hérodote se sont installés en Libye, à Cyrène et on peut peut-être voir là un moyen pour les nouveaux colons de légitimer leur installation en Libye. Cependant, plusieurs images de représentations d'Athéna ont été retrouvées à Cyrène attestant de la dévotion de cette cité à l'égard d'une déesse qui passait dès le Vème siècle pour avoir vu le jour en Libye au bord du fleuve Triton. (Chamoux "Cyrène sous la monarchie des Battiades.) Athéna ou celle que les Grecs assimilaient à Athéna était donc considérée comme une déesse autochtone par les Grecs de Libye eux-mêmes.

 

Depuis longtemps déjà on assimile le mot ighid (chevreau) en kabyle et l’égide d’Athéna.

 

        189. Les Grecs ont emprunté des Libyennes l'habillement et l'égide des statues de Athéna, excepté que l'habit des Libyennes est de peau, et que les franges de leurs égides ne sont pas des serpents, mais des bandes minces de cuir: le reste de l'habillement est le même. Le nom de ce vêtement prouve que l'habit des statues de Athéna vient de Libye. Les femmes de ce pays portent en effet, par dessus leurs habits, des peaux de chèvres sans poil, garnies de franges et teintes en rouge. Les Grecs ont pris leurs égides de ces vêtements de peaux de chèvres. Je crois aussi que les cris perçants qu'on entend dans les temples de cette déesse tirent leur origine de ce pays. C'est en effet un usage constant parmi les Libyennes, et elles s'en acquittent avec grâce.»

 

        

Outre cet aspect ethnologique, on peut noter qu’Athéna a été considérée dans la période mycénienne comme une figure de la déesse mère. A Athènes, Athéna a été une variante de la montagne déesse-mère. Selon Raoul Lonis (Guerre et religion en Grèce antique, p.207) L’une des fêtes en l’honneur d’Athéna, les Arréphories, s’apparente étroitement aux Thesmophories en l’honneur de Déméter. Ainsi dans ces fêtes Athéna fait figure de divinité de la fertilité, de divinité chthonienne et apparaît comme une figure de la Grande Mère. Pourquoi ne pas voir dans le rite d’Anzar la jeune fille offerte à Anzar comme une de ses figures?

 

De la même manière dans les tablettes mycéniennes on peut trouver la même filiation dans le nom que porte Athéna: A-ta-na-po-ti-ni-ja, potnia, maîtresse, elle est qualifiée de maitresse du tissage, des chevaux, à l’époque classique. Mais on peut supposer aussi qu’elle est la maîtresse des bêtes sauvages, comme le suggère P. Lévêque qui interpréte la présence des lionnes au dessus de la porte de Mycènes. Ce dernier estime en effet que vraisemblablement les lionnes appuient leurs pattes sur un autel sans doute dédié à Athéna.

Elle vécut donc à Athènes sur l'Acropole, appelée à l'époque Athènè. Grâce à son locatif, Athénai donne un pluriel justifié par le synoecisme, la réunion de plusieurs bourgades. L'Athéna de l'Acropole s'appelait comme le rocher même. C'était la déesse chthonienne. A ce titre, elle protégera la polis naissante : ce sera Athéna Polias, qui protège la cité, ou agoraia (Gouraya?[6]). A ce titre de déesse-mère, Athéna était liée aux produits du roc, toute vie végétale ou animale existant dans les creux du rocher. Par conséquent, elle était symbolisée par l'olivier, par le serpent, et par la chouette ((t)Imieruf[7](t)), oiseau des cavernes, qui lui fut consacrée.

Cette Athéna chthonienne fusionne ultérieurement avec une divinité grecque. Athéna, dont l'étymologie n'est pas indo- européenne, n'est pas hellénique, a trouvé après les invasions doriennes une concurrente dangereuse : Pallas, mot grec qui signifie jeune fille, vierge. Il est à peu près certain que les envahisseurs hellènes ont amené avec eux cette divinité virginale, qui devait être martiale. C'était la vierge sévère, rebelle au mariage. Pallas et Athéna ont finalement fusionné, apportant chacune quelques caractères importants. Ceux d'Athéna étaient certainement les plus nombreux. Et c'est ce qui nous explique que, dans l'Olympe homérique, au panthéon des envahisseurs, Athéna ait fait figure d'intruse. Dans l'Iliade, Arès se plaint de l'intervention d'Athéna parmi les dieux comme d'un phénomène récent qui a bouleversé les cieux, et si la mythologie a imaginé la fabuleuse naissance de cette intruse qui n'avait pas de mère, la légende du fusionnement était née. Hésiode finit par lui inventer une mère, Mètis. Finalement, cette Athéna Pallas est la fille favorite du maître des dieux qu'elle aide de ses conseils. Elle tue la Gorgone et en place la tête sur son égide devenue gorgoneion. Le lien d’Athéna et de la Gorgone peut être rapproché de l’omniprésence de l’ogresse dans les contes berbères. Parfois née de la terre même, comme on suppose qu’Athéna le fit au bord du lac Triton

 

Quant à l’assimilation de Tanit à Athéna : elle ne repose sur rien (si ce n’est encore une fois une vague analogie onomastique), Tanit est assimilée dans les textes grecs à Héra, épouse de Zeus comme Tanit l’est pour Baal Ammon.

 

 

 

La guerre dans l'antiquité

 

        Athéna, déesse de la guerre, protectrice des Grecs devant les murs de Troie. Guerre rapportée par Homère dans l'Iliade. Une épopée sans pareille, où la guerre est présentée sous forme de tragédie humaine. Une guerre faite par les hommes au service des dieux, qui du haut de l'Olympe jouaient comme des enfants au jeu de la guerre, et dont les hommes constituaient des pions : j'enlève Hélène, j'avance ma flotte; j'arrête les vents; je te prends Patrocle; j'introduis Diomède en pleine nuit; je rends fou ton Ajax; j'élimine ton Achille; je t'offre le cheval; je te prends la tour; je te détruis ta ville... Les dieux, de l'Ether, prenaient du bon temps, entre une bouchée d'ambroisie et une gorgée de nectar, ils déplaçaient sur l'échiquier de la plaine de Troie des petits soldats de chair et de sang, rouge bien entendu.

 

        Homère le Grec, impartial, chantait avec la même fougue le courage des hommes des deux camps, qu'il voyait plus victimes que coupables. Innocents, ils s'entretuaient sous l'ordre des dieux. Cette faune céleste, manipulatrice et politicienne, qui envoyait à la mort les Grecs et les Troyens, en les encourageant avec des songes, souvent trompeurs. Mêmes les rois et les princes n'ont pas échappé à la maneuvre. Ils n'avaient aucune maîtrise sur leur destin, ni sur celui de leurs armés. Ils obéissaient aux dieux les yeux fermés.

 

        Les dieux, en fins diplomates, réglaient leurs comptes en mettant leurs protégés mortels en scène de guerre. Illustration faite quand survint la querelle, en pleine guerre, entre   Poséidon, protecteur des Argiens et son neveu Apollon, défenseur des Troyens. Apollon provoqué par son oncle Poseidon, lui dit : Moi, Neptune, moi te combattre ! Eh ! Pour qui encore ? Pour ces insectes, qui, semblables aux feuilles des forêts, ne naissent que pour mourir. Ah ! je serais en effet aveugle et insensé comme eux ! Allons, laissons là les combats, et abandonnons les mortels à leurs fureurs. Il recule en ces mots, et   respecte, dans Neptune, le frère du dieu qui lui donna le jour.

 

        La réplique d'Apollon nous rappelle la citation de Paul Valéry, qui dit quelques siècles plus tard : "La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas." - L'oeuvre d'Homère est plus qu'une épopée, c'est un hymne anti-guerre. Une allégorie de la guerre moderne, où les gouvernements ont pris la place des dieux de l'Olympe.

 

        La guerre, chez les païens, est un théâtre tragique, où l'homme, jouet des dieux, n'aspire qu'à rentrer chez lui pour reprendre sa paisible vie parmi les siens, comme l'illustre l'envie de retour à Ithaque chez Ulysse et ses compagnons.                

 

        La guerre de Troie fut une déchirure même pour les héros. Elle est plus un acte de colère qu'une envie de soumettre l'ennemi. la colère qui souvent cède la place au désespoir. A peine retenu par Athéna dans son élan de tuer son chef Agamemnon parce qu’il lui a confisqué Briseis, Achille se tourne vers Thétis, sa mère, cherchant consolation. Il pleure sur les rivages de Troie, comme le fera plus tard Ulysse, devant l'ombre de sa mère, lors de sa descente aux Enfers.

 

        La guerre de Troie fut aussi parfois un des moments forts où l'humanisme et la raison semblent triompher des passions et de l'affect des hommes. C'est quand les héros se hissent au niveau des dieux qu'ils paraissent grands et majestueux.  C'est quand Priam se rend au campement d'Achille pour récupérer la dépouille de son fils Hector et qu'Achille le reçoit non en  ennemi troyen, mais comme un père terrassé par la douleur. Cest quand Ulysse, qui, le premier des Grecs, a voulu rendre les hommages dûs à son rival Ajax, après son suicide.

 

        La guerre de Troie est perdue par tous. C'est la punition de Zeus contre les inhospitaliers. Troie qui paye pour l'enlèvement d'Hélène par Paris; Achille qui périt par Apollon pour avoir souillé son temple; Polyphème aveuglé pour son arrogance vis-à-vis de ses hotes et les prétendants au trône d'Ithaque pour avoir humilié le mendiant voyageur. Homère met en relief toutes les conséquences néfastes de la guerre, souvent absurde, où tous les acteurs ne subissent que souffrances et désolation. D'Agamemnon, tué dès son retour par sa femme à Ulysse qui erre des années durant avant de retrouver sa patrie. Des choses plus que jamais d'actualités comme semblent le confirmer les vétérans de toutes les guerres, notamment les combattants américains revenus du Vietnam, tous rattrapés par la folie des combats, les maladies et le désespoir.

 

        Homère n'a rien oublié des méfaits de la guerre.  L'Iliade et l'Odyssée sont plus qu'une leçon de vie. La guerre, chez Homère, tourmente même les morts. Ulysse l'a vu en se rendant dans les enfers, chez Tirésias,  où ils croise les ombres errantes d'Ajax, d'Agamemnon et d'Achille. Où est l'Elysium promis ? Il n y avait dans la voix d'Achille qu'amertume, remords et regrets d'avoir quitté la vie.

 

        La guerre, c'est aussi le refus de se soumettre devant la puissance.  C'est le combat des Athéniens contre l'invasion de Darius, le grand roi des Perses. Les Athéniens, condamnés à se battre pour ne pas perdre leur liberté. C'est aussi le courage de Spartacus, qui pour vivre en homme libre, refuse les combats absurdes de l'arène qui semblent être des spectacles de joie pour les nobles romains affamés de sang et pour un peuple de Rome complétement désoeuvré. La guerre d'Athènes contre les Perses et la rebellion de Spartacus  sont les précurseurs des luttes modernes : des guerres non pour aller au paradis, non  pour imposer la suprématie de son dieu, mais pour vivre libre.

 

Guerre des religions, guerres saintes ?

 

        Une guerre sainte est une guerre faite au nom d'un Dieu. Le concept est apparu dans l'ouvrage La cité de Dieu, un livre contre les païens, d'Augustin d'Hippone, alias Saint Augustin, où il dit en substance que si les païens ne veulent pas comprendre les beautés et les vérités du christianime, il faudra se résoudre à leur faire la guerre. Il commente cette parole de Luc XIV.23 : "Contrains-les d'entrer."  

 

        Depuis les guerres ont changé d'orientation. Elles se font au nom d'une divinité, d'une seule. Nous ne sommes plus dans l'idée ancienne où la guerre est justifiée par la grandeur d'un monde qui se dit civilisateur et qui tente par la même occasion de civiliser le barbare. La guerre sainte est devenue tout simplement un moyen d'envahir d'autres peuples  au nom d'un Dieu belliqueux et dogmatique, promettant le paradis à ses tueurs et à ses défenseurs.  Même si les objectifs de richesses et de spoliations sont de mise, les Monothéistes nous présentent la guerre comme un combat, non pour la liberté, concept païen à leur yeux, mais pour la justice de Dieu.

 

        L'homme, dans la guerre sainte, n'est pas seulement un pion sur le grand échiquier de Dieu, mais aussi sur celui des pontifes, des clergés, des rabbins, des imams, des rois, des sultans, des gouvernements et de tous les prédicateurs de la mort. Servir le roi, c'est servir Dieu. Nous sommes loin de la nature de la guerre de Troie où les dieux tenaient directement  un rôle dans le conflit, là, les hommes sont fanatisés par d'autres hommes, au nom d'un Dieu invisible, qui par leur truchement, promet le paradis pour les courageux et le feu pour les lâches et les traîtres. Tuez-les donc tous et Dieu reconnaîtra les siens. Amen.

 

        La guerre sainte ne s'intéresse pas uniquement aux richesses des peuples conquis, mais aussi à leur âme. Si la Rome antique honorait les dieux des peuples conquis, la Rome chrétienne et les empires monothéistes qui ont suivi détruisent jusqu'à la trace de toute croyance différente de la leur.  C'est la guerre déclarée aux civils, qu'on tue pour sauver leur âme.

 

        La guerre sainte est justifiée par le dogme. Autant Homère chante le courage des Grecs et des Troyens, dénonce les dieux manipulateurs, fait pleurer Achille et Ulysse, pousse même celui-ci à la révolte ouverte contre Poséidon; la guerre sainte, s'inspirant du Livre, n'a aucun doute quant à son action. Elle massacre aveuglément dans la bonne conscience de sa foi, la vraie et la juste.

 

 

Guerre d'Algérie, guerre de libération ou guerre sainte ?

 

        La guerre d'Algérie est libératrice dans le sens où elle est défensive, où des hommes et des femmes, refusant l'humiliation se sont soulevés contre le colon. Mais si le but de cette guerre était la liberté, noble objectif, que personne ne peut reprocher à un peuple qui y aspire, les "motivations" de certains acteurs de cette guerre restent obscures ou du moins incompréhensibles.

 

        Animés d'un nationalisme moderne, basé sournoisement sur la religion, du moins chez la majorité des inspirateurs, ils ont lancé leur peuple dans une guerre "sainte" qui refuse de dire son nom. C'est d"ailleurs le conflit qui semble opposer aujourd'hui les nationalistes algériens, dont les Kabyles, et les détenteurs de l'arabo-islmaisme, tous au pouvoir, tous anciens combattants.

 

        Mais malgré leur divergence, les deux adversaires, à savoir les Nationalistes algériens et les Arabo-islamistes partagent la notion de Tagmatt/Fratrie. Le mot Gma ou Khouya/Mon frère est créé et promu pendant la guerre d'Algérie. Un concept qui ne tire pas sa racine dans l'idée de la fraternité, mais bel et bien de la religion musulmane. La convergence entre les nationalistes algériens, mi-laïques mi-religieux, et les Arabo-islamistes, anti-laïcs et complétement religieux, est réalisée à travers l'idée qu'ils sont des frères dans la religion. Ce qui a poussé le peuple, dit algérien, à  combattre Aṛumi/Le Roumi, dont le nom est attribué dans l'Antiquité par les Africains du Nord au Romain, et qui finit par désigner le Français, voire même le Chrétien du Nord. C'est dans cette optique que nous jugeons que, pour la plupart des Algériens, la guerre d'Algérie fut et reste, dans leur esprit, une guerre sainte.      

 

              Sinon s'il s'agissait uniquement de chasser le colon hors de ses frontières, pourquoi les intellectuels algériens, notamment kabyles, ne prendraient-ils pas comme références  de résistance Dihia[8] et Koceïla[9] ? Non, ils ont choisi la guerre de Jugurtha. N'est-ce pas une tentative de montrer par ce choix que les Arabo-islamistes sont légitimes sur les Terres nord-africaines et que l'occupant vient toujours de la rive nord de la Méditerranée ?

 

        La sacro-sainte union des Algériens est alimentée et instrumentalisée jusqu'à l'exclusion de tout élément, qui risque de porter atteinte à l'Islam, érigé en contante nationale et consacré comme religion d'Etat, et considéré par "tous" comme le ciment d'un pays nouvellement constitué et dont la pérennité dans le temps semble fragile. Car dès l'indépendance, la nature revient au galop, et les Kabyles, désabusés et spoliés de leur victoire, se voient sombrer dans une Algérie exclusivement arabo-islamiste. Mais trop tard, le piège de Khouya/Mon frère s'est refermé sur eux. L'identité, la langue et la culture kabyles sont reniées au nom de l'unicité jacobiniste arabo-islamiste, inspirée par Allah, confortée par l’histoire du colonisateur et consacrée par Eldjihad/La guerre.

 

        Qu'est-ce que le Kabyle a gagné à l'indépendance ? Le droit à la liberté ? Nullement. Il est depuis l'indépendance face à un seul choix, un seul devoir, celui de devenir Arabo-Musulman. C'est le choix qu'a fait la Nation algérienne et si le Kabyle veut survivre comme tel, il doit se renier.  Et quand bien même des Kabyles de service le font, ils restent pour les détenteurs de l'Arabo-islamisme, les Arabes et les Musulmans, de la dernière zone. Ces Kabyles de service, passés pour de grands nationalistes algériens, le système les nourrit pour culpabilser leurs frères, qui, eux, ont tout perdu, à l'indépendance : ils leurs rappellent sans cesse leur devoir de se sacrifier pour le pays; le serment qu'il ont fait aux valeureux combattants qui ont donné leur sang pour lui. Encore une promesse qui ne cesse de couler comme un fleuve, rempli du sang des "martyrs", qui empêche le Kabyle d'atteindre l'autre rive où l'herbe est peut-être plus verte.

 

        A la fin de la guerre, le Kabyle, se croyant victorieux, rentre, comme un soldat grec revenu de Troie, joyeux et triomphant dans ses montagnes. Mais il ne tarde pas à se rendre compte que le voyage qui l'attend vers la liberté espérée est entre les mains d'un Dieu, encore plus violent que ne l'était Poséidon à l'égard d'Ulysse. Le Kabyle, pour se préserver, crée sa Phéacie, un pays imaginaire dans une Algérie hostile à son existence. La Kabylie, un pays officieux, une mère matrie, une montagne refuge que le Kabyle évoque quand la nuit le surprend loin dans les vastes plaines dangereuses et étrangères : Adrar ay uccen/A la montagne, chacal.    

 

        Adrar/La Montagne, muraille de fer, camisole de gré, confortablecitadelle et prison, qui résiste aux assauts de ses ennemis, mais en même temps, empêche le Kabyle de s'ouvrir sur la mer et sur le monde libre. Prisonnier volontaire, le Kabyle, les clés de la prison en main, s'accroche aux chaînes de la tradition pour ne pas disparaître. Il se renferme et se marginalise pour paraître spécifique, dans un environnement qui ne le reconnaît pas et dans lequel il ne se reconnaît pas.  Prison encerclée par l'armée, l'école et la religion de l'autre qui semblent l'épier comme des monstres n'attendant que son effondrement pour planter, enfin, sur ses ruines, leur drapeau macabre.

 

        Dans l'enceinte de sa citadelle, le Kabyle, faute de pays réel, organise son village selon ses valeurs et les lois ancestrales. Il se reconnaît comme membre de Phratrie[10] familiale, villageoise ou encore confédérationnelle. Il met le Qanun[11] n taddart/La loi du village au-dessus des lois religieuses, ce qui est peut-être l'un des points de rupture avec ses compatriotes arabophones qui, eux, considèrent que la seule vraie loi qui existe est celle de Dieu. Le Kabyle a plus répondu durant la guerre d'Algérie à l'appel de la fratrie, celle du sang et du sol,  qu'à l'appel de la fratrie religieuse. Jamais nous n'avons entendu les vieux et les vieilles kabyles parlaient des français en terme religieux. Il se sont soulevés plus contre l'opresseur que contre le Chrétien. Voilà sans doute la raison pour laquelle le Kabyle a, après l'indépendance, continué et continue à se battre pour la justice et la liberté.

 

        Les seuls Kabyles qui voient le Français sous le prisme religieux sont ceux-là mêmes qui sont au pouvoir, ou dans son sillage. Des courtisans qui, après avoir combattu le mouvement berbère, se retrouvent en tête de listes électorales et responsables locaux des centres culturels et des formations politiques. Ils se présentent comme vrais Kabyles face aux méchants Berbéristes fascistes et extrémistes. Ils réactivent les zaouias et les confréries religieuses. Ils ont su inventer le concept d'Islam kabyle, qu'il nous présente comme tolérant et compatible avec la démocratie. Ils se donnent comme ancêtres des religieux et des saints musulmans. Quant à l'Histoire, pour eux, elle commence avec leur ancêtre le général Tarik Ben Ziad, l'islamisateur de l'Espagne. Ce sont les mêmes nationalistes et courtisans qui continuent de cultiver, en Kabylie, la haine de soi et la gloire de la religion et de la culture islamiques. Leur discours est toujours le même, à savoir que l'Islam n'est pas un problème; ainsi ils empêchent tout débat sur la religion tout en se réclamant hypocritement de la démocratie  et de la liberté. Face au monde libre, "réactionnaire et impérialiste", ils s'unissent sous la bannière religieuse. Ils dénoncent avec la même force que les Islamistes, leurs frères-ennemis, les anciens colons, surtout les Romains et les Français, jusqu'à employer des formules commes celles des massacres de masse et de génocides. Le comique, c'est que beaucoup de ces nationalistes "religieux" vivent chez l'ancien colon. Et ce sont eux qui courent derrière les médias français, toujours choqués, pour dénoncer en tant que "Musulmans-laïcs" les amalgames et la stigmatisation qui visent leur religion. Interêts économiques en France et en Algérie obligent, ils se disent Berbères et athées dans les cafés et les soirées privées parisiennes, Arabes et Musulmans, mais laïcs, sur les plateaux de télévision. Voilà ce qui arrange les bonnes relations diplomatiques entre les Etats français et algérien. Les deux pays cherchent de bons Musulmans parmi les Kabyles, que l'Etat Français utilise contre l'Islamisme français et l'Etat algérien, allié de l'Islamisme, contre les Kabylistes laïco-extrémistes.  

          Guerre d'Algérie, guerre sainte, car l'Algérie indépendante n'a pas consacré dans sa Constitution la liberté comme religion d'Etat, elle a consacré l'Islam comme religion d'Etat. Voici la raison pour laquelle, aujourd'hui, on construit des mosquées, non des écoles de savoir qui apprennent à être citoyen et libre. La construction de mosquée, ce que les ethnologues appellent d'ailleurs le procès de territorialisation ou la fabrication de l'espace. Vulgairement parlant, c'est le prédateur de la jungle qui urine au pied d'un arbre pour marquer son territoire.

 

        La République algérienne, Etat-nation, d'obédience religieuse est devenue un énorme service public funèbre, organisateur de la mort. Il a, par son école et ses sphères religieuses, créé des croyants à la place des citoyens. Le dégoût de la vie, enseigné, s'est vite transformé en nihilisme psychologique. Les hommes et les femmes, désespérés de vivre, attendant le Miracle d'un Dieu, omniprésent et omniscient, devenu l'unique objet de leur désir dans lequel ils espèrent apaisemment à leurs frustrations après la mort.  

 

        La Kabylie, la Méditerranéenne, ne veut pas mourir. Elle aspire à un paradis sur Terre. C'est le soleil du Grand Midi qui s'approche, l'éternelle Kabylie, l'héritière inconsciente de l'esprit libyco-gréco-romaine, se réveille petit à petit de son cauchemar, de sa léthargie, et comme Athénes face à la Perse, comme Spartacus face à ses oppresseurs, elle veut livrer l'ultime bataille non pour sa survie, cette fois-ci, mais pour sa souveraineté. Combat qui la sortira de la fraternité de sang et de la religion et la propulsera à la République des lois et des idées. Combat qui fera quitter, enfin, à l"Homo Kabylus" sa posture de Kabyle autochtone pour le faire devenir citoyen libre.

 

        

 

 

 

 

 

 

Annexes sur Athéna

 

Textes sur une Athéna «libyenne»

 

Diodore, un auteur grec du Ier siècle avant JC, connu pour la volonté de rationaliser la mythologie en la considérant comme décrivant de manière légendaire les faits et exploits de personnages historiques, nous présente ainsi Athéna:

 

        Diodore III.70 : Athéna Tritogénie fille de Gaia, nourrice de Dionysos ;

        LXX. Ce fut dans cette grotte qu'Ammon déposa son fils, et qu'il le donna à nourrir à Nysa, fille d'Aristée. Il désigna, pour surveiller l'éducation de cet enfant, Aristée, homme remarquable par son esprit, par sa sagesse, et par son instruction variée. Afin de le garantir contre les embûches de Rhéa, sa marâtre, Ammon en confia la garde à Athéna, qui venait de naître de la Terre, sur les rives du fleuve Triton, d'où elle fut surnommée Tritonis. Selon le récit des mythologues, cette déesse fit vœu de garder une virginité perpétuelle, et à tant de sagesse, elle joignit un esprit si pénétrant, qu'elle inventa un grand nombre d'arts. Robuste et très courageuse, elle s'adonna aussi au métier des armes, et elle fit beaucoup d'exploits mémorables. Elle tua l'Egide, monstre terrible et tout à fait indomptable ; il était né de la Terre et vomissait de sa gueule une masse de flammes. Ce monstre parut d'abord dans la Phrygie, et brûla toute la contrée qui, encore aujourd'hui, s'appelle la Phrygie brûlée. Il infesta ensuite le mont Taurus, et incendia toutes les forêts jusqu'à l'Inde. Après cela, retournant vers la mer, il entra dans la Phénicie, et mit en feu les forêts du Liban. Ayant ensuite traversé l'Egypte et parcouru les régions occidentales de la Libye, il tomba, comme la foudre, sur les forêts des monts Cérauniens. Il mettait en feu toute la contrée, faisant périr les habitants, ou les forçant à s'expatrier, lorsque parut Athéna qui, surpassant les hommes en prudence et en courage, tua ce monstre. Depuis lors elle porta toujours la peau de l'Egide sur sa poitrine, soit comme une arme défensive, soit comme un souvenir de sa valeur et de sa juste renommée. La Terre, mère de ce monstre, en fut irritée : elle enfanta les géants qui furent plus tard vaincus par Zeus avec le secours de Athéna, de Dionysos et des autres dieux.

 

        Parmi les nombreux autres textes, Pausanias est intéressant, car il recoupe en partie certaines des données et prouve que la légende de l’origine libyenne s’est bien imposée.

 

        Pausanias, Attique, 14.6 reprend directement la légende rapportée par Hérodote, et y ajoute un détail personnel : les yeux bleus viennent de son origine marine ! En fait, dès Homère, Athéna est qualifiée de déesse aux yeux pers, aussi énigmatique que son surnom Tritogénie, mais qui semble faire référence à la couleur de la mer, donc gris-bleuté ; la couleur de ses yeux est donc bien antérieure à l’apparition de la tradition libyenne, et sans lien avec elle. Néanmoins, les liens entre Athéna et Poséidon se retrouvent ailleurs, en particulier en Arcadie, mais dans cette contrée, Poséidon n’est pas un dieu marin.

 

        Pausanias, Attique, 14.6 Le temple d’Héphaïstos est au-dessus du Céramique et du portique royal ; connaissant ce qu'on raconte de la naissance d'Erichthonios, je n'ai point été surpris de voir dans ce temple la statue d’Athéna auprès de celle de d’Héphaïstos, et en voyant la couleur bleue foncée des yeux de la déesse, j'ai reconnu que c'était une tradition Libyenne. Les Libyens disent en effet que Athéna était fille de Poséidon et de la nymphe du lac Tritonis, et c'est pour cela qu'elle a, comme Poséidon, les yeux couleur d'eau de mer.

 

        Pausanias, Corinthie.21 :

        Indépendamment des fables, voici ce qu'on raconte de Méduse. Elle était fille de Phorcos, après la mort duquel elle devint reine des peuples des environs du lac Tritonis ; elle commandait les Libyens lorsqu'ils allaient à la chasse ou à la guerre, et marcha à leur tête à la rencontre de Persée, qui avait avec lui quelques troupes d'élite du Péloponnèse. Elle fut tuée par trahison durant la nuit, et, quoiqu'elle fût morte, Persée fut tellement frappé de sa beauté, qu'il lui coupa la tête pour la faire admirer aux Grecs. Proclès, Carthaginois, fils d'Eucratès, croit la tradition suivante plus vraisemblable que la première. Les déserts de la Libye produisent beaucoup de monstres dont l'existence paraît incroyable à ceux qui en entendent parler. On y trouve, entre autres, des hommes et des femmes sauvages, et Proclès assura avoir vu un de ces hommes qu'on avait amené à Rome. Il conjecture donc qu'une femme de cette espèce s'étant égarée, vint aux environs du lac Tritonis, dont elle désolait les habitants, jusqu'à ce que Persée l'eût tuée. Comme cette contrée est consacrée à Athéna, le bruit se répandit que cette déesse avait aidé Persée dans son entreprise. Vous remarquerez dans Argos, vers le monument de la Gorgone, le tombeau de Gorgophone, fille de Persée.

 


[1] En attendant de trouver un nom à consonnance arabe à cet astre apollinien, comme ils ont trouvé Djbel pour Adrar/Montagne, Oued pour Asif/Rivière, Sahara pour Tiniri/Désert, etc.

[2]  Il ne s’agit pas ici de montrer qu’Athéna est une déesse libyenne ou berbère. Trop de délires y sont consacrés sur internet, mais de comparer des éléments de la tradition kabyle avec les propos rapportés sur la figure d’Athéna chez les écrivains grecs de l’Antiquité.

[3]Nombreux furent les temples consacrés à Athéna dans toute la Grèce. Les servantes de la déesse étaient des jeunes filles vierges. Outre Athènes, bien sûr, et le Parthénon, elle avait notamment des temples à Mycènes, à Tégée en Arcadie, à Chalcioecon en Macédoine... sans compter bien sûr le légendaire temple d'Athéna qui se trouvait à Troie et dans lequel les Troyens firent entrer le fameux cheval de bois. Le temple d'Athéna à Troie abritait une fameuse statue de la déesse, le Palladium. Dans le temple de Mycènes, on rendait des oracles. Selon la légende, c'est Apollon qui reçut de Gaïa les dons oraculaires, mais il n'en avait, semble-t-il, pas le monopole.

Les principales fêtes consacrées à Athéna étaient les Panathénées. Elles se déroulaient à Athènes, tous les ans pour les Petites Panathénées, et tous les cinq ou quatre ans pour les "Grandes". Elles faisaient venir d'Attique de nombreux voyageurs et donnaient lieu à des joutes sportives et musicales, ainsi qu'à un banquet. Lors des Grandes Panathénées, les jeunes filles d'Athènes promenaient dans la ville le Peplos, ou voile brodé exécuté par les femmes d'Athènes durant l'année, pour le porter à la statue d'Athéna Polias. On peut voir dans les musées d'Europe, en particulier au British Museum, des frises sculptées, sorties des ruines du Parthénon, et représentant les défilés des Panathénées

[4]On remarquera que le discours sur les Libyens est souvent le corollaire d’un discours sur les Scythes peuple qui a suscité beaucoup de fascination de la part des Grecs.

[5]L'ordalie est un ancien mode de preuve en justice, de nature religieuse, aussi appelé jugement de Dieu. Il consiste à soumettre les plaidants à une épreuve dont l'issue déterminée par Dieu désigne la personne bien fondée. Au Moyen äge il était très répandu dans les procès en sorcellerie.

[6] Guraya : Athéna  Agoraia (Protectrice de l'Agora). Et Yemma Gouraya ne serait-elle pas la protecrice de l'Agora de Bgayet, sachant que la déesse est née sur les rivages libyens ?

[7](T)Imeεṛuf(t) : Chouette, est de même racine que Minerve, déesse de la sagesse et de la guerre chez les Romains, Athéna pour les Grecs. La Chouette est l'attribut d'Athéna, ellle aussi sa messagère. Imiεṛuf signifie en arabe Celui qui sait. La Chouette représente effectivement la rason et la sagesse. Elle voit la nuit, dans les ténèbres. Oiseau de mauvaise augure pour les Monothéistes, d'où peut-être l' aversion qu'ont les religions monothéistes de l'animal nocturne, des savants et de tous les gens qui, qui comme la chouette, voient la nuit. La chouette s'appelle aussi Takubt dans certaines régions de Kabylie.

[8]Dihia ou Kahina : reine berbère qui a combattu les Omeyyades lors de l'invasion islamique en Afrique du Nord au VII siècle de notre ère.

[9]Koceila, Aksil en Berbère, roi berbère et chef de la résistance à l'invasion arabo-islamique au VII siècle de notre ère.

[10]Dans son ouvrage "La vie quotidienne des dieux grecs", Marcel Detienne écrivait à propos de la Phratrie chez les anciens Grecs : la Phratrie : une association fondée sur des relations de familles, des alliances, le voisinage. Ceux qui en font partie se disent "frères", frères classificatoires, non pas frères de sang  "Les Adelphes". Une  phraterie rassemble des riches et des pauvres, des aristocrates et des gens de petite naissance, sans hiérarchie. La phraterie fonctionne comme une structure d'accueil : on y entre sur présentation du groupe familial. En principe, à la naissance, première présentation. Reconnu par le père, intégré au foyer, au feu de la maison, ayant reçu un nom, l'enfant grec reçoit une première identité par les dieux de la maison et de la famille. A l'âge de 16 ans, au moment de la puberté légale, le futur "frère" est introduit dans devant l'assemblée des "frères". La présentation officielle d'un nouveau frère est sanctionnée par un sacrifice appelé Koureion, du nom de la victime immolée de la tonte, tonte des moutons, des chèvres, mais aussi des jeunes garçons devenus pubères." - Description qui nous rappelle la progression d'un garçon en Kabylie, depuis la naissance jusqu'à son introduction à l'assemblée du village. Première cérémonie au sein de la famille, sanctionnée par un petit sacrifice, à la naissance d'un garçon. Deuxième cérémonie, toujours familiale, sanctionnée par l'achat d'une tête de boeuf, à la première tonte de sa chevelure; puis troisième cérémonie le jour où le village l'introduit dans l'assemblée. On dit : "Yekcem tajmaεt : il est introduit à l'assemblée. "            

[11]"Au milieu du VIème siècle avant notre ère, apparaissent dans les cités de la Grèce des "maîtres en écritures publiques". Personnages importants dans la mesure où mettre les lois de la cité par écrit sous une forme monumentale vient instaurer la ppublicité, organiser le champ du politique, fonder l'Etat de droits à vocation "isonomique", c'est à dire qui favorise l'égalité devant la loi. Les scribes publics, experts en lettres "rouges" ou "phéniciennes", comme on les appelle, jouent un rôle essentiel dans la définition et dans la formulation du Xanun /"Bien commun" et du Koinon/ de la Cité-Etat." Extrait tiré du chapitre  "Affaires des hommes, affaires des dieux", dans "La vie quotidienne des dieux " de  Marcel Detienne. Lqanun n taddart/La loi du village ne vient-il pas de Lkanun/Foyer. Ne signifie-t-il pas à l'origine, foyer familial, foyer du village, bien commun ? Lkanun n Tmes/Le foyer. Si l'on croit  William B. Hodgson, dans l'une de ses lettres adressées, en 1828, au président de la société philosophique de Philadelphie, il disait que le mot Times en Berbère signifie Feu, le principal moteur de la nature et le symbole de la pureté. Les Romains font dériver Puritas/Pureté du mot grec Pur, feu, le plus dur de tous les éléments. Dans la Mythologie grecque, Thémis est la déesse de la vérité et de la justice. Hodgson finissait son expilcation par cette question : "Pourquoi le nom de la déesse de la Pureté ne serait-il pas dérivé d'un mot berbère, ayant le même son et la même signification ? " - Le mot Thémis en grec signifie la loi divine - Times/Le feu ne serait-il pas donc l'éclair de Zeus, la loi du roi des dieux, le feu de la justice ? Lqanun n taddart/Loi du village pourrait donc signifier Loi des hommes en opposition à Lkanun/Loi divine. Nous savons aussi qu'Apollon donnait aux fondateurs des cités un trépied en bronze, trépied qu'on appelle en kabyle Lkanun n wuzal ou lkanun bu tlala iḍaren. Un trépied qu'on pose sur le foyer et qui sert de porte chaudron. Le trépied est le symbole de fondation, le feu commun, par lequel les héros sont autorisés à fonder des villes. Le trépied est parfois remplacé en Kabylie par Inyen, Ini au singulier, trois briques de terre cuite qu'on pose autour du foyer et qui font office de trépied. Le mot Ini/Inyen en kabyle pourrait venir du latin Ignis/Feu.        

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