Brûler la terre pour conquérir les esprits...

Brûler la terre pour conquérir les esprits...

" Il est un arbre dont je n'entends pas dire qu'ait germé son pareil ; un arbre invaincu, arbre...

La lutte culturelle ou l'impossible victoire?

La lutte culturelle ou l'impossible victoire?

            Selon Régis Debray «Une...

Tisnalalit ou la Renaissance

Tisnalalit ou la Renaissance

Le phénix ou phoenix, mot grec Phoînix, qui signifie "Pourpre" est un oiseau légendaire, doué...

Le défi kabyle

Le défi kabyle

               La Kabylie peut...

La Kabylie, une terre méditerranéenne

La Kabylie, une terre méditerranéenne

              Par ses paysages et...

Les Maîtres de vérité en pays kabyle (4)

Les Maîtres de vérité en pays kabyle (4)

                "Elle se tient...

Pourquoi ce site?

Pourquoi ce site?

  « Notre propos sur ce site est de rendre la Kabylie à sa dimension méditerranéenne,...

Nos ancêtres adeptes du soleil

Nos ancêtres adeptes du soleil

                ...

Qu'Athéna nous protège !

Qu'Athéna nous protège !

            Il fut un temps, le monde...

Pour une loi réprimant le blasphème

Pour une loi réprimant le blasphème

Voici une contribution de notre ami et maître, Jean-Michel Lascoux, ancien professeur de Lettres...

La mort dans le regard

La mort dans le regard

              Acrésios, roi d'Argos a une fille qui s'appelle Danaé. Selon l'oracle, si cette...

Religion et liberté en Kabylie

Religion et liberté en Kabylie

      "La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même pour devenir maître, et ne...

L'homme ancien et l'idée de dieu

L'homme ancien et l'idée de dieu

Pour le monothéiste, Dieu est unique. La croyance, pour ce dernier, est très simple. Dieu,...

Le monstre dans l'imaginaire kabyle

Le monstre dans l'imaginaire kabyle

Awaγzen, ogre ou cyclope...

Apulée - Eros et Psyché (texte latin)

Apulée - Eros et Psyché (texte latin)

  (Apulée L'âne d'or ou les Métamorphoses Livre IV) [28] Erant in quadam civitate rex et...

Afulay - Iṛus d Psukki :-: Apulée - Eros et Psyché

Afulay - Iṛus d Psukki :-: Apulée - Eros et Psyché

    (Texte latin) Iṛus d Psukki     Amacahu, deg yiwet n turbit1, llan...

Anẓar, Ilibbiyen, Igrikkiyen d Ilaṭiniyen

Anẓar, Ilibbiyen, Igrikkiyen d Ilaṭiniyen

Imezwura-nneγ ttgen aṭas n wazal i tmeddurt d wayen sen-d-yezzin. Ttidiren s wayen...

VIII. Timecreṭ, le centre du cercle

VIII. Timecreṭ, le centre du cercle

              La viande de...

Les Maîtres de Vérité en pays kabyle (3)

Les Maîtres de Vérité en pays kabyle (3)

        L'oracle et la...

Pour une nouvelle Numidie ! Mise au point (2)

Pour une nouvelle Numidie ! Mise au point (2)

      Le mythe est le discours d’une société sur elle-même.   Il nous...

Les Maîtres de vérité en pays kabyle (2)

Les Maîtres de vérité en pays kabyle (2)

  La Vérité des saints kabyles   Pour les Grecs de l'âge...

VII. Timecreṭ, dans l'oeil du monothéisme

VII. Timecreṭ, dans l'oeil du monothéisme

    Dans cet article, nous allons essayer d'étudier un exemple parfait de...

VI. Timecreṭ, partage de compensation

VI. Timecreṭ, partage de compensation

                    Timecreṭ est une pratique qui met fin, durant un jour, aux inégalités...

Les Maîtres de Vérité  en pays kabyle (1)

Les Maîtres de Vérité en pays kabyle (1)

  Tidett, Vérité en kabyle, est presque sur toutes les lèvres et...

La Kabylie et la religion

La Kabylie et la religion

              Le villageois kabyle...

Epictitus, Afuslibri - Epictète Manuel

Epictitus, Afuslibri - Epictète Manuel

I. Ta eph'hémin ta ouk eph'hémin (Ayen icudden ɣer-nneɣ d wayen ur ncudd ara...

Nos ancêtres, vous dites? Lesquels ?

Nos ancêtres, vous dites? Lesquels ?

              Les Kabyles disent...

Tous azimuts: contre le Berbère

Tous azimuts: contre le Berbère

         Nous allons, dans cet article, voir comment...

Si l'Afrique du Nord m'était contée...

Si l'Afrique du Nord m'était contée...

En ce moment, nous lisons énormément de choses dans les journaux et sur les pages des réseaux...

Le paganisme, à l'épreuve du monothéisme

Le paganisme, à l'épreuve du monothéisme

Nna Tassadit, une vieille femme kabyle, dans son champ, vaque à ses activités champêtres....

Le réveil du Lotophage

Le réveil du Lotophage

  "Mais, à peine en chemin, mes envoyés se lient avec les Lotophages qui, loin de méditer le...

 Mammeri:

Mammeri: "L'arbre de mon climat à moi, c'est l'olivier"

      "L'arbre de mon climat à moi, c'est l'olivier ; il est fraternel et...

"La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert" Mise au point

  Si nous nous intéressons aux cultures antiques grecques et latines, ce n'est pas pour...

Tafigurit n ddunit ɣer Yemzwura-nneɣ

Tafigurit n ddunit ɣer Yemzwura-nneɣ

(ixf amezwaru) Imezwura-nneγ ttgen aṭas azal i tmeddurt d wayen sen-d-yezzin. Ttidiren...

Les Berbères ont le droit de revendiquer leur part de l'héritage gréco-latin

Les Berbères ont le droit de revendiquer leur part de l'héritage gréco-latin

  Entretien réalisé par le correspondant de la Tribune à Tizi...

  • Brûler la terre pour conquérir les esprits...

    Brûler la terre pour conquérir les esprits...

  • La lutte culturelle ou l'impossible victoire?

    La lutte culturelle ou l'impossible victoire?

  • Tisnalalit ou la Renaissance

    Tisnalalit ou la Renaissance

  • Le défi kabyle

    Le défi kabyle

  • La Kabylie, une terre méditerranéenne

    La Kabylie, une terre méditerranéenne

  • Les Maîtres de vérité en pays kabyle (4)

    Les Maîtres de vérité en pays kabyle (4)

  • Pourquoi ce site?

    Pourquoi ce site?

  • Identité religieuse, entre étiquette et ressentiment

    Identité religieuse, entre étiquette et ressentiment

  • Nos ancêtres adeptes du soleil

    Nos ancêtres adeptes du soleil

  • Qu'Athéna nous protège !

    Qu'Athéna nous protège !

  • Pour une loi réprimant le blasphème

    Pour une loi réprimant le blasphème

  • La mort dans le regard

    La mort dans le regard

  • Religion et liberté en Kabylie

    Religion et liberté en Kabylie

  • L'homme ancien et l'idée de dieu

    L'homme ancien et l'idée de dieu

  • Le monstre dans l'imaginaire kabyle

    Le monstre dans l'imaginaire kabyle

  • Apulée - Eros et Psyché (texte latin)

    Apulée - Eros et Psyché (texte latin)

  • Afulay - Iṛus d Psukki :-: Apulée - Eros et Psyché

    Afulay - Iṛus d Psukki :-: Apulée - Eros et Psyché

  • Anẓar, Ilibbiyen, Igrikkiyen d Ilaṭiniyen

    Anẓar, Ilibbiyen, Igrikkiyen d Ilaṭiniyen

  • VIII. Timecreṭ, le centre du cercle

    VIII. Timecreṭ, le centre du cercle

  • Les Maîtres de Vérité en pays kabyle (3)

    Les Maîtres de Vérité en pays kabyle (3)

  • Pour une nouvelle Numidie ! Mise au point (2)

    Pour une nouvelle Numidie ! Mise au point (2)

  • Les Maîtres de vérité en pays kabyle (2)

    Les Maîtres de vérité en pays kabyle (2)

  • VII. Timecreṭ, dans l'oeil du monothéisme

    VII. Timecreṭ, dans l'oeil du monothéisme

  • VI. Timecreṭ, partage de compensation

    VI. Timecreṭ, partage de compensation

  • Les Maîtres de Vérité  en pays kabyle (1)

    Les Maîtres de Vérité en pays kabyle (1)

  • La Kabylie et la religion

    La Kabylie et la religion

  • Epictitus, Afuslibri - Epictète Manuel

    Epictitus, Afuslibri - Epictète Manuel

  • Nos ancêtres, vous dites? Lesquels ?

    Nos ancêtres, vous dites? Lesquels ?

  • Tous azimuts: contre le Berbère

    Tous azimuts: contre le Berbère

  • Si l'Afrique du Nord m'était contée...

    Si l'Afrique du Nord m'était contée...

  • Le paganisme, à l'épreuve du monothéisme

    Le paganisme, à l'épreuve du monothéisme

  • Le réveil du Lotophage

    Le réveil du Lotophage

  • Feraoun:

    Feraoun: "Nous sommes riverains d’une même mer, tributaires d’un même climat et fixés sur la même...

  •  Mammeri:

    Mammeri: "L'arbre de mon climat à moi, c'est l'olivier"

  • "La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert" Mise au point

  • Tafigurit n ddunit ɣer Yemzwura-nneɣ

    Tafigurit n ddunit ɣer Yemzwura-nneɣ

  • Les Berbères ont le droit de revendiquer leur part de l'héritage gréco-latin

    Les Berbères ont le droit de revendiquer leur part de l'héritage gréco-latin


SEFRou

        "D acu-k, ay Aẓar, ma yettu-k Wanẓar ?/Que deviendrais-tu, racine, si Anzar t'oubliait ?" -  Voici un proverbe kabyle qui rend compte de l'importance d'Anzar, à la fois en tant que dieu et en tant qu'eau.  Il est impossible aux racines des plantes de survivre si l'eau vient à leur manquer. L'eau est un matériau vital à la vie de tous les êtres vivants. Aucune vie n'est possible sans ce liquide cristallin qui court dans les veines des roches, de la terre, des arbres et du corps animal. Tout l'univers est constitué d'eau, selon le philosophe présocratique Thalès[1].  

        La science moderne ne tardera pas à affirmer que notre présence de la vie sur Terre est liée à l'eau. Même si l'univers n'est pas fait exclusivement de cette matière, mais elle reste pour le moins essentielle dans la constitution terreste, ainsi que dans celle des êtres vivants.

        Il en va donc de la Terre comme de  l'être humain, chez qui l'eau circule en un cycle ininterrompu et assure diverses fonctions : elle aide au maintien d'une température constante à l'intérieur du corps, irrigue les tissus et permet la fabrication des cellules, participe aux réactions chimiques au sein de l'organisme, facilite la digestion des aliments et permet l'évacuation des déchets métaboliques.

        Tel est son rôle dans l'organisme vivant. Aucun être vivant ne peut survivre à une longue soif. Le manque d'eau provoque la sécheresse à tous les niveaux : de la terre qui se fissure, aux plantes qui se fanent, en passant par les animaux  qui se déshydratent... Les hommes ont tout le temps peur de la sécheresse. Ils sont capables, comme à l'aube de l'humanité, de se faire la guerre pour le précieux liquide, source de la vie.

        Mais pour les sédentaires, l'eau n'est pas garantie à vie. Il arrive qu'elle disparaîsse après avoir été abondante. Sa disparition provoque impérativement des migrations de populations, suivies parfois de conflits et de guerres.  

        Le mot "racine" en kabyle signifie à la fois la racine végétale et la veine sanguine. Notre proverbe kabyle parle non seulement de l'eau qui arrose les racines terrestres mais encore des origines de "L'homo Kabylus".

        Aman est le mot utilisé par les Kabyles pour désigner l'eau.  Le mot Aman est masculin et il est toujours au pluriel: neγlen waman/L'eau s'est renversée, ffγen-d waman/l'eau a jailli, wwten waman/l'eau est tombée, etc.  Mais quelle est l'origine du mot Aman ?  D'où provient la racine MN ? Certains linguistiques rapprochent le mot berbère Aman au mot Maïme en hebreux et Maa en arabe. Ces linguistes sont ceux qui ont tendance à rattacher les Berbères[2] et leur langue aux origines chamito-sémitique, et de surcroît ils justifient et légitiment la présence arabo-islamique en Afrique du Nord, tout  en reniant, avec force idéologie, tout passé libyco-gréco-romain aux Nord-africains.  

        La racine MN du mot Aman pourrait aussi bien être rapprochée du nom du dieu Amon, dont le temple se trouve à Karnak, près de l'Oasis de Siwa, région habitée jusqu'à nos jours par des populations berbères, et ce depuis la plus haute Antiquité.  Il n'est pas impossible que le nom d'un dieu provienne des éléments de la nature. Les exemples sont légion : le dieu Ra signifie en égyptien soleil, Anzar signifie en kabyle pluie... Pourquoi le dieu Amon[3] ne serait-il pas à lié au mot Aman[4], surtout quand on sait que la vie des Oasisiens de Siwa repose exclusivement sur l'eau.

        Beaucoup de mots se sont formés à partir de la racine MN, notamment des noms des points d'eau, des villages, des et des lieux agricoles. Des mots comme Agelmim[5]/Igelmimen (Retenue(s) d'eau ou étang(s)), Iγil Igelmimen (Village en Kabylie), Anu/Puits (En Kabylie); Geldaman (Région en Kabylie). Ce dernier mot Geldaman est un composé, il vient de Agellid n waman/Roi ou dieu de l'eau, probablement une variante d'Anzar.

        

        Beaucoup d'autres mots sont venus de la racine LL. Comme Ilel/Mer ou Itel chez les habitants  de Djarba, en Tunisie; Sitel/Mirage chez les Touaregs - F. Laoust "Mots et choses berbères"; Il/Fleuve chez les Zenaga (Appellation berbère du Sénégal); Slil/Rincer, Tala/Fontaine, Taliwin/lieu humide, llulec/Etre très probre, yeblules/Se dit d'un champ plein d'eau et Illili/Laurier, en Kabylie; lilu/Eau courante chez les Libyens de Nfoussa; Aγbalu/Source chez les Berbères marocains et les kabyles.  

        Puis d'autres mots encore venant de la racine NẒR, de Anẓar/Dieu de la pluie, Nẓer[6]/Etre à sec, Taneẓruft[7]/Désert et Tala Tinẓrarin/Nom de fontaine, au village Agoussim, en Kabylie (Voir articles précédents).

        L'eau, comme dans la vie de tous les hommes, a toujours pris une place importante, si ce n'est la plus importante,  dans celle des Libyens,  nom donné par les Grecs aux Libou, mot qui signifie "Peuple de l'eau", et dont la terre s'appellera la Libye. Terre que les Romains baptisèrent plus tard Afrique en rapport à Tifrit/Grotte, déesse libyenne chtonienne de l'agriculture, à laquelle les Romains ont donné le nom de Africa (Voir la pièce de monnaie de l'Afrique romaine sous le règne de l'empereur Hadrien).  Ironie de l'Histoire, aujourd'hui, tout le continent s'appelle Afrique, excepté le Nord, qu'on surnomme actuellement Maghreb (Couchant), en opposition au Mechreq (Levant), qui, lui, désigne l'ensemble des pays de la péninsule arabique.  

        Les Romains, après avoir conquis l'Afrique, c'est-à-dire l'Afrique du Nord, ont tracé une frontière, appelé le Limes d'Afrique, une ligne destinée à assurer la sécurité de la province romaine face aux tribus nomades du désert. Aujourd'hui, un nouveau limes, qui ne dit pas son nom, et qui, contrairement au premier, est tracé par le colon français, à l'entrée des pays Saheliens, en partant depuis le Nord, fait office de frontière entre l'Afrique noire et l'Afrique du Nord, devenu Maghreb. Ce que nous pouvons appeler Le Nouveau Limes, Le Limes français, La frontière nord de l'Afrique ou encore le Limes à l'Envers, si vous avez un peu d'humour. Vous avez le choix du nom. La terre berbère ne refuse aucun partage, ni aucune toponymie. Elle est de tout le temps considérée comme du beurre, n'importe quel fil peut faire l'affaire. On livre les territoires du Sud aux "vrais" Africains et ceux du Nord aux "faux" Arabes et on explique aux Berbères que ce juste et équitable partage répond sagement à  une incontournable exigence géo-politique. Une explication que les Berbères, eux-mêmes, dans leur profond coeur de croyants, siège de la paix, de la fraternité et de l'amour du prochain, prennent sereinement avec une belle dose de naïveté,  pour du Destin. On a l'impression que les Berbères font l'objet d'une politique perverse qui consite au jeu  de : A qui leur trouve des origines[8], les prend.

        La Kabylie, malgré une importante pluviométrie, souffre en été de manque d'eau. Les fontaines et les rivières sont presque à sec en cette période de l'année, alors qu'il y a quelques années, les rivières de la région offraient même du poisson aux amateurs de la pêche à la ligne, sans oublier que ces rivières, remplis de mare, bordées de laurier, de jardins potagers et d'arbres fruitiers, constituaient des coins de loisirs et de fraîcheur inestimables.  C'était à l'époque où l'eau appartenait à Anzar et autres divinités de l'eau. Aujourd'hui, ce liquide est devenu la propriété d'un Etat, pour ne pas dire du monstre froid, assoiffé et anthropophage, qui, comme l'hydre des contes kabyles, empêche toute possibilité de s'abreuver à une source claire et limpide. A quand le retour de l'archer à l'arc d'argent pour tuer ce Python infâme?

        Même les neiges éternelles qui embellissaient jadis les montagnes du Djurdjura[9], aujourd'hui, les habitants de la région l'accueille en ennemie. La neige, qui fait le bonheur des peuples développés, qui la transforme en source d'eau, de joie et d'argent, n'apportent aujourd'hui aux Kabyles que misère et catastrophes. Au point d'entendre des Kabyles, dévots impénitents, culpabiliser à voir tomber tant de neige sur des hauteurs vertigineuses. Et comme à chaque fois qu'il y a un tremblement de terre ou des inondations, des missionaires monothéistes profitent de l'occasion pour rappeler aux Kabyles leur manque de foi sincère. Chaque "catastrophe" naturelle, pourtant prévue et annoncée par les spécialistes, se transforme en dévotion devant le nouveau dieu, qui n'arrête pas de punir les habitants des hauteurs par des tempêtes de neige et ceux des zones sismiques par des tremblements de terre. Chaque catastrophe innocente le pouvoir et accuse Dieu, le juste tueur, et ouvre les portes de la foi aux réticents et aux derniers incrédules de la région. Chaque catastrophe naturelle ouvre la voie à la crainte de Dieu, à la crainte de sa rage et à la mendicité de son pardon, que les philosophes grecs  dénonçaient à leur époque comme la forme la plus pure de la bêtise religieuse.  

        "Les Grecs ont un mot pour désigner cette terreur quand elle excessive : deisidaimonia, que nous traduisons par Superstition, en passant par le latin Superstitio. La deisidaimonia est une une attirude de frayeur perpétuelle à l'égard des puissances divines. Elle découle d'une perception d'une menace permanente et détermine une conduite qui devient un véritable mode de vie. Le sentiment de danger oblige à guetter tous les signes, les moindres indices de ce que les dieux veulent qu'on fasse, qu'on évite, qu'on dise. La peur engage à un rituel continu, car toujours, tout le temps, sans répit, il est urgent de faire face à la colère de Zeus ou à la vengeance d'Hécate. Puisqu'il vit dans l'angoisse, le superstitieux vit dans le culte. Tous son temps en est accaparé. Pour Théophraste, pour Plutarque, il est un malade" (Voir : La vie quotidienne des dieux grecs, de Giulia Sissa et Marcel Detienne, Editions Hachette, page 154) 

        A ce fait, le monothéisme islamique, conquérant et prosélyte, a repris le pire du polythéisme que Théophraste et Plutarque ont dénoncé à leur époque. Têtue est la naïveté du Berbère qui, au vingt-et-unième siècle, croit encore que sa vie est régie par Dieu, pendant que son dominateur, fils de ce dieu, l'éloigne de la vie, lui apprend à mourir chaque jour davantage, le maintient dans la peur et l'obéissance pour mieux le soumettre. Le monothéiste explique au villageois kabyle que la vie n'a aucune valeur, que seule la mort compte, que l'homme n'est rien, que la seule vérité est Dieu, que les choses de la terre sont éphèmères, que l'au-delà est éternels...

Mais le Berbère ou le Kabyle, en entendant tout cela, ne manque pas de remarquer que son mentor et maître de foi possède des Etats; fait la guerre pour ses origines, sa culture, sa langue, sa religion et ses mythes, enfin, toutes les choses d'ici-bas, dont il dit aux Berbères qu'elles ne comptent pas.

        La peur, voilà ce qui terrorise le Berbère. La peur de mourir, n'est-ce pas ce qui a fait, selon Hegel, de l'homme l'esclave.  La peur qui brouille le cerveau, qui rend confuse jusqu'à la notion du temps et de l'espace. Le temps des fables, dépolitisé, fait d'un passé légendaire, sans dates, à la fois lointain et proche,  qui ignore l'avenir, qui, en fin de compte, se confond avec la mort. Un temps circulaire qui tourne avec la lune, astre nocturne, froid et vidée de sa lumière d'argent et du visage d'Artémis. Chaque décennie, chaque génération, le temps tourne sur lui même et sur l'homme kabyle, comme ce serpent qui se mord la queue et se demande pourquoi il tourne.  C'est le vertige permanent pour cet oiseau des hauteurs. Il a peur de tout, de la pluie, de la neige, du soleil, du lendemain, de la vérité, de lui-même comme dirait le poète.   Il se lamente et se plaint de sa terre, qu'il voit à travers le regard méprisant de ses ennemis. Une terre qu'il pense stérile, qui en réalité, est plus fertile que la cervelle de ses détracteurs. Il ignore son terriroire, que ses ennemis n'hésitent pas à repeupler, à découper et à dilapider, dès qu'il a le dos tourné.  Il croit comme les Phéaciens d'Homère que son pays est un isolat, qui se situe hors espace et hors temps, non répertorié sur les cartes géographiques, et que Dieu a décidé de punir, dans le silence,  avec de la neige, pour son manquement à la religion, des autres bien sûr,  Il se laisse comme à chaque fois ensevelir, avant qu'il ne crie au secours à ceux-là même qui souhaitent sa disparition.

        Il est temps à "L'Homo kabylus" de prendre conscience de lui-même, de regarder autour de lui,  de prendre part en tant qu'acteur dans la construction de son avenir et de son destin. Il ne peut continuer d'être spectateur des scènes tragiques, qui se jouent devant ses yeux, où il  est représenté comme un obstacle sur la route de médiocres comédiens  qui aspirent à la gloire et à la grandeur dont il est exclu. L'Homo kabylus doit se consulter lui-même pour savoir ce que son être désir,  à quoi son âme rêve et aspire. Il doit cesser de se lamenter sur son sort, de relever la tête, de créer afin que lui-aussi, comme l'homme moderne, triomphe sur tout ce qui lui fait peur.  L'Homo kabylus doit devenir ce qu'il est. Il doit même se surpasser, lâcher bride à son génie, recréer son corps. se lancer dans la conquête de la vie, en somme se doter d'une volonté de puissance, car là où celle-ci est absente, il y a déclin. Il doit maîtriser le temps historique et politique, doit connaitre son espace afin qu'il puisse donner un sens à son action. Il doit vivre dans le présent, dans l'action, pour pouvoir aspirer à un avenir autre que celui de la tombe et les jardins hypothétiques de l'au-delà. Il doit aspirer à la liberté, non à la paix. Il doit quitter définitivement l'absolutisme oriental et opter pour le relativisme universel. Il doit se libérer de ses peurs, de ses démons, de lui-même, pour renaître et avancer s'il désire quitter sa situation de minoritaire, de minorisé, d'assisté et de "barbare".  Il faut qu'il se débarrasse de la crainte qu'il a de Dieu, des bêtes sauvages et de ses rêves.

        "L'Homo kabylus" doit vivre  et non passer sa vie à la recherche de ses origines. il n' a pas à justifier son existence sur cette Terre pour aspirer à la souveraineté. Il doit, comme tous les autres peuples, se créer son mythe de création et se donner définitivement un acte de naissance en copie intégrale. Pour quoi s'acharne-t-on à prouver au monde que nous sommes Berbères ? Nous le sommes par notre être, notre culture, notre langue et notre Histoire. L'Homo kabylus doit mystifier sa naissance, comme tous les autres peuples, et ne donner crédit à aucune recherche concernant ses origines. Il est normal de dire que l'Athénéen descend de lui-même,  le Romain du dieu Mars et le Berbère doit présenter son génome, prouver scientifiquement, noir sur blanc, comme quelque animal préhistorique, d'où il est venu, pour pouvoir décider s'il doit être souverain ou protégé.

        La Kabylie, soeur de la rive nord Méditerranéenne gréco-romaine, que la Pangée a séparé de son  ensemble il y a 6 millions d'années, avant qu'elle ne devienne une partie de l'Afrique du Nord, appelée aujourd'hui à tort le Maghreb, est la terre de "l'Homo kabylus". C'est là où il est né, à défaut d'y faire son trou. Autochtone, né avec sa soeur jumelle de la déesse Gaïa, avant que la vache des orphelins, à la disparition de leur mère, ne les allaite tout deux, comme l'a fait autrefois la louve de Rome. Terre kabyle qui, à la disparition tragique de l'animal aux grosses mamelle, continue du fond de son sein terrestre, de nourrir de beurre et de miel, à travers des trous de roseaux, ses enfants abandonnés.  La terre matrie qui "refuse" de devenir patrie pour l'Homo kabylus, terre qui continue à nourrir et à porter dans son giron des enfants qui par ailleurs "refusent" de grandir. A croire qu'il se complaisent dans l'orphelinat. Il pleure éternellement la vache "sacrée", que leurs ennemis ont égorgée et mangée.  En change, on lui promet du miel et le beurre de l'autre côté du Styx. Ils refusent de bâtir sur les restes de l'animal à lait une République ou un Royaume pour la protéger, faire perdurer son mythe dans leurs coeurs par des lois, des  légendes, non pour endormir nos enfants,  mais pour les réveiller à jamais.

        "L'Homo kabylus" doit revister son Histoire. Pas uniquement celle faite de résistance[10], mais aussi la souveraine, faite de royaumes. Revisiter l'Histoire des grands rois, à l'image de Massinissa le constructeur et de Juba II le savant. Le premier a uni l'Afrique du Nord et le second a construit des théâtres, des bibliothèques et des aires dédiés à l'Art et à la culture.

        Des alliés de Rome l'éternelle, la mère de Césaria, elle-même soeur d'Athènes. Juba II, adepte de la culture grecque, celui que les Grecs appelaient "Le savant grec." - Juba II qui connaissait Rome, son Histoire, les influences grecques de celle-ci, et que lui-même voulait pour sa cité.  Le sage helléniste, adepte des arts et des lettres grecs, constructeur et protecteurs des sanctuaires de savoir. Celui dont notre association Mare Nostrum épouse aujourd'hui la démarche, laquelle consiste à réehélléniser l'espace de civilisation méditerranéenne.  

        Mare Nostrum, le lac romain de jadis, qui aujourd'hui est devenue notre patrie. Terre d'huile d'olive, de basilique, et de miel, Terre d'Homère le grec, de Virgile le latin et d'Apulée le berbère. Trois sages qui nous ont tracé la voie, que les peuples de la Méditerranée doivent réinventer et dresser comme des colonnes d'Hercule contre les nouvelles invasions religieuses, qui tentent de faire disparaître toute trace libyco-gréco-romaine antique du bassin méditerranéen. Trois génies, trois références pour donner le La à l'ensemble méditerranéen, pour recréer un nouveau monde, une nouvelle Mare Nostrum, prospère et puissante comme jadis.

        Pour ce faire, "l'Homo kabylus" doit prendre part à l'entreprise, affirmer sa présence, mettre en valeur son amour pour cette Terre, berceau de la démocratie, de l'humanisme, de la liberté, des arts et de la culture universelle. La Méditerranée, notre mer, la seule fenêtre qui reste à "l'Homo kabylus" pour s'échapper vers le monde libre, celle dans laquelle se jettent les jeunes nord-africains, comme Ulysse, pour échapper aux Cyclopes et autres monstres, mangeurs d'hommes et inhospitaliers.  

        "L'Homo kabylus" doit revendiquer sa part d'héritage de la civilisation et de la culture antique gréco-romaine. Il ne doit pas focaliser son attention sur la guerre de Jugurtha, qui n'est qu'un épisode, certes important, mais malheureux dans l'Histoire romano-numide. Détester les Romains, c'est rejeter l'universel et tous les savoirs faire que cet immense empire a apporté à l'humanité. Les Romains sont allés partout, et partout on a appris d'eux et on a adopté leur mode de vie et leur culture. Les Romains ont tué Vercingétorix, il a passé des années de sa vie dans la même prison que Jugurtha, mais les Français ont-ils pour autant rompu avec les Romains ? Au contraire, ils ont tiré le meilleur d'eux, sur tous les plans. Les Romains, contrairement, à certains colonisateurs qui ne disent pas leur nom, ont construit des routes, bâti des villes aux beaux édifices, ont apporté partout la culture grecque, ont civilisé des pays, n'ont jamais détruit l'Histoire ni les mythes des peuples conquis. La Numidie est considérée comme un allié, comme la France aujourd'hui est alliée des Etats Unis. Les Romains ne doivent pas être regardé uniquemet comme les bourreaux de Jugurtha, ils sont aussi le peuple qui a fait monté sur le trône un empereur d'origine berbère du nom de Septime Sévère. Un empereur qui a bâti beaucoup de cités, des routes, des aqueducs en Afrique du Nord. Un empereur qui a construit,  à Rome, dans le Forum, son arc de triomphe à côté de la prison de son aïeul Jugurtha. Aujourd'hui entre l'arc de triomphe de Septime Sévère et la prison Mamertine, les Italiens ont fait poussé un bel olivier, notre arbre commun, le symbole de la paix.  

        Quand l'idée de l'Union de la Méditerranée est née, nous l'avons accueillie avec beaucoup d'espoir et d'enthousiasme. Séduits et enchantés, nous avons commencé à rêver de la renaissance d'une civilisation, presque disparue, mais ô combien belle et utile. Celle qui jadis  a donné ses lettres de noblesse à une petite mer, où l'eau, toujours troublée, fait penser aux voyages et à la liberté. Méditerranée, mot magique, qui signifie Homère, père des poètes, excite déjà notre esprit, nous attire vers le large et nous pousse à la rencontre d'un glorieux avenir. Mais  c'était sans compter sur les monothéistes de la région, qui, dès l'annonce par le président français de l'idée, se sont accaparé la parole pour nous dire que la Méditerranée, c'est eux. Nous voyons depuis des débats télévisés entre rabbins et imams, qui au lieu de l'Iliade et l'Odyssée, nous racontent les histoires de la Bible et du Coran.  Soudain, l'odeur du basilique et d'huile d'olive s'évanouit pour laisser place aux souhaits de paix entre Juifs et  Musulmans.  Nous voici repartis, encore une fois, dépités et exclus de la future Méditerranée.

        Après avoir rêvé d'une Méditerranée culturelle, l'idée de son Union, tributaire du conflit israëlo-palestinien, devient soudain religieuse, dont l'Histoire, jonchée de "vérités absolues" moyen-orientales, nous rappelle à l'ordre et nous invite solennellement à oublier le vieux monde, sa philosophie de la vie et son cortège de faux dieux.  

        Une idée de la Méditerranée tellement séduisante que  nous avons failli sombrer aux chants des sirènes et nous jeter à l'eau, mais le sage Ulysse nous a bouché les oreilles et nous a permis d'échapper à une illusion, voire d'un mirage, réflétant de loin le monde d'Homère.

        Tombés de Charybde en Scylla, nous nous sommes résignés au grand rêve, celui de voir renaître de ses cendres la parole des assemblées athéniennes, la pensées ancienne, les banquets et les dialogues philosophiques du sage Platon, nous voilà en train de découvrir une autre Méditerranée, à travers la télévision, la grotte des enchâinés, aspirant à un dialogue de sourd entre monothéistes judéo-musulmans, séparés par la même divinité.

        Voici la raison pour laquelle nous avons créé notre Méditerranée, virtuelle certes, mais, c'est la nôtre, et c'est dans son miroir que nous nous reconnaissons.  Celui qui reflète le voyage d'Ulysse, les yeux glauques d'Athéna, les colères de Jupiter et le calme olympien des stoïciens grecs.

XXIème siècle, siècle des religions ?

        Jeunes, nous avons aimé les différentes versions sur l'origine du monde et des dieux de toutes les cultures. Chaque peuple a produit sa belle et sa "véritable" histoire sur le sujet, il l'a crue et il nous l'a racontée. Les Muses d'Hésiode nous ont enchanté de leurs chants, avant de nous avertir : "Pasteurs qui dormez dans les champs, race grossière et brutale, nous savons ces histoires mensongères qui ressemblent à la vérité; nous pouvons aussi quand il nous plaît, en raconter de véritables." - Ainsi dirent les filles éloquentes du grand Zeus, et elles placèrent dans les mains du pasteur d'Hélicon un sceptre merveilleux, un verdoyant rameau d'olivier; elles lui soufflèrent une voix divine, pour annoncer ce qui doit être et ce qui fut. Elles lui ordonnèrent de célébrer la race des Immortels, les biens heureux habitants du ciel.

        Par la voix d'un pasteur devenu poète, nous avons bu de ses jolis chants,  cru aux divinités de l'Olympe, tout en nous méfiant des Muses, qui savent raconter des histoires mensongères qui ressemblent à la vérité, mais qui peuvent aussi quand  il leur plaît en raconter de véritables. Voilà qui est dit. Parole de poéte, inspiré par les Muses, filles de Zeus, messagères de leur père. Messagères qui avertissent leur messager auprès des mortels d'un éventuel mensonge divin.  De là commence une croyance, qui a un Livre, celui de la Théogonie, écrit par Hésiode, sous la dictée des Muses, filles du Père des Cieux.

        Ainsi commence l'Evangile polythéiste.

        Le pasteur de Hélicon se coiffe de sa couronne d'olivier, s'arme de son sceptre, abandonne ses brebis et s'en va, par les chemins, dire la bonne nouvelle à  d'autres "brebis".  Il s'en va chantant la naissance des dieux, les nouveaux maîtres de l'univers.  Hommes, femmes et enfants sont allés à la rencontre de l'aède, l'ont écouté et se sont mis à espérer.  Partout en Grèce,  on construit des temples, sacrifie et chante les louanges des nouvelles divinités.  la foi grandit et les cultes se multiplient. Chaque communauté, chaque individu choisit son dieu fondateur et protecteur.  Les douze dieux de l'Olympe réalisent l'unité religieuse de la Grèce; puis, par le bras guerrier grec,  étendent leur champ d'action à d'autres terres; imposent leur volonté à  d'autres peuples, avant de finir triomphant dans le panthéon de Rome, la louve cosmocrator.

        Mais, chez quelques sages ioniens, le doute s'installe quant à l'origine du monde. Ils prennent les Muses au mot et se lancent dans une nouvelle activité, qu'on appellera plus tard : la recherche scientifique. Ils se mettent à scruter l'univers et à interroger ses éléments. D'aucuns disent que l'univers est constitué d'air; d'autres d'eau, puis d'autres encore d'atomes. Ainsi nait la philosophie qui, à l'instar de la Théogonie d'Hésiode, s'interroge en premier lieu sur l'origine du monde. De là, arrive plus tard d'autres philosophes, athéniens pour la plupart, pour continuer le travail amorcé par leur prédécessurs.

        La pensée grecque se détache petit à petit des dieux jusqu'à mettre l'homme au centre de son système. ce qui poussa ce dernier à fonder des cités, créer ses propres lois, ainsi que sa propre justice. Quant à la croyance, elle resta dans le domaine de l'esprit, les cités la maintiennent afin de ne pas perdre le lien qui a depuis des siècles unis l'homme grec à ses dieux. L'homme grec se met à penser et à créer des discours. la parole se libère et donne, de fait, naissance à la démocratie.  

        C'est l'âge de Périclès, où Athènes devient le centre universel des arts et de la pensée.  Des sages affluent de partout et chacun apporte dans ses bagages de nouveux rêves et de nouvelles idées. Tout se développe : architecture, théâtre, philosophie, astronomie, arithmétique, histoire, géographie, médecine, science économique, etc. C'est l'âge d'or athénien. Les dieux, quant à eux, finissent en marbre et en bronze, sous les mains magiques des peintres et des sculpteurs. Tous puissants, du haut de leurs socles, ils continuent narcissiquement d'admirer leurs images et de veiller sur l'ordre et la marche du monde. Toutefois, l'homme reste libre de ses choix de vie. Aucun dieu ne l'empêche de penser ou de lui disputer même l'acte de créer.

        Dans son De Natura Deorum, Cicéron écrivait : "La vie des hommes est le repère et le répondant de la vie des dieux."

        Mais malgré tout cela, le peuple grec, comme tous les peuples, continue d'être défini en rapport à sa croyance. On ne dit pas de lui qu'il est démocrate ou philosophe, on dit qu'il est polythéiste.  L'homme religieux reste propriétaire de l'identité du peuple auquel il appartient. Cela dure jusqu'à nos jours, notamment dans les pays pauvres et moins developpés, où c'est la religion qui détermine l'identité des ses habitants, même celle de ceux qui ne croient pas. L'Islam va encore plus loin dans la besogne ; c'est mourir Musulman ou de force. Condamnation à vie pour ceux qui épousent l'Islam et à mort pour ceux qui s'en séparent. L'islam est l'époux à vie, pour le meilleur et pour le pire. Surtout pour le pire. Comme dirait l'autre : "De l'Islam, on n'en fait qu'une expérience."

        A l'ouest de la Grèce, les enfants de la louve donne naissance, dans le Latium, sur le mont palatin, à une autre cité : Rome[11].  la cité prospère et devient un Empire, qui, fascinée par la Grèce, transporte la culture de celle-ci dans toutes ses colonies. A l'instar de l'Athènien, le Romain s'empare des affaires politiques et laisse le reste aux dieux. Et eux, du haut du ciel,  le guide, moyennant cultes.

        Les choses vont ainsi chez les peuples méditerranéens antiques jusqu'à la chute du paganisme. Après cela, le Christianisme devient la religion officielle de Rome et, de suite, il impose sa vision biblique de l'origine du Monde. C'est le triomphe de la Genèse à la fois sur la Théogonie d'Hésiode et les théories "scientifiques" des Physiciens d'Ionie. Retour à la case départ, pire,  avec les monothéistes Il n y a aucun doute dans les paroles de leurs "Muses". Les leurs ne disent que la Vérité et rien que la Vérité. Elles le jurent même, la main posée, non sur la lyre, mais sur Le Livre cette fois-ci.

        

        La Genèse triomphante sème dans la tête du païen, avec les feux de l'Enfer, une nouvelle mythologie :  La pomme de discorde devient la pomme de la connaissance, l'ambroisie et le nectar des dieux tournent en fleuve de beurre et de miel, Abraham obtient la toison d'or sans les Argonautes; Noé chasse de leur barque du déluge Deucalion et Pyrrha; Saint Pierre détrône Hadès; Saint Jean écarte Apollon devant le dragon; Athéna devient la vièrge; le Christ prend les chaînes de Prométhée; le petit David se paye la tête du rusé Ulysse en tuant un monstre plus grand que Polyphème; le visage de Mohamed est plus éclatant que celui de Phoebus; le démon déloge du corps humain Dionysos; Moise soulève les mers sans l'aide de Poséidon; Anzar passe les clés du chateau d'eau à Allah; Aphrodite rejoint le couvent et se fait Sainta Venere; son fils Eros devient ange asexué; Priape se change en diable; le poète-pasteur d'Hélicon devient prophète; les dieux et les déesses de l'Olympe deviennent des Saints  et des Saintes; et le puissant Jupiter, castré, comme le lui a prédit Gaïa, se convertit à la nouvelle religion et se fait Galilléen, sous l'ordre de Théodose.  

        D'autres temps, d'autres légendes, Athènes devient orthodoxe, Rome catholique et l'Afrique du Nord musulmane. Tous les chemins ne mènent plus à Rome, mais à Jérusalem et à la Mecque, pays des miracles. Terre sainte d'un Dieu tricéphal. Terre des prophètes et des familles sacrées, où des vérités absolues pleuvaient du ciel comme l'eau.

        Qui des peuples d'Athènes, de Rome et de Kabylie se souviennent aujourd'hui de ses dieux détrônés ? Tout le monde connaît les histoires des prophètes et des familles sacrées du moyen orient, et c'est dans leurs histoires que le descendant de Zeus cherche la Vérité. Tous les Kabyles connaissent l'histoire d'Abraham et d'Isaac, de l'arche de Noé, de l'ange Gabriel, d'Abel et Caïen, de Moise et Josef, d Adam et Eve, mais ils restent sans voix quand on leur demande qui est Anzar, qui sont  Apollon et Artémis, Rémus et Romélus, Deucalion et Pyrrha, qui est Thésée, Jason, Persé, Ulysse, Achille,  Ajax et autres héros, issus, eux aussi, de grandes familles royales, si ce n'est parfois de celles des dieux et des déesses.  

        L'ignorance de l'ancienne religion n'est pas uniquement observée en Kabylie, loin de là, il en est de même en Grèce et en Italie. L'homme méditerranéen est à l'image de Costas, un citoyen grec de Nauplie, dans le Péloponnèse, propriétaire d'un verger d'orangers, à côté du site de Tyrinthe, qu'il cultive avec l'aide de l'Europe[12]. Costas, une connaissance,  ne connaissait des mythes grecs qu'Hercule qu'il savait être né sur sa propriété.

          Les histoires monothéistes sont devenues la culture populaire des peuples. Quant aux histoires polythéistes, il faut aller à l'école pour les connaître, si ce n'est à l'université pour un Kabyle.  Le monothéisme, se voulant à la fois religion et science, veut nous faire croire que celle-ci est de son côté, que celle-ci n'a remis en cause que la vision du monde de l'homme antique, s'inspirant des fables et de l'imagination des poètes d'antan. Un Monothéiste, quand il ne peut empêcher une vérité scientifique d'émerger, la récupère et la dresse contre l'"ignorance" de nos ancêtres de l'antiquité et des primitifs qui ont vécu sans Dieu, voire sans âme. Les Chrétiens n'ont-ils pas à Rome exploiter les écrits de Lucien contre les dieux de l'Olympe pour le censurer par la suite une fois ils ont pris le pouvoir ? La raison et le savoir scientifique sont, pour le monothéiste, condamnables. Il l'a démontré à plusieurs reprises, Hypatie, Galilée, pour ne citer que les plus connus. Mais dès qu'une idée scientifique triomphe, il l'impute à Dieu l'inspecteur, car le scientifique, l'homme créateur, à leurs yeux n'est que l'inspiré que Yaveh-Dieu-Allah a inspiré.

        Encore une fois, l'idée n'est pas nouvelle. Il était une fois, Athèna, déesse de la sagesse; Apollon dieu des arts et de la médecine, accompagné des Muses,  filles de Zeus, ils insufflaient sur leur chemin à l'homme grec la science et la technique.  Mais tout cela, c'est du passé. Du temps où Jesus était le verbe pour les Chrétiens, où l'homme était Jahel/Ignorant pour le Musulman. Car seul Dieu, l'unique, l'omniscient et l'omniprésent, inspire le sage et le savant, car lui-seul connaît la Vérité. Voici l'un des arguments, si ce n'est, l'argument qui,  sans doute,  a mis le feu à la bibliothèque d'Alexandrie, où ont péri des parchemins d'un savoir inestimable à jamais perdu pour l'Homo Sapiens.

        Et depuis, Rome sombre dans la décadence pour ne renaître que des siècles plus tard dans une Italie artistique et renaissante. Ce que la belle Hellène n'a pas eu la chance de connaître. Car la Grèce n'a et ne cesse  de décliner depuis la fin de l'âge classique. La Grèce, terre des dieux, des héros et premiers philosophes, inventrice de la logique, de la parole politique, de la cité moderne et de la démocratie, puisse-t-elle sombrer à nouveau dans un âge obscur, après celui qui a suivi la chute de Mycènes ?  Comment un pays tel que la Grèce, inspiratrice des grandes civilisations, elle, qui a atteint le sublime au cinquième siècle avant notre ére,  dans l'Art et le dialogue philosophique, peut-elle sombrer, aujourd'hui, dans une discussion byzantine avec elle-même ?

        Voilà ce qu'a fait le Monothéisme de l'homme méditerranéen : il lui a confisqué son passé, son Histoire et ses mythes. Il surnomme les mythes monothéistes "Religion" et les mythes polythéistes, c'est-à-dire les siens,  "Mythologie".  La mythologie : fabrique des dieux, activité  des mythos et des menteurs.  Que peut cette discipline faite de fables et d'histoires de vieilles mères devant la grande Histoire d'Elohim et de ses enfants élus ?

        Nous ne comptons pas fermer la Méditerranée aux autres cultures, mais nous souhaitons qu'elle redevienne à nouveau un carrefour de civilisations, comme elle a été sous le rayonnement de la Grèce et de la Rome antiques. Si le siècle prochain devient religieux, comme l'ont prédit certains, si les peuples ne peuvent plus se passer des religions, si d'aventure le laïcisme des lumières, acquis majeur de l'humanité,  est condamné au déclin, ce que nous ne voulons pas bien entendu,  autant que le bassin méditerranéen se réinvente, refasse sa mue dans une nouvelle renaissance, dont les Italiens ont le secret, pour pouvoir se perpétuer à travers les déluges de l'absolutisme  et de l'orthodoxie orientaux.

                 


[1] Thalès : premier philosophe grec, (- 625 à -547), fondateur de l'école de Milet. En plus d'être un sage et un politique, il invente la science physique, les mathématiques et une philosophie basée sur l'eau comme élément premier indéterminé.  

[2] L'un des partisans de la théorie selon laquelle les Berbères viendraient de l'Orient, et sont d'origine chamito-sémitique, est le chroniqueur arabe Ibn Khaldoun, l'auteur de "L'Histoire des Berbères." -Selon lui, les Berbères seraient les enfants de  Ham, frère de Cham, tous les deux enfants de Noé. Les Berbères, toujours selon lui, seraient venus du Yémen. Mais dans son "l'Histoire des Berbères", Ibn Khaldoun n'a aucun moment cité les Grecs ou les Romains. Pire encore, il a arabisé tous les noms toponymiques de l'Afrique du Nord. Par là, nous comprenons que son oeuvre ne répondait à l'époque qu'au désir et et peut être à une commande du colon arabo-musulman, qui pour justifier sa présence en Afrique du Nord, chargea Ibn Khaldoun de réecrire l'Histoire des Berbères; ou autre possibilité,  une commande de Berbères eux-mêmes placés en position de pouvoir qui voulaient justifier leur appartenance au peuple du prophète. Rien de surprenant, c'est la même Histoire que servent aux Berbères, aujour'dhui,  les Etats arabo-islamiques de l'Afrique du Nord, surnommé par eux, avec la complicité de leurs alliés occidentaux : Le Grand Maghreb. A rappeler aussi qu'Ibn Khaldoun, dans son "Hisoire des Berbères", en aucun moment n'a cité les Historiens grecs et latins qui ont écrit sur l'Afrique du Nord : Pausanias, Polybe, Tive-live, Salluste... pour ne citer que ceux-là. D'où Ibn Khaldoun tient-il ses sources pour écrire son Histoire des Berbères ? Une Histoire inventée sans doute par lui et ses employeurs de l'époque.

[3] Comment s'appelle réellement Amon en égyptien et en libyque Amen, comment nous l'avons écrit dans les notes précédentes ? Imen, le caché, comme le prétendent certains auteurs ? A part la racine MN, il est difficile de rendre compte du vrai nom antique local de cette divinité, que, du reste, chaque auteur tente d'exploiter selon  ses convictions politiques du moment. Les Grecs l'assimilent à Zeus, qui lui aussi, dissipe les nuages et fait tomber les pluies. Anzar ne serait-il pas aussi Amon ?Remarque : la prononciation des mots des langues anciennes reste théorique. Certes que des chercheurs réussissent à lire des tablettes anciennes, de donner le sens des mots, mais aucin d'eux ne peut prétendre retrouver la prononciation exacte des mots déchiffrés.

[4] Durant nos lectures, nous rencontrons beaucoup de mots dont l'origine est souvent obscure. Chaque chercheur tente tant bien que mal de  trouver une origine à ces mots. Nous rencontrons toutes sortes d'origines: grecque, latine, indo-européenne, celte, germanique, turque, perse, arabe, égyptienne, araméenne, arcadienne, hébraïque, éthiopienne, phénicienne, etc, mais jamais berbère, à croire qu'il existe, chez les chercheurs et les historiens, une espèce de volonté, délibérée ou pas, d'exclure les Berbères de l'Histoire méditerranéenne antique, voire de l'humanité. Même quand ils écrivent sur l'Afrique du Nord, ils parlent de l'Egypte, des Romains en Afrique, de Carthage, mais ils ne citent jamais  ou rarement les Berbères.  

[5] Le mot Agelmim pourrait venir aussi du latin Pelvim/Bassin. Les Kabymes utilisent les mots Abasanet Tabasant pour désigner Bassin et Bassine, mots venant du français, eux-mêmes d' origine grecque Bassun.

[6] En plus du mot Nẓer/Etre à sec, on utilise en Kabylie son synonyme Akaw ou Ikiw/Etre à sec, mot probablement d'originelatine Aqua/Eau et d'où proviendraient aussi Tiqit/Timiqwa  qui signifient goutte(s).Il est probable aussi que le d'origine arabe Lqewa/Force, usité en Kabyle, viendrait aussi d'Aqua.

[7] Les Touaregs appellent le Désert Tiniri/Tinariwin. Pour les Grecs, c'est   Erémos. Le Sahara est un nom arabe. Quant au mot lbir/Puits, de forme arabe, fréquent en Kabylie, il est fort probable qu'il vienne du latin Bibere/Boire. Le mot utlisé en berbère pour Boire est Sew, Faire boire ou Arroser est Ssew, d'où probablement le nom Siwa/L'Oasis de Siwa en Egypte, Oasi en grec et Oasis en latin (Même racine).

[8] A propos  des origines, quelle est l'origine des Chinois ? Des Japonais ? Des Arabes ? Pourquoi le monde ne s'intéresse qu'aux origines des Berbères et des peuples colonisés ? Or, la mode est à la théorie chamito-sémitique. Une idée moyen-âgeuse d'Ibn Khaldoun, mise afin de légitimer la présence des Arabo-Musulmans en Afrique du Nord. Idée que partagent aujourd'hui, pour l'équilibre du monde sans doute, la quasi-totalité des "chercheurs",  qui nous sacrifient en l'honneur du printemps arabe, et cela au mépris des écrits des Historiens grecs et latins antiques.

[9] Dujrdjura, jadis les Berbères l'appelaient Tigergert, avant qu'elle ne divient Ğerğeṛ ou Ğreğṛa, selon la vulgate. Le mot Tigergert ressemble à l'appellation de la cime Gargara, en Crête. Gargara, sanctuaire de Zeus, roi des dieux, par où il observait de son oeil d'aigle les murs de Troie et la flotte grecque.  Quant aux Romains, il ont surnommé Djurdjura Mons Ferratus/La montagne de fer.

[10] Il est curieux de voir que pendant la guerre d'Algérie, des intellectuels kabyles, à leur tête Jean Amrouche, choisissent Jugurtha comme symbole de la résistance, ce qui a manifestement suscité, même parmi les Berbéristes laïques, "la détestation" des Romains. Car,  comment se fait-il que les Romains, arrivés avant les Arabo-Muslmans, soient considérés comme ennemis, alors que les Arabo-Musulmans, sont devenus nos "frères".  Voici ce qu'ont créé  les Trois Monotheismes : la séparation des peuples jadis alliés et amis. Aujourd'hui, la Méditerranée n'est pas remplie d'eau, mais de sang des différentes croisades et des guerres des religions.

[11] Le nom de la ville de Rome est dû à la légende des jumeaux Romulus et Rémus. Après avoir tué son frère, Romélus donna son nom à la ville qu'il a fondée. Une autre hypothèse suggère que le nom de Rome viendrait du mot Rumon, nom étrusque du Tibre. Rome possède plusieus surnoms dont l'Urbs, Caput Mondi (Capitale du Monde), la Ville  Eternelle, ou encore la Ville aux sept Collines : Aventin, Caelius, Capitole, Esquilin, Palatin, Quirinal et Viminal.  

[12] Et si les Grecs devenus les débiteurs de l'Europe, demandaient à l'Europe et au monde de payer pour tout ce qu'on leur a emprunté, à commencer par le nom même d'Europe: les mots, les concepts, les préfixes, les suffixes? N'y aurait-il pas moyen pour eux de devenir les créanciers les plus riches de l'Europe?

0
0
0
s2sdefault
X

Right Click

No right click