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L'histoire rapportée par Genevois commence ainsi : Zik-nni yella yiwen qqaren-as Anẓar/Il était jadis un personnage du nom d'Anzar."

Voilà ce que  notre informateur a rapporté à Genevois : Il était jadis un personnage du nom d'Anzar. Il était jadis, ce qui signifie que notre personnage du nom d'Anzar n'est plus. Affirmation étrange, dite au moment même où notre informateur rendait avec les villageois des Aît-Ziki  un culte à ce personnage du nom d'Anzar. Car juste après l'affirmation de notre informateur de la non-existence d'Anzar, voir la légende explicative du rite, les habitants des Aït-Ziki lui rétorquent le contraire, notamment dans le chant que la procession entonne en emmenant la fiancée à travers les rues du village :

Anẓar, Anẓar,

Ay agellid, eṛz aγurar,

A ttebbw naεma n wedrar,

A tternu tin uzaγar...

Anzar, Anzar,

Ô roi[1], fais cesserla sécheresse,

Et que le blé mûrisse sur la montagne

Comme aussi dans la plaine...

Nous constatons donc qu'il y a contradiction entre le fait d'évoquer une divinité pour obtenir d'elle des pluies et le fait que celle-ci n'existerait plus.

Sommes-nous dans un mythe ou dans un conte ? Nous nous le demandons. Car si dans le cas où l'histoire d'Anzar est considérée comme un mythe, alors il serait souhaitable de le rapporter tel qu'il existait autrefois, dans l'antiquité. A savoir que Anzar est le dieu de la pluie et qu'il est immortel.

Est-ce une erreur due à l'informateur ou bien à la tradition ? Est-ce que toutes les traditions nord-africaines racontent la même version, à savoir, qu'il était jadis un personnage du nom d'Anzar ? Pourquoi cette erreur de présentation d'Anzar ? Pourquoi l'histoire d'Anzar commence-t-elle comme on l'aurait fait d'un conte merveilleux   ?

Il est pourtant clair que l'histoire d'Anzar ne présente pas la même finalité qu'un conte merveilleux. La finalité du conte merveilleux sert à dégager, à la fin du récit, une leçon de vie où de morale. Le mythe est un récit différent. C'est une histoire inventée  qui permet de répondre aux questions que se pose l'être humain sur ses origines et sur celles du monde, pour expliquer des phénomènes naturels comme la foudre, le tonnere, le vent...  Le mythe fait souvent intervenir des êtres divins et il constitue de fait la croyance religieuse d'une communauté ou d'un peuple.  Quant à la légende, elle rapporte des faits historiques connus, mais qui ont été déformés, embellis et sciemment amplifiés par l'imaginaire collectif d'un peuple ou d'une communauté. La légende s'apparente plus au mythe, mais contrairement à celui-ci, elle ne repose pas sur les faits et gestes des divinités.

A part donc le début du récit d'Anzar qui commence comme un conte, la suite plaide plus pour un mythe, où il y a une divinité adorée, et à laquelle un peuple consacre un culte.

Loin de nous l'idée de comparer l'histoire d'Anzar aux differentes histoires gréco-romaines, car même s'il y a des ressemblances, le mythe d'Anzar a la faiblesse d'être transmis oralement de génération en génération, et les mythes gréco-romains, quant à eux, sont transmis par l'écrit depuis le VIème siècle avant notre ère.

Le mythe d'Anzar est-il l'oeuvre du peuple nord-africain antique ? Est-il l'oeuvre des aèdes nord-africains d'antan ? L'ont-il chanté comme ont fait de leurs mythes les poètes grecs ? Est-il tout simplement une version gréco-romaine adaptée ? Autant nous pouvons parler des mythes grecs, car ils sont écrits, nous ne pouvons le faire des mythes nord-africains. Soumis aux aléas de l'oralité, ils ont fini par perdre leur objectif, qui est celui de perpétuer un sentiment de croyance religieuse et celui d'appartenance culturelle à une région bien déterminée.

L'absence d'écrit, chez les Nord-Africains, nous pousse à croire que l'histoire d'Anzar est un héritage culturel qui s'est transmis de génération en génération par une classe sociale ignorant depuis longtemps l'écrit, d'où le manque de références chronologiques, historiques et politiques. Personne n'est en mesure de dater précisément le mythe d'Anzar. La version de Genevois, très tardive, n'est qu'une survivance d'un mythe ancien, qui au fil des siècles, a perdu toute sa substance.

Il est inconvenant de commencer un mythe par il était jadis ou par il était une fois, quand les animaux parlaient, un personnage du nom d'Anzar... Aucun mythe grec ne débute par il était jadis un personnage du nom de Zeus, ou encore, il était une fois, quand les animaux parlaient, un personnage du nom de Zeus... Les mythes grecs se passent dans des contextes historiques et géographiques très précis.  Les dieux grecs, après avoir partagé les territoires, ont partagé les villes et les royaumes des hommes. Athéna, déesse de la sagesse, protégeait la cité d'Athènes; Zeus régnait sur Olympie, Apollon sur Delphes, etc. Chaque cité a préservé sa date de fondation, et de fait, le nom de son fondateur et celui de sa divinité protectrice.

Il était une fois, quand les animaux parlaient, un personnage du nom d'Anzar ? - faut-il comprendre par cette phrase qu'Anzar appartenait au règne animal ? Et puis, quand  les animaux parlaient-ils ? Quand ont-ils cessé de parler ? Quelle langue parlaient-ils ?  Est-ce que les Nord-Africains utilisaient autrefois ce genre d'introductions à leurs mythes ? Quand cette phrase a-t-elle fait son apparition ? Est-ce la façon des Kabyles de dire l'Antiquité, quand on sait que chez ces derniers, le temps n'a jamais été matérialisé. Pour eux, zik-nni, signifie avant; zik zik-nni signifie avant avant, quand les animaux parlaient signifie plus loin qu'avant; quand la Terre parlait signifie avant que les animaux ne parlent... La chronologie chez les Kabyles est restée mythique. Elle n'est ni historique ni politique. Dans ce domaine, l'Islam n'est pas pour rien. Comme le Christianisme[2], il commence son Histoire par Adam et Eve, fait un bon vers le prophète Mohamed et finit par l'indépendance de l'Algérie. Du crime d'Abel, aux martyrs de la guerre d'Algérie, en passant par les "conquêtes civilisatrices" des premiers musulmans, voici l'Histoire que l'école de l'Etat algérien enseigne. Selon elle, c'est le seul parcours qu'a connu l'humanité, la vraie, c'est-à-dire les Arabo-Musulmans; tout le reste n'est qu'invention et mensonges des réactionnaires, des impérialistes et des ennemis de l'Islam, c'est-à-dire l'Occident.

Il est regrettable que les rois nord-africains n'aient pas, comme leurs homologues grecs de l'époque, confié l'écriture de leur mythologie locale à leurs scribes. Aujourd'hui, on aurait sûrement plus d'informations sur le mythe d'Anzar : dans quelle cité se passe-t-il, le nom de son roi, comment fonctionnait son système politique, sans oublier l'état, le rang social et le nom de la jeune fille sacrifiée en l'honneur d'Anzar.

Que cache donc la phrase : il était jadis un personnage du nom d'Anzar ? Est-ce une maladresse d'un informateur, victime d'une tradition, qui confond mythe et conte ou est-ce une manipulation d'un habile monothéiste qui a sciemment travesti le début du mythe pour remettre en cause l'existence du dieu Anzar, la cité qu'il protège, ainsi que l'histoire de la croyance du peuple qui l'habite ?

Voilà ce qui arrive à une histoire non écrite. On la transforme à souhait. Nous imaginons d'ici les adeptes du monothéisme dire aux polythéistes nord-africains ceci : "C'est vrai, avant Anzar existait, mais maintenant c'est fini. Il n' y a qu'un seul dieu et c'est celui d'Abraham. Il est l'unique, le vrai et le Tout. Anzar était un dieu de l'ancien monde. Le nouveau est plus puissant. Vous pouvez continuer d'évoquer les anciens dieux si vous voulez, mais sachez qu'ils n'existent plus. C'est notre dieu, créateur de l'univers, qui commande à tout maintenant. C'est lui qui donne le soleil, les nuages, la foudre et la pluie. C'est lui qui nous accueille dans son vaste Paradis après la mort ou qui nous jette dans les feux de son Enfer."

Voilà probablement ce qui a donné la phrase il était jadis un personnage du nom d'Anzar. Il y a eu un changement de dieu comme si on avait changé de roi ou d'empereur. Un coup d'état mythologique! Les monothéistes menaçaient les polythéistes en leur disant : si vous avez choisi de vivre dans les ténébres, dans l'adoration des anciens dieux, sachez que vous irez tout droit en Enfer. L'empereur Constantin, a procédé presque de la sorte. Quand il a consacré la religion chrétienne comme religion d'Etat, pour éviter des troubles dans son royaume, il a promulgué une loi protégeant les païens, mais tout en ajoutant, en substance, en bas de page : pour ceux qui ne veulent pas suivre la voie du nouveau seigneur, qu'ils restent à jamais dans les ténébres et qu'ils finissent dans les feux de l'Enfer.

Les dieux anciens n'existent plus. Affirmation monothéiste que nous continuons encore à entendre, en Kabylie et ailleurs, dans le monde, où les trois religions monothéistes dominent. Fidèles à leur tradition, selon Nietzsche, les monothéistes sont dans l'affirmation. Ils affirment que les dieux anciens n'existent plus, sans le démontrer. Ils le rappellent quotidiennement, même à chaque instant, jusqu'à ce que le propos vous pénétre. Une litanie qui finit à la longue par vous rallier à leur conviction, soit par le son des clochers ou par la voix des muezzins. Principe de la publicité et de la pensée unique même. Rappellez-vous de Caton l'Ancien, à chaque discours, dans chaque discussion, il finissait toujours son propos par : "il faut détruire Carthage". Et nous connaissons la suite. Dans le "Retour au meilleur des mondes", Haldous Huxley a parlé de ces techniques répétitives et incessantes qui rappelle aux habitants d'une ville ou d'un pays leur devoir quant à leurs pratiques religieuses ou politiques. Il appelait cela : la remise en mémoire des pratiques locales.

La même méthode est utilsée aujourd'hui encore par les Etats de l'Afrique du Nord. La parole n'est donnée qu'aux prosélytes islamistes, jamais aux athées, aux sans-religions et aux païens. Le débat religieux est à sens unique. Personne, hormis un croyant musulman, n'est autorisé à parler de la religion. Cette méthode a atteint la société civile elle-même[3], dès qu'on parle de dieu, tout le monde se sent missionnaire musulman, et dans son bon droit de vous insulter, voire même de vous lyncher. Les moins violents[4] , parmi ces missionaires, vous rappellent à l'ordre en vous demandant de respecter la religion. Respecter la religion islamique est devenue une litanie, que l'on entend même dans le pays qui fut le plus anticlérical de l'Europe, la France. Quand les monothéistes ont affaire à un vrai irreligieux, qui n'a pas peur du feu de l'Enfer, ils le lui font subir ici-bas.

Le respect de la religion[5], est-ce le fait de se soumettre pieds et mains liés à un dogme imposé et qu'on n'a pas le droit d'interroger ni de critiquer ? Est-ce le fait de s'interdire d'avoir des doutes quant à l'authencité d'un texte dit sacré  ? Est-ce le fait  d'imposer sa religion à l'autre et de l'obliger à l'accepter comme la seule vraie ?

Voilà ce que demande un prosélyte monothéiste aux Polythéistes, aux athées et aux laïques : Respecter leur religion. En revanche, quand un prosélyte monothéiste prend la parole, il n'hésite pas à dire tout le mal qu'il pense des autres religions, il ne cesse de verser son fiel sur les dieux païens, d'insulter les ancêtres qui les avaient adorés, en les traîtant de barbares et d'ignorants. Que devient le mot respect dans ses prêches et dans ses prières, quand il condamne ceux qui ne croient pas en son dieu, ceux qui doutent de sa croyance, ceux qui refusent de se soumettre à son diktat ?  Que devient le mot respect quand un prosélyte monothéiste, venu d'ailleurs, déclare sur les terres hellènes et romaines, que Zeus-Jupiter n'existe plus ?  Que devient le mot respect quand un prosélyte monothéiste se moque cyniquement, du haut de sa morgue, des croyances anciennes qu'il désigne, souvent avec une moue de mépris, par le mot mythologie ? Que devient le mot respect quand un prosélyte monothéiste condamne et détruit des temples et des statues antiques ? De Théodose aux Talibans afghans, beaucoup de temples et de statues antiques ont disparu de la surface de la Terre.

Le mot respect, pour un monothéiste, est à sens unique. Il vous défend de critiquer ses mythes tout en démolissant les vôtres. Et quand vous refusez de vous laisser faire, il se fait passer pour une victime en vous accusant de trahison et de incroyance. Et ce depuis l'antiquité. Même l'Empreur Julien n'a pas échappé à la vindicte monothéiste. Tout empereur qu'il était, les Chrétiens romains, fraîchement reconvertis, l'ont surnommé "L'Apostat." - A ceux-là, l'empreur a répondu dans son livre : "La défense du paganisme contre les Galliléens" : "Qui est l'apostat, est-ce vous qui avez trahi la religion de vos ancêtres ou moi qui y suis toujours attaché ?" - La même question se pose aux Berbères : Qui est renégat, est-celui qui a trahi Anzar ou celui qui continue de s'y attacher ?  Ne serait-il pas mécréant celui qui renie son existence ? Et si Anzar, après avoir existé, n'existe plus, comme semble l'avoir affirmé notre informateur, où est-il donc passé ? Est-il mort ? S'est-il évaporé après s'etre métamorphosé en eau ? A t-il changé d'univers ? Est-il mis en résidence surveillée par le nouveau dieu comme l'aurait fait un nouvel empereur de son prédécesseur ? Est-il précipité dans le Tartare comme aurait fait Zeus triomphant de ses prédecesseurs les Titans ?

Dans leur incapacité à mettre Jupiter quelque part, les Chrétiens l'ont recyclé, mais après l'avoir châtré, comme avait fait son père Chronos à son père Uranus. Les monothéistes ont travesti Zeus[6], après avoir tué sa femme Héra, ses amantes, sa progéniture, et l'ont condamné à vivre éternellement vieux dans l'ennui et la solitude du ciel. Après la belle vie antique, passée sur l'Olympe, entouré de beaux échansons et de belles femmes, le voici maintenant juge, dogmatique, vindicatif, rancunier, égalitaire, contraint par l'ennui à écrire des livres sacrés sous la dictée de ses nouveaux adeptes.

Quant à l'existence d'Anzar, puisque c'est de lui dont il s'agit dans notre article, elle est comme celle de tous les dieux, y compris celui des monothéistes. Celle-ci est relative à la force de conviction et au nombre d'adeptes qui croient en lui. Les dieux n'ont aucune existence dans l'absolu. Un dieu est un produit culturel qu'une communauté impose aux autres, soit par la guerre, soit par la politique. C'est une affaire de domination. Les Achéens, adeptes de Zeus, après avoir dominé la Grèce, ont fait des dieux et des déesses des autres régions grecques, soient ses frères et soeurs, soit ses enfants. Si les Athéniens avaient gagné contre les Achéens, Athéna ne serait sans doute pas la fille de Zeus, mais la maîtresse de l'Olympe. Peut-être sa mère. Qui sait ? N'est-ce pas ce qui est arrivé, plus tard, à ce même Zeus, maître des cieux. Après la chute de Rome païenne, il devient lui aussi, comme les Romains, Galliléen. Cette logique n'a pas épargné Anzar non plus. Il a perdu la guerre et il s'est replié dans les montagnes. Pour survivre, il a choisi de ne pas bâtir de temples. Discrêt, comme les Kabyles, il se contente d'un petit rite clandestin. Il vit en cachette conformément au proverbe kabyle : "Win yebγan ad yidir yemmet/Celui qui désire vivre doit faire le mort."

Suffit-il donc d'affirmer qu'un dieu païen n'existe plus, comme l'affirment les monothéistes, pour que celui-ci cesse de le faire ? Pas si sûr. Tant qu'il y a des mortels qui croient en lui, il existe et existera. En revanche, point de croyants, point de dieu. Aucune religion ni aucune divinité n'est illimitée dans le temps. L'éternité d'un dieu dépend de la crédulité, ou si vous voulez de la foi, de ses adeptes.

Les Kabyles, croient-ils en Anzar ?

Voici une question à laquelle il est très difficile de répondre, car les Kabyles, dépourvus d'Etat, n'ont rien d'officiel ni d'institutionnel. Chaque Kabyle a sa petite idée de la croyance religieuse. Bien que la majorité, dite Musulmane, est versée dans le Syncrétisme, la minorité dite instruite, Musulmane quand elle est du côté du pouvoir, chrétienne, laïque ou athée quand elle est dans l'opposition. C'est selon l'offre et, parfois, la conviction politique.

On ne peut parler de conviction religieuse en Kabylie, car l'ignorance des religions et de leur Histoire n'a laissé la liberté de choix à personne. On reçoit la croyance de son milieu social.

Laissons de côté les choix religieux qui, comme on l'a déjà dit, se font en fonction de calculs politiques et intéréssons-nous à cet Islam traditionnel, bien implanté en Kabyllie, et cher à nos démocrates, au point que certains veulent qualifier cet Islam de "kabyle".

La non-compréhension du Coran et l'illétrisme ont fait que les proches ancêtres des Kabyles, superstitieux pour la plupart, ont  réussi à créer, sous le nom de l'Islam, une croyance regroupant toutes les religions que l'Afrique du Nord ait connues. De l'animisme à l'Islam, en passant par le paganisme polythéiste, le judaïsme et le Christianisme. Ceci se manifeste dans leur serment Jmaε Liman[7]/Par toutes les croyances.  Nous remarquons cela à travers de petits gestes quotidiens ou des expressions qui rappellent les anciennes croyances : des femmes qui interpellent le soleil[8] ou la lune; qui signent en mettant leurs enfants dans le berceau; des hommes qui jurent en se signant; qui se remarient avec les épouses de leurs frères défunts; des rites en l'honneur d'Anzar; des locutions à propos des génies, des parques et des lares; des serments au nom de Ubdir-Jupiter, père des cieux; puis des pratiques musulmanes approximatives, comme la prière, le jeûne, le pélerinage, la célébration des fêtes rituelles comme celle du mouton, etc.

Un Kabyle lambda semble sortir des métamorphoses d'Apulée : il sacrifie des coqs pour Esculape; donne de l'argent aux saints musulmans; allume des cierges dans les églises; laisse de la nourritures sur les arbres et devant les ouvertures des grottes; brûle de l'encens pour chasser les démons; recourt aux services des devins; croit en l'ogre et à l'ogresse, redoute la sorcellerie et le retour des morts la nuit, etc. Il ressemble beaucoup aux païens d'autrefois qui respectent tout ce qui est lié à la croyance quelque soit sa provenance. Il fait sa religion à sa façon, sans s'encombrer outre-mesure des questions de justesse de sa foi, ni de juger celle de son voisin. Il cherche le réconfort comme il peut et là où il peut. La religion, pour lui, est secondaire. Ce qui compte, à ses yeux, c'est sa santé et celle des siens, le travail de ses champs, d'avoir l'eau en été, du bois en hiver, du foin pour ses bêtes et de la nourriture pour ses enfants.

Voici donc ce que signifie la croyance pour un Kabyle moyen. Il a foi en tout, dans ses dieux et dans ceux des autres. Ce qui lui a valu raillerie et moquerie de la part des citadins non-Kabyles ou Kabyles arabisés. Ceux-là qui croient que toutes les croyances sont fausses hormis la leur. Ces derniers, quand ils nous rendent visite dans nos villages, nous parlent du prophète[9] comme s'ils l'avaient connu; de l'Enfer et du Paradis comme s'ils en étaient revenus; de la Mecque[10], qu'ils surnomment avec suffisance la maison d'Allah, et qu'ils semblent connaître et aimer mieux que la leur; du jour du purgatoire; des souffrances de la tombe; de la fin du monde qu'ils pensent toujours proche et dont eux seuls seront sauvés par leur prophète, parce que Vrais Musulmans. Ils ne parlent que du bien et du mal; de la vie du prophète : comment mangeait-il ? Comment s'habillait-il ? Qui fréquentait-il ? Comment un jour une araignée a tissé une toile dans une grotte pour le cacher et le sauver des mécréants ?  A les croire, ils ont même la liste des gens qui vont en Enfer. Les citadins algériens considèrent les villageois Kabyles comme de mauvais Musulmans, voire des barbares, qui ignorent les vrais principes de l'Islam. En véritables missionnaires d'Allah,  ils savent culpabiliser les paysans Kabyles des montagnes en les menaçant avec les feux de l'Enfer. L'imam du village est souvent leur allié. C'est ensemble qu'ils terrorisent les villageois, durant les veillées funèbres, en leur racontant l'Histoire de Moise ou de Joseph[11]. Durant la mort, il arrive même à nos citadins de mettre la main au linceul, au lavage du cadavre et à son enterrement, sous les yeux admiratifs des villageois, selon bien sûr d'autres rites, venus sans doute d'Arabie, et qui, selon eux, sont les seules licites et qui permettent de présenter décemment le mort à l'ange de la tombe. A leurs yeux, tout ce à quoi un montagnard kabyle croit est faux. Celui-ci ne connait rien à l'Islam. Il n'est bon qu'à labourer, cueillir des olives, planter des figuiers, paître ses chèvres et creuser des trous dans les cimetières pour enterrer, voire même cacher,  ses morts. Le mal-dégrossi ne comprend rien à l'âme humaine, qui est décidément exclusivement citadine. A les voir, dans leurs habits blancs, faire plusieurs fois la prière, prêcher la bonne parole dans les ruelles du village, manger bizaremment durant le mois de ramadan, (cest-à-dire plus que les Kabyles) pleurer étrangement devant la dépouille d'un mort, soliloquer devant les tombes de leurs aïeux... , on croirait à des anges envoyés par Allah pour remettre les mangeurs de sangliers et les mécréants des villages kabyles dans le droit chemin.

Nos citadins n'hésitent pas non plus à invectiver les pauvres villageois qui parfois recourent à des prières[12] ou à des rites extra-islamiques. Ils leur expliquent que les traditions religieuses villageoises sont condamnables et leurs donnent, de suite, de nouvelles recettes qui mènent tout droit au Paradis. Quand tombe la neige, ils disent que c'est un don d'Allah, qu'il l'a faite tombé pour le bonheur des paysans pour qu'ils travaillent la terre. Les pauvres villageois, intimidés, honteux de leur maigre savoir à propos de la religion mahometane, font profil bas et n'osent même pas relever la tête devant ces prédicateurs de la mort, venus des villes. Ils vont même jusqu'à renier leur divinité Anzar, dieu de la pluie, qu'ils jugent, en présence des spécialistes d'Allah, comme une coutume superstieuse. Puis à la fin des vacances, quand ils s'apprêtent à quitter le village de leurs ancêtres, tous des hadjis/pélerins, ils rentrent chez eux après avoir écumé nos champs de figuiers et nos jardins de toutes sortes de fruits et de légumes, pas chers payés. A nouveau, ils repartent dans les villes en abandonnant les ignorants villageois dans leur angoisse devant leur misérable existence et qui s'achemine obstinément vers l'Enfer.

Voilà comment traîte le monothéiste citadin achevé son semblable  Kabyle des montagnes. Il le culpabilise en le traîtant de mauvais croyant, le menace des feux de l'Enfer, puis lui promet de le sauver en parlant de lui, à l'occasion, dans ses prières et dans ses rêves transcendantaux, à son prophète. Le pauvre montagnard s'incline devant les certitudes et les affrimations du citadin, et pour se racheter, il le récompense avec les biens de ses terres. Voilà comment Allah a dilapidé les terres de Déméter. C'est ainsi depuis l'avènement du monothéisme. A grande échelle, le vatican s'est construit avec le marbre des temples païens, L'Islam insulte les Pharaons en vivant de ses vestiges, l'orthodoxie grecque s'enrichit en ramassant l'argent des touristes venant visiter les temples des dieux de l'Olympe, etc.

Des villageois kabyles, d'après nos citadins, seuls les anciens combattants et les martyrs de la dernière guerre contre les Chrétiens français iront au Paradis. Pour le reste, un Kabyle, même Muslman, est un Kabyle. Le prophète ne le connait pas. Voilà comment on fabrique de la chair à canon. Pour un Kabyle, seule la mort pour la religion musulmane peut lui ouvrir les portes du Paradis. C'est ainsi que l'enseigne aussi l'école de l'Etat algérien. Au lendemain de l'indépendance, on expliquait aux Kabyles orphelins que leurs parents étaient des martyrs et  étaient au Paradis. C'est ainsi qu'on explique aussi, jusqu'à présent, aux petits enfants qui pleurent quand ils voient, durant l'Aid elkebir, égorger des moutons. On leur raconte que la bête égorgée, au moment où elle rend "l'âme", est déjà en train de paître dans les prairies du Paradis. C'est très rassurant.

L'esprit de martyre[13] est très cultivé chez les Kabyles. Tout homme qui meurt pour une cause, n'importe laquelle, on le présente comme un martyr qui ira au Paradis. Cette litanie revient même chez les politiques démocrates kabyles, d'obédience laïque, qui surnomment les morts pour la démocratie, la liberté  et la laïcité les Martyrs. Ils reproduisent le même discours que l'Etat algérien dont ils semblent combattre l'idéologie religieuse. Le martyr, c'est à dire, celui qui est mort pour dieu et non pour la liberté et les droits des futurs générations. Le martyr, n'est-ce pas le premier statut des Chrétiens tués par les soldats romains ? N'est-ce pas le statut des combattants morts pour la cause d'Allah, pour les partis religieux musulmans ?   En qualifiant de martyrs ceux qui sont morts durant la guerre d'Algérie, le pouvoir algérien, semble dire à  son peuple : nous ne vous devons rien, vos parents sont morts pour Allah. Vous devez être contents, ils sont au Paradis, en train de prier à côté de notre prophète.

Devant la mort, le Kabyle lambda est prié de faire ou de renouveler sa confession de foi à l'Islam. On l'oblige à mourir Musulman même s'il ne l'a jamais été sa vie durant. On enterrait même des Chrétiens et des sans-dieu selon le rite musulman. Rien n'échappe aux imams, à l'Etat, qui culpabilisent les proches du mort et le contraignent à l'enterrer selon les rites musulmans. Autrement, il n'ira pas au Paradis. Le monothéisme n'hésite devant rien, il récupère même les cadavres.

C'est la stratégie mise sur pied par les monothéistes, et ce, depuis l'avénement de leur dogme. Faute d'exterminer tous ceux qui ne croient pas en leur dieu unique, ils les récupèrent même morts. En Algérie, les gens refusent même le statut d'athée aux sans-dieu(x). Ils ne ratent aucune occasion pour aller leur souhaiter bonne fête de l'Aïd, alors que ces derniers s'en démarquent publiquement. C'est le déni à tous les niveaux. Vous n'avez le droit ni d'être d'une autre religion, ni d'être sans.

La croyance, en Kabylie, est comme tout le reste, non structurée, voire anarchique et à bien des égards folklorique. Certes le langage des Kabyles est semé de locutions "religieuses", mais pour la plupart d'entre eux, les références à la religion ne constituent que des habitudes plutôt langagières. Quant à la vie quotidienne en Kabylie, la priorité est d'abord donnée aux affaires de chacun. La religion n'intervient qu'en dehors de leurs occupations premières. Pour illustrer notre propos, nous vous remettons en mémoire cette fameuse locution populaire qu'on entend souvent en Kabylie : "Ṭṭεam yezwar taẓallit/La nourriture précède la prière." -  On mange d'abord, puis on priera.

Croyance dans la Grèce antique

Pour les Grecs de l'Antiquité, religion[14] et mythologie étaient intimement liées. C'est d'ailleurs par les mythes, rapportés par Homère, Hésiode et les auteurs classiques, que la religion grecque nous est parvenue et connue.

Les Grecs sont polythéistes, ils rendent des cultes à plusieurs divinités. Des divinités anthromorphes, munis chacune d'attributs[15], et jouissant de beaucoup de pouvoir. Chaque dieu a son champ d'intervention particulier, ses fonctions propres: chaque dieu ou déesse est mis en scène dans des mythes qui révèlent sa puissance, son caractère et parfois sa cruauté.

Pour les Grecs, les dieux ne sont pas extérieurs au monde. Ils n'ont pas créé l'univers. Ils sont tous nés sur terre. Les dieux n'ont pas toujours existé. Ils ne sont pas éternels, c'est-à-dire, sans commencement ni fin. Les dieux grecs sont simplement immortels : ils naissent, mais ne meurent pas. Ils naissent les uns des autres, ils forment des familles, voire une société, fortement hiérarchisée, qui semble s'inspirer de l'organisation sociale des Grecs à la période mycénienne. L'immortalité des divinités grecques est liée à un mode de vie particulier. Différement des mortels, mangeurs de pain, les dieux se nourrissent d'ambroisie[16], de nectar[17] et de la fumée des sacrifices. A la place du sang, qui coule dans les veines des mortels, les dieux sont dotés d'une humeur qui s'appelle Ikhor[18] ou Ichor. En revanche, ils sont comme les mortels, ils sont soumis au destin. Les dieux grecs résident au sommet de l'Olympe et interviennent constamment dans les affaires humaines.

Pour les Grecs anciens, la religion est imbriquée dans tous les domaines de la vie familiale, publique et sociale. Tous les gestes humains, les comportements individuels,  les cérémonies familiales ou publiques impliquent un aspect religieux. La religion grecque ne s'appuie sur aucune révélation. Elle est sans dogme et sans clergé. La piété et l'impiété[19] semblent les seules caractéristiques qui distinguent la religion grecque. La piété est une conduite religieuse qui repose sur le respect des obligations de la tradition ancestrale envers les dieux, à savoir,  la participation aux cultes de la cité,  l'abondance des offrandes dans les temples et les sanctuaires, la dévotion envers les morts de la parenté et les divinités protectrices de la famille et de la cité.  La piété, dans la religion grecque antique, n'est pas l'expression d'un sentiment de lien intime avec un dieu, elle n'est pas non plus l'observation scrupuleuse des rites, mais être pieux, c'est croire en l'efficacité du système de représentation mis en place par la cité afin d'organiser les rapports entre les dieux et les hommes. Quant à l'impiété, elle concerne tout ce qui va à l'encontre de la tradition, comme l'introduction dans la cité des divinités qui ne sont pas encore officiellement autorisése, la modification des rites ancestraux, le vol au détriment d'un temple, la mutilation d'arbres sacrés, la mise en culture d'un domaine des dieux, la profanation des tombes, etc.

La religion grecque s'articule autour de l'oracle[20]. Celui-ci constitue un élément fondamental dans la croyance et la culture grecques. En effet les dieux ne sont pas muets, ils envoient aux hommes des signes qu'il convient pour ceux-ci d'interpréter. Pour cela les devins, les prêtres d'Apollon sont les spécialistes de l'interprétation des signes divins. Mais le message est souvent obscur et laisse aux hommes une certaine liberté dans les conséquences qu'ils peuvent en tirer. Les hommes sont en fin de compte les responsables de leur propre vie, car ce sont eux qui décident. On est bien loin de la résignation monothéiste!

Croyance dans la Rome antique

La croyance, en Kabylie est beaucoup plus proche de celle des Romains, car celle-ci, contrairement à la religion grecque, est dépourvue de mythes liés aux dieux. C'est sans doute la raison pour laquelle les Romains avaient du mal à trouver des explications à leurs rites, car, comme les Kabyles, ils manquent de mythes explicatifs. La quasi totalité des mythes romains sont liés à la fondation de Rome et à son Histoire. Des mythes que la cité gardera au centre de sa culture. Le plus célèbre est sans doute celui de la louve et des jumeaux, Rémus et Romulus. Un mythe, lié à Mars, dieu de la guerre, père des jumeaux, utilisé dans l'écriture des origines de Rome. Les dieux romains, comme les dieux nord-africains, sont obscurs, voire des figures mal personnalisées. Ils sont juste des puissances qui peuvent intervenir dans l'histoire humaine, mais, eux-mêmes, ne possèdent pas d'histoires métaphysiques à l'instar des dieux grecs. C'est sans doute pourquoi les Romains ont, faute de  mythes, adopté les dieux grecs[21] qui deviennent les dieux officiels de la Cité éternelle et du reste de  l'empire.

Les Romains croient en un certain nombre de puissances divines. Pour vivre en paix et en bonne entente avec celles-ci, ils leur rendent des cultes par des rites. Pour les Romains, la religion est une affaire d'échange. La finalité d'un culte n'est ni personnelle, ni liée à un au-delà transcendantal, mais elle est collective et terrestre. En somme, la religion n'est qu'un ensemble de rites civiques qui ne visent qu'une chose : le bien être de la Cité.  les Kabyles, comme les Romains et les Grecs, se soucient énormément du bien-être de leurs villages.

Les Romains n'ont pas d'Oracles, ils lisent l'avenir dans le vol des oiseaux ou dans les entrailles des bêtes sacrifiées. Les Kabyles, pour connaitre l'avenir, s'adressent aux devins et aux devineresses, autrefois appelés Prêtres et prêtresses, qui consultent et lisent l'avenir dans les oeufs et dans d'autres matériaux. Parfois, les Kabyles consultent aussi des sources et des fontaines, comme la fontaine des souhaits, qui se trouve près du saint Wedris, à Illoula Oumalou.

Les Romains ne craignent pas les dieux. Ils les considèrent comme des partenaires. Ils pensent que si les cultes, qui leur sont dûs, sont bien rendus, les dieux ne peuvent êtres que bienfaisants. C'est sans doute pour cette raison que les Romains respectent les dieux des autres. Quand l'empire conquiert un pays, les Romains ne détrônent pas les dieux des peuples conquis, ils les intègrent dans leur panthéon. Ils ne veulent pas d'histoires avec les dieux, ni avec les leurs ni avec ceux d'autrui. Ils ont introduit dans leur croyance et les dieux d'Afrique, comme la déesse Afrika, et ceux de l'Asie, comme Mithra[22]. Ils invitent même les dieux des adversaires vaincus à Rome pour les honorer.

En plus de la triade, Jupiter, Junon et Minerve, auquels les Romains rendent le plus de cultes, ils gratifient de cultes une multitude de divinités dont ils ignorent l'origine et le genre. Ou encore, comme les Kabyles, ils pratiquent des rites dont ils ne comprennent plus la signification. Mais peu importe la divinité, la pratique du rite chez le Romain vise avant tout l'efficacité recherchée.

La religion des Romains antiques est syncrétique. Rome est le carrefour des dieux.  De nouveaux cultes ne cessent de se développer dans la cité sans qu'il y ait de conflits  avec les anciens[23].  A notre avis, c'est dans un tel esprit de cohabitation où réside même le principe du mot "Respect". Comme dirait l'autre: "Respecter autrui, c'est d'abord respecter ses mythes."

Voilà donc comment est vécue la croyance dans la Méditerranée antique.  Une religion païenne sans prosélytisme, sans livre et sans dogme. Le Méditerranéen de l'époque a la liberté de choisir son dieu protecteur et d'en changer si toutefois celui-ci ne répond pas à ses désirs, à ses besoins, parfois même à ses exigeances. Contrairement au Monothéisme moyen-oriental, où le croyant doit obéir à un seul dieu, patriarche et tyrannique, à l'image des grands Sultans orientaux[24].


[1] Il y a une autre version concernant ce passage, et elle est la plus répandue en Kabylie : Anẓar ! Anzaṛ ! A ṛebbi, sswi-tt ar aẓaṛ, A ttebw naεma n wedrar, atternu tin n uzaγar.../Anzar, Anzar !  Anzar ! Ô dieu, arrose-la (la terre) jusqu'à la racine, et que le blé mûrisse sur la montagne comme aussi dans la plaine. Dans cette version, on ne parle plus de roi, mais de dieu. Cette version est beaucoup plus explicite que la version rapportée par Genevois quant à la nature d'Anzar.

[2] Il est intéressant de noter que dans le Moyen-âge français on utilisait exactement la même expression "quand les animaux parlaient" pour introduire la plupart du temps des récits qui s'apparentaient aux mythes grecs et romains, qu'il fallait faire remonter avant le temps où le Sauveur (le Christ) vint racheter les péchés des hommes.

[3] Parmi les témoignages que nous avons recueillis ici et là, voici une anecdote en dit long sur la façon dont la société nord-africaine en générale et kabyle en particulier, appréhende la discussion sur la religion. Cette anecdote a eu lieu durant les années 70, dans un village kabyle : un jour, dans la mosquée, après la prière du soir, un vieux, dont le fils était étudiant à l'époque, a dit à ses amis prieurs et l'imam du village, que son fils lui avait dit que les ancêtres des Kabyles étaient des Berbères,  que ces derniers avaient des royaumes et qu'ils étaient gouvernés par des rois et des reines. Il cita notamment Massinissa, Jugurtha et Dihya. Quand il finit de parler, l'imam du village lui répondit : "N'écoute pas ton fils. Les rois et les reines dont il te parle n'étaient pas des Musulmans." - Dès son retour à la maison, le vieux prit son fils à partie et lui dit : "Ne me parle plus jamais des mécréants et des ennemis d'Allah."

[4] Certains intelectuels nord-africains, y compris certains écrivains et artistes, nous rapportent souvent dans leurs oeuvres et leurs discours des scènes de violence qu'ils imputent courageuseument aux intégristes religieux, mais ils n'omettent jamais de souligner que la religion musulmane est une belle religion, que c'est une religion de tolérance et de pardon. Cette analyse revient tout le temps dans leurs discours. Elle ressemblerait fort bien à l'analyse de celui qui vous dirait, en Europe, que le Nazisme n'a jamais parlé des chambres à gaz. Celles-ci sont l'oeuvre de certains extrémistes nazis. Hitler n'a jamais ordonné de brûler des êtres humains dans les fours crématoires. Ou encore, imaginez que quand la République française, au lieu de séparer la religion de la politique, n'ait fait qu'écarter quelques religieux rigides des églises et ait déclaré que le christianisme est une religion d'Etat ? Que serait la France aujourd'hui ?  Laïque ? Pas si sûr. 2b : Lors d'une confrontation, sur un plateau de la télévision algérienne, entre un communiste et un islamiste, ce dernier, d'emblée, interpelle notre camarade en lui disant : "Pour vous, la religion est l'opium du peuple, ce qui signifie que l'Islam est aussi l'opium du peuple." - notre camarade communiste, gêné, se lance dans des explications abracadabrantes, tout en dénonçant certaines dérives islamistes, il brosse un tableau idyllique de la religion islamique au point que l'Islamiste le laissa prêcher à sa place. Il n'aurait pas fait mieux.

[5] Le mot religion viendrait du mot latin Religare qui signifie "Lier" ou "Relier" les hommes aux dieux ou d'un autre mot, toujours latin, Religere qui signifie "Récolter", "Recueillir" ou "Accomplir avec minutie", notamment les rites en l'honneur des dieux.  Chez les Musulmans, le mot utilisé est Ddin qui signifie "Dette". Dette envers qui ?  Envers Allah sans doute. Un Musulman, dès sa naissance, se voit donc endetté. Une dette qu'il doiit payer à Allah en se conformant à la pratique des cinq pilliers de l'Islam : la confession de foi, la prière, le jeûne,  le pélerinage et l'aumône. Un non-Musulman, tombé sous la domination des Musulmans, est soumis à El djazia, un impôt qu'il doit payer en argent ou en biens. C'est d'ailleurs pour échapper à cet impôt que la majorité des Nord-Africains ont choisi d'embrasser l'Islam.

[6] Zeus : du grec Zeùs, qui devient Deus en latin et plus tard Dieu en français.

[7] Amen : Ce mot signifie en latin Ainsi soit-il". Il y a aussi le mot Numen qui signifie, en latin, divinités. Amen est connu dans toutes les langues et chaque religion en réclame l'antériorité. Amen pourrait bien être aussi le nom libyen ou égyptien du dieu Amon, qui règne sur Karnak, près de Siwa, île habitée depuis l'antiquité par des Libyens. Les Egyptiens disaient du Pharaon, qu'il est le fils de l'abeille, et en kabyle, Amen au féminin se dit (t)AMEN (t), mot désignant le Miel. Amon pour les Libyco-Egyptiens est l'équivalent de Zeus des Grecs.  Souvenez-vous de la visite d'Alexandre le Grand, fils de Zeus, au temple d'Amon, le temple de son père, à Karnak, quand il avait des doutes sur le sort de sa conquête de l'Asie. Le miel nous rappelle aussi Zeus petit sur le mont Ida, en Crête. N'est-ils pas nourri par les nymphes des frênes par le lait de la chèvre Amalthée et le miel des abeilles du mont Ida ?

[8] Le soleil : dans l'Antiquité, il y avait le culte du soleil en Afrique du Nord, notamment en Egypte, à travers le dieu Ra. Mmisra, nom ancien de l'Egypte, ce nom pourrait aussi être d'origine libyenne : Mmi-s n Ra/Le fils de Ra. Le culte du soleil a longtemps subsisté chez les anciens, avant qu'il ne soit incarné par la figure d'Apollon, chez les Grecs. Croyance qui, contrairement à ce que pensent les monothéistes, est très adéquate quand on sait aujourd'hui, grâce à la science, que la fin du monde sera lié à l'astre solaire. Qui peut donc remplacer le soleil, source de la lumière, père des jours, celui qui permet la vie sur Terre... ? Sont-ils donc si ignorants, comme veulent nous le faire croire les monothéistes, nos ancêtres qui adoraient le soleil ? De toutes façons, l'humanité peut vivre sans le Dieu monothéiste, mais elle ne peut le faire sans le Soleil.

[9] Qui des religions a su donner un vrai sens à la mission prophétique que la religion grecque ancienne, à travers la figure de Prométhée. Prométhée, celui qui sait avant. Prométhée qui a dérobé le feu aux dieux pour le donner aux hommes.  Père de l'espoir. Artisant de la vie humaine sur Terre. Celui qui s'est fait crucifier après avoir tenté de libérer les hommes et de les détacher définitivement du joug des dieux.

[10] Remarquons que pour une religion qui condamne l'idolâtrie, les prières autour de cette pierre noire, La Kaaba, les processions enthousiastes des pélerins qui tournent autour de ce saint des saints, les mouvements de foule souvent meurtriers, montrent que nous sommes dans un rite très proche d'autres rites polythéistes par ailleurs condamnés par l'Islam.

[11] Le même public que nous avons vu pleurer aux malheurs de Joseph, racontés par un imam, durant une veillée funéraire, au village Maraghna, a tremblé aux péripécies d'Ulysse, à la diffusion de l'Odyssée par la télévision algérienne. Mais l'Histoire de Jospeh, notre  public l'avait prise pour vraie, quant à l'Odyssée, il a aimé l'histoire qui, pour lui, ressemble aux contes kabyles. Remarque : Le monothéisme a bien réussi son coup. Il arrive même à travers le cinéma à faire croire au public que les événements de "Les dix commandemants", lié à Moise, sont vrais et ceux de "L'Odyssée" d'Homère, ne sont que de la mythologie. C'est là où se manifeste la force du Monothéisme. Il a mis la main sur tout ce qui est religieux. Il se veut la réference en la matière. Il accuse tous ceux qui le renient d'athéisme, Ils les traîtent d'apostats, de menteurs, de traîtres, de mythomanes et d'autres qualificatifs encore.  Sinon, un polythéiste ou un athée, en quoi sont-ils traîtres en trahissant le monothéisme, qui, de fait, n'a jamais été leur religion ?

[12] Durant notre recherche, un Kabyle nous a appris que sa mère priait ainsi : "A winna yeṭṭfen igenwan mebla ssnasel/Ô Toi qui retiens les cieux sans chaines." - La prière semble venir de l'Antiquité, elle s'adresse probablement à Ubdir-Jupiter-Zeus, père des cieux, qui avec son pouvoir retient le Ciel et l'empêche de tomber sur la Terre. La prière pourrait faire référence à l'éloignement d'Uranus/Le Ciel de la Terre, après que son fils Chronos l'a châtré (Voir la Théogonie d'Hésiode). Rappelez-vous qu'avant la mutilation d'Uranus, celui-ci couvrait éternellement la Terre, et empêcher leurs enfants (de la Terre et d'Uranus), de quitter le ventre de leur mère. Il empêchait en même temps le soleil de l'éclairer. Les enfants de Gaïa et d'Uranus vivaient éternellement dans les ténèbres de la nuit, avant que le Titan Chronos, père de Zeus, ne les délivre. D'où peut-être la locution kabyle quand il fait très gris : "Yeγli-d igenni γef tmurt/Le Ciel est tombé sur la Terre."

[13] Martyr : du grec Martyros : d'abord témoin dans un procès, puis pour les chrétiens témoin de la foi envers le Christ, le dieu fait homme. En mourant, le martyr chrétien victime de la torture des méchants païens atteste la vérité de la religion chrétienne.

[14] Le mot "Religion" n'existe pas en grec ancien. Il nous est donc difficile de se servir de ce concept pour analyser et rendre compte de ce qui est divin pour les Grecs anciens. Nous pouvons dont appeler religion grecque un ensemble de phénomènes liés à la croyance et aux rites, structurés à l'époque archaïque (VIIe-VIe avant notre ère), au moment où naquit une forme d'organisation politique, nommée Polis/la Cité, avec pour corollaire la redécouverte et la diffusion de l'écriture.11a) Le mot RELIGIO, en latin, signifie la justice morale envers les dieux et les morts, crainte respectueuse. C'est par ce mot  que Cicéron a compris le mot justice, du latin JUS : devoir moral. Devoir moral pour que la paix avec les dieux, les morts et entre les citoyens romains soit maintenue.11b) En kabyle aussi, il n y a pas de mot pour désigner la religion.  Le mot utilisé en kabyle est le mot arabe Ddin/Dette. Ce mot renvoie probablement à l'impôt que les Arabo-Muslmans imposaient aux peuples non-Arabes et Non-Musulmans, comme les Berbères, qu'ils ont conquis durant leur invasion de l'Afrique du Nord.

[15] Attribut(s) :  chaque dieu ou déesse a son attribut, Zeus avait la foudre, Apollon et Artémis des arcs d'argent, et Poséidon un trident, etc. Dans le mythe d'Anzar, recueilli par Genevois, Anzar avait comme attribut une bague magique.

[16] Ambroisie : du grec Ambrosia : immortel, divin, qui appartient aux dieux. L'Ambroisie est une substance divine qui constitue la nourriture solide ou non solide des dieux.

[17] Nectar du grec Nektar : breuvage divin qui remplace le vin.:

[18] Ikhor ou Ichor: le sang des dieux.

[19] Piété et Impiété : Le pieux en Kabylie est celui qui respecte les obligations de la tradition et qui y participe activement, comme Timecreṭ/Le partage de la viande, ainsi que d'autres rites ancestraux liés à la croyance, organisée soit au niveau familial ou à l'échelle du village. Quant à l'impie, c'est celui qui ne respecte pas ces ladites obligations. Il est souvent mal vu. Quand les villageois ne peuvent pas punir l'impie, ils le confient aux forces divines. Ils disent de lui : Ad yawi daεwessu n taddart/Il répondra pour le mal qu'il a fait au village. Ils comptent sûrement sur les esprits des ancêtres ou sur les divinités protectrices du village pour  le punir.

[20] L'Oracle est la réponse donnée par un dieu que l'on consulte à propos d'une question personnelle, ou collective, concernant l'avenir. Les oracles ne peuvent être rendus que par certains dieux, dans des lieux particuliers, sur des sujets précis et déterminés. Le principal oracle de la Grèce antique est celui de Delphes, qui se trouve dans le temple d'Apollon.. La tradition d'Oracle existe en Kabylie. Les Kabyles consultent à propos de leur Avenir ou celui des leurs, soit chez les saints Musulmans, soit chez les devins et devineresses, moyennant argent ou autres biens matériels. Le monothéisme islamique dénonce et déclare illicites les oracles des devins et devineresses, mais encourage ceux des lieux saints, rendus par des imams musulmans, souvent liés au pouvoir central, spécialement à une institution nommée Lhoubous, un service religieux officiel qui s'occupe de ramasser l'argent des lieux saints, comme Wedris, à Illoula Oumalou, en Kabylie.

[21] Les Romains sont les premiers à adopter les dieux et la culture grecque. Quand les Romains ont conquit la Grèce, au IIème siècle avant notre ère, , Ils étaient émerveillés par la richesse et l'Art et de la Culturre grecque, au point qu'on les qualifie de conquérants conquis. Juba II, roi de Maurétanie, a tenté de son côté d'meprunter les Arts et la Culture grecque. Lui-même, comme l'aristocratie romaine, il écrivait et s'exprimait en grec. Et c'est ce que fera l'Occident, plus tard, notamment à la Renaissance, avec leur Mouvement de retour aux sources, en l'occurence, à la Culture gréco-romaine.

[22] Mithra : l'ami, dieu indo-iranien. Le culte de Mithra a connu son apogée à Rome au IIe et IIIe siècle de notre ère. Le mithraïsme est un culte païen. D'après Plutarque (Vie de Pompée XXXV, 7), le Mithraïsme est introduit en Italie durant les expéditions de Pompée contre les pirates de Cilicie. Ce qui explique probablement sa popularité chez les soldats de l'armée romaine. Le culte de Mithra, le "dieu-soleil" perse, est exclusiment réservé aux hommes. Le dieu Mithra est, comme plus tard Jésus, considéré comme une chance de salut. A Rome, le temple de Mithra est creusé sous le Mont Capitolin, les mystères mithraîques se célèbrent dans une caverne, à côté d'une source. La cérémonie est marquée par le sacrifice d'un taureau, offert au dieu Mithra. C'est fort probable aussi que le culte de Tomecreṭ en Kabylie tienne ses origines du culte de Mithra. Mithra est souvent représenté dans les scènes de la tauromachie. Beaucoup de scènes, représentant en mosaïques le sacrifice du boeuf à Mithra, sont conservées sur les sols des anciens Thermes romains, notamment à Ostie, près de Rome, où se trouvent par ailleurs les ruines de la maison d'Apulée.

[23] Si les Romains ont fini par persécuter les Chrétiens, c'est essentiellement parce que ceux-ci non seulement refusaient de participer aux cultes civiques, mais surtout parce qu'ils présentaient leur dieu comme le seul véritable.

[24] Autre terme désignant l'humain en kabyle est Lεebd, mot d'origine arabe, qui signifie Esclave. En arabe, on appelle les humains : Σibad l-Llah : les esclaves d'Allah. On est loin de l'étymologie reconstruite du mot amazighe!

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