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        Dans le dialogue entre Anzar et la jeune fille, le dieu compare la jeune fille à une étoile brillante et, dans sa réponse la jeune fille décrit le dieu en roi avec au front une couronne de corail.

        Voici donc les images que le dieu et la jeune fille ont utilisées pour se décrire l'un l'autre.

 

        Comparer une jeune fille à une étoile brillante, est sans aucun doute l'une des louanges les plus belles que l'être désiré pouvait recevoir de la part d'une divinité. Etoile brillante, la personne comparée à cet astre ne peut avoir de place que dans l'infinité et l'éternité du ciel, parmi les dieux et les déesses.

 

         La jeune fille  répond à la divinité : "Nek i keč i wumi yi-d-fkan, maεna ugadeγ imennan/(Je le sais) Nous sommes faits l'un pour l'autre, mais je redoute le qu'on-dira-t-on".  La jeune fille, probablement de haut rang, consciente de sa beauté, se voit digne d'être aimée et désirée par une divinité. Mais elle ajoute : "Ugadeγ imennan/Je redoute le qu'en-dira-t-on". Ce vers nous renseigne, en revanche, sur son état de mortelle: elle n'est qu'une femme, humaine. malgré son ambition d'épouser un dieu, malgré son statut social certainement élevé comme le suggérerait la rivière aux reflets d'argent dans laquelle elle se baigne (princesse, ou fille choisie parmi les Patriciens de la "cité"?)

        Mais si, comme nous l'avons écrit dans l'article précédent, la rivière d'argent est une allégorie de l'âge d'argent, et si le mariage d'Anzar et de sa fiancée représentait celui de Zeus/Jupiter et de sa soeur Héra/Junon, l'expression "Ugadeγ imennan/Je redoute le qu'en dira-t-on" ne pouvait venir que de l'idée qu'ont les Kabyles, devenus monothéistes musulmans, de l'inceste et de l'acte sexuel en général.         En effet, cette expression revient souvent dans la poésie kabyle, chaque fois qu'une femme désire sexuellement un homme, elle finit son poème par : "Maεna ugadeγ imennan/imawla, Mais je rdoute le qu'on-dira-t-on ou les parents." - Cela est devenu presque un refrain réccurent dans les expressions poétiques féminines concernant leur désir sexuel. "A yemma fudeγ a wi swen di tala yebna Uṛumi, ma swiγ ugadeγ imawlan, ma qqimeγ fad yenγa-yi/Mère, je désire boire de la fontaine que le Roumi[1] a construite, boire, je redoute les miens, ne pas boire, j'en mourrai de soif."  ou encore : "A yemma fudeγ a wi swen di tala yebna umeẓyan, ma swiγ ugadeγ imawlan, ma qqimeγ d fad a yi-inγen/Mère, je désire boire de la fontaine construite par le jeune homme, boire, je redoute les miens, ne pas boire, la soif me fera mourir."  -

        Ce passage du mythe d'Anzar ne peut donc être, selon nous, que tardif, car il décrit beaucoup plus la morale en vogue que la morale antique. Dans les mythes grecs[2], quand un dieu enlève une mortelle, il demande rarement  l'avis de la jeune fille ou de sa famille.

 

           Après nos moultes tentatives d'identification de Tislit n Wanẓar/La fiancée d'Anzar, nous voulons maintenant attirer votre attention sur l'image qu'ont les Kabyles des dieux païens. Nous retrouvons cette image dans le passage où la fiancée d'Anzar s'adresse à la divinité : "Ttxil-k, ay agellid n waman, a bu tεeṣabt n lmeṛjan/Je t'en suplie, Maître des eaux, au front couronné de corail." - L'image d'Anzar semble venir de l'antiquité gréco-romains : Au front couronnée de corail, cette image ressemble fortement à l'image des dieux gréco-romains tels que leur poésie et leur sculpture les représentaient. On pourrait la retrouver dans la description de Pausanias de la statue chryséléphantine de Zeus à Olympie, aujourd'hui disparue. Zeus y est représenté assis sur son trône, dans une posture que l'on lit aussi bien chez Homère que chez Hésiode. En outre Phidias représentait le roi des dieux couronné d'un rameau d'olivier.

        Apollon, guide des Muses,  est lui aussi souvent représenté avec un couronne de lauriers[3]; Poséidon, quant à lui, est toujours ceint d'une couronne au front, notamment dans les peintures et les sculptures de la Renaissance.

 

           Les dieux grecs sont anthropomorphes[4]. Les Grecs anciens pensent que les dieux, comme eux, portaient des vêtements, avaient le don de la parole et un corps. Le même corps que celui des hommes, mais en plus parfait, bien sûr.  

        

 

La figure humaine

 

C'est dans la période archaïque (-680 à -483) que la représentation de la figure humaine se codifie, articulée autour du couple Kouros (jeune homme)  et Kourè[5](jeune fille). Des statues, commandées par de riches mécènes, qui servent soit de divinités dans les temples, soit de stèles funéraires commémoratives pour les membres d'une famille.  

        Mais c'est durant la période classique (-483 à -338) que l'art statuaire grec a atteint son apogée. De grands sculpteurs ont émergé, parmi lequels Phidias[6], Polyclète[7], Praxitèle[8] et Myron[9]. Véritable âge d'or de la statuaire grecque. Période d'hégémonie athénienne durant laquelle la cité a connu un developpement extraordinaire dans la production artistique, notamment sous Périclès et la politique des grands travaux, dont les plus fameux concernent la reconstruction de l'Acropole (saccagée par les Perses en - 480).

        Pendant cette période, deux tendances artistiques  se sont développées, il y avait celle de la recherche d'une harmonie parfaite qui s'est traduite par la mise en place  du canon de Polyclète qui régle les proportions idéales du corps humain, en fonction bien entendu des sujets représentés : dieux, déesses, héros et athlètes; puis, la deuxième tendance, celle de l'illusion qui consiste à mettre en concurrence la représentation et la réalité qui se lit dans la pratique très poussée de l'imitation, que les Grecs appelle"Mimésis".  La statue grecque évolue vers de plus en plus de maniérisme, où la virtuosité artistique des sculpteurs a mis le marbre au service d'une sensualité corporelle inédite.

        On dit même de Phidias et de Praxitèle qu'ils étaient "les hommes qui ont vu les dieux." Ces deux sculpteurs ont atteint la perfection dans le polissage du marbre, jusqu'à la reproduction de la couleur de la peau humaine. Certains archéologues considérent que cet effet de réalité de la statue grecque en marbre ou en bronze vient aussi du fait que le sculpteur enduisait sa création d'huile, comme les athlétes le faisaient pour leur corps dans les gymnases. Quand un Grec rencontrait une statue, il ne savait pas s'il avait à faire à un homme, à un dieu ou à une oeuvre d'art.

        

        Tous les modèles sculptés par ces artistes leurs sont inspirés de la poésie ancienne, notamment d'Hésiode et Homère.  

        Les mêmes modèles de beauté corporelle sont représentés dans le mythe d'Anzar, une belle jeune fille nue et une divinité lumineuse au front couronné de corail. L"image que se font les Kabyles du dieu Anzar et de sa fiancée pourraient donc tirer leur origine de l'iconographie corporelle grecque. Iconographie qui remonte à la poésie orale méditerranéene et plus tard à la statuaire libyco-gréco-romaine. Les Berbères, dont les Kabyles, anciens habitants des cités libyco-grecques  et berbèro-romaines, ont sûrement gardé dans leurs mémoires mythiques et historiques des figures de marbre, de pierre et de bronze, représentant les divinités et les héros, ornant les façades des temples, des thermes et autres édifices publics se trouvant dans les villes africaines antiques. On peut penser aux statues en marbre retrouvées dans les fouilles italiennes et françaises en Libye, en Cyrénaïque notamment. Cyrène est une colonie grecque fondée en 674 avant notre ère, mais aussi aux magnifiques statues de marbre de Cherchell, antique Césarée, ou de Volubilis qui représente Juba II ou Ptolémée son fils sur le modèle des statues grecques de l'âge classique.

 

        Nous pouvons multiplier ainsi des exemples des textes antiques décrivant les dieux, les déesses et les héros. Dans le mythe d'Anzar, la description de la jeune fille et du dieu Anzar ne diffère aucunement de l'idéal grec de la beauté des mortels et des immortels. Chez les Grecs, l'idéal humain, c'est l'homme beau et fort. La poésie populaire kabyle, celle qui s'inspire de l'antiquité, aime à décrire la beauté  corporelle des héros, des héroines des contes, ainsi que des dieux antiques. Elle utilise les mêmes canons de beauté que les Grecs et les Romains dont leur description de l'homme idéal, de la femme idéale ou des dieux.

        

        Dans Tafunast igujillen/La vache des Orphelins, un conte kabyle très répandu, on décrit l'héroine blonde, aux cheveux longs, quand elle marche, des fleurs poussent sous ses pieds. Image qui renvoie à Aphrodite-Vénus, déesse gréco-romaine de l'amour, dont les pieds foulant le sol font pousser des roses. Une image amplement suffisante pour rendre compte de la beauté resplendissante du personnage. Des fleurs poussant sous ses pieds suffisent à imaginer que l'héroine de la vache des Orphelins est extrémement belle. On peut même dire qu'elle est d'une beauté divine.

        

        Quant à la beauté masculine, elle est représentée, surtout dans les chants féminins, par Amnay/le Cavalier[10]. Le cavalier est souvent décrit par : Imnayen, at wemzur yeddal tuyat/Les cavaliers aux cheveux couvrant les épaules. L'image d'un personnage aux cheveux longs est un critère de beauté récurrent chez les Anciens. Tous les dieux et les héros gréco-romains avaient de longs cheveux. Les Grecs disaient : "Les cheveux[11] sont la fleur du corps." - Ils disaient aussi que les soldats d'autrefois avaient tous des cheveux longs. Cela terrorisait l'ennemi. D'où peut-être le fait de se laisser pousser les cheveux chez les cavaliers kabyles d'autrefois. Cela rapelle la tête de Méduse, dont les serpents pendant  de son cuir chevelu, faisaient office de cheveux longs. En Kabylie, un homme ou une femme qui a des cheveux longs, pas beaux de surcroît, est surnomé Tteryel/L'ogresse. Les Grecs considéraient qu'une longue et belle chevelure embellit son sujet et une longue et laide le rend plus laid et plus monstrueux. les cheveux longs peuvent donc être à la fois un élément de séduction et de terreur.

        

        Durant la guerre, les cheveux représentent un trophée. Les Romains infligeaient la tonsure aux peuples vaincus. Couper les cheveux ou raser la moustache à un homme contre son gré est considéré comme l'une des plus grandes punitions et humiliations chez les Kabyles.  

        

        Dans les contes kabyles, la chevelure est souvent évoquée, selon qu'on soit prince ou esclave, le premier possède toujours une belle et lisse chevelure; et  le second des cheveux frisés, entremelés et sales. Toute description relative à la beauté évoque la qualité de la chevelure. C'est le premier élément qui est observé chez le personnage décrit.

 

        La mythologie grecque fait état des chevelures luxuriantes des immortelles et des mortelles, d'Aphrodite qui enveloppait sa nudité dans sa longue chevelure à Ariane dont la belle chevelure flottant au vent a séduit Bacchus-Dionysos. La chevelure, chez la femme, est considérée dans l'antiquité comme une véritable parure. C'est un symbole de séduction. Puis, chez l'homme, la chevelure reste un symbole de force. Elle avait une telle importance chez les Antiques qu'on ne la coupait que pour en faire une offrande aux dieux. C'est ainsi que Bérénice consacra sa chevelure à Aphrodite afin que son mari Ptolémée III revienne vivant de la guerre.  Oreste offre ses cheveux à Apollon avant de tuer sa mère et les dépose sur la tombe de son père qu'il s'apprête à venger.

        

        Chez les Kabyles, la première fois qu'un jeune garçon se coupe les cheveux[12], ses parents sacrifient ou achètent de la viande et donnent une petite fête. Il achète spécialement la tête de boeuf à l'occasion.

 

        La chevelure a été un élément corporel très important dans l'Antiquité. Et il est  l'un des rares sujets sur lequel les trois confessions monothéistes semblent en accord : elles voient dans la chevelure le plus terrible des objets de péché et de séduction. A partir de l'année 692, le Concile de Constantinople frappait d'excommunation ceux qui bouclaient et teignaient leurs cheveux.

 

          Dan son livre "L'individu, la mort et l'amour", Jean-Pierre Vernant disait que chez Les Grecs anciens, comme il n' y a aucun sens du péché, il n' y a pas, non plus, le sentiment de ce qu'on appelle le moi intérieur, le secret de la conscience de soi... Et par conséquent, ce qui est fondamental pour définir l'homme, c'est certainement son corps.  

        Exister, pour les Grecs anciens, c'est avoir un corps et un nom.  Il en va de même pour les dieux. Chaque dieu a un corps et un nom. Et Anzar, dans le mythe kabyle, a aussi un corps et un nom. Mais comme les dieux gréco-romains, le corps d'Anzar est invisible parce qu'il est trop lumineux, par excès de splendeur, parce qu'il rayonne au point qu'on ne peut le regarder en face. Contrairement au corps humain, le sur-corps divin a un rayonnement qui ne s'éteint pas, qui continue de briller de génération en génération, et dont l'identité n'est pas soumise à la decrépitude, ni aux vissicitudes du temps.

        Les dieux sont immortels, mais quand ils sont détrônés, ils sont enchaînés et envoyés dans le Tartare. Chronos est souvent représenté comme dormant et ronflant. Ces dieux déchus ne sont pas morts, mais assoupis.  N'est-ce pas le cas d'Anzar et de tous les dieux païens ?

           

        Le corps humain, quant à lui, est considéré comme un sous-corps. Il est visible. C'est un corps qui s'use quotidiennement et qui, à travers la vie, passe de la beauté, de la jeunesse, de la grâce à la decrépitude, au vieillissement et à la mort.

        En parlant des beaux corps humains, les Grecs évoquent surtout ceux des athlètes, ceux qui participent aux jeux olympiques. Dans ces jeux, le corps de l'athlète, s'est dit, aussi, dans les hymnes homériques. Ceux qui voyaient ces jeunes Grecs s'exercer aux épreuves athlétiques, ou ces jeunes filles[13] grecques danser ne pouvaient pas ne pas penser qu'ils avaient en face d'eux des êtres dignes  des immortels. Voilà comment on peut expliquer les statues consacrant des athlètes présentés dans la parfaite nudité, comme des Dieux. Gagner les jeux Olympiques c'est d'une certaine manière pour détourner le propos d'Epicure "suivre la divinité". Le corps humain, dans sa jeunesse, on ne peut le voir sans penser que cette lumière qui en émane est un rayon que les dieux envoient. Cela dit, les Grecs ne pensaient pas que les dieux avaient le corps comme celui des humains, ils pensaient plutôt l'inverse, que le corps humain est une pâle imitation de celui des dieux. Et c'est probablement à l'image des immortels que Prométhée a sculpté dans l'argile les premiers mortels.  

        

        Selon Homère, après sa mort, le corps humain devient la psuké[14], un fantôme, le simulacre du corps. La mort du corps est perçue par les Grecs comme une chose absolument répugnante, épouvantable, comme un retour au chaos, à la décomposition du cadavre. La belle mort, quant à elle, ne concerne que les héros de guerre dont les funérailles sont célébrées et même parfois en grandes pompes.

 

La Mort

        

        La mort chez les Grecs anciens a un visage horrible, elle est figurée par la tête de Méduse, une face d'horreur qui vous regarde et que vous ne pouvez regarder dans les yeux, c'est un regard qui vous pétrifie, qui vous ôte la vie, qui vous réduit à rien. Chez les Kabyles aussi, ils doivent l'imaginer hideuse et monstreuse au point de la surnommerTucbiḥt/La Belle[15].  De même chez les Grecs, ils appelaient la mort Kalos Thanatos (La belle mort) 

 

        Dans la poésie kabyle, la mort est personifiée : Lmut tebbweḍ-d ar wemnaṛ/La mort est arrivée au seuil de la maison; lmut tebbweḍ-d ar tγerγert/La mort est arrivée à la maison; lmut tebbweḍ-d γer tweṭzit/La mort est arrivée à la cheville; asmi ara k-d-taweḍ lmut/Quand la mort te rendra visite;wallaγ lmut/J'ai vu la mort; lmut tettextiṛi/La mort choisit... Cette personnification de la mort, certes poétique, nous rappelle Thanatos[16], la divinité funèbre grecque, qui, selon Hésiode est le fils de la nuit et frère jumeau d'Hypnos, la personnification du sommeil, d'où peut-être le proverbe kabyle : Win yeṭṭsen amzun yemmut/Celui qui dort est comme celui qui est mort. Et c'est pourquoi les humains associent la mort à la nuit. Selon Nietzsche, les hommes ont peur de la nuit car elle appelle la mort.  C'est donc la mère Nyx qui appelle son enfant Thanatos.

 

         Les Kabyles croient au retour des morts la nuit. Ils se manifestent sous différentes formes. Ils leur reviennent même dans leur rêves et leur confient des tâches à exécuter. Les gens redoutent de traverser le cimetière[17] la nuit. Ne le font que les plus téméraires, mais avec la peur au ventre. Il y a quelques années encore, les jeunes gens faisaient des paris sur qui pouvait traverser le cimetière la nuit[18]. Des gens même racontent qu'ils entendent parfois la nuit Taḍebbalt n at laxert ou taqufett n at laxert/Un groupe de morts qui traversent le village en jouant des tambourins et qui invitent les vivants à les suivre. Il arrive aussi que quand on dit du mal d'un mort, la nuit venue, il nous envoie cette troupe funèbre pour nous terroriser, et parfois nous faire mourir. Sans oublier, leur âmes qui revient nuitamment sous formes de phalènes, qui tournent autour des lampes dans les maisons. Les vieux disaient que ces papillons sont les âmes de nos ancêtres[19], qui reviennent pour prendre les nouvelles des leurs.

        Chez les Kabyles, il existe aussi de la communication entre les vivants et les morts. Cela se passe chez devins ou les devineresses, qui organisent ces rencontres. Ils transpercent le voile séparant la vie de la mort et font apparaître l'autre monde aux vivants qui voient leurs ancêtres et qui parlent avec eux. Souvenez-vous de l'Odyssée, quand Ulysse est descendu dans les Enfers où il a rencontré Tirésias, Achille, Ajax, Agamemnon et sa mère. Des êtres qui apparaissent, avec qui les vivants discutent, mais ils ne peuvent les toucher, car ils ne sont que des ombres. Beaucoup de Kabyles vont chez les devins et les devineresses pour voir leurs parents morts, soit pour leur demander pardon ou pour leur demander conseils. N'est-ce pas ce qu'a fait Ulysse chez Hades ? Il a demandé pardon à sa mère et conseil à Tirésias sur ce qui l'attend sur le chemin d'Ithaque.

        Ce genre de rite ne se passe jamais sans sacrifice. De préférence un bouc noir. Les morts ne se manifestent qu'en buvant le sang d'un animal sacrifié à leur attention.

        Chez les Grecs, les âmes, après la mort, vont chez Hades[20] où toutes lespsychai[21] (Les âmes) vont être jugées. Elles sont retenues comme des ombres sans force ni sentiment, mais  peuvent reprendre vie quand on les évoque, par une libation de sang à même le sol. Dans les Enfers, le pluriel s'impose car tout le monde n'a pas accès aux mêmes espaces. En effet les âmes ou plutôt les ombres, une fois traversé le Styx, sont jugées selon les qualités et les défauts de chacun. Pour les meilleures, les Champs Elysées ou îles des bienheureux, pour les moins mauvais, la majorité, le pré des Asphodèles et le Tartare pour les pires.

 

        Le rituel funéraire chez les Kabyles, à quelques détails près, ne diffère pas de celui des Grecs et des Romains anciens. Le corps du mort, chez ces derniers, est d'abord embelli, lavé à l'eau chaude pour le débarrasser de sa souillure; sa peau est frottée à l'huile brillante, pour lui donner plus d'éclat. Parfumée, la dépouille est parée d'étoffes précieuses, puis exposée sur un lit de parade à la vue de ses proches et de ses connaissances pour la déploration. Tout cela s'accompagne d'une nuit de veille, avant la mise en terre le lendemain. Pour ce qui est du rituel funéraire, nous vous invitons à lire"L'individu, la mort, l'amour" de J. P. Vernant. C'est probablement cette toilette finale qu'on assimile poétiquement, dans l'antiquité, au passage du mort par les fleuves des Enfers, notamment le Styx et le Léthé, avant d'atteindre le lieu du jugement dernier dans le royaume souterrain  d'Hadès.

 

        Les Grecs, selon J. P. Vernant, ont pensé la mort, ont réfléchi sur la mort et ont essyaé de la figurer. La mort, pour les Grecs anciens, est un retour vers le chaos premier, c'est l'horreur absolue, d'une certaine façon, c'est l'abolition de la singularité. On n'a plus de figure dans la mort. Voilà sans doute pourquoi les Grecs anciens aimaient la vie. Contrairement à certaines religions monothéistes, qui, par dépît de la vie sur terre, promettent aux hommes le repos éternel du paradis, les Grecs, par amour de la vie, présentaient la mort comme une fin horrible.  

 

        En Kabylie, après la toilette funèbre, la mise en linceul du corps et son exposition dans la maison, des hommes veillent sur la dépouille jusqu'à l'aurore, avant de laisser la place à un choeur de femmes pour chanter autour du mort. Au petit matin, d'autres hommes  se mettent à creuser la tombe après avoir pris les mesures du trépassé à l'aide d'un roseau. Pendant ce temps, les parents du mort présentent le repas funéraire[22], appelé Nnεi, qu'il organisent soit au cimetière, soit sur la place publique, à l'attention des vivants, exclusivement des hommes, venus rendre un dernier hommage au disparu. La levée du corps et la mise en tombeau sont souvent accompagnées de pleurs et de gémissements notamment des femmes proches du mort. Elles crient, s'arrachent les cheveux et il y en a mêmes qui s'évanouissent. Le corps mis en tombe, les "fossoyeurs" n'omettent pas de mettre un bout de terre sous la nuque du défunt, en guise d'oreiller, qu'on appelle en kabyle Takurt ou taεekkurt/La balle. Beaucoup de gens jurent par cette balle : Aḥeq taεekkurt-nni ara sumteγ akken/Par la balle que j'utiliserai en guise d'oreiller. Takurt ou taεekkurt/La balle se pratiquait aussi chez les Minoïens. Le rite est observé grâce aux fouilles archéologiques, effectués dans les Cyclades et la Crête.

        Voici donc certaines pratiques probablement antiques des rites funéraires qui subsistent en Kabylie. Nous avons écarté certaines autres, liées au monothéisme islamique, car très tardives. Nous avons choisi de rappeler uniquement les coutumes funéraires méditerranéenes, en l'occurence païennes, liées au temps anciens.      

 

        Chez les Romains, le statut social est un facteur important dans le déroulement et le faste des rites funéraires. On exposait le corps au public, une fois lavé, avant de l'incinérer ou de l'enterrer. Nous écartons ici toute considération sur les fastueuses funérailles des empereurs ou de patriciens illustres dont on peut voir les tombes encore sur la Voie Appia. Ce qui nous intéresse ici, ce sont les funérailles les plus répandues, des gens les plus simples, comme ceux de la plèbe, dont les rites funéraires, comme en Kabylie, se font dans le cercle familial : une fois que l'agonisant avait rendu l'âme, un membre de sa famille lui fermait les yeux et l'embrassait sur la bouche pour recueillir son dernier souffle. On retirait les anneaux[23] du défunt, puis on appelait la mort à voix haute trois fois par intervalles. Le corps était ensuite lavé, déposé sur un lit funéraire. Une pièce de monnaie était placée dans la bouche du défunt. Le corps devait quitter la maison les pieds en premiers. Celui-ci enseveli, l'Etat décréte un deuil public. La durée de ce deuil, qui, en Kabylie, est décrété par le village, varie selon le statut social du défunt. Autre point de comparaison, que ce soit en Grèce, à Rome ou en Kabylie, durant le deuil suivant l'enterrement, les hommes proches du défunt se laissent pousser la barbe.      

 

        Voilà un extrait sur la mort chez les Grecs anciens de J.P. Vernant, tiré de son ouvrage "L'individu, la mort et l'amour : "Ephémère, le corps humain. Cela ne signifie pas seulement qu'il est voué par avance, si beau, si fort, si parfait qu'il paraisse, à la décrépitude et à la mort; mais de façon plus essentielle, que, rien en lui n'étant immuable, les énergies vivantes qu'il déploie, les forces physiques et psychiques qu'il met en oeuvre ne peuvent demeurer qu'un bref moment dans leur état de plénitude. Elles s'épuisent dès lors qu'elles s'exercent.

        En ce sens, dans la vie des hommes, la mort ne se profile pas comme le terme qui sans rémission borne l'horizon de leur existence. Chaque jour, à tout moment, elle est là, tapie dans leur vie même comme la face cachée d'une condition d'existence où se retrouvent associés en un mélange inséparable les deux pôles opposés du positif et du négatif, de l'être et de sa privation : point de naissance sans trépas.  Que  Thanatos, Trépas, emprunte le masque de son frère jumeau, Hypnos, Sommeil, qu'il revête l'aspect de quelques autres de ses sinistres comparses, tous fils de Nux, la Nuit, fille de Khaos, la béance originelle, qui incarnent les malheurs humains de la fatigue, de la faim, du vieil âge.  C'est bien la mort, en personne ou par délégation, qui siège installée dans l'intimité du corps humain, comme le témoin de sa précarité."    

        

        

           

 

        

         

 

           

        

           NOTES

 


[1] Aṛumi : Roumi, ce vocable désigne de nos jours un Français, mais nous pensons qu'au départ il devait êtrr attribué par les habitants de l'Afrique du Nord aux Romains.

[2] Des épisodes de jeunes mortelles, apeurées et fuyant les dieux qui tentent de les ravir est presque un thème réccurent dans la peinture sur vase chez les Grecs.

[3] Le laurier est le symbole d'Apollon. Selon Ovide, Daphné nymphe de la mythologie grecque, qui fut le premier amour d'Apollon, le fuyait et allait être rattrapée après une longue poursuite par ce dernier, quand, au dernier moment, son père, le dieu-fleuve Pénée, la métamorphosa en laurier et dans lequel. Apollon fit une couronne. Dès lors, Apollon, dieu des arts et de la beauté, fit de du laurier son arbre et le consacra aux triomphes, aux chants et aux poèmes. Depuis chez les Grecs et les Romains, l'usage s'était établi de couronner de laurier les poètes et les vainqueurs des differents concours et jeux, d'où l'origine du mot baccalauréat, du latin baca laurea, qui signifie "Baie de laurier".

[4] Le premier sculpteur fut selon le mythe Prométhée le Titan, celui qui façona avec de la terre glaise l'homme à l'image des dieux., la déesse Athéna lui y introduisit un papillon, qui lui insuffla la vie. Le papillon symbolise le changement, la métamorphose. Le papillon signifie âme même chez les Kabyles. Comme nous l'avons déjà signalé dans les articles précédents, quand un papillon vient tourner la nuit autour de la lampes, les Kabyles disent : le papillon symbolise l'âme des ancêtres, ils reviennent pour prendre les nouvelles de leurs familles.  

[5] Kouros et Kourè : un jeunes homme nu et une jeune femme vêtue. Deux statues de l'âge archaïque grec. Le Kouros est représenté nu et debout,  les bras le  long du corps, la jambe gauche légèrement avancée. Quant à Kourè, elle est représentée drapée et debout. L'attitude raide  des figures garde l'apparence rectiligne du marbre dans lequel les personnages sont sculptés. Il y a des régions en Afrique du Nord où l'on désigne par Cir et Cira respectivement un jeune homme et une jeune fille.

[6] Phidias : Sculpteur grec (Athènes -490, Olympie -430).  Phidias est choisi par Périclçs pour exécuter des statues pour le Parthénons, mais aussi pour superviser les travaux de sculpture de l'Acrople. Il réalise lui-même en - 438 la statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos. Puis une autre statue de Zeus, en -437, toujours en chryséléphantine, à Olympie. Les deux statues ont disparues. Le style de Phidias se caractérise par une représentation réaliste du corps humain, mais idéaliste par sa majesté et sa sérénité. Edmond Lévy disait de lui : "Phidias a réalisé une synthèse subtile de la puissance archaïque et de l'harmonie classique."

[7] PolyclèteSculpteur grec (Vème siècle avant notre ère). Sa période d'activité, selon Pline l'Ancien, s'entend entre (-460 à -420). Polyclète est le premier sculpteur à rédiger un traité sur son art, le Canon/La règle. Il est le créateur de la notion de  Contrapposto ou Chiasme : le fait de reposer le poid du corps, en station debout, sur une seule jambe, quant à  la jambe libre, elle est portée à la fois en arrière et tournée avec un talon fortement soulevé, atténuant ainsi l'impression  de raideur qui se dégage  Voir Le Doryphore/Porte lance, l'une de ses statues les plus connues.

[8] Praxitèle : Sculpteur grec (-400, mort avant -326). L'influence de Praxitèle dans la représentation féminine se fait d'abord sentir par l'Aphrodite de Cnide, forme plantureuse et nudité provocante. Le geste des deux mains cachant la poitrine et le sexe attire l'attention du spectateur. Parmi ces grandes oeuvres : Aphrodite Brashi, l'éphèbe de Marathon, Apollon Sauroctone, le satyre au repos, Hermès portant Dionysos et beaucoup d'autres.

[9] Myron: Sculpteur grec (-485, mort vers -420). Il est l'auteur de nombreuses statues d'athlètes, dont la plus célèbre Le Discoble.

[10] Cavalier : du bas latin Caballus/Cheval. Chevalier ou Cavalier vient de caballarius, d'où peut-être le Qbayli/Caballarius/Cavalier. Hypothèse probable car dans la poésie kabyle ancienne, on rencontre beaucoup Imnayen/Les Cavaliers. Des guerriers à cheval aux cheveux longs qui ont combattu probablement aux temps des Romains. Massinissa était à son époque Maître de la Cavalerie numide. Le non QBL/Kabyle pourrait provenir aussi du mot Caballurius. L'hypothèse selon laquelleLeqbayel vient du mot arabe Qabila/Qabaïl qui signifie tribu(s), nous la trouvons peu probable car les Arabes eux-mêmes vivaient en tribus. Ils ne pouvaient donc donner ce nom à un peuple qui a presque la même organisation que la leur.    

[11] Apollon est toujours représenté les cheveux longs. Sa coiffure est typique des jeunes gens ou Kouroi, terme dérivé de la racine Ker-, "Couper, tondre" - couper les cheveux probablement. Le passe temps du jeune homme étant l'athlétisme, pratiquée nu. Couper les cheveux est une offrande à Apollon, à l'époque archaïque. A Athènes, dans le siècle de Périclès, les cheveux longs étaient réservés aux éphèbes, c'est-à-dire à une classe de jeunes gens entre 13 et 20 ans, qui faisaient leur apprentissage de citoyens notamment dans le gymnase, et auprès de citoyens plus âgés.

[12] A l'époque archaïque, hommes et femmes grecs portaient des cheveux longs. Après les guerres médiques, et inversement à Sparte, seuls les enfants gardèrent les cheveux longs à Athènes. Nous constatons donc que, chez les enfants, porter ou couper les cheveux chez les petits garçons est un acte non dénué de sens.

[13] La fiancée d'Anzar est décrite dans toute sa splendeur. Elle est d'une beauté divine. Elle se baigne dans une rivière lumineuse aux reflets d'argent. La beauté de la jeune fille évoque bel et bien  le corps divin.

[14] Jean-Pierre Vernant disait : "Lorsque Pindare parle de Psuké en disant qu'elle n'est pas - la Psuké c'est l'âme,, nous la traduisons par l'âme - et bien entendu chez Homère, ce n'est pas l'âme, les hommes n'en ont pas, ils deviennent des Psukés, ils deviennent des fantômes." - Dans les villages kabyles, il y a dans leur tradition, une peur bleue de traverser le cimetière la nuit. Ils pensent que les morts reviennent la nuit et rôdent autour des maisons.

[15]A Athènes, après le vote de l'aréopage en faveur d'Oreste, la déesse Athéna a sacré les Erynies et ont bénéficié d'un office rituel à Athènes. Depuis les Grecs ont surnommé ces déesses vengeresses les Bienfaisantes.

[16] Thanatos est la divinité grecque de la mort. Elle apparait dans les sculptures anciennes avec un visage défait et amaigri, couverte d'un voile, et tenant, comme le Temps, une faux à la main. Cet attribut signifie  que la vie est moissonée comme le blé. Les sculpteurs et les peintres ont conservé cette faux à la Mort. Ils représentent la Mort sous des traits hideux. C'est le plus souvent sous la forme d'un squelette. Les attributs de Thanatos sont l'urne et le papillon. L'urne est censée contenir les cendres, et le papillon prenant son essor est l'emblème d'un espoir d'une autre vie. Le papillon nocturne, chez les Kabyles, symbolise l'âme des morts, quand aux cendres, elles ne subsistent que dans la citation à propos de l'Ogresse dont on dit : Tteryel tettuγal-d deg yiγed-is/L'Ogresse renait de ses cendres. Comme le phoenix*. Les cendres, dans cette citation, nous renvoient peut-être aux temps où les anciens habitants de l'Afrique du Nord brûlaient les morts. D'où peut-être l'idée des Grecs d'aller en Enfer, chez Hades : le bûcher qu'on préparait, dans les temps anciens,  pour brûler un corps mort, n'est-ce pas là l'idée de l'Enfer ?  Contrairement au Paradis monothéiste, qui lui, accueille plutôt l'âme du mort, non le corps. Le corps va au feu d'après les anciens. Celui du bucher probablement. Souvenez-vous de l'épisode de l'Odyssée, chez Circé, quand Ulysse a perdu l'un de ses compagnons. Les Grecs ont embélli le corps du mort, préparé un bûcher, avant de le jeter dans les flammes.*Le Phoenix : oiseau légendaire chez les Grecs, doué de longévité et qui a le pouvoir de renaître de ses cendres. Il symbolise ainsi les cycles  de la mort et de la résurrection. Mammeri dans les poèmes anciens associe le Poenix à Tanina. Quoique dans le langage populaire, Tanina est la femelle de lbaz/faucon.  A ne pas confondre le Phoenix avec le Spinx ou la Sphinge ou la Sphynge : chez les Grecs, l'animal a un corps de lion ailé, le visage et le buste de femme. Monstre hybride et cruel, frère de Cerbère, chien à trois têtes qui garde la porte des Enfers. La caratéristique du Sphinx, c'est de poser une énigme aux voyageurs. Dans la tragédie d'Oedipe roi, le Sphinx se tient aux portes de la ville de Thébes, et impose aux voyageurs qui s'y rendent de résoudre une énigme** sous peine d'être dévorés. Vaincu dans l'épreuve par Oedipe, l'animal fabuleux se jeta d'un précipice et mourut. Le mot Sphinx ou Sphinge ressemble étrangement au mot kabyle LFINGA, ou Zfinga chez les habitants d'Azazga, qui aujourd'hui, en kabyle, signifie Guillotine, précipice ou Abîme.         **L'énigme résolue par Oedipe : Lorsque Oedipe arriva aux portes de Thèbes, le Sphinx lui posa la question restée encore sans réponse. Quel animal a quatre pieds le matin, deux à midi et trois le soir ? - Oedipe répondait : "L'homme : Enfant, il se traîne à quatre pattes; adulte, il se tient debout sur ses deux jambes; vieux, il se sert d'une cane." - Vaincu, le Sphinx se jeta du haut du précipice.  - Cette énigme existe dans le répertoire d'énigmes kabyle, mais nous ne saurions ni ne pouvons vous dire comment elle est arrivée en Kabylie.

[17] En Kabylie, le cimetière est un territoire sacré et protégé. Chaque clan ou chaque famille élargie a son cimetière ou son carré. Le cimetière, comme en Grèce et à Rome, se trouve toujours en dehors du village.  A Rome et en Grèce ancienne, le cimetière est aussi un terrain public sacré, où l'on enterre les morts d'un même groupe humain dans des tombes individuelles ou lignagières où leur souvenir est généralement signalé par  un monument, des symboles ou des inscriptions.

[18] En Kabylie, le cimetière fait peur durant la nuit. Il n'est fréquenté, d'après nos vieux, que par les sorcières qui n'hésitent pas parfois à déterrer les morts, leur couper la main, avec laquelle elles roulent du couscous qu'elles vendent très chers à leurs clients. Couscous que ces derniers utilisent pour ensorceler  leurs ennemis ou leurs amis, selon l'interêt du moment. Pratique observée aussi dans les cimetières de la Rome antique, où les sorcières dérobent aux bûchers des ossements ou des déchets macabres pour préparer  leurs potions magiques. Voyez L'âne d'or d'Apulée.

[19] Dans les temps anciens, quand un peuple attaque un autre, il commence d'abord par profaner ses tombes pour prouver aux peuples conquis l'incapacité de ses ancêtres à le sauver. Après la profanation des cimetières, ils violent les femmes pour semer leurs gênes au sein de la communauté conquise. Une espèce de marquage du territoire.

[20] L'Enfer décrit par la Mythologie grecque est different de celui des religions monothéistes. L'Hadès est un lieu où toutes les âmes se retrouvent après la mort. Certaines sont punies eternellement dans le tartare, puis d'autres mènent une vie paisibles dans les Champs Elysées. Les Grecs différencient le destin des âmes en fonctions de leurs mérites ou déméites. Ils admettent même que les âmes des justes s'envolent vers les astres. L'Enfer est séparé du monde des vivants par un plusieurs fleuves, selon les traditions. Les plus connus sont le Styx ou l'Achéron et le Léthé**. Le mort, pour passer à l'autre monde, attend sur les rives du Styx l'arrivé du batelier Chiron* qui le fait passer dans sa barque, sur l'autre rive, moyennant une obole symbolique, ce qui explique la coutume mortuaire qui voulait que l'on glisse une pièce de monnaie dans la bouche du mort. Il nous plaît de rapprocher ce motif de Chiron d'une expression connue dans certains villages kabyles. En effet, on appelle parfois la civière des morts Lbabur n Qiṛwan/Le barque ou le bateau de Qirouon. On fait peut-être allusion là à un vieux bâteau qui reliait l'Algérie à la France et que les premiers émigrants prenaient pour effectuer la traversée de la Méditerranée. D'après certains témoignages des gens qui ont pris ce bâteau, on attachait aux mâts les voyageurs, non parce qu'ils auraient eu le désir, comme Ulysse, d'entendre le Chant des Sirènes, mais parce qu'ils avaient le mal de mer. Selon eux, le bâteau était un véritable Enfer, où personne ne pensait arriver vivant à bon port. Nous pensons donc que le vocable Lbabur n Qiṛwan/Le bâteau de Quirouon vient peut-être de là : de la barque de Chiron. Une survivance antique. Il existe aussi, dans la poésie kabyle, Iγzer n Qiṛwan/La rivière de Quirouen, qui signifie probablement le Styx/L'Achéron ou littéralement : la rivière de Chiron.A signaler que seuls les morts enterrés selon les rites dus aux dieux sont concernés par la traversée du Styx.**Léthé : du grec Lêthé, oubli. Le léthé est un fleuve qui coule avec lenteur et silence. Les poètes disent que c'est un fleuve d'huile dont le cours paisible ne fait entendre aucun murmure. Il est représenté sous la forme d'un vieillard qui d'une main tient une urne et de l'autre la coupe de l'Oubli.

[21] Psyché : Selon Homère, la notion de Psyché (âme souffle) est associée avec celle du sommeil, de l'évanouissemnt et de la mort. Elle n'est pas l'étincelle divine de l'homme, mais son ombre (Skia)* qui le suivit dans l'Hadès, sa consistance perdue, le souvenir de ce qu'il a été. La Psyché, pour les Grecs du temps d'Homère, est un souffle* inconsistant qui manifeste la fragilité humaine et souligne la différence entre l'homme et les immortels. C'est par les Orphiques, que la Psyché va devenir l'âme, partie divine et supérieure de l'être humain, immortelle, souffrante dans le corps et destinée à conquérir un salut et une rédemption libératrice.* Skia : Ombre, même mot en kabyle aseklu/Tili.** Souffle : en Kabyle, on désigne le Souffle par le mot Nnefs. Nnefs est un mot hébreux Nèphèsh qui signifie Respirer. On utilise aussi, en kabyle, le terme Iman pour désigner l'âme, mot qui vient probablement de Anima/Âme en latin.    

[22] Le repas funéraire : Chez les Grecs, après la toilette du défunt, sa mise dans le linceul, l'exposition du corps dans le vestibule de la maison, au milieu des lamentations rituelles : mains tendues vers l'avant pour les hommes, mains portées à la chevelure pour les femmes. Après la veillée funèbre, le corps est transporté le lendemain à la nécropole  un chariot ou un brancard, au milieu d'un cortège vêtus de sombre, au milieu des chants funèbres, accompagnés de flûte en alternances avec les sanglots des pleureuses. Le corps enseveli ou brûlé, selon l'époque ou la dernière volonté du défunt, la famille offre un banquet funéraire, où seuls les hommes, comme en Kabylie, prennent part. Le banquet se tient dans la maison d'un proche du défunt, le domicile de celui-ci est considéré comme souillé par la mort en attendant une purification rituelle.  Les Grecs, comme tous les peuples de la Méditerranée antique, place dans la tombe du défunt tout un mobilier funéraire, des objets, croit-on, susceptibles de servir dans la vie de l'au-delà, parmi lesquels quelques pièces de monnaie, glissées dans la bouche du défunt pour le paêment du passeur Chiron.  

[23] En Kabylie, le dernier souffle du mourant s'appelle : Tameqyast n nnefs/L'anneau du souffle.

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