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X- Anzar, un rite d'alliance

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                  En Kabylie, quand la pluie cesse et devient une bruine, le brouillard et les nuages s'écartent pour laisser passer quelques rayons de soleil un tantinet aveuglants, c'est le moment que choisit Teslit n Wanẓar/La fiancée d'Anzar pour étendre ses belles couleurs, qui semblent venir du ciel et qui finissent leur course derrière la montagne, probablement dans le lit d'une rivière. Du moins c'est ce que les yeux observent durant ce divin spectacle. Un moment magique durant lequel le soleil et une pluie fine se mélangent, et où toute la nature baigne dans un liquide lumineux à la fois doré et argenté[1].

                  Quand Tislit n Wanẓar/l'Arc-en-ciel se manifeste, sa beauté ne laisse personne indifférent. Les enfants l'accueillent à chaque fois avec un vœu : "Tabuqalt[2]-iw d tazegzawt, tazeggaγt wi bγun yewwi-tt/Mon aiguière(Vase) est verte et je laisse la rouge à qui veut la prendre." Les différentes couleurs de l'Arc-en-ciel sont désignées en kabyle par le mot Tibuqalin/Les aiguières[3]. 

 

                  En Kabylie, nous l'avons déjà signalé dans les articles précédents, la fête de mariage dure trois jours. Et c'est au lendemain de la nuit de noce que la jeune mariée, parée de bijoux d'argent par les femmes et ceinturée par un garçon de son choix, se dirige vers la fontaine avec une aiguière à la main. Accompagnée d'une procession composée, comme dans le rite d'Anzar, de femmes et de petits garçons. A la fontaine, elle remplit d'eau son aiguière et donne à boire, encore une fois, à un garçon de son choix. Celui qu'elle trouve sans doute le plus beau du village et auquel elle rêve  de donner naissance. "Teffeγ-d teslit/La fiancée est sortie. C'est le moment de la voir. Tous les villageois viennent l'admirer dans ses beaux habits et ses parures argentées. Les femmes qui l'accompagnent s'organisent en chœurs. Elles chantent les louanges de la nouvelle mariée, de son foyer et de toutes les joies qui l'attendent, comme celle de donner naissance à de beaux et vigoureux garçons.

 

                  Comme dans le rite d'Anzar, l'eau est donc un élément important dans les cérémonies nuptiales kabyles. En faisant le parallèle entre le rite d'Anzar et les cérémonies de mariage, nous pourrions dire que la fête de mariage telle que pratiquée en Kabylie tient ses origines du mythe d'Anzar. 

 

                  Mais qui est Tislit n Wanẓar/La fiancée d'Anzar ? Nous avons essayé de montrer, avec des arguments que nous estimons recevables, et avec le peu d'éléments que le mythe d'Anzar nous livrent, qu'Anzar pouvait être identifié soit à Poséidon/Neptune, dieu de la mer chez les Grecs et les Romains, soit à Zeus-Jupiter, agellid amuqran/Le Roi suprême. Quant à Tislit n Wanẓar/La fiancée d'Anzar, nous ne pouvons dire encore si elle est une mortelle ou une immortelle.  Le texte recueilli par Genevois ne le précise pas. Cependant, nous pouvons, d’après certains éléments du texte l’assimiler à une princesse, à une jeune fille anonyme. Mais si nous nous penchons sur certains détails, Tislit n Wanẓar/La fiancée d’Anzar pourrait même être une déesse.

 

                  Il y a effectivement un détail dans le mythe d'Anzar qui est, à notre avis, très important. C'est celui de la rivière aux reflets d'argent dans lequel se baigne la future fiancée d'Anzar. Que signifie l'argent dans le mythe d'Anzar ? Voilà un détail d'apparence innocent, mais probablement lourd de sens. Il peut s'agir pour les Kabyles, qui ont conçu ce mythe, d’une image avec laquelle ils  désirent exprimer, et surtout rappeler, que l'époque d'Anzar était une époque d'argent. La rivière qui coule pourrait signifier le temps, l'eau aux reflets d'argent pourrait donc représenter l'époque d'Anzar coïncidant avec l'âge d'argent d'Hésiode. Période qui vient après l'âge d'or, symbolisé par le Règne de Kronos[4]/Saturne, dieu du temps. L'âge d'or était l'époque où les hommes et les dieux se rencontraient, où personne ne travaillait, où les mortels et les immortels ne se rencontraient qu'autour des banquets. Quant à l'âge d'argent, il vient après le règne de Kronos/Saturne. C'est l'époque des dieux de l'Olympe. Epoque où ces dieux se séparent des hommes, après le partage du bœuf, par le créateur des hommes, le rusé Prométhée[5].

 

                  L’âge d'argent, c'est la prise de pouvoir des dieux de troisième génération, c'est le passage du sceptre des mains de Kronos/Saturne à celles de Zeus/Jupiter.

                  Installé sur le trône céleste, Zeus  avala sa première femme Métis[6], sous forme de goutte d'eau, Zeus épousa Héra, déesse des mariages et des naissances. Les noces de Zeus et de Héra ont duré trois siècles, d'où peut-être la durée de trois jours des fêtes de mariage chez les Kabyles. Le premier jour consiste à la dot et à l'abattage du bœuf, le deuxième aux noces et le troisième à la sortie de la nouvelle mariée, qui se rend à la fontaine pour chercher de l'eau dans une aiguière.

 

                  Dans la mythologie grecque, l'Arc-en-ciel est représenté par Iris, fille de Thaumas[7] et de l'Océanide Electre. Iris était la messagère des dieux, principalement d’Héra, la déesse des mariages et des naissances. Iris se tient toujours assise auprès du trône d’Héra, prête à exécuter ses ordres. L'Arc-en-ciel est considéré chez les Grecs comme le chemin entre le ciel et la terre, tracé par le pied de la messagère Iris. Puis d'autres parlent de son écharpe qu'elle déploie à travers le ciel. Iris, selon Callimaque, ne quitte jamais ses sandales et sa ceinture. Elle est toujours prête à exécuter les ordres de sa maîtresse. Les missions d'Iris sont nombreuses, mais la plus importante est celle de couper le cheveu fatal des femmes qui vont mourir.  Iris, aux pieds agiles, selon Homère, est, dans l'Iliade, la déesse qui descend sur terre pour annoncer aux mortels la volonté des Olympiens.

 

                  Dans la mythologie grecque, les mortels et les immortels jurent par le Styx, l'un des cinq fleuves des Enfers. Chaque fois qu'un mortel ou un immortel ment, Jupiter dépêche Iris pour aller remplir d'eau un vase d’or dans le Styx. Après quoi  le menteur doit jurer sur le vase; et s'il se parjure, Jupiter le punit, soit de passer dix ans sans mouvement s'il s'agit d'un immortel. S'il s'agit d'un mortel, il est frappé d'aveuglement, de surdité, de paralysie ou de mutisme pour toute sa vie.

                  L'évocation du vase d'or dans le serment des immortels et des mortels dans la mythologie grecque est peut être la réponse à notre question préalable : pourquoi les Kabyles appellent-ils les couleurs de l'Arc-en-ciel les vases ou les aiguières ?   C’est pour cette raison aussi que nous assimilons les vases de l’Arc-en-ciel au vase que  chaque jeune mariée kabyle va remplir d'eau à la fontaine au lendemain de ses noces. Remplir d’eau un vase à la fontaine ne serait-il pas une forme de serment de fidélité pour les jeunes mariées devant les dieux, spécialement devant Héra, la déesse des mariages et des naissances ? Et dans l'acte de la nouvelle mariée qui fait boire dans son vase un petit garçon ne serait-il pas une promesse à la déesse de donner de beaux garçons à son époux ?

 

                  Pourtant après ces digressions nécessaires, la question subsiste: qui est donc Tislit n Wanẓar/La fiancée d'Anzar pour les Kabyles ? Est-ce Héra, la femme de Zeus ? Est-ce Iris, sa messagère ? Est-ce une princesse kabyle, épousée par un dieu ?  Ou est-ce juste une jeune fille kabyle anonyme, du moins est-ce que le mythe, recueilli par Genevois, suggère? Dans ce cas, l'Arc-en-ciel ne représente-il pas pour les Kabyles une forme d'alliance avec le dieu de l'eau?  Un chemin entre eux et le ciel, tracé  par les pas de la vierge Tislit n Wanẓar/La fiancée d'Anzar le jour de son assomption dans les airs avec le Roi des eaux ?  

 

                   En Kabylie, durant les fêtes de mariage, toutes les divinités sont invitées. Du couteau d'Apollon au tambour en peau de chèvre de Dionysos, en passant par la flûte de Pan, les tapis sortis des métiers à tisser d'Athéna, les fusils des adeptes d'Artémis et l'eau jaillissant du trident de Poséidon. Tous les dieux participent aux festivités. Il arrive même que Hadès s'invite parfois et frappe de deuil la cérémonie en fauchant un membre de la communauté. Il est vrai que les villageois sont loin de toutes ses interprétations. Il en était de même chez les Grecs anciens et les Romains. Tous les rites, toutes les cérémonies auxquelles ils s'adonnaient se pratiquaient d'une façon populaire, comme actuellement chez les Kabyles. Personne ou presque n'avait conscience de la raison et de la finalité des sacrifices. Ce sont les intellectuels et les artistes, notamment les poètes, qui interprétaient, donnaient du sens et de la beauté à chaque geste et à chaque action humaine en faveur du divin. Ce sont les premiers aèdes grecs, notamment Homère et Hésiode, qui ont structuré les mythes grecs.  Par la suite, d'autres intellectuels sont venus. Ils ont analysé chaque mythe et chaque rite, et depuis, les légendes sont passées de l'oral à l'écrit et du peuple à l'élite. Pour un habitant lambda de Maraghna Ajehli est un géant très fort dont il est fier et qu'il utilise pour faire peur à ses voisins; pour un Monothéiste musulman militant, Ajehli est un homme sauvage qui ne connaissait pas l'Islam; puis, pour celui qui a des connaissances mythologiques gréco-romaines, il vous dira qu’Ajehli est une figure mythique méditerranéenne, tirée de la Gigantomachie d’Hésiode.

 

                  Voilà comment ces histoires ont voyagé, nomadisant entre les Gréco-Romains et les Africains du Nord. Les mythes se déplacent d'un lieu à un autre et se transforment. Le même mythe diffère d’une région à une autre, même au sein de la Grèce. Les spécialistes de la mythologie grecque parlent de variantes. Les Nord-africains ont sûrement entendu parler des mythes gréco-romains, et en les adaptant à leur culture, ils les ont beaucoup retouchés, et vis-et-versa. Les Grecs et les Romains, durant leurs voyages et leurs conquêtes, ont adapté toutes les histoires qu'ils ont recueillies ici et là, dans le monde méditerranéen, et les ont faites leurs.

                  Dans, ce qu'on appelle Taqbaylit ou si vous voulez "la Sagesse kabyle", nous retrouvons toute la sagesse méditerranéenne développée par les philosophes grecs et latins. Des valeurs et des idées partagées pendant des siècles par les deux mondes, libyque d'un côté et gréco-romain de l'autre. Les échanges ne se limitaient pas uniquement à l'huile, à la poterie et au blé, ils s'échangeaient aussi des idées, des mythes et des pratiques. Toutes les valeurs promues par les grands philosophes grecs et latins ont trouvé de l'écho dans les assemblées kabyles.   Toute les valeurs promues par les sages de Grèce et de Rome existent aujourd’hui dans la sagesse kabyle, mais sous forme de proverbes ou de locutions populaires. Certains kabyles prétendent maîtriser cette sagesse, et sont reconnus comme des sages ou des gens qui connaissent taqbaylit/le kabyle, par les gens de leur tribu. Taqbaylit, à la fois langue et sagesse. La maîtrise de la parole liée à la maîtrise de  valeurs "kabyles" venant de l'antiquité, portant la sagesse et la morale des anciens méditerranéens. Mais, alors que les Grecs et les Latins ont transformé cette sagesse en philosophie universelle, en la nourrissant de nouvelles idées et nouveaux concepts, liés à la marche du temps, Taqbaylit, elle, est restée telle quelle, figée hors du temps et des circonstances de l'histoire.

 

Certes on peut concéder que Taqbaylit renferme toute la sagesse antique, mais , il est clair qu'elle n'a jamais connu ni les sanctuaires du savoir, ni les arcanes d'une écriture portée par des penseurs capables de la sortir de sa forme orale. De la langue grecque, les Hellènes, grâce à la parole, ont tiré de la poésie, du théâtre, de la philosophie, de la médecine, de la physique, de la politique, etc. Taqbaylit est restée d taqbaylit. Elle s’est toujours reproduite à l'identique, et continue de le faire. Elle s'est exprimée, il est vrai, dans certains arts, comme la poésie et le théâtre, cependant elle est encore loin de produire des discours politiques, philosophiques et scientifiques, de la portée des discours des philosophes antiques. Elle ne parle qu'aux gens de la tribu, pas à l'homme universel.

 

                       La différence entre le monde gréco-romain et le monde kabyle est dans la politique. Les Grecs et les Latins, grâce à la politique, ont réussi à créer des Républiques, voire des empires. Grâce à la république, les Grecs et les Romains ont matérialisé le temps et dominé l'espace. Choses qui sont restées vagues et confuses chez les Kabyles. Leur incapacité à assimiler le discours politique et leur manque de volonté à créer une république les ont éloignés du reste de l'humanité. Ils vivent en vase clos, dans un espace indéfini et dans un temps indéterminé. D'où leur peur de s'ouvrir à d'autres cultures autres que la culture islamique, qui les maintient dans leur confortable léthargie,  et les enfonce dans leur ignorance de l’espace et dans leur confusion du temps.

 

                  La méconnaissance de la philosophie, de la Géographie et de l'Histoire, dans le sens gréco-romain bien entendu,  a rivé les Kabyles dans des traditions archaïco-islamiques.

 

                  Après la révolution intellectuelle ionienne, la Grèce en a fini avec les lois des dieux et est passée à la loi des hommes à travers la cité. Aujourd'hui en Kabylie, on pourrait faire le parallèle avec la structure villageoise, mais contrairement aux Grecs qui sont passés de la cité à la République, les Kabyles, après la chute de Rome, ont rérogradé du royaume au village. C'était le retour vers la cité archaïque. Poussés vers les montagnes, les Kabyles, pour se préserver, ont tout de suite renoué avec l'âge archaïque libyco-grec.

 

                  Que s'est-il donc passé pour que les Kabyles, après avoir connu, en tant que Libyens et Numides, des royaumes, fréquentés en sus par les Grecs et les Romains, retrouvent à nouveau propulsés des siècles en arrière ? A notre avis, l'isolement des Kabyles par l'Arabo-islamisme et leur islamisation ont vite eu raison de la mémoire des Kabyles et des autres Berbères. Non seulement ils ont oublié qu'ils avaient jadis des royaumes, mais ils ont oublié jusqu'à leurs origines, qui pourtant, ne remontaient pas à des années lumières.

                  Le maintien des Kabyles et des Berbères dans l'oralité est chose voulue et encouragée par les nouveaux occupants. A notre avis, on maintient une société dans sa tradition, non pas pour l'empêcher d'écrire seulement, mais surtout pour l'empêcher de lire, er donc de progresser. L'ignorance de l'écriture, le mépris de la lecture, autre que religieuses, est dû sans doute à la disparition des langues grecque et latine en Afrique du Nord, ce qui n'a pas été sans causer des dommages importants à la "culture" berbère. Car si les Berbères avaient maintenu ces deux langues, jamais ils n’auraient oublié ni leur Histoire ni leur culture ancienne.

                  Le retour de la France en Afrique du Nord a de nouveau remis dans le jeu la culture gréco-latine, et c'est à travers l'école française, que des Berbères ont redécouvert les Historiens grecs et Romains qui ont écrit sur l'Afrique du Nord. Qui connaîtrait aujourd'hui Jugurtha si les Kabyles n'avaient pas eu accès à Salluste via la langue française ? Et il en est de même de toutes les connaissances que nous possédons aujourd'hui, concernant les religions premières et l'Histoire de l'Afrique du Nord ancienne.

                  N'est-ce pas pour cette raison que les Etats arabo-islamiques nord-africains arabisent les Berbères ? Ils le font pour les arracher à nouveau au savoir universel que l'école française leur a transmis. Ecole coloniale, vous diraient certains anticolonialistes kabyles, mais combien ô bénéfique pour les Kabyles et les Berbères. Jamais un Kabyle n'aurait connu Massinissa, Juba II, Apulée, Terence si l'école française n'était pas venue en Afrique du Nord.

                  C'est de tout cela que la dictature arabo-islamiste veut priver définitivement les Kabyles et les Berbères. Il faut empêcher le Berbère de redécouvrir son passé, ses religions anciennes et son héritage libyco-gréco-romain. Et pour le dissuader de chercher dans cette voie, les Etats nord-africains, profitant du discours moderne anticolonialiste, l'accusent d’être manipulé par les anciens colons, à savoir, les Français, à chaque fois qu'il manifeste son désir d'être Berbère. Ils lui servent la vieille soupe tiède en l’accusant de vouloir  rompre avec la religion de ses ancêtres, de servir les intérêts des ennemis de l'Islam et de la Ouma.

                 

                  Ainsi fonctionne l'idéologie arabo-islamiste, elle dénonce le colonialisme des autres pour qu'on oublie le sien. Comme dirait le proverbe kabyle : yekkat yettcetki/Il frappe en se plaignant. Telle est la morale du monothéiste, il se place toujours en victime. Dans la Rome antique, le monothéiste chrétien se considérait victime du païen, et aujourd'hui, partout où le musulman s'installe, même là où il gouverne, il se pense victime de l'athée, du laïc et de Satan.

 

                  De la chute de Rome, De Saint Augustin à Camus, l'Afrique du Nord a vécu dans un trou noir. Ce que les Grecs anciens, à notre place, appelleraient sans ambages: "Les siècles obscurs."

 

                  L'autre raison qui a poussé les Kabyles et les Berbères au retour à l'âge archaïque, c'est aussi leur désir de survivre en tant que tels. Même si les populations berbères ont épousé l'Islam, même s'ils ont perdu leur souveraineté d'antan, ils ont préféré se recroqueviller sur eux-mêmes, au point de se retrouver dans les marges de l'Histoire universelle. Taqbaylit, langue, sagesse, identité irréductible, absolue!

 

                  La fuite des Berbères des villes romanisées, que les Arabes ont colonisées et détruites, les a poussés à rompre avec le mode citadin berbéro-romain. Suite à cela, ils n’avaient  pas d'autre choix que celui d’un retour naturel vers l'âge archaïque, à la vie pratiquée dans les premières cités « grecques », à un mode de vie sans doute qui s'adapte le mieux à la vie du village.

                  Après leur fuite vers les montagnes, les Kabyles n'ont pas seulement renoué avec le mode de vie ancien, voire archaïque, ils ont aussi renoué avec les idées et la culture du monde ancien, mais sans les croyances ni l'amour de la vie de l’époque. De tous les temps, menacés, ils continuent de s'accrocher à des traditions parfois désastreuses à leur épanouissement.

 

                  Ils pratiquent depuis une langue kabyle qui ne cherche de l'excellence que dans le conte et la poésie; une langue incapable de théoriser ni de conceptualiser, qui s'appauvrit de jour en jour. On peut le remarquer dans les conversations d’aujourd’hui, qui se limitent à Ncallah/Si Dieu le veut, Hemdullah/Je remercie Dieu, ma yebγa Ṛebbi/Si Dieu le désire, Ad fell-as yaεfu Ṛebbi/Que Dieu lui pardonne, Nessaram ncallah/On espère inchallah, Llah γaleb/Dieu a vaincu, yugi Ṛebbi/Dieu n'a pas voulu, ṭṭef di Ṛebbi amεzuz/Compte sur Dieu, llah mṣeεlik ya ras ulllah/Au nom du messager de Dieu, Fki-iyi tin n Ṛebbi/Donne-moi celle de Dieu pour désigner l'aumône, etc. Des salamalecs interminables. A les entendre, on dirait des petits enfants qui viennent d'apprendre le mot "papa" et qui prennent plaisir à le placer dans toutes leurs prises de parole. Et Dieu, dans le langage nord-africain du Nord sonne comme "papa" dans la bouche d'un enfant: incantatoire, phatique, ludique et vain!

 

Les Kabyles et les Nord-africains ne sont pas dans la langue, ils sont dans l'acte de parole. Leurs "langues" ne servent qu'à prier Dieu et à évoquer les choses pratiques du quotidien. Le peu de concepts et d'idées philosophiques qui existent ne s'insèrent que dans les chants et la poésie d’une poignée de poètes modernes, issus de l’école française. Le chant est devenu le seul espace qui accepte des idées. Tous les autres domaines les rejettent. Si vous tentez de parler dans une assemblée d'amour et de liberté ou d'un thème autre que la religion et la vie pratique, on vous prendrait à coup sûr pour un naïf, un ivrogne ou un fou.

 

                  Le langage kabyle est fataliste. Il ne laisse de la place ni à la volonté, ni à l'ivresse ni au rêve. L'égalitarisme langagier a fait du Kabyle un être qui subit les mots. Chacun a le souci de parler comme tout le monde. On est loin de la conception nietzschéenne du progrès qui dit : nouveau concept, nouveau monde. Le Kabyle doit impérativement sortir de l'égalitarisme social et culturel. Il doit hiérarchiser les choses pour pouvoir avancer. Il faut qu'il libère la parole et avec elle les énergies et les compétences. Il est impératif qu'il sorte de la résistance et de l'esprit de martyre pour devenir un acteur responsable de sa vie. Les langues et les  identités sont comme les hommes, elles ne sont reconnues que si elles sont souveraines.  

 

                  Les Kabyles croient à un trésor linguistique enfoui, ils attendent des poètes de le sortir de sous terre, de le nettoyer et de le remettre sur le marché des langues. Ils sont fiers de leurs poètes qu'ils surnoment d'ailleurs "Iḥeddaden n wawal/Les forgerons de la parole", tout en oubliant qu’ils n’offrent à leurs forgerons de la parole que Tameẓuɣt n uḥeddad/L’oreille du forgeron qui n’entend que les coups de marteau de celui-ci. Certes, la langue kabyle possède, comme toutes les langues, d'excellents poètes, mais ces derniers ne sont que l'arbre qui cache la forêt. Ils ne peuvent, malgré leur génie,  rien faire devant la misère du langage et de la culture ambiants.

                 

                  Les Kabyles doivent savoir que la langue est comme un organisme vivant. Il faut la nourrir quotidiennement pour qu'elle reste en vie et pour qu'elle se développe. Ce qui ne se renouvelle pas meurt. C'est la loi de la vie. La langue, c'est le quotidien qui la fait et la façonne. Ce n'est ni les festivals de la chanson dont certains s’enorgueillissent, encore moins  la reconnaissance constitutionnelle des Etats nor-africains et les colloques linguistiques universitaires. La langue se développe dans tous les lieux et à chaque instant, notamment dans les cercles politiques, juridiques et commerciaux. Des lieux de dialogues et de débats contradictoires. Des lieux d'idées, d'argumentation et de rhétorique. C'est ainsi que la langue grecque a évolué. C'était grâce aux débats et aux dialogues philosophiques, politiques et juridiques. Sur ce plan, vous connaissez la réponse, il n y a rien à attendre de l'Etat algérien. Celui-ci a fermé toutes les portes et toutes les oreilles à la parole kabyle.

                 

                   Même si certains Kabyles monolingues arrivent à produire des discours en kabyle, nous remarquons tout de suite que c'est un discours tout fait et à sens unique. A croire que les Kabyles monolingues ont des logiciels de parole dans leurs cerveaux qu'ils mettent en marche selon la situation : dans le deuil, ils déclenchent celui des consolations; dans le conflit celui des insultes et des gros mots; dans la fête, celui de la joie; dans la discussion, celui des proverbes, des fables et des citations de poètes. Jamais vous n'entendrez de leurs bouches des dates ou de faits historiques, jamais une idée philosophique, jamais le rappel d'un évènement politique, jamais un raisonnement logique ou scientifique. Ils se débattent dans des discussions byzantines et quand ils manquent  d'arguments, ils recourent à l'autorité, à l'intimidation, à la violence pour avoir le dernier mot.

                  Si les Kabyles n'ont pas appris la rhétorique, c’est parce qu’ils ne se sont jamais initiés à la chose politique et  philosophique. Les manques de débats contradictoires, le manque de discussions intellectuelles font que la langue ne se dote ni de concepts ni d'idées novatrices. Toutes les grandes idées, universelles et modernes, qu'on rencontre parfois dans la chanson, notamment dans la chanson politiquement engagée, sont actuellement mises entre parenthèses. Nous assistons de plus en plus au retour du folklore, du religieux et de la moralisation dans la poésie et dans tous les modes d'expression artistiques, littéraires, voire même  "politiques".

                  Le retour des Kabyles à l'archaïsme s'est fait dans tous les domaines, y compris dans l'Art. Danses monotones, musique horizontale sans reliefs et sans harmonies, chants monocordes et monogammes, poésie scansionelle, chœurs (les chœurs de femmes sont les seuls qui restent encore jolis, mais qui tendent à disparaître petit à petit), des troupes de tambourins et de flûtes turques qu'on appelle Iḍeballen. Pour ce qui est de la peinture, même si ces derniers temps, on voit des peintres produire des œuvres de qualité, il y a quelques années encore, on décorait l'intérieur des maisons et leurs portes avec des motifs géométriques. Une pratique comparable à celles des Mycéniens et des Minoens, il y a plus de trente siècles. (Il y a même des fresques dans les Musées grecs où l'on peut voir des scènes de chasse, de la nature, des pécheurs et autres personnages de la vie quotidienne peints sur les murs des maisons de Santorin du XVIème siècle avant notre ère.)

                  Mais le plus remarquable reste la poterie, elle est restée à l'âge géométrique grecque, voire proto-géométrique. On continue encore de peindre tous les objets de poterie avec des motifs archaïques. Voici un art qui, déjà, dans l’antiquité a atteint le summum de l'esthétique chez les Grecs. Cet Art a évolué tout le long de la période antique. La poterie est devenue un espace de peinture très prisé, qui a révélé de grands artistes comme Euphronios, Andokidès, Exékias et tant d'autres. Des peintres aussi célèbres que les sculpteurs Phidias et Praxitèle. La peinture sur vase[8] a connu plusieurs étapes, de l'étape protogéométrique à la représentation mythologique, puis historique. De véritables bandes dessinées de l’époque qui racontent avec l’image l'histoire de la Grèce.

                  La poterie et la céramique pourraient bien se renouveler en Kabylie et devenir un mode d'expression excellent pour nos peintres afin de nous raconter, eux aussi, autrement des scènes mythiques liées à la culture kabyle.  Ils pourront aussi exploiter le bois, le cuivre et l'argent pour graver des figurines des personnages de nos contes et de notre histoire. Il est impératif de relancer l'art de la décoration des meubles, des ustensiles et des objets que nous utilisons dans la vie de tous les jours.       

                  Il en va de même pour la fabrication des bijoux et de la tapisserie. Rien n'a changé depuis l’époque archaïque. Toujours les mêmes motifs d'ornements. Rien ne nous surprend à l'annonce des expositions, nous savons d'avance ce que nous trouverons.

                  Les ateliers de fabrication de bijoux et de tapisserie doivent ouvrir un espace aux artistes graveurs et tisseurs pour réinventer les bijoux et les tapis kabyles. Il est certes important de conserver les arts anciens, mais les faire évoluer, c’est mieux, nécessaire même! 

 

                  Les bijoutiers kabyles pourraient bien fabriquer d'autres objets que les bagues, les ceintures, les colliers et les parures. Il est intéressant de voir ce qui se fait ailleurs, notamment durant la renaissance italienne où l'art de gravure sur cuivre et sur argent a connu un essor sans pareil, rien qu'à voir les médaillons, les panneaux des portes, les candélabres, les salières, les sucriers... de belles estampes exécutées par de grands dessinateurs et burinées à la perfection par des graveurs. De même pour la tapisserie, pourquoi ne voit-ont pas sur le tapis kabyle des scènes mythologiques et historiques ?                   L'histoire et la culture se transmettent aussi par le bijou et le tapis. Rester uniquement dans les motifs anciens, c'est la meilleure façon de se confiner dans un cercle réduit, isolé et en marge de l'art universel, hors du temps. Le bijou et le tapis peuvent témoigner de chaque époque. Il ne suffit que d'ouvrir cet espace aux artistes pour nous raconter d'autres histoires que les motifs proto-géométriques. Pourquoi il n y a pas de petites figurines en argent, en or ou en bronze d'Anzar, de Tislit n Wanẓar/la fiancée d'Anzar, de Tifrit, de talafsa/hydre, de tafunast igujillen/la vache des orphelins, Awaγzen/L'ogre, Tteryel/l'Ogresse ? Pourquoi il n'existe pas de portraits et des médaillons en miniature des anciens rois et reines berbères ?  Pourquoi il n y a pas de tapis pour nous raconter les beaux paysages de Kabylie, des scènes de travaux de champs et de la vie quotidienne ? Pourquoi il n y a pas de poterie pour nous raconter des scènes mythiques et historiques liées à l'Afrique du Nord ancienne ? Pourquoi il n'y a pas de mosaïques pour nous raconter la faune marine, aérienne et terrestre ?  Pourquoi il n'y a pas l'art de la marionnette pour raconter à nos enfants des petits contes avec des personnages masqués, la vie des héros et des monstres légendaires kabyles ? Pourquoi nos architectes ne revisitent pas les styles de construction antiques, notamment berbéro-romains, pour les remettre en perspective en les modernisant ? Pourquoi ne pas mettre (contre le mauvais œil), comme chez les Grecs et les Romains qui maçonnaient sur la porte de leur maison la tête de Méduse, l'image de Tteryel/l'Ogresse ou de Awaγzen/l'Ogre ? Pourquoi ne pas creuser au flanc des talus des théâtres antiques, aux environs de chaque village ? Pourquoi ne pas décorer nos fontaines avec des génies, des nymphes, des hydres et autres images liées à l'eau ? Vous pensez peut-être que ce ne sont là que des voeux pieux, mais ils sont à la portée de tout artiste qui aurait envie de revivifier la culture kabyle! Et si vous voulez être convaincus par une autorité poétique, nous vous invitons à réécouter "In-asen ma d-tughalen" d'Aït Menguellet.

 

                  Il est temps de traduire et de décliner Vava Inouva et d'autres contes et légendes kabyles en les adaptant aux différents modes d'expression artistiques : gravure sur argent, fresque sur mur, peinture sur vase, tableaux de peinture, sculpture sur bois, sculpture sur marbre, écoulement de bronze, théâtre, architecture,  etc.

 

                  Il faut créer, inventer pour transformer la Kabylie. C'est l'objectif de l'Art et de la Culture que les Kabyles n'arrêtent pas de revendiquer. Il faut sortir de la léthargie ambiante, de la nostalgie du monde ancien kabyle qui n'a jamais existé comme on se le réprésente avec les yeux rétrospectifs de la nostalgie. Il faut remettre la Kabylie dans l'humanité.  Rendons au musée ce qui est au musée et réinventons la vie et la Kabylie de demain, libre, moderne, belle et souveraine. Pour ce faire, les Kabyles doivent se donner un projet historique, redéfinir leur espace dans le monde, se conformer au temps réel, voire politique, et ne rien attendre des autres. 



[1]  Quand le soleil déchire les nuages et le brouillard et une pluie fine continue de tomber, ce moment les Kabyles l'appellent Tameγra n wuccen/La fête du Chacal. Certains vieux nous disent, qu'à ce moment, le chacal est content car il trouve à manger. Mais pas seulement, Tameγra n wuccen/La fête du chacal pourrait signifier aussi la fin de la canicule aussi. Le retour de la pluie suivie de soleil apporte beaucoup de bien aux animaux, c'est pour eux, comme pour les humains, la fin de la sécheresse et le retour de la vie. En Kabylie, le chacal est peut-être plus lié que le chien à la canicule. Uccen/Le chacal, en kabyle, a la même racine que le mot latin Canis. Et le chacal en latin est désigné par le mot Canis Aurea/Le chien doré. Et le mot canicule vient de Canis/Chien. Acayaḍ/Grosse chaleur est le mot aussi avec lequel les Kabyles désignent la canicule. Acayaḍ/Grosse chaleur a la même racine que le mot latin Caldo.  En Kabylie, quand l'arc-en-ciel déploie son arc et relie la terre au ciel, les Kabyles : "Teffeγ-d teslit n Wanẓar/La fiancée d'Anzar est sortie. C'est le moment aussi que choisissent les Salamandres pour sortir. La salamandre est désignée chez les Kabyles par "Tadest n waman/Lézard d'eau." Il y a quelques années encore, beaucoup de Kabyles croyaient que la salamandre tombait du ciel.  

[2]  Tabuqalt/Abuqal (au singulier) : mot générique pour désigner tous les objets dans lesquels on boit de l'eau : aiguière, broc, cruche, vase, etc. En grec moderne, le mot  Boukali signifie Bouteille.

[3]  Même cette petite litanie d'enfants n'a pas échappé aux monothéistes qui vous diraient que tabuqalt tazegzawt/l'aiguière verte représente le paradis et tazeggwaγt/la rouge l'enfer. Mais sachant que le mythe d'Anzar est païen, il est plus plausible que les deux couleurs trouvent leurs sens dans la nature, à savoir que la couleur verte représente la verdure et la rouge le feu de la sécheresse.

[4]  Lqern, mot kabyle qui désigne Siècle. Lqern pourrait aussi signifier Kronos/dieu du temps chez les Grecs. Lqern a certes une forme arabisée, mais il est fort probable qu'il dérive du  mot  grec Kronos ou Cronis. Le mot pourrait venir de Cornis/Corneille, sachant que dans la croyance kabyle, les corneilles et les corbeaux  vivent jusqu'à 100 ans. Lqern pourrait aussi signifie Cornus/Corne. Vous avez  le choix!

[5]  Prométhée, du grec ancien Prométhéus "le Prévoyant, celui qui sait les choses avant", il est le frère d'Epiméthée "Celui qui sait les choses après." Ces deux frères font penser aux deux frères kabyles légendaires Uḥdiq d Wungif.

[6]  Métis, divinité de la sagesse et première femme de Zeus. Celle qui lui a conseillé de faire manger une plante vomitive à Kronos qui a avalé ses frères. Zeus réussit par cette ruse à faire vomir Kronos à libérer de fait de ses entrailles ses cinq frères et sœurs, avant de lui déclarer la guerre, que les Grecs nomment la Titanomachie : guerre opposant les Titans avec à leur tête Kronos et les dieux sous l'autorité de Zeus. C'est durant cette guerre que Prométhée, le Prévoyant, qui, sachant l'issue de la guerre, choisit le clan des dieux. Après la guerre des Titans, vient celle des Géants contre les dieux. Guerre qu'on appelle Gigantomachie. Machie en grec signifie guerre ou bataille. ce mot ressemble au mot kabyle Amxix qui peut aussi signifie bataille. Les habitants de Maraghna racontent une légende que voici : A l'époque, aux temps des géants, quand leur village faisait la guerre aux villages alentours, ils avaient de leur côté un géant, qui durant les batailles, il arrachait d'un seul coup de main des arbres qu'il jetait sur l'ennemi comme des catapultes. Il y a jusqu'à aujourd'hui à côté du village, un granit troué sous forme d'emprunte de poing que les gens de Maraghna appellent Lbunya Ujehli/Le coup de Poing du Géant." Le mot Lbunya possède la même racine que le mot latin Pugnus/Poing. Ajeghli, c'est par ce terme d'origine arabe, que les monothéistes musulmans désignent les païens, que nos proches ancêtres imaginaient grands comme des géants, mais sauvages car ils n'étaient pas Musulmans. 

[7]  Dans la mythologie grecque, Thaumas "le Merveilleux, le Prodigieux", de Thaûma "merveille", "miracle", fils de Pontos , le Flot marin),et de Gaïa, la Terre, est une divinité marine primordiale personnifiant les merveilles de la mer. Thaumas s'unit avec l'Océanide Electre, les nuages teintés d'ambre, et donnèrent naissance aux Harpies, les Tourbillons, et Iris, l'Arc-en-ciel, la messagère des dieux.6a) Pontos : le flot, fils de Gaïa, qu'elle engendra à partir d'elle-même, divinité personnifiant le Mâle de la mère et qui possède au même temps un pendant féminin en la personne de Thalassa, la mer féconde. 6b) Harpies : divinités de la dévastation et de la vengeance. Plus rapides que le vent, invulnérables, caquetantes, elles dévorent tout sur leur passage, ne laissant que leurs excréments. Selon Hésiode, elles ont un corps ailé d'oiseau et une tête de femme. Virgile leur donne des visages de fillettes et des serres d'oiseaux de proie. Quant à Homère, il en fait des déesses des tempêtes, semblables à des cavales sauvages, elles volent les âmes et les enfants.

[8]  En Grèce, les vases peints, dans l'antiquité, témoignent du talent des artisans de cette époque. Chaque vase mobilisait un potier et un peintre.  Les styles de peinture sur vase diffèrent selon les régions et les époques. La peinture sur vase a connu plusieurs styles : style mycénien, style géométrique,  figures noires sur fond rouge, puis figures rouges sur fond noir. 8a) Dans l'antiquité, notamment en Grèce et à Rome, il était fait un grand usage de récipients de céramique de toutes tailles et de toutes formes, répondant à tous les besoins. On peut regrouper ses vases en plusieurs catégories : vases de transport comme les Amphores servant pour les liquides comme l'huile d'olive; vases de stockage comme le Pithos servant au stockage de vin, le cratère au stockage de mélanges de vin et eau et le Psyker servant à rafraichir le vin lors des banquets; vases à boire comme le Kylix servant de coupe commune, le skyphos servant de grand gobelet, le Canthare à vaste vase, attribut de Dionysos, le Rython servant de corne à boire; vases de toilette comme Ariballe contenant des huiles parfumées,  le Pyxide servant de pot à fard,  le Lébès servant de vase rituel de mariage (peut-être comme celui  de Tislit n Wanẓar/la fiancée d'Anzar), le  Loutrophore servant à transporter l'eau du bain nuptial  et de la toilette funéraires. En Kabylie, il existe aussi beaucoup de sortes de vases : acmux, abuqal, taxxabit, tassebalt, acbayli... Chaque objet a une fonction particulière. Acbayli/Acbaylu  est un vase de grande taille servant au stockage d'huile d'olive. Le nom d'Acbayli ou Acbaylu pourrait être un composé d’Acba et Ayli ou aylu.  Acba, pourrait venir du latin Câva/Fossé, Cavatio/Cavité, Cavatus/Creux, Cavalis, enfermé ou conservé dans une excavation; Ayli ou aylu du latin Oléa/Huile. Ayli et Aylu est le nom de l'huile en kabyle, mot peu usité, mais encore connu, dans les années 70, de certaines personnes âgées du côté d'Illoula. Le mot Ayli est de même racine qu’Olea. En grec, l’huile se dit Elaon et l'olivier Thalia. En touareg, l'huile d'olive s'appelle Aléo.   Le mot kabyle  Amurej/Morge, marc d’huile, vient du latin Amurea (Voir le Dallet kabyle-français page 515)8b) La Mosaïque est l'art romain par excellence. Elle possède une iconographie très riche que l'empire a répandue sur tout le bassin méditerranéen, grâce à ses ateliers itinérants. Toutes les provinces situées autour de Mare Nostrum ont connu dès le début de l'expansion romaine cet art qui a trouvé un terrain d'élection dans les pays où la lumière est reine, tels les pays de l'Afrique du Nord. 8c) Après la chute de Rome, suivie plus tard par l'invasion arabo-musulmane, les Berbères ont quitté les villes et se sont réfugiés dans les montagnes. Même s'ils ont gardé certaines pratiques du monde citadin comme la construction et le savoir faire agraire de l'époque impériale, ils ont, en revanche, oublié toutes les techniques artistiques qu'ils ont dû connaître sous l'empire, notamment la peinture sur vase, l'art de la Mosaïque et l'Art de la fresque sur mur.8d) Les murs des habitations du minoen moyen sont recouverts de fresques peintes en rouge et en brun. Dans les vestiges des premiers palais de Cnossos et de Phaistos, on trouve quelques preuves permettant d'affirmer que les murs étaient décorés  de motifs ornementaux sur plâtre. Mais c'est vers -1700 que les fresques murales deviennent très communes.  

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