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mosaique romaine

Anzar, un dieu païen, sans temple et sans icône, mais  ô combien vivant dans notre mémoire. Le bienfaiteur vers qui nous ne cessons de nous tourner chaque fois que la sécheresse menace et frappe notre terre. Il continue, jusqu'à nos jours, de par sa puissance et sa majesté, de hanter notre imaginaire. 

Anzar, dieu de la fertilité, celui qui crève les nuages et arrose de ses pluies nos terres. Il féconde le sol et fait germer les semences. Tout croit par lui et tout lui appartient : champs, jardins, forêts, rivières, étangs et fontaines. Il est onde, partout où celle-ci coule, on sent sa présence. Il est lumière, on voit son visage dans le lever du jour et dans les rayons du soleil.   

Maître de la métamorphose, c'est sous l’aspect d'un éclair immense qu'il venait en temps des sécheresses chercher ses Ganymède féminins. C'est l'offrande exigée par le roi des airs et que nos ancêtres lui offraient pour obtenir la pluie. Ils lui offraient nues leurs plus belles vierges - c'était du temps où la nudité constituait le plus bel atour des nymphes et des déesses. Et, dieu avide de beauté, il descendait de l'Ether, déchirait les nuages et prenait sa ravissante fiancée. Offrande qu'il transforma en arc-en-ciel: l'alliance qui nous lie éternellement à ce dieu suprême.  

Anzar, dieu de la pluie surprit un jour, dans une rivière aux reflets d'argent, se baigner toute nue une fille de grande beauté. Anzar apparut sous l’aspect d'un éclair de lumière immense, et tenta de la séduire, mais la fille lui résista. Contrarié, le dieu fit tarir la rivière et disparut. La sécheresse s'installa et avec elle son cortège de plaies. Voyant la désolation, la fille le rappela. Le dieu revint, toujours sous l'aspect d'un éclair de lumière immense, serra contre lui la jeune fille et l’emporta dans les airs. Aussitôt, la rivière se remit à couler, et la terre, à nouveau, se recouvrit de verdure. 

Mais la future déesse n'oublie pas les siens. Elle leur rend visite après chaque averse. Elle apparaît en arc-en-ciel, dans sa robe bigarrée, les mains chargées d'aiguières remplies d'eau douce (1).

Qui est l'équivalent d'Anzar chez les anciens Grecs et Romains? Est-il Ouranos (le Ciel étoilé), du verbe grec Ourein/Uriner, celui qui arrose les terres grecques ? Est-il Zeus-Jupiter, celui qui amasse et disperse les nuages et qui humidifie les sols de Grèce et de Rome? Celui qui descend sur terre  pour ravir ses conquêtes mortelles? Celui dont la lumière a tué Sémélé, la mère de Dionysos ? Est-il Poséidon-Neptune(2), dieu de la mer,  celui qui d'un coup de trident fait jaillir des étangs, des sources et des fontaines? 

Car au même moment, - qui sait ? - c'est à Argos, en Grèce, que, dans sa colère contre Inachus, roi d'Argos, qui avait attesté que la contrée appartenait à Héra, Poséidon assécha les rivières et les torrents. La sécheresse dura jusqu'à ce qu’Athéna et Apollon mettent Danaos au pouvoir. Trouvant l'Argolide en proie à une très longue sécheresse, le nouveau roi  envoya ses 50 filles chercher de l'eau en leur intimant l'ordre d'obtenir les grâces de Poséidon par tous les moyens. L'une d'elle, Amymoné, tout en cherchant de l'eau, lança un trait contre un cerf et atteignit un Satyre endormi. Celui s'éveilla et désira s'unir avec elle, mais il s'enfuit à l'aspect de Poséidon. Amymoné se livra à ce dernier. Satisfait, Poséidon enfonça son trident dans le sol et fit jaillir trois fontaines. 

 

Se manifestant sous l'aspect d'un trait de lumière immense, notre dieu ne pourrait-il pas être Zeus-Jupiter lui-même ? Un trait de lumière immense pourrait être ou l'aura du roi des dieux ou encore le trait de la foudre qu'il lance à partir de son trône et qu'il range après usage dans une outre, à l'abri du regard des dieux conspirateurs. L'outre ne servait pas uniquement de porte-foudre à Zeus. C'est dans celle-ci aussi, qu'Eole, fils de Poséidon et dieu des vents, emprisonna les vents défavorables à la navigation ; il remit cette outre à Ulysse, naviguant vers Ithaque. 

L'outre s'appelle en kabyle taylewt(3), un récipient en peau de chèvre dans lequel les Kabyles stockaient jadis l'eau. Mais l'outre, chez les Kabyles, pourrait retrouver son sens olympien dans l'histoire suivante. 

Un jour, sur la place publique, un homme met discrètement un soc dans une outre,  frappe un autre homme sur la tête  et le tue. Les hommes, témoins de la scène, sont étonnés et se demandent comment on peut tuer un homme avec une outre pleine de vent ? Ils ignoraient que dans l'objet lui-même il y avait un soc de fer. 

Le soc, l'autre nom de la foudre en Kabyle. La foudre en forme de soc qui abat les chênes et les frênes.  De cet incident, la sagesse populaire tira un proverbe : Ḥaca win iwwten d win ittewten s teylewt i iẓran d acu i yellan sdaxel-is (seul celui qui est frappé avec l'outre et celui qui l'a frappé savent ce que contient celle-ci.) 

Selon qu'on habite un village en montagne ou à côté de la mer, Anzar passe de Zeus à Poséidon. En montagne, au temps de sécheresse, les femmes se réunissent pour fixer le jour de la célébration d'Anzar. Le jour dit, elles sortent en chantant les louanges de la divinité tout en escortant processionnellement une jeune fille vierge qu'elles parent de beaux habits et de bijoux. Arrivées à l'un des sanctuaires du village, les femmes déposent la fiancée et la remettent symboliquement à Anzar. Sur les flancs des montagnes, Anzar est indéniablement le Zeus des Grecs.

A côté de la mer, en revanche, les femmes choisissent trois jours du mois d’août pour célébrer Awessu (4). Pendant ces trois jours, elles se lèvent avant l'aube, s'acheminent vers la mer pour prendre un bain toutes nues. C'est ainsi qu'elles s'offrent au dieu de la mer, en retour, celui-ci féconde leur terre et leur ventre. Anzar devient Poséidon quand on s’approche de la côte. En effet, cette pratique est aussi de mise  dans le rite d'Anzar, comme l’atteste l’un des chants dédiés à la divinité : Taɛebbuṭ teqqur tura, ulac dakiṛa. Ay Anzaṛ, ɣer-k i tɛenna, imi k-tebɣa/ (Mon ventre est stérile, il ne connait pas de progéniture. Ta fiancée t’appelle, ô Anzar, car elle te désire.) - Cette coutume est aussi pratiquée dans l'ancienne Grèce. Stériles ou non, pour avoir une descendance, des femmes vont se baigner dans des fleuves-dieux ou dans la surface liquide de Poséidon. Aphrodite n'est-elle pas née de l'écume marine? Daphnée n'est-elle pas la fille du dieu-fleuve Pénée? Et Pénée n'est-il pas lui même le fils d'Océanos?

Dans un autre chant, les femmes s’adressent à Anzar : Ay Anzar, mmi-s ucacfal, tamɛict-inek ger yetran/ (Ô Anzar, fils de Géant, toi qui vis parmi les étoiles.) – Ce chant place dieu dans le ciel, ce qui le rapproche plus de Zeus-Jupiter, roi de l’Olympe. Mais Poséidon, n’a-t-il pas sa place aussi dans l’Ether ?  

Zeus et Poséidon sont tous deux arpenteurs de la terre des hommes. Si Anzar est interpellé dans les hymnes qui lui sont consacrés comme « le fils d’un géant », en revanche, chez les Grecs, Zeus et Poséidon sont fils de Cronos le Titan(5), fils d’Ouranos et de Gaïa(6). Mais les Titans ne sont-ils pas des divinités géantes? 

 

Notre histoire, telle qu’elle est rapportée par une tradition tronquée de toute référence historique ou géographique, reste muette sur le nom du lieu où se sont déroulés les événements. Est-ce un village ? Une cité ? Un royaume ? Elle n'évoque pas non plus le nom de la fille ni son rang social. Est-elle fille de roi? Est-elle d'origine modeste ? Rien n'est précisé. C'est comme dans toutes les histoires kabyles, hormis le héros, les autres personnages ne sont que de simples anonymes. 

L'histoire d'Anzar n'a jamais été écrite, elle a été transmise oralement de l'antiquité à nos jours.  Elle a traversé les siècles, et chaque génération l'a adaptée à ses propres besoins. Tous nos contes et toutes nos histoires, livrés à la tradition orale, ont subi des transformations et des influences des différents peuples qui ont colonisé l'Afrique du Nord. Sinon comment expliquer la présence des Ali, Slimane, Aïcha et d'autres personnages arabo-musulmans dans le monde des Awaγzen (l'ogre), tteryel (l'ogresse), talafsa (l'hydre) et d'autres créatures de noms et d'essence berbères et méditerranéens ? 

Nos contes et nos légendes, soumis aux aléas de l'oralité, se sont beaucoup modifiés à travers le temps. Ils nous renvoient certes à un monde ancestral très lointain, mais ce monde reste toutefois très obscur. La tradition ne nous renseigne guère sur l'histoire antique de notre Terre, sur la vie quotidienne de l'époque, encore moins sur sa situation politique. 

Même si aujourd'hui, nous continuons à entendre les voix des dieux antiques dans le frémissements des feuilles d'olivier, dans le chants des oiseaux, dans le bruit du tonnerre et de la foudre; même si nous continuons à voir leur visage dans l'éclat du soleil et de la lune, dans la blancheur de la neige, dans la clarté des eaux des rivières et des fontaines, dans les couleurs du ciel, de la mer et des champs, hélas, d'autres croyances sont passées par là. Elles ont détruit ce qu'il y avait à détruire;  et le reste, ce qu'elles n'ont pas pu détruire, l'ont ou assimilé, ou corrompu. 

Dans les milieux de la recherche, personne ne semble se soucier de cette partie du monde. Ni les historiens, ni les anthropologues ni les ethnologues n'évoquent les croyances et le mode de vie des Nord-Africains antiques. Ils aiment à évoquer l'Egypte des Pharaons, la Carthage d'Hannibal, les Grecs de Cyrène et les Romains de Timgad(7), mais rien d'autre. Pourquoi cette négligence ? D'où vient-elle ? Obéit-elle à une politique particulière ? Pourquoi veut-on exclure les Libyens (antiques africains) des croyances polythéistes antiques et de leur apport à la civilisation gréco-latine? Cyrène n'est-elle pas en Libye ? N'est-elle pas construite sous les ordres d'Apollon ? N'est-elle pas le lieu de villégiature d'Aphrodite? Athéna n'est-elle pas née au lac Tritonis ? Certains écrivains grecs ne disent-ils pas que les Maures sont nés de l'union de Tingis et d'Héraclès? Les Romains n'ont-ils pas introduit dans leur panthéon le Saturne Africain(8) et la déesse Africa(9)? Nos ancêtres n'avaient-ils pas partagé, par ailleurs, avec les Romains les dieux de l'Empire ? 

Ce sont toutes ces questions auxquelles nous essayons, tant bien que mal, de répondre à travers notre projet de Mare Nostrum. Nous estimons que respecter un peuple, c'est d'abord respecter ses croyances premières. Pourquoi alors exclure Anzar et les autres dieux berbères antiques de notre supposée Histoire des religions? Pourquoi n'ont-ils pas de Nation? Pourquoi nous, Kabyles et autres Berbères, continuons à enfermer nos dieux antiques dans des histoires folklorisées au point de leur ôter toute sacralité ? Anzar n'est-il pas né de la culture de nos ancêtres ? N'a-t-il pas participé jadis à leur cohésion sociale ?  

Il est important pour nous, aujourd'hui, au moment où chacun se réclame de son dieu, de reconstruire le temple de ce dieu oublié de l'Histoire, de l'honorer, de le perpétuer dans nos mémoires, de lui rendre son autorité, sa valeur et sa dignité. Il n'a d'autre descendance que nous, et c'est à nous qu'incombe la tâche de le ressusciter et de le faire, ne serait-ce qu'à travers l'art, exister à nouveau. 

 

Notes : 1) Il est de coutume, en Kabylie, qu'au 3ème et dernier jour de la fête de mariage, la fiancée ou la nouvelle mariée, munie d'une aigrette, se rende à la fontaine, accompagnée d'une procession de femmes et d'enfants. Arrivée à la fontaine, elle remplit l'aiguière d'eau et fait boire un enfant de son choix, le plus beau à ses yeux. Le choix s'avère important, car à travers celui-ci, elle exprime un vœu: celui d'avoir un enfant qui ressemble à l'élu de la cérémonie.

 

2) Poséidon : dieu grec de la mer que les Grecs ont emprunté aux Libyens selon Hérodote. La racine du mot Poseidun/Poséidun est la même que celle du mot en kabyle Abezḍun/Celui qui pisse, du verbe Bzeḍ/Pisser. Cela nous rappelle le Nom d'Ouranos, du verbe Ourein/Pisser, en grec. 

2b) Zeus pour les Grecs était le maître de la pluie, tant est si bien que dans l’expression courante en grec ancien pour désigner le moment où la pluie tombe on dit « Zeus pleut ».

 

3) Taylewt : Outre. La racine du mot Taylewt/Aylew en kabyle est la même que celle du mot grec Aiolos/Eole : dieu des vents.

 

4) Awessu : Le mot Awessu est le mois d'août qui a probablement pour origine le nom latin du même mois Augustus. Le mot désigne parfois la période de la canicule. La fête d'Awessu dure trois jours, durant lesquelles, les femmes prennent des bains en mer afin d'éloigner la sécheresse et obtenir des moissons abondantes. Les monothéistes ont sévèrement combattu cette pratique en raison de son aspect païen. Saint Augustin la désignait par "Nuits de l'erreur" et les Musulmans par "Nuits du péché."  (Pour plus d'informations, consultez l'article de Luigi SERRA : Awessu : Célébration de l'été dans la Tripolitaine."

 

5) Titan : du grec Titan ou Titanès. Les Titans sont les divinités primordiales géantes qui ont précédé les dieux de l'Olympe. Ils étaient fils d'Ouranos et de Gaïa. Battus par les dieux de l'Olympe, Zeus les envoya dans le Tartare, dans les entrailles de Gaïa la Terre. 

 

6) Gaïa : le mot kabyle Lqaεa, de forme arabisée, est de même racine que Gaïa en grec.  

 

7) Timgad : Timgaḍ/Thamugadi, Timgad, antique est devenue une colonie en 100 ap. J.-C. (Colonia Marcia Traiana Thamugadi). L’abondance, dans cette ville civile, des temples et des inscriptions religieuses montrent qu’à côté des cultes proprement romains, les divinités africaines occupent une place importante, Saturne en particulier (Voir Marcel Leglay, Saturne africain, thèse parue en 1966)

 

8) Saturne Africain : en Afrique, à l'époque romaine, Saturne avait conservé le caractère panthéiste, du Baal phénicien; on le représentait, traits d'un vieillard barbu et voilé, et son principal attribut, la faucille. Le culte de Saturne ne disparut en Afrique que devant les progrès du christianisme. Saturne Africain est évoqué aussi par l’épithète FRUGIFER, qui produit des fruits, fertile, fécond. Le culte de Frugifer, assimilé à Saturne-Africain, était très répandu à Cuicul, Djemila actuelle. (Voir L. Leschi, l’archéologie algérienne en 1638, Revue Africaine 1939)  

 

9) Africa : Africa est  une divinité nord-africaine. Pline, dans son Histoire Naturelle,  nous indique qu' « en Afrique romaine, personne n’entreprend rien sans avoir, au préalable, évoqué la déesse Africa ». La déesse est représentée devant un modius, une mesure, de blé (Amud en kabyle), tenant une corne d’abondance. Elle a aussi pour attributs l'arc et le carquois. On la trouve sur le revers de certaines monnaies romaines (voir monnaie d’Hadrien), sur les pierres gravées et sur certaines mosaïques (voir Thysdrus). À Timgad elle était la déesse principale du grand sanctuaire de l'Aqua Septimiana Felix où elle était adorée en tant que Dea Patria (déesse de la patrie.)

 

M. LOUNACI  &   A. KEZZAR

www.marenostrumarcadia.org     

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