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600px-Banquet Apollo_Dionysos_Hermes_MAN

Un immense cortège de femmes et d’enfants accompagne la matrone du village et la fiancée d'Anzar. A chaque seuil devant lequel elles passent, de nouveaux membres les rejoignent en chantant. 

Sur le trajet de la procession, on offre semoule, viande fraîche ou séchée, oignons, sel... Et les familles ainsi visitées jettent de l'eau sur les têtes, s'efforçant surtout d'atteindre la fiancée que le cortège emmène.

Une fois arrivée à la mosquée ou à l'un des sanctuaires (du village), les femmes déposent la fiancée. Puis elles se mettent à faire cuire ce qu'elles ont recueilli de porte en porte : huile, oignons... Et tous les accompagnateurs prennent part à ce repas. Celui-ci terminé, on lave sur place les ustensiles et on jette l'eau dans la rigole.   

Quoique quotidien, le repas garde une grande place dans la vie de l'homme et dans sa culture. C'est le lieu où l'on refait ses forces, où l'on reconstruit le corps, pour lutter contre les maladies et la mort. Le repas est aussi un lieu de désir et de joie. Une nécessité vitale. Chez les anciens Grecs, on retrouve dans tous les cultes des dieux, la présence de repas sacrés, mais on le retrouve systématiquement dans le culte du dieu Bacchus. 

Les fruits de la terre, comme le blé et le raisin, délivrent depuis l'antiquité un message culturel et une symbolique commune à tout le bassin méditerranéen. Le blé signifie chez les Anciens Méditerranéens la mort du grain et sa régénérescence en de multiples épis "Am εeqa n yider i ttfukti, mkul amkan deg-s yemγi, yefka-d tigedrin aṭas/Tel un grain de blé il se multiplie, prend racine en tout lieu et donne beaucoup d'épis", chantait Aït Menguellet dans Asefru

Quant à la vigne, elle est liée aux mystères de la vie après la mort, c'est à dire à la renaissance, d'où l'éternel retour de Nietzsche. La vigne est associée à Dionysos, dieu du vin (1), celui qui est né deux fois. "Cfiγ tmutleḍ-iyi γer tẓurin n wafrara/Je me souviens, tu (la mère) me comparais au raisin de chasselas", chantait Idir dans Cfiγ/Je me souviens. Afrara/le chasselas, winna d-yufraren/la fleur du panier, l'élu, le meilleur raisin, le petit grain doré, le fruit solaire.   

 

Dans le rite d'Anzar, le repas servi a à la fois un sens convivial et communautaire, d'où probablement la présence de la louche, l'ustensile de famille, celui par lequel on distribue la nourriture à tous les membres du groupe. Le repas communautaire est sacré chez les Kabyles : "Aḥeq tagula d lmelḥ-nni γ-yesdukklen/Je jure par la nourriture et le sel qui nous a unis", c'est par cette parole que les Kabyles font serment. 

 

Le repas rituel est un moment qui réunit les membres du groupe, c'est à la fois l'acte de partager un repas ensemble entre commensaux, mais aussi le lieu privilégié de la parole. Chez les Anciens, le repas collectif est sacré. Il signifie le don de la divinité aux hommes.  

 

Dans la version tardive du rite d'Anzar, il y a certes la fête, le choeur des femmes qui chantent, la présence de gestes rituels destinés à la divinité, l'union symbolique des corps, le repas partagé par tous mais il manque le vin. Pourtant, selon Nietzsche, il n’y a pas de fête, au sens dionysiaque, sans violence, sans ivresse et sans sexe. Est-il possible qu’Anzar ait été dès l’origine une fête sans sexe, sans violence et sans vin ? Nous en doutons! Voilà pourquoi nous insistons sur les transformations que le rite d'Anzar a subies depuis l'arrivée du monothéisme en Afrique du Nord. Il est dur d'imaginer une fête antique sans l'ivresse. La fête est du domaine de Dionysos et le monde de ce dieu coule rouge.  Comme dirait l'adage : si le pain c'est la vie, le vin c'est la fête.     

 

Aγrum/Pain(2), l'indispensable nourriture, mot kabyle qui dérive de Iger/Champs, issu lui-même du latin Ager et du grec Agros. Pain qui vient de la semoule(3), qui elle-même provient du blé, le bien doré de Tifrit/Afrika chez les Africains, de Cybèle chez les Romains et de Déméter chez les Grecs. Déméter, déesse de la fécondité et de la fertilité, celle par qui la nature se renouvelle sans cesse. La dispensatrice de tous les biens nourriciers. La déesse mère, porteuse de printemps. La belle saison où la nature nous enivre de ses parfums et de ses couleurs. Lalla-Zegza/Mère-Verte que les Kabyles jadis accueillaient en chantant et en dansant.

 

En effet, les Kabyles organisaient jadis à l'arrivée de la belle saison, Amagger n Tefsut(4)/La fête du printemps, fête des fleurs. C'était le temps où ils vivaient en harmonie avec la nature, travaillaient la terre, chantaient sa beauté et sa générosité. 

 

Zik-nni di tmurt n Leqbayel, tafrara n umenzu n tefsut, ad kkren yelmeẓyen d warrac imecṭuḥen, ad ffγen γer lexla. Ilmeẓyen ad glilzen sdaxel n nnda, ad nadin timellalun di leεcuc, mi kfan, uqbel a d-uγalen s axxam, ad εeddin imiren ad d-kksen ijeğğigen, ad ten-id awin i yemma-tsen,  yesetma-tnsen d tullas ttrin. 

Ma d tilawin, nutenti, ad kkrent zzik, ad heggint tiγrifin d weγrum n lexliε. Mi kfant assebbwi, ad fkent aγrum-nni ad t-awin yergazen yid-sen γer lexla akken ad maggren tafsut; ma d nutenti, ad cebbḥent, ad grent tiγrifin-nni i sewwent akken deg iḍebsiyen, ad ten-ṭṭfent deg ifassen-nsent, ad ten-wehhin ar igenni, akken ad maggrent, ula d nutenti, tafsut d warraw-nnsen i d-yezzin di lexla s  ijeğğigen, ad s-qarrent :

"A Llala tafsut, am ijeğğigen,

         A tikli n tsekkurt ger ibeṛwaqen,

Nekki mugreγ-kem s icebbaḍen,

Kem, magger-iyi-d s ijeğğigen."

 

Mi d-tewweḍ tmeddit, lγaci ad nejmaεen s ixxamen-nsen. Ad qerben γer terbut akken ad ččen seksu s ubiṣar.

 

Jadis, au pays Kabyle, à l'aube du premier jour du printemps, les garçons se levaient pour aller aux champs. Les adolescents se roulaient dans l'herbe, dans la rosée du matin, après quoi, ils se mettaient à la recherche des œufs(5) dans les nids d'oiseaux, puis à la fin,  avant de rentrer, ils cueillaient des fleurs qu'ils ramènaient, au retour, à leurs mères,  leurs sœurs et les filles qu'ils aimaient. 

Les femmes, de leur côté, préparaient de la galette fourrée avec des légumes et des crêpes. Elles donnaient les galettes aux hommes qui les emportaieent aux champs pour souhaiter la bienvenue au printemps. Quant à elles, elles se maquillaient et sortaient avec des assiettes pleines de crêpes qu'elles soulèvaient vers le ciel, pour souhaiter, à leur tour, la bienvenue à la belle saison et à leurs enfants revenus avec des fleurs :  

"Ô dame printemps, saison aux fleurs,

  Ô démarche de la perdrix entre les asphodèles,

  Je viens vers toi avec des crêpes,

           Viens à ma rencontre avec des fleurs !"

 

Puis le soir, chaque famille se réunissait pour manger du couscous au thapsia."  (Pour plus de détails sur amagger n tefsut, nous vous conseillons de lire l'article fort détaillé de Nedjima Plantade, article paru sur le site Tamazgha, le 27 février 2010) 

 

Dans la Grèce antique, les mystères d'Eleusis sont consacrés à Déméter et sa fille Perséphone. Le culte tient son origine de l'enlèvement de Perséphone par Hadès, alors que celle-ci cueillait des fleurs. Dès cet enlévement, Déméter parcourut le monde à la recherche de sa fille, et en son absence, plus rien ne poussait dans les champs.  Déméter se métamorphosa en vieille mendiante (6), entra dans la cité d'Eleusis et demanda l'hospitalité. Les citoyens de la cité l'accueillirent avec beaucoup de générosité, et en reconnaissance, la déesse les récompensa en leur dévoilant ses mystères et la maîtrise de l'agriculture.

Déméter finit par retrouver sa fille, mais elle ne put la libérer des Enfers, car ayant mangé la nourriture des morts, Perséphone ne pouvait retourner chez les vivants. Perséphone avait mangé sept pépins d’une grenade, fruit associé au mariage, offerte par Hadès. Zeus décréta toutefois que Perséphone passerait la moitié de l'année sur terre avec sa mère, durant les saisons des cultures, et l’autre moitié de l'année sous terre avec Hadès, son mari, durant la saison d'hiver.

 

Annuellement, il existe deux célébrations des mystères d'Eleusis : les Grands Mystères et les Petits Mystères (7). Les grands mystères duraient neufs jours, d'après la durée de l'errance de Déméter à la recherche de sa fille. La première partie du rituel débutait par une procession qui partait  d'Eleusis à Athènes en transportant des reliques sacrées (les hiéra) pour les placer dans l'Eleusinion(8), un sanctuaire à la base de l'Acropole(9) d'Athènes. Les Mystes, ou les candidats des mystères, se plongeaient dans la mère pour se purifier. Une période de jeûne s'écoulait avant le retour de la procession d'Athènes vers Eleusis en suivant la statue d'Iacchos(10) et les Hiérai le long de la route sacrée. Dans le téléstérion(11), après avoir rompu le jeûne en consommant de la nourriture à base de blé, les Mystes recevaient des révélations des initiés et accédaient au secret de la vie après la mort.   

Nous constatons que dans les deux rites de Amagger n Tefsut/La rencontre du printemps chez les Kabyles et les Mystères d'Eleusis, il y a un acte de purification. Les jeunes adolescents kabyles, loin de la mer, s'adonnent à un bain de purification en se roulant dans la rosée du matin comme les Mystes se plongent dans l'eau de mer (12). On retrouve ce geste de purification par l’eau, dans le rite d'Anzar, quand les occupants de chaque maison, devant laquelle le cortège de la fiancée passe, jettent de l'eau sur le groupe en visant la jeune fille..

 

Si, aujourd'hui la fête de Tafaska/Pâques a un sens religieux profond pour les religions chrétienne et juive, Tafaska/Pâques a  des origines païennes célébrant le printemps comme nous venons de le voir dans Tameγra n umagger n tefsut chez les Kabyles et les Mystères d'Eleusis chez les Grecs. La fête du printemps, partout où elle est célébrée, symbolisait pour les Païens, le renouveau et la renaissance.  Chez les Kabyles, c'est le retour de Lalla Zegza et chez les Grecs, c'est celui de Perséphone, qui après un séjour hivernal chez Hadès, revient au printemps sur terre, chez sa mère Déméter. Les longs mois d'hiver symbolisent pour les anciens Méditerranéens la tristesse et la désolation et le printemps le retour de la fille aimée et de la vie sur terre. 

 

Toutes les fêtes polythéistes ont été soit interdites soit récupérées par les monothéistes. Cette stratégie a commencé avant même la chute du paganisme. Dès que les Christianisme a commencé à prendre racine à Rome, l'église a tout de suite mis la main sur les symbolismes païens, en détruisant certains, tout en en récupérant d'autres. Cette entreprise a atteint tout l'empire, y compris l'Afrique du Nord. Ce que le Christianisme a oublié ou n'a pas pu entamer, l'Islam, arrivant quelques siècles plus tard, après la chute de Rome,  l'a achevé.  Les monothéismes, c’est assez clair et évident, même différents, s'entendent et se soutiennent. Ils se sont entendus dans l'antiquité contre les polythéistes, et aujourd'hui, ils se soutiennent contre les agnostiques, les laïcs et les athées.  

 

Tout a commencé en l'an 391, quand l'empereur Théodose interdit l'exercice public du culte païen dans la ville de Rome. En 392, il étendit l'interdiction à tout l'empire. Les temples païens sont fermés ou détruits. Le christianisme est devenu la religion d'Etat. 

Un exemple, parmi d’autres de cette récupération, est le rite qui consistait à fêter le solstice d’hiver, la renaissance de la lumière, que l’on peut retrouver dans de nombreuses cultures païennes de la Méditerranée à la Scandinavie. Ce rite fut remplacé par le Noël chrétien, qui fête la naissance  du Christ, Sauveur des Hommes (13). C’est de cette substitution d’une fête chrétienne à une fête païenne dont se félicite Saint Augustin, l'évêque d'Hippone. Il rend grâce à Dieu que l’on ait remplacé «La célébration de la naissance du soleil visible du solstice d'hiver par celle de l'invisible créateur du soleil."    

Puis, parallèlement aux interdits, une grande stratégie culturelle fut mise sur pied. Cette christianisation de la mythologie païenne a été décrite et analysée par le médiéviste Philippe Walter. Ce dernier donne dans son ouvrage un document révélateur de cette stratégie. Il s'agit d'une lettre du pape Saint Grégoire à Augustin de Cantorby, au VIIIème siècle : "Après de longues réflexions, j'ai statué sur le cas des Angles (les Anglais): que des temples des idoles ne doivent absolument pas être détruits dans cette nation, mais que l'on détruise uniquement les idoles qui s'y trouvent. Qu'on prenne de l'eau bénite et que l'on asperge ses temples, qu'on y dédie des autels et qu'on y place des reliques ; en effet, si ces temples sont bien construits, il est nécessaire et il suffit d'en changer la destination : les faire passer du culte des idoles à la louange du vrai Dieu. De cette façon, le peuple, constatant que ses temples sont respectés, déposera plus facilement l'erreur de son cœur et, connaissant et adorant le vrai Dieu, se rassemblera plus familièrement aux lieux où il avait coutume de se rendre. Comme la coutume existe d'offrir beaucoup de bœufs en sacrifice aux esprits, il faut également transformer légèrement le cérémonial de ces offrandes, de manière à fixer ces coutumes rituelles au jour de la dédicace ou de la fête des saints martyrs dont les reliques ont été placées dans l'église; que les gens continuent à se construire des cabanes de branchages auprès des mêmes temples devenus des églises et qu'ils célèbrent la fête par des agapes rituelles."  - (Voir Mythologies chrétiennes, de Philippe Walter.)

 

C'est ainsi que des fêtes païennes ont fini par être récupérées. Les Lupercales(14) deviennent Saint Valentin, Vénus(15) devient Santa Venera, les Saturnales(16) deviennent l'épiphanie, etc. 

     

En arrivant en Afrique du Nord, l'Islam n'a fait que continuer l'œuvre déjà entamée par le christianisme. Voilà sans doute  l'émergence d'un syncrétisme, en Kabylie et dans toute l'Afrique du Nord, appelé aujourd'hui Islam kabyle ou Islam traditionnel. Car comme les gens du peuple étaient, dans l'antiquité, attachés à leurs coutumes, un des résultats les plus étonnants de cette stratégie des différents monothéismes fut, en retour, la paganisation des trois religions juive, chrétienne et musulmane. 

Les saints chrétiens et musulmans n'ont fait que remplacer les dieux successifs païens. (Voir l'ethnologue Pierre Saint Yves "Saints successeurs des dieux.") 

 

Toutes les fêtes kabyles aujourd’hui sont amputées des chants et des danses qui devaient faire leur vivacité quand elles étaient célébrées authentiquement. On continue certes d'organiser des banquets rituels (comme yennayer/nouvel an, imensi n tefsut/dîner du printemps, timecret/sacrifice d'un bœuf, jadis pour le partage des rigoles d'eau), mais ils ne sont assimilés à des rites qui rendent grâce au Dieu monothéiste. On  peut certes encore voire des pèlerinages dans des temples, mais ces temples ont devenus de nos jours des mausolées de saints musulmans. Tous les préparatifs de ces fêtes sont confinées, soit dans les familles soit dans les villages. Elles n'ont aucun statut juridique. Des fêtes non reconnues par les pouvoirs publics. Elles sont tolérées tant qu'elles ne dépassent pas le cadre villageois. Elles ne bénéficient d'aucun soutien politique ni médiatique. 

Ces fêtes, quand elles sont tolérées, sont souvent présidées par des imams musulmans locaux qui viennent donner lfatiha/l'ouverture et lxattima/la clôture ou ddaεwa l-lxiṛ avec des sourates de Coran. La symbolique païenne de ses fêtes est perdue. Aucun villageois ne sait pourquoi il sacrifie un bœuf pendant Timecreṭ; pourquoi il fête yennayer; pourquoi il va à la rencontre du printemps... tandis qu'il sait pourquoi il sacrifie un mouton pendant l'Aïd tamuqrant/Fête du mouton : il connait par cœur l'histoire d'Abraham; il sait pourquoi il jeûne; il sait pourquoi il fête le Mouloud/La naissance du prophète musulman... Toute la terminologie des  fêtes d'origine païenne est aujourd'hui islamisée. Là où il y a procession, il y a des vautours en kamis pour détourner la marche. Tirza/Visite d’un temple est devenue zzyara; Lembat/Passer la nuit dans le temple, ttebyita; tameγra/fête en l’honneur d’une divinité est appelée zzerda; Tabzert/offrande pour le temple, sadaqa ou lwaεda, etc. 

Les chants peuplant les lieux de pèlerinage sont exclusivement religieux. Les religieux locaux, sous le vocable traditionnaliste, ne cèdent rien. Ils président tous ces rites, païens ou pas, pourvu qu'ils aient la part du lion : quartier de viande, semoule, blé, huile que les paysans kabyles viennent à déposer dans le sanctuaire. En retour, ils leur promettent de les conduire le jour de leur mort vers le paradis, où les attendent des fleuves de beurre, de miel et peut-être de vin?

Des dieux païens devenus Saints chrétiens aux Saints musulmans, les Kabyles ne savent plus à quel saint se vouer. 

 

Partout où il y avait jadis un temple païen, il est occupé aujourd'hui par un saint musulman, qu'on nous présente comme ancêtres éponymes. A l'instar des moines orthodoxes grecs qui construisent leurs monastères sur les pics des météores, les religieux musulmans bâtissent leurs zaouïas sur les sommets du Djurdjura, notamment sur les pics d'azrou n Thor, Tizibert, Lalla Khedidja, Yemma Gouraya... Serait-ce la volonté des dogmes du désert de conquérir les nids d'aigle, oiseau de Jupiter, roi de l'Olympe? 

Partout sur la terre d'Anzar ils ont planté leur funèbre drapeau. Ils appellent l'Afrique du Nord «terre musulmane», comme si les pierres, les arbres, l'herbe, les rivières, les sangliers avaient fait allégeance au prophète musulman. «Terre musulmane», ce qui veut dire qu’elle leur appartient. Voilà comment ils justifient leur occupation des territoires des autres. De vastes terres pas chères payées! L'Afrique du Nord, terre d'Afrika/Tifrit est devenue Maghreb, le couchant. Nous préférons qu’elles restent les prairies d’Hélios. Là où jadis le dieu du soleil lâchait ses chevaux ailés le soir pour se reposer avant de refaire le cycle le lendemain.        

    Là encore, les Musulmans n'ont fait qu'imiter leurs frères-ennemis chrétiens qui disaient de l'Europe terre chrétienne. L'Europe enlevée par Zeus, sur les bords d’une plage aux alentours de Tyr. 

 

Mais en Europe, la laïcité a réhabilité les joies et la vie d'antan. L'Europe est un continent où l'on sait parler de la joie. Elle a institué des fêtes en écho aux fêtes antiques. Partout où l'on va on rencontre Apollon et Dionysos. De la musique classique harmonique au rock rythmique démoniaque, en passant par la danse gracieuse des chevaliers à la transe des carnavals et des bals masqués, tout se pratique dans l'esprit d'antan et en toute liberté.

Cela n'est pas le cas en Afrique du Nord, toute joie est un larcin. L'amour, l'ivresse, la danse, le chant..., tout se pratique en cachette. Rien n'est autorisé. Si tu souhaites être heureux, tu dois voler ton bonheur, la nuit, sur la pointe des pieds comme un voleur. 

L'Etat algérien, assisté d’un islam conquérant, a tué tout esprit de fête. Il a mis fin à l'amour, à l'ivresse, il n'a préservé que la violence. Tout ce qu'il n'a pas inventé n'a pas lieu d'être. C'est ainsi qu'il procède. Souvenez-vous de la fête des cerises(17). Il l'a interdite en plein tour de chant. Une fête moderne aux accents païens, c’était trop pour un pouvoir fondé sur la peur.

La cerise, fruit de la passion, juteux, rouge comme la bouche de Vénus, doux comme la luxure, suave comme le pêché... Fruit que certains islamistes condamnent car il ressemblerait aux fesses de femme.

La Kabylie doit renouer avec les fêtes d'antan en les laïcisant et en les adaptant à l'ère du temps. Les fêtes sont utiles et importantes pour le moral des citoyens et la cohésion sociale. Les Kabyles ne doivent rien attendre d'un Etat d'essence théocratique pour leur apporter de la joie. L'Etat algérien, Etat dictatorial, a besoin de cadavres ambulants pour subsister. Voilà pourquoi il n'accepte de processions que sur les routes des cimetières. Le seul lieu où aujourd'hui les gens se rencontrent. Lieu où on leur écorche les oreilles à coups d’oraisons funèbres. La Kabylie est méditerranéenne, son avenir est dans le retour aux sources des joies antiques. Mais pour cela, elle doit se libérer de la peur que lui inspire, non pas le discours religieux, mais les trémolos des voix macabres des prédicateurs monothéistes. 

Souveraine, libérée des idéologies de la mort, la Kabylie pourra à nouveau connaître les joies de la vie et des lendemains qui chantent. Elle pourra récréer les fêtes dont on l’ a privée depuis des siècles. La Kabylie doit se réinventer pour être heureuse. Ce jour là, elle pourra célébrer en toute légalité et en toute quiétude la vie. Et pourquoi pas un carnaval de Kabylie ?  De grands réveillons de Yennayer/Nouvel an kabyle ?  Une grande fête des fleurs ? Des journées de la vigne, de l'olivier, du figuier, de la cerise, du laurier, du frêne et du chêne ? La fête de la musique ? Les nuits blanches de Kabylie ?...

 

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Notes

 

1) Vin : avec le blé et l'huile d'olive, le vin constitue la triade méditerranéenne. 

En plus du vin, les Africains du Nord, comme tous les peuples antiques consommaient de l'hydromel, du latin hydromeli, boisson à base de miel fermenté. 

En 1068, les Berbères du Sous continuaient encore à le fabriquer sous le nom de Nabiḍ (Voir : Boissons et Civilisation en Afrique, de Alain Huetz de Lemps.)

Les Anciens appelaient l'Hydromel la boisson des dieux. C’est une boisson exclusivement faite d'eau et de miel. La fermentation, selon Aristote, peut-être produite par des levures endogènes comme le pollen (présent dans le miel) ou exogène (que l'on rajoute). L'hydromel titre généralement entre 10° à 16°. 

La recette qui tue : prenez 1.50 kilos de miel, 5 litres d'eau tiède, 0.50 cl de levure. Mélangez les ingrédients dans une bonbonne, recouvrez-la avec un tissu propre et laissez fermenter 40 jours dans un endroit tiède. Laissez au frais un mois avant de consommer. L'hydromel se boit sans glaçons, comme un vin fin. 

 

1a) En Kabylie, on nous disait il y a quelques années : le mélange d'eau et de miel tue. Interdiction religieuse indirecte de boire l’hydromel. Les religieux locaux ont beaucoup d’interdictions du genre. Ces derniers cultivent des noyers et vendent des noyaux. Du coup, pour empêcher les autres Kabyles d’en vendre, ils leur disent : « Si un non-Marabout plante un noyau, le jour où le noyer en poussant atteint le tour de cou du planteur, celui-ci mourra. »    

 

2) Pain : C’est un élément sacré, mais il y aussi le sel "Aḥeq lmelḥ-nni nečča akkenni/Par le sel que nous avons mangé ensemble;", serment qu'on entend beaucoup chez les Kabyles. Le sel, chez les Kabyles, comme chez beaucoup de peuples antiques, est un symbole d'hospitalité et d'amitié. Les Romains parlent de Pactum Salis/Le pacte de sel. Il possède un caractère sacré. Il intervient beaucoup dans les rites religieux. En Kabylie, durant les mariages, on assiste parfois à la scène où la mère de la nouvelle mariée jette du sel par dessus les têtes des gens qui constituent le cortège nuptial. C'est un élément de purification. Un élément qui chasse les mauvais esprits et surtout, c'est avec le sel qu'on conserve les aliments comme la viande. 

Dans la mythologie grecque, Nérée, divinité de la mer, offrit du sel en cadeau de noce à Pélée, le père d'Achille, ce qui justifie son caractère divin que chantait Homère : "Et quand la flamme tomba et s'éteignit, il étendit les broches au-dessus des charbons en les appuyant sur des pierres, et il les aspergea de sel sacré," lit-on dans le chant XI de l'Iliade. Le Sel étant un don des dieux, il était normal que les hommes le restituent dans les offrandes.

Pour les Kabyles, comme pour les Romains, le sel reflète la beauté. Melliḥ/Salé en kabyle signifie il est beau. Lucrèce, pour caractériser une belle femme, l'associait à un grain de sel. 

Le sel est ce qui relève un plat. Au sens figuré, il ajoute un grain de sel dans une discussion et donne de l'intérêt et de la saveur aux mots. 

Mais le sel, selon Pierre Boyer, peut être à la fois bénéfique, mais aussi maléfique, fertilisant mais aussi stérilisant. C'est avec le sel que les Romains ont asséché les terres de Carthage.  (Voir Pierre Boyer "Les symbolismes et les traditions attachées au sel") 

 

2a) Il y a un proverbe kabyle, qui, pour décrire une situation de grande misère dans laquelle vit un individu, il dit : "Tekker-as di tissent/Même son sel est corrompu ou bien il a des larves dans son sel.

 

3) Semoule : Le régime alimentaire des Grecs antiques se caractérise par sa frugalité, reflet de conditions difficiles pour l'agriculture grecque. Il se fonde sur la « triade méditerranéenne» : blé, huile d'olive et vin. Les céréales constituent la base de l'alimentation grecque. Il s'agit principalement de blé dur, d'épeautre et d'orge. Le blé est réduit en gruau et employé en bouillie ou moulu en farine pour fabriquer du pain ou des galettes.

A part le vin interdit par le monothéisme islamique, les Kabyles ont gardé presque la même alimentation antique, à base de blé et d’huile d’olive. En l’absence de semoule, les Kabyles, comme les Grecs, recourent à l’orge et au gland. On nous racontait qu’autrefois, les Kabyles, en périodes de vaches maigres, utilisaient la farine de gland pour fabriquer la galette. 

 

4) Cette fête différe d'un village à un autre. Après avoir lu plusieurs articles sur le sujet, nous avons opté pour la version la plus simple. D'aucuns racontent que dans leur village, une procession de gens se forme, tôt le matin, qui s'habillent pour l'occasion et convergent vers les champs avec des paniers de nourriture : crêpes, figues sèches, galette, œufs durs, raisin sec, olives noirs salées, sel, etc. Ils passent la journée sur les lieux, mangent, chantent, cueillent des fleurs... Puis le soir, en rentrant, ils clôturent la fête autour d'un couscous au thapsia. 

 

4a) Il y a quelques années, quand on cueillait un épi de blé vert en Kabylie, on mangeait les grains, excepté le dernier, qu’on rejetait dans le champ de blé. On peut supposer qu’il s’agit là d’une survivance antique qui signifie que le dernier grain de l’épi, rendu au champ, constitue la part de la divinité de l’agriculture. Ce que probablement les Chrétiens appellent la part des anges.

 

5) La coutume d'offrir des œufs au début du printemps remonte à l'Antiquité. Dans de très nombreuses cultures, les œufs sont symboles de fertilité et de renouveau. Les Romains cassaient des œufs le jour du printemps pour purifier l'atmosphère.

La tradition d'offrir des œufs au printemps est reprise par le monothéisme. Durant les fêtes de Pâques, il y a des communes qui organisent même des chasses aux œufs pour les adultes durant le week-end pascal. Chose que font les enfants aussi, on leur dissimule des œufs décorées qu'ils vont chercher eux mêmes dans le jardin. Aujourd'hui, les œufs sont en chocolat.

Il est cependant admis, chez les Chrétiens, que l'origine des œufs de Pâques date de l'instauration du carême. L'Eglise interdit la consommation des œufs pendant cette période qui dure quarante jours. 

En Kabylie, il y a quelques années encore, on donnait un œuf dur à un garçon qui jeûne pour la première fois. Il le fait généralement le 27ème jour du mois de ramadan. Le soir, à la rupture du jeûne,  le petit garçon a le droit à un œuf dur qu'il mange sur le toit de la maison. Survivance probablement chrétienne liée aux fêtes pascales. 

 

6) Mendiante : Déméter se déguisant en mendiante. Il serait intéressant que l’on est là l’origine du verbe kabyle Mter/Mendier, qui a donné Ammattar/Mendiant qui est proche de Mater/Mère en grec.

 

7) Mystères d'Eleusis : Les mystères d'Eleusis sont traditionnellement interprétés comme une figure du changement des saisons. Le mythe de Koré traduit en effet le rythme des saisons, l'attente du printemps, et le désir de la nature féconde. La présence du blé fait également songer aux rites de mariage (cf. confarreatio des Romains). 

 

7a) Confarreatio : cérémonie de mariage au cours de laquelle les époux mangeaient un gâteau de farine d'épeautre en présence du grand pontife, du flamine de Jupiter et de dix témoins.

7b) Les mystères d’Eleusis ont deux périodes, Grands et Petits Mystères. La fête kabyle de Amagger n tefsut/La rencontre du printemps est fêtée en deux temps : Amenzu n Tefsut/Le premier jour du printemps et Tiririt n Uzal/Le retour à midi des bergers.  

         

8) Eleusinion : un temple d'Athènes, situé sous l'Acropole, dédié à Déméter et Perséphone. Il date de l'intégration d'Eleusis à Athènes, vers la fin du VII siècle avant notre ère. On y gardait les objets sacrés des Mystères d'Eleusis.

 

9) Acropole : du grec Acropolis, signifiant haute ville. Acro : Tête, le même mot qu’Aqerru/Tête en kabyle. Pole, du grec Polis/Ville, Cité. Taqerbouzt, nom d’un grand village en Kabylie, pourrait bien avoir le même sens qu’Acropole.

 

10) Iacchos, du grec ancien Iakhos. Le mot pourrait être une épithète de Dionysos ou un avatar orphique de ce dieu.

 

11) Télestérion : dans la Grèce antique, salle des initiations au culte d'Eleusis, à Eleusis. Eleusis, aujourd'hui s'appelle Elefsina, elle se trouve dans la région de l’Attique, à 20 km au nord-ouest d'Athènes. 

 

11a) Dans la Grèce antique, les temples de Déméter s'appelaient Mégara. Ils se trouvaient souvent dans les forêts. La racine du mot Mégara ressemble à celle du mot kabyle Tamegra/Moisson et Amger/Faucille, du verbe mger/Moissonner. Comme il y a aussi ressemblance entre la racine de Cérès, déesse romaine de l'agriculture, des moissons et de la fécondité, associée à la déesse grecque Déméter et le mot Krez/Labourer en kabyle. Cérès, du latin Keres. Keres/Cérès et Krez/Labourer en kabyle sont deux mots de même racine KRS/KRZ.

12) Eau : en plus de l'eau, comme élément de purification, il y a le feu. 

Thémis : dans la mythologie grecque, était la déesse de la vérité et de la justice. Aujourd'hui, Thémis, dans la langue berbère, signifie feu, le principal moteur de la nature et le symbole de la pureté. Les Romains ont fait dériver Puritas/Pureté de du mot grec Pur/feu, le plus pur de tous les éléments. Pourquoi le nom de Thémis, la déesse de la Pureté ne serait-il pas berbère, ayant le même son et la même signification. (Voir : L’une des quatre lettres sur les Etymologies berbères, adressées au président de  la Société philosophique de Philadelphie - par William B. Hodgson.) 

 

13) Noël vient du latin Natalis, naissance. A Rome, le 25 décembre marque la (re)naissance de Sol Invictus (Le soleil invincible). 

Selon Jean-Louis Beaucarnot : "Quand est né exactement l'enfant Jésus ? Aucun texte ne le précise... La controverse dure plus d'un siècle. Les uns retiennent le 18 avril, d'autres le 25 mars, un autre encore le 6 janvier jusqu'à ce que, en 354, le pape Libère, fixe d'autorité le 25 décembre, qui correspond au solstice d'hiver. Ce solstice est célébré depuis les temps les plus lointains par les fêtes païennes de Yule, du feu, de la lumière, ou de la freya nordique, déesse de l'abondance et de la fécondité. (Voir Ainsi vivaient nos ancêtres, de Jean-Louis Beaucarnot.) 

 

14) Lupercales : dans la Rome antique, le jour du 15 février, on célébrait les Lupercales en l'honneur de Lupercus, dieu de la fertilité, que l'on représente vêtu de peau de chèvre, ou de peau de chien.    

 

15) Les fêtes de Vénus : Les fêtes de Vénus commençaient le premier jour du mois d'avril, qui pour cela se nommait Mensis Veneris. Les jeunes filles couronnées de guirlandes de fleurs, faisaient des veillées pendant trois nuits consécutives, puis elles se partageaient en plusieurs groupes qui se répandaient à travers la ville et dans les alentours avant de se rassembler sous des cabanes ombragées de myrte et y former des chœurs. 

 

16) Saturnales : des fêtes romaines antiques accompagnées de grandes réjouissances, célébrées en l'honneur de Saturne. Pendant ces fêtes, les esclaves n’obéissaient plus à leur maître. C’était une sorte de carnaval, jour d’inversion, où les  classes sociales étaitent abolies pour maintenir la paix sociale durant le reste de l’année. Les Saturnales sont à l'origine de la fève de la galette des rois. C'est une fève blanche ou noire qui était déposée pour le scrutin. Au début de janvier, les Romains élisaient le roi du festin au moyen d'une fève. 

Il est probable que le jeu de "Zerzari" dans le rite d'Anzar, jeu pratiqué par un chœur de jeunes filles en âge de se marier, soit un hymne à Vénus, déesse de l'amour, si on considère que Vinalia Rustica, célébrée chaque 9 août par les Romains, est primitivement de nature agraire.  

 

16a) Il est probable que le mot Wnisa en kabyle soit le même que Venus/Vénus en latin. Wnisa ne serait-elle donc pas la Vénus kabyle ?  

Il n’est pas exclu aussi que Wnisa soit le prénom féminin de Lewnis et Lwenas. Celle qui accompagne la nuit : tin yettwanasen deg yiḍ. Dans ce cas, Wnisa serait la lune. Mais alors, quel rapport existerait-t-il entre Wnisa et Vénus ? Souvenez-vous que durant les cérémonies de Mensis Venus, des jeunes filles, couronnées de guirlandes de fleurs, faisaient des veillées pendant trois nuits consécutives. 

 

16b) Il existe encore en kabyle des prénoms qui ont la même racine avec certains mots grecs et latins. Amuqran pourrait venir du grec Makro/Grand, Lewnis et Lewnas du latin Lunas/Lunes, pluriel de Luna/Lune.

17) Cerise vient du latin Cerasum, lui même du grec Kerasiou. Le cerisier est cultivé depuis la haute antiquité, notamment en Grèce et dans tout l'empire romain. Le nom kabyle Lḥebb l-lemluk est un emprunt à l'arabe. Les cerises sauvages s'appellent Areḍnin ou Areḍlim selon les régions. 

 

(Nous comptons sur vous pour nous communiquer le nom par lequel les Africains du Nord désignaient les cerises dans l'antiquité.)     

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