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Fresque-du-devoilement-du-van--Pompei-villa-des-mysteres

Durant le rite d'Anzar, vers la fin de la cérémonie, quelques jeunes filles en âge d'être mariées, s'assemblent auprès de la fiancée, toujours nue, pour le jeu dit "Zerzari" ou "takurt". Le jeu se pratique avec une balle de liège.  Elles se regroupent autour d'un endroit plat, non loin du sanctuaire. Munies chacune d'un bâton, elles se disputent la balle, jusqu'à ce que celle-ci tombe dans un trou préparé pour la recevoir. Pendant ce temps, la fiancée déclame des poèmes et le chœur des jeunes filles lui répond avec des chants.

Que signifie, dans le rite, le mot "Zerzari" ? Si ce mot dérive du verbe Zerzer/Courir, le jeu consisterait à faire courir takurt/la balle pour l'introduire dans un trou creusé dans la terre. Dans le cas où le mot Zerzari provient d’ Izerzer/Cerf/chevreuil ou Chevreau(1), à ce moment-là,  "Zerzari/Cerf pourrait signifier partie de chasse en l'honneur d'Artémis. On peut postuler aussi que ce jeu pourrait avoir un rôle rituel lié à une scène jouée, ce qui attesterait une dimension théâtrale du mythe (2).  

Dans les deux cas, le but du jeu ne change pas : il s’agit d'introduire takurt/la balle dans un trou creusé dans la terre. La balle, dans le rite, sculptée dans le liège(3), symbolise à la fois un grain de semence végétal et un phallus. 

Dans certaines régions berbérophones, selon G. Camps, le jeu de Zerzari ou Takurt s’appelle Koura

Mais que signifie Takurt ou Koura ? Une balle ? La Terre ? On pourrait penser même à Coré, déesse des enfers, fille de Déméter, si l’on considère que le culte des Cereres(4), culte de Déméter et Coré, était très populaire dans toute l'Afrique du Nord antique, notamment sous le règne de Jugurtha ? 

Ce culte des Cereres nous semble être l'une des hypothèses les plus probantes car Coré(5), fille de Déméter, a vécu la même histoire que Tislit n Wanẓar/La fiancée d'Anzar : elle fut enlevée par Hades, dieu grec des enfers. Suite à quoi, Déméter frappa la Terre de sécheresse. Dans cette optique, le jeu de Takurt ou Koura pourraît être exécuté en l'honneur de la Terre-Mère Déméter, déesse de l'agriculture, et de sa fille Coré, déesse du royaume souterrain.       

 

Si le mot Zerzari provient d’Izerzer/Cerf, la balle symboliserait un cerf, animal lunaire, le jeu pourrait donc être un hommage à Artémis, la déesse de la chasse. Le jeu de balle serait alors une partie de chasse pratiquée par des jeunes filles vierges, protégées d'Artémis. Si en revanche, à la place du cerf, la balle représente un chevreau, on assisterait à un jeu de théâtre dionysiaque : des jeunes filles jouant le rôle des Ménades(6) ou des Bacchantes chassant avec des thyrses des animaux sauvages, comme le cerf, et parfois des hommes qui osent se retrouver sur leur chemin quand elles se mettent en campagne. 

 

Ce jeu de balle, quelle que soit l'interprétation qu'on lui prête, raconte les noces(7) du Ciel et de la Terre, de la jeune fille et d'Anzar sous l'égide du dieu Eros, divinité de l'amour. La balle en guise de phallus, taillé dans le chêne liège, rappelle les origines des Kabyles, anciennement Numides, fils du chêne.

 

Les femmes kabyles, quand elles se retrouvent entre elles, aiment à s'adonner à des jeux érotiques. Nous allons vous rappeler une histoire qui a traversé notre enfance. Certains d'entre nous, encore enfants, avons assisté à la représentation par les femmes villageoises de l'histoire de Aεaaṛus bu beṛnus(8)/L'escargot au burnous, que voici :   

 

Ass n wurar, ad selsent tlawin i yiwet deg-sent abeṛnus, ad teqqim di tqaεett n cḍeḥ, ad teknu, ad teḍdewiṛ am uεaṛus. Ma d tilawin, nutenti, ad s-d-zzint, ad s-cennunt akkagi :

 

Tilawin : Aεaṛus, a bu beṛnus,

                 Kker a ttxedmeḍ !

 

Aεaṛus : Ur jmireγ ! Ur jmireγ !

 

Tilawin : Aεaṛus, a bu beṛnus,

                 Kker a ttqedceḍ !

 

Aεaṛus : Ur jmireγ ! Ur jmireγ !

 

Tilawin : Aεaṛus, a bu beṛnus,

                Kker a tteččeḍ !

 

Aεaṛus : Ur jmireγ ! Ur jmireγ !

 

Tilawin : Aεaṛus, a bu beṛnus,

                 Kker a ttzewğeḍ !

 

Aεaṛus yekker s ibeddi, yebda yettezzi, yettjellib, iceṭṭeḥ, yeqqar-as : Zemreγ ! Zemreγ ! Zemreγ ! Zemreγ !

 

  Les jours de fête, les femmes se rassemblent, affublent l'une d'entre elles d'un burnous masculin, constituent un chœur. Quant à la femme déguisée, elle se place au milieu de la piste de danse, la tête dans la capuche, s'accroupit et se met à tourner lentement comme un escargot.

 

Le chœur de femmes : Aεaṛus/Escargot, vêtu de burnous,

                                       Debout, va travailler.

 

Aεaṛus/L'Escargot (D'une grave et faible voix) : Que je ne peux ! Que je ne peux !

 

Le chœur de femmes : Aεṛus/Escargot, vêtu de burnous,

                                        Debout, Fais à manger !

 

Aεaṛus/L'Escargot (D'une voix grave et faible) : Que je ne peux ! Que  je ne peux ! 

 

Le chœur de femmes : Aεaṛus/Escargot, vêtu de burnous,

                                       Debout, va manger.

 

Aεaṛus/L'Escargot (D'une voix grave et faible) : Que je ne peux ! Que  je ne peux !

 

Le chœur de femmes : Aεaṛus/Escargot, vêtu de burnous,

                                       Debout, va te marier !

 

Aεṛus/L'Escargot, se met debout, sautille, tourne, danse et crie de joie : Que je peux ! Que je peux !

 

Aεaṛus, signifie escargot chez les Kabyles et nouveau marié chez les Arabophones. Aεaṛus, a bu beṛnus/Escargot, vêtu de burnous, dans le jeu suscité, signifie aussi "Nouveau marié".  Dans les fêtes kabyles, le jour de son mariage, le nouveau marié se pare d'un burnous et s'expose aux yeux des villageois. Il ne fait pratiquement rien. Il est dispensé de toute tâche. Il a les mains dans le henné, comme dirait le proverbe kabyle. Il en va ainsi de notre escargot, qui, malade, ne peut ni travailler, ni faire à manger, ni manger et ne se réveille, guéri, tout heureux, qu'au moment où on lui propose de se marier, autrement dit, de faire l'amour.

 

Il nous plaît de croire que Aεaṛus est de même racine que le mot grec Eros, qui est aussi dieu de l'amour, d'où  pourrait dériver le verbe Ri (9)/Désirer, Aimer, de Tayri/désir, Amour.

Le jeu des nouveaux mariés est très courant en Kabylie, même parmi les petits enfants : un jeu mixte qui rassemble les petites filles et les petits garçons. Ils simulent une fête de mariage, durant laquelle ils choisissent un garçon et une fille qui interprètent avec beaucoup de sérieux leurs rôles de nouveau marié et de nouvelle mariée. Ils imitent dans leur jeu les trois jours que dure un mariage. Ils chantent, dansent et simulent même une nuit de noces. Toutefois, le moment des noces se pratique en cachette, dans un lieu sûr, loin des regards des adultes. Car, ces derniers voient d’un mauvais œil, bien sûr, les jeux liés au sexe. 

 

Le jeu de la nuit de noces se pratique aussi entre filles. Elles jouent à la poupée, et en guise de mariée, elles affublent une louche de jolis morceaux de tissu plein de couleurs. 

Les louches prennent aussi, dans les jeux des petites filles, le rôle de bébés. Les petites filles les parent de chiffons et de rubans de toutes sortes, les bercent dans leurs girons en leur chantant des berceuses.       

 

  Si la sexualité est taboue dans l’espace clos du village, qui est celui de la bienséance, il existe néanmoins des poèmes et des chants sexuels chez les hommes kabyles, notamment dans le monde pastoral. Les bergers en raffolent. Ce que certains intellectuels surnomment " la poésie grivoise" se pratique surtout dans le milieu ouvert du monde pastoral. Les bergers ne font que chanter et déclamer des textes dits "grivois".  D'aucuns, parmi ces bergers, se masturbent avec des plantes censées augmenter le volume de leurs membres; d'autres excellent dans l'art de jouer de la flûte qu'eux même taillent dans le roseau; puis d'autres encore, plus habiles de leurs mains, sculptent à l'aide de couteaux des phallus de différentes tailles. Les bergers kabyles sont, sans le savoir, de véritables adeptes de Pan(10) et de Priape(11). 

 

Toutes ces pratiques doivent êtres des survivances antiques.  Allah(12), le dieu monothéiste, est quasiment absent dans la nature. Les Kabyles, dès qu'ils investissent leurs champs, se laissent aller à leurs désirs les plus secrets. Le monothéisme n'a aucune prise sur leur conscience dans le monde des forêts, peuplés de bêtes sauvages. C'est aussi l'espace des génies(13), des nymphes(14) et de Dionysos, où les hommes peuvent chanter, faire l'amour et boire du vin. Un espace de liberté, loin de la morale et du "droit chemin" islamique.

 

Mais ces hommes, dès leur retour à l'assemblée, reprennent leur posture de croyants et d'adultes, graves et sérieux. La vie en société leur interdit tout ce qu'ils se permettent dans le monde champêtre. 

 

Ce qui n'est pas le cas chez les femmes. Quand elles se regroupent entre elles, dans des espaces fermés, équivalents au gynécée grec, elles parlent beaucoup des hommes. Leur thème préféré reste le mariage. Une autre façon de discuter indirectement du sexe.

 

Si les hommes kabyles évitent les sujets sexuels, ils parlent aussi rarement d'amour. Comme les Grecs anciens et les Romains, ils pensent qu’aimer une femme n'est pas un signe de virilité. Ils méprisent les hommes qui cherchent la compagnie féminine et les rangent parmi les femmes.  

 

Mais quand arrive le temps des travaux des champs comme la cueillette des olives ou la moisson, les hommes et les femmes, comme les garçons et les filles, se rencontrent dans les champs. Travaillant ensemble, ils trouvent l'occasion de se parler et de se toucher. Dans les champs, l'homme kabyle ne pense qu'à satisfaire ses désirs de chair. Il fréquente les champs pour chasser la perdrix ou courir derrière la bergère. La forêt permet tout. C'est dans la forêt que les hommes kabyles apprennaient, il y a quelques années encore, à chanter, à danser, à jouer de la flûte, de la guitare et du tambour. C'est aussi dans la forêt qu'ils s'initient à l'amour, qu'ils découvrent l'ivresse du vin et d'autres plaisirs encore.

 

Au village, l'homme qui fréquente quotidiennement et solitairement la forêt, surtout en dehors des travaux champêtres, est mal perçu par ses pairs. A leurs yeux, un homme qui bat la campagne en solitaire les jours de pluie, de brouillard ou encore de canicule, celui-là n'a d'autre but que de courir la bergère. Il est considéré inconsciemment par par les tenants de l’ordre moral du village comme un véritable satyre.

 

Tout ce beau monde païen s'éteint aujourd'hui au fur et à mesure que l'activité agricole s'éloigne du monde kabyle. Nous sommes loin de l'univers des génies, des ogresses, des ogres et des nymphes. Les enfants kabyles ne vont plus comme autrefois aux champs. L'école algérienne les a soustraits à la nature et à la terre. Toutes les chaînes de transmission sont cassées. Les derniers paysans meurent sans pouvoir transmettre le savoir qu'ils ont de la nature à leurs enfants, qui du reste, ne souhaitent pas non plus le perpétuer. 

 

L'école algérienne n'éduque guère les enfants kabyles à l'amour de la terre, mais plutôt à la haine de la vie et de ses joies. Les jeunes kabyles ne croient plus aux valeurs d'autrefois. Ils ne savent plus apprécier la lumière du soleil quand il se lève le matin ni quand il se couche le soir. Ils ont oublié l'odeur de la terre retournée, les parfums des fleurs, le chant des oiseaux et les joies champêtres. L'école et la religion ont fait des Kabyles un peuple sans refrain, sans joie et sans Histoire. Toutes les fêtes, tous les événements et les rites collectifs d'antan ont disparu de nos villages.  Où est passé imensi n Yennayer/Le diner du Nouvel An Kabyle ? Où est passé Tameγra n umagger n tefsut/La fête des fleurs ? Où sont passées toutes les fêtes et les joies païennes de jadis ?   

 

Après un demi-siècle d'"indépendance", l'école algérienne, institution religieuse, a détruit tout ce qui est païen dans le pays kabyle. Mais malgré cela, les Kabyles continuent de confier leurs enfants, les yeux fermés, à une institution qui n'a d'autre but que de les anéantir en tant que Kabyles.

 

La culture universelle que nous jalousons aujourd'hui au monde libre est d'origine gréco-romaine. Les Kabyles en ont droit à leur part d'héritage. Le grec et le latin ont été pendant des siècles les langues officielles des royaumes africains du Nord. Juba II écrivait en grec, Térence et Apulée en latin. Tous ces écrivains anciens sont Africains du Nord. Les Berbères dont les Kabyles, devraient  revendiquer, étudier et imiter leurs illustres ancêtres. Ils ont été parmi les premiers étrangers à fréquenter ces deux illustres civilisations. Et la langue kabyle, aujourd'hui, a tout à  gagner en tirant d'elles le maximum de savoir, comme l'ont fait et continuent de le faire les grandes langues occidentales, qu'on appelle à juste titre les langues du savoir.  

 

Certes, il y avait une époque ou l'école était très chère aux Kabyles. Ils croyaient vraiment que l'institution était un lieu de savoir. Effectivement, elle l’a été un moment et cette école avait formé des gens illustres tels Boulifa, Feraoun, Mammeri... Elle avait formé des médecins, des architectes, des poètes, des hommes politiques modernes. Ces mêmes hommes politiques, qui, quand ils n’ont pas été assassinés,  ont sacrifié, par générosité ou naïveté, la Kabylie et sa culture pour la grandeur de l'Algérie arabo-islamique. Ces mêmes politiques auxquels l’écrivain Feraoun disait hier, en pleine guerre pour l'"indépendance" : "Vos ennemis de demain seront pires que ceux d'aujourd'hui."

 

Il est vrai qu'une école digne de ce nom est un lieu de savoir. Mais pas celle proposée aujourd'hui aux Kabyles. L'école proposée aux Berbères en général et aux Kabyles en particulier est un lieu de prosélytisme islamique. L'école à laquelle les Kabyles envoient leurs enfants est loin d'être la leur, encore moins celle à laquelle ils aspirent : celle qui est censée leur apporter la liberté, la démocratie et le progrès. Si le rôle de l’école est avant tout d’émanciper les jeunes gens de leur carcan familial pour en faire des citoyens doués de sens critique - du moins est-ce le rôle de l’école en France depuis la IIIème République- , l’école algérienne, quant à elle, d'essence théocratique, forme les enfants kabyles à la fois contre leur culture d'origine et contre la culture universelle.  Elle leur inculque la haine de soi, le mépris de soi et la glorification de l'Arabo-islamisme. Elle les dresse contre leurs familles, leurs parents, leurs aînés, leur langue et leurs ancêtres païens, sous le signe de l’anathème, mais pas de la pensée critique.

 

Les Kabyles ne peuvent plus compter sur la culture  dispensée et promue avec peu de moyens (financiers, humains et intellectuels) pour leur ouvrir les portes de l'universel. Ils doivent changer d'école.  Ils doivent créer celle de demain, l'école libre, celle de leur choix.

La Kabylie de demain, que nous souhaitons humaniste et progressiste, doit apprendre aux enfants kabyles à penser et à aimer les arts, non pas  à laver et enterrer un mort;  elle doit stimuler leur imagination, non pas leur faire répéter comme à des perroquets des versets coraniques; elle doit promouvoir les sciences et la culture universelle, non pas incriminer, juger et condamner tout ce qui différent du monothéisme musulman. L'école de demain doit être un berceau pour la renaissance et le renouveau, elle doit renouer avec ses sources libyco-gréco-romaines. Un héritage non négligeable dont les Kabyles ne pourront se passer. N'est-ce pas ce qu'ont fait les grands pays développés ? C'est le retour à l'antiquité gréco-romaine qui a redonné un second souffle à la culture européenne engluée dans la scolastique formelle et la culture artificielle des universités médièvales.

 

Nous ne le dirons jamais assez : la Kabylie de demain, que nous espérons Nouvelle Numidie, doit enseigner à côté du kabyle, les langues anciennes qui sont le grec ancien et le latin. Ces deux langues sont utiles. Elles permettent de comprendre le sens des mots en étudiant leurs racines, ce qui est important dans une démocratie. Elles permettent aussi d’avoir accès à des cultures et des civilisations qui ne peuvent qu’enrichir les hommes que nous sommes. Et c'est l'objectif de Mare Nostrum. 

 

De l'apprentissage du grec ancien et du latin, Jacqueline de Romilly disait : "Dans le monde moderne, on se réfère encore à Orphée, à Athéna, à Ulysse, et à tant d'autres... La littérature grecque a fait naître des héros qui ont traversé les siècles et qui parlent encore à notre imagination. Je suis frappée de voir combien notre époque se passionne pour le mythe grec. Sur un plan plus général, je dirais aussi que la culture est une formation  et que culture et éducation sont deux mots synonymes : étymologiquement, ils signifient la même chose et désignent tous deux la transformation, l'amélioration progressive, du point de vue intellectuel et moral, d'un individu par le biais des connaissances et des textes qu'on lui fait découvrir. Eh bien le grec ancien et le latin sont de merveilleux instruments de culture et d'éducation !" (Voir : Une certaine idée de la Grèce - Jacquelline de Romilly.)

A méditer!

 

Notes

 

1) Cerf et Chevreau : Dans tafunast igujilen/La vache des orphelins, le héros boit dans une fontaine et devient un cerf ou un bouc, selon la version des uns et des autres, d'où son nom Zerzer. (Izerzer, dans le Dallet, signifie Cerf/ Lexique français-kabyle page 39) - On retrouve la même confusion, chez les Grecs, dans le mythe de Dionysos, que son frère Hermès transforma en cerf ou en chevreau, pour le soustraire à la colère d’Héra, femme de Zeus. 

 

1a) La métamorphose du héros de tafunast igujilen/La vache des orphelins en cerf ressemble à celle d'Actéon : un jour, le jeune Actéon, dans une partie de chasse, surprend toute nue au bain la déesse Artémis : elle lui jette de l'eau au visage et le transforme en cerf/Chevreuil. 

 

1b) Artémis, déesse de la chasse. Escortée  par les Muses, les Charites et les Nymphes, préside dans les cérémonies au chant, sous le nom de Hymnia. Elle est aussi la déesse des femmes et des vierges. Elle se plaisait aux champs, dans les bois et près des sources. Elle était la déesse des Amazones qui étaient, comme elle, chasseresses et indépendantes du joug des hommes.  Le cerf, la biche et la chèvre sont parmi ses attributs.

 

1d) Il y a une énigme en kabyle qui rend compte de l'existence dans leur Panthéon polythéiste d'Artémis et de son frère Apollon. Voici l'énigme : "M ara d-yeffeγ Sulas, Ṭawes ad tekcem; m ara yekcem Sulas, Ṭawes ad d-teffeγ. : d iṭij* d Tziri/ Quand Sulas sort, Taoues entre; quand Sulas entre, Tawes sort. : Le soleil et la lune" - Sulas vient du latin Solis/Soleil; Ṭawes, du grec Téos/Divinité. Chez les Grecs, Apollon représente le soleil et Artémis la lune. Sulas et Taoues ne peuvent être qu'Apollon et Artémis. Cicéron racontait que Massinissa vouait un culte au soleil et à la lune. 

 

* Iṭij : Iṭ : Oeil + IJ (Ajenna/Igenni) : Ciel. Iṭij : Tiṭ n igenni (Oeil du ciel)

 

**Comme Tifrit, beaucoup de noms de lieux pourraient venir des noms de divinités, Cebla/Cbel, nom de champs en Kabylie dont la racine ressemble à celle de Cybèle, déesse de l'agriculture : racine proche de QBL, Aqbayli/Kabyle. Dans ce cas, les Kabyles ne seraient-ils pas les enfants de Cybèle ? Le mot Cybèle vient du grec Kybélé;  la forêt d’Akfadu pourrait signifier "Les bois de Cupidon", dieu de l'amour; Agemun pourrait quant à lui signifier AG AMUN/fils d'Amon ou de Zeus-Ammon. Ce ne pourraient être là que des hypothèses, qui pourront sembler farfelues à certains, mais notre travail nécessite de faire preuve d’audace quitte à se tromper. Ces hypothèses ouvrent des voies en tout cas qu’il ne faut pas négliger. Les dieux antiques sont partout dans la nature. Nous n'avons aucune certitude quant à ces noms, mais une recherche dans le domaine toponymique nous semble opportune et prometteuse pour pouvoir reconstituer le Panthéon kabyle.

 

 

2) Théâtre : Le théâtre grec a pour origine le culte de Dionysos, dieu du vin et de la nature. Des dithyrambes, des processions, des danses et des chants à la gloire des divinités avaient lieu autour de son temple ou sur l'agora.  

L'origine de la tragédie grecque est religieuse.  Le mot tragédie vient du grec Tragoida/Bouc et Aidô/Chanter. le mot signifierait donc "Chant du bouc". La forme de tragédie pourrait donc désigner une forme de dithyrambe joué par des acteurs déguisés en Satyres et vêtus de peaux de boucs, hypothèse reprise par Aristote. D'autres hypothèses, elles-mêmes défendues par certains auteurs antiques qui voient en l'évocation du bouc la récompense offerte au gagnant du concours, ou la victime d'un sacrifice effectué à cette occasion. 

Les acteurs de théâtre utilisent des masques composés de cuir, de cire, de tissu et de terre cuite, d'où peut-être le nom kabyle d'amγar uceqquf/Le veillard du tesson :  "Il porte un masque en peau tannée auquel pendent une longue barbe et une moustache fabriquéss avec des poils de chèvre et il est couvert de peaux de moutons. Il va de maison en maison, traînant d'une main un sac où il met les aliments qu'on lui donne, de l'autre il tient un bâton avec lequel il menace les enfants."  (Article M.A.Hadadou, Dépêche de Kabylie du 15/01/2006)

 

Question :  Le mot Aceqquf peut-il signifier en kabyle Masque ?

 

2a) Amγar uceqquf/Le vieillard du tesson de poterie est organisé sous forme de Carnaval (aujourd'hui disparu) le jour de Yennayer/Jour de l'an kabyle. Ce carnaval non plus n'a pas échappé aux monothéistes musulmans qui l'ont déplacé vers l'Aid el fitr, qui célébre la fin du mois de jeûne et la nuit précédant le Mouloud, l'anniversaire de la naissance du prophète. 

Cette forme théâtrale et carnavalesque est perpétuée par Bujlima bu tṣerfaqqim, un personnage souvent vieux jouant de la corne-muse, acompagné de son fils au tambour ou aux castagnettes, d'où le mot Tiṣeṛfaqin. Ils s'accoutrent de peaux de bouc et se déplacent de village en village avec un âne.  Ils produisent des spectacles et, en retour, ils reçoivent des villageois de la farine, de l'huile et de la nourriture. Il y a un proverbe kabyle concernant ce duo qui dit : "Bujlima yekkat ṭbel yettmuqul aγyul-is/Boujlima joue au tambour en surveillant son âne."   - Le mot bu jlima doit être à l'origine Bu glima/Celui à la peau. Le mot Aglim/Peau fait allusion soit à sa corne-muse faite de peau de chèvre ou à son accoutrement. Cette activité est pratiquée exclusivemnt par des marginaux sociaux, souvent de peau foncée. Une survivance sans doute dionysiaque, fortement combattue, dans l'antiquité, par les monothéismes chrétien et musulman.    

 

2b) Il y a une citation en kabyle qui, pour illustrer les relations incestueuses,  dit : "Seul le bouc copule avec sa mère." - Anathème sans doute monothéiste quant aux moeurs des adeptes de Dionysos.  

 

2c) Comme dans le mythe d'Anzar, quand on célébre à Rome, en l'honneur de Bacchus ou Liber, des fêtes dites Libérales, les dames romaines tiennent des propos licencieux. 

 

 

 3) Chêne liege: Le chêne, tel le frêne, est l'arbre de Zeus-Jupiter. Le chêne et le frêne attirent la foudre. Et là où la foudre tombe, les hommes élèvent un temple au roi des dieux en pensant que c'est lui-même qui leur a montré le lieu en le foudroyant.  Les Grecs, les Romains et les Numides se disent les enfants du chêne, contrairement aux enfants de Canaan. Le mot Canaan signifie Cane/Roseau: du latin Canna, lui-même issu du grec Kanna, peut-être issu de l'hebreu Qanah, qui signifie "être faible". Les Cananéens sont les peuples du Cham, donc d'orient, d'où le proverbe kabyle : "At Kenεan tteṣḍaden aḍu s uγanim/Les Cananéens chassent le vent avec du roseau" ou "Di tasaft i d-giγ asγaṛ, mačči d dderya n uγanim/Je descends du chêne et non du roseau", vers chanté par le chanteur L. Aît Menguellet. Quant à la célèbre locution "A nerrez wala neknu/Mieux vaut se briser que se plier", c'est la réponse faite par le chêne au roseau qui, un jour, se moqua de lui en lui reprochant sa raideur, tandis que lui, était animé de souplesse.    

 

 

4) Cereres : Introduit en Afrique dès le début du 4ème siècle avant notre ère, le culte des Cereres (Déméter et Coré) a connu une grande extension. C'est en Afrique, terre des céréales, que ce culte devient populaire. Le pluriel Cereres ne peut désigner que la mère Déméter et sa fille Coré. Sur le plan iconographique, les deux déesses sont souvent représentées ensemble. Il existe des prêtresses qualifiées de Sacerdoces magnae qui se rapportent aux Cereres.  (A Drine, Thèse de doctorat de 3ème cycle, source CEDAC Carthage Bulletin)

 

5) Coré : Dans le bois d'Enna en Sicile, Perséphone ou Coré se divertit en compagnie des Océanides. Alors qu'elles étaient occupées à cueillir des fleurs, Coré s'écarta du groupe pour cueillir un narcisse. Remarquée par Hades, dieu des Enfers, il décida d'en faire sa reine et l'enlèva. La jeune fille d'un cri alerta sa mère Déméter, mais celle-ci arriva trop tard. Déméter partira à la recherche de sa fille pendant neuf jours et neuf nuits avant de déclarer : "La Terre sera affamée tant que je n'aurai pas retrouvé ma fille." - Helios, le soleil, décida alors de révéler à Déméter où se trouvait sa fille. La déesse alla aux enfers la chercher mais Hades refusa de la lui rendre. L'affaire est portée devant Zeus. Celui-ci constate que sa fille a mangé sept pépins de grenade chez Hades, cela suffit à la lier à tout jamais aux Enfers. Cependant, pour satisfaire sa soeur Déméter, Zeus décida d'un compromis. La jeune fille passerait six mois de l'année aux Enfers (périodes automnale et hivernale) aux côtés de son époux et six autres mois de l'année auprès de sa mère (périodes printanière et estivale).

 

6) Menades/Bacchantes : des "femmes possédées" ou "inspirées". Les Bacchantes sont les femmes de Bacchus. Elles composent son cortège. En état d'ivresse, elles célébrent son culte en chantant, dansant et en jouant des instruments de musique, dans la montagne. Vêtues de peaux de faon ou de panthère, elles tiennent à la main le thyrse (bâton surmonté d'une pomme de pin). Elles se couronnent la tête de lierre ou de feuilles de chêne, brandissent parfois des torches, des serpents et des grappes de raisin. Impolies de nature, elles sont dotées d'une grande force physique. Force qui les rend capables de déchirer les bêtes sauvages avant de les dévorer. Les Menades d'Asie accompagneront Dionysos durant sa marche triomphale de Lydie jusqu'en Grèce. Les femmes grecques se joignent au cortège, malgré le dégout de leurs maris. Penthée de Thèbes, successeur du roi Cadmos, sera déchiqueté par sa propre mère et ses propres soeurs pour avoir espionné les Ménades. 

 

7) Noces : Les fêtes de mariages durent en Kabylie trois jours. C'est durant la nuit du deuxième jour qu'a lieu la nuit de noces, durant laquelle les nouveaux mariés font l'amour. Après que le nouveau marié a pris la virginité de sa fiancée, il sort de la maison avec un panier "taḍelaεt" ou "taculiṭ" pour retrouver ses amis, qui l'attendent dehors, pour leur distribuer le contenu du panier, où l'on trouve des petites douceurs, des petits gâteaux et des figues : des figues fraîches en été et des seches en d'autres saisons. 

Taḍelaεt/Le panier revient aussi dans une autre tradition aujourd'hui disparue. Jadis, quand un cortège, accompagnant une nouvelle mariée, traversait un village tiers pour rejoindre le village du fiancée, il s'acquittait d'une somme d'argent,  une espèce de droit de passage ou de taxe douanière qu'on appelle taḍelaεt. 

A Cyrène, en Libye, le figuier est considéré comme l'arbre de Dionysos et on l'appelait Skyres (de Silkon : figue) Tiskert/Tiskar : figuier(S) en kabyle. Le figuier est aussi l'arbre d’Héra, protectrice des mariages. Aux Panathénées, fêtes en l'honneur d'Athéna, les Canéphores portaient des colliers de figues sèches. Puis, dans les cortèges d'offrande à Dionysos, décrit par Plutarque, ils portaient une cruche de vin, une feuille de vigne, une corbeille de figues et un phallus." 

Chez les Kabyles, quand un membre d'une famille est atteint d'une maladie incurable, sa famille offre un figuier à dieu pour qu'il le guérisse. Yefka tanuqlett i ṛebbi akken ad d-yecfeε amuḍin/Il a offert un figuier à dieu pour qu'il rachète le malade." (Pratique diparue de nos jours)

 

Remarque : Les Romains placent souvent dans leur jardins des statues grossières en bois (hermai) de figuier, peintes de vermillon, représentant Priape, divinité au sexe en érection, pour servir d'épouvantail.

On pourrait aussi penser que le nom de la figue en kabyle, bexsis, trouverait ses racines soit dans le mot latin ficus qui a donné le figuier, soit et c’est l’hypothèse qui a notre préférence, de Bacchus.

On peut émettre la supposition que le terme arabe générique lexrif, qui désigne les figues, pourrait lui aussi venir d’un étymon grec, karpon, qui signifie le fruit (de tout arbre). Mais cette hypothèse restera invérifiable tant qu’il n’y aura pas de dictionnaire étymologique arabe.

 

Note supplémentaire

De nombreux exégètes bibliques estiment avec force arguments que l’arbre de la connaissance dont il est question dans la Genèse, serait en réalité un figuier, et que l’assimilation à la «pomme» n’est que le fait d’une mauvaise traduction de la vulgate latine, qui a transcrit le mot «malon» (fruit) de la traduction des Septante, par le mot «malum» , en latin « la pomme».

Il est intéressant de noter que toute cette scène biblique pourraît être lue d’un point de vue dionysiaque, si l’on peut dire. Le figuier, comme le serpent sont des attributs de Dionysos, dans le culte qui lui est rendu par les Bacchantes. 

 

8) Aεarus, a bu beṛnus : texte recueilli par le poète Essaid AIT MAAMAR auprès de ses proches parentes, du côté de Michelet. 

 

9) Ri : Aimer, désirer, ce verbe a petit à petit cédé sa place au verbe Ḥemmel, qui veut dire supporter"Ḥemmleγ-k" : "je te supporte".

 

10) Pan : dieu de la nature, des bergers et des troupeaux, toujours riant et de joyeuse humeur, chantant et dansant. C'est lui qui a créé le syrinx, instrument de musique, en souvenir de la nymphe Syrinx. Instrument qu'on appelle aujourd'hui Flûte de Pan.

 

11) Priape : dieu lithyphallique, divinité de la fertilité, protecteur des jardins et des troupeaux. On reconnait Priape par son gigantesque pénis constamment en érection. Cette particularité a donné son nom au terme médical priapisme.

 

12) Allah :   "Pour l'heure, nous devons nous contenter de la singuralité apparue dans une tribu nomade du Moyen Orient, en milieu syro-cananéen, quand une troupe de pasteurs s'est mise à croire, entre deux campements, que son Elohim, son petit dieu "national", voulait être adoré comme le Seul Elohim, qu'il s'appelait Yahvé et qu'il avait décidé de mettre à part les "fils d'Israël" pour en faire son "peuple élu". (Extrait de l'article de M. Détienne "A la découverte des polythéismes" - Le Monde diplomatique de janvier 2011 - Article que vous pouvez lire sur le site Mara Nostrum Tifin Editions.)

 

13)  Génie(s) : Outre les divinités tutélaires, désignées par les noms de Pénates et de Lares, les provinces, les villes, les campagnes, tous les lieux avaient leur génie protecteur. C'est l'équivalent de Aεessas/Iεessasen chez les Kabyles.

 

14) Nymphe(s) : Divinités féminines de la nature, d'une rare beauté, généralement considérées comme les filles de Zeus, les nymphes grecques peuplent la plupart des lieux : forêts et bois, montagnes et bocages, sources et rivières, vallées fertiles et grottes... C'est l'équivalent de Taṛuḥanit/Tiṛuḥaniyin qui peuplent les champs de Kabylie.  On dit que beaucoup d'hommes se sont mariés avec elles. Ces derniers passent tout leur temps  dans les champs.

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