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Nous avons déjà remarqué que dans le mythe d’Anzar, tel qu’il est rapporté par Genevois, le dialogue entre le dieu Anzar et la jeune fille ne souffre d'aucune ambiguité. Le dieu n’y va pas par quatre chemins pour manifester son désir sexuel. "Ffek-iyi akejjuḍ m-fkan/Donne-moi le trésor qui est tien." - Akejjuḍ signifie clairement le sexe de la fille. Quant à celle-ci, elle reste, dans sa réponse, hésitante, malgré son envie de s'offrir. Elle dissimule cette envie dans une pudeur, chère aux Kabyles, de fille de bonne famille,  tout en encourageant la divinité à la forcer. Et elle justifie son désir en devoir, voire en sacrifice : "Ay Anẓar, ay agellid uzaγar, asif err-as lεinṣer, ṛuḥ-ed ad d-terreḍ ttaṛ/Ô Anzar, laisse à nous couler la rivière, et viens prendre ta revanche." 

Nous constatons que l'invitation de la jeune fille n'est pas aussi directe que la sollicitation d'Anzar.  C'est le jeu du mâle qui propose et de la femme qui dispose. Jeu conventionnel qui conforte l'idée que se font les religions monothéistes de la femme : celle-ci ne doit pas s'offrir à l'homme par désir, mais pour procréer.  Voilà ce qui justifierait le timide et hésitant assentiment de la jeune fille à la demande d'Anzar aux yeux des Kabyles.

Quoique le désir sexuel du dieu et de la jeune fille se manifeste dans la description qu'ils se font l'un de l'autre - Anzar la comparant à une étoile brillante; et la jeune femme, l’assimilant à la floraison des prairies -  et quoiqu’il y ait à l'évidence une attirance sexuelle, l'union charnelle ne peut néanmoins se réaliser sans cérémonie sacrificielle. Même quand le gendre s'appelle Anzar, il doit avoir le consentement de ses subordonnés, du groupe.

 

Quant au rite, exclusivement féminin, durant lequel les femmes organisent les noces d'une mortelle avec un dieu, elles en font un jeu de représentation narrative, où elles invitent la divinité Anzar à intervenir pour partager avec l'une d'entre elles les joies charnelles. Joies qui permettront à nouveau à la terre de verdir et aux femmes de donner vie. 

 

Le rite d'Anzar apparaît donc comme une marche nuptiale rythmeée de chants et de vers évoquant les mystères de la fécondité. Des vers du monde féminin, codés et imagés, peu accessibles aux hommes. Un monde hermétique où la terre se confond avec le corps de la femme et vice et versa.

 

"Ay Anẓar, aγenja yekkaw,

Iγab uzegzaw.

Amγar yekna,

Isawel-as-d uẓekka.

Taεebbuṭ teqqur aya,

Ulac dakkiṛa.

Tislit γur-ek tεenna,

Ay Anẓar mi k-tebγa."

 

"Ô Anzar,  la louche est sèche,

Toute verdure a disparu.

Le vieillard est voûté par les ans,

La tombe l'appelle à elle.

Mon ventre est stérile

Et ne connait pas de progéniture.

Ta fiancée t'implore,

Ô Anzar, car elle te désire."   

 

La fiancée d'Anzar est représentée, dans notre rite, par Aγenja/La louche - (Représentation tardive). La jeune fille se plaint de manque de sexualité et se lamente de l'absence de jeunes et vigoureux géniteurs. Elle ne voit autour d'elle qu'un vieil homme agonisant, sans sève, qui ne peut ensemencer son ventre stérile.  Cela la pousse au désir et à la tentation d'une divinité. Seul un dieu est capable du miracle : celui de féconder des ventres et des terres stériles.

 

En s'offrant à la divinité, la jeune fille dit :

 

"Ssukkeγ-d tiṭ γef tmurt,

Udem-is yenneẓruref.

Iẓri deg iγzer yeqqur,

Isegmi n ddhus yekref.

Ay Anẓar, efk-aγ-d afus-ik,

Yaεni lğid aγ-yanef.

Sliγ i tmurt tettniẓif,

Bḥal ameğbus gi ṭṭiq.

Taylewt ur tettdum,

Kul ires la yettceqiq.

Uzneγ-ak-in, ay Anẓar,

Zdat-ek ay lliγ d aṛṛiq.

Yeqqur wemdun yettefwaṛ,

Yeqqel i iselman d aẓekka.

Yeqqim umeksa yendel,

Tura ṛγan akk ikusa.

Tajemmaεt texla telluẓ,

Tḥeṛs-iyi amzun d talafsa."

 

"Je regarde la terre,

La face en est dure et sèche.

Pas une goutte d'eau dans le ruisseau.

L'arbrisseau des vergers s'étiole,

Anzar, viens à notre secours,

Tu ne peux pas nous abandonner, ô noble,

J'entends le gémissement de la terre

Pareil à celui du prisonnier plein d'ennui.

Pas une goutte ne suinte des outres,

Le limon est rempli de crevasses.

Je me plie à ta volonté, ô Anzar,

Car devant toi je ne suis rien.

L'étang se vide et s'évapore,

Il devient le tombeau des poissons.

Le berger reste tout triste

Maintenant que l'herbe est flétrie.

Le filet à fourrage est vide, il a faim...

Il m'étreint comme ferait une hydre."

 

La jeune fille évoque la sécheresse de la terre, au visage atteint de dureté et d'aridité. Comme elle, la terre attend, toute nue, d'être fécondée. Les éléments de la nature évoqués font allusion aussi bien à la terre qu'au corps féminin. Les ruisseaux secs, les outres sèches, le limon rempli de crevasses, l'étang qui se vide et qui s'évapore, l'herbe flétrie... Tout fait penser au sexe féminin abandonné et négligé. Puis d'autres éléments encore renvoient au sexe masculin, atteint de troubles de l'érection, comme l'arbrisseau des vergers qui s'étiole, les poissons qui se meurent, le berger tout triste... 

Tout se dégrade en l'absence d'Eros. Les éléments de la nature ne sont plus attirés les uns par les autres. Les arbres se dénudent, les prairies jaunissent, les sols se rident... Quand dieu de l'amour se repose, les éléments de la nature s'éloignent les uns des autres. Il en va de même de l'homme et de la femme, ainsi que du Ciel et de la Terre.  Eros est la première divinité selon Hésiode, le seul qui a le pouvoir d'unir les corps, d’unir le féminin et le masculin pour que la vie et le temps apparaissent.

C'est dans une situation de disette, telle la sécheresse terrestre, que la Terre se tourne vers le Ciel, vers Anzar, dieu de la pluie, maître du liquide, le seul à pouvoir humidifier le limon crevassé; la main secourable apte à remettre de la sève dans les veines de l'arbrisseau des vergers, à redonner vie aux poissons, à reverdir l'herbe des champs, à réveiller la joie du berger, à dérider la face de la terre, à remplir à nouveau les outres sèches et faire couler les ruisseaux.      

 

Après que la jeune fille a fini de déclamer ces vers, un chœur de femmes, réunies dans le sanctuaire, entonne ce chant :  

 

"Ay Anẓar, a bu ssxay,

Yeqqel wasif d aqerqar.

Tasarutt attan γur-ek,

Ttxil-ek lli-d lεinṣer.

Lqaεa tceheq,

Gerr-as idim-ik deg uẓaṛ.

Ay Agellid, ay Anẓar,

Teγli tyemmatt n tmurt :

Fell-ak ay tuγ ṣṣbeṛ,

Akken tuγ lγiba n lqut.

Ččaṛ-d s tidi-k iγzeṛ,

Ad talli tudert zdat n lmut.

Ay Anẓar, a bu tezmert,

A win izzerεen leṛwaḥ.

Fell-asen kkes tamrart,

D keč i d ddwa n lğerḥ.

Tamurt ad ters am tegmert,

S tirza-k i tefṛeḥ"

Ay Anẓar, mmi-s uccacfal,

Tamεict-ik ger yetran."

Tajmilt ad tban inek,

Ma tefkiḍ-aγ-id aman,

Ay Anẓar, ay agellid,

Sser-ik ḥedd wer t-isεi.

Tuγeḍ taqcict am tyaqqutt,

Terna amzur d imleγwi.

Attan, eg-as afriwen,

Kecmet deg igenni, ṛuḥet.

Af m tlaba ṛqiqen,

I tenniḍ i wi fuden : Sswet !

 

"Ô Anzar au cœur généreux,

Le fleuve n'est plus que sable desséché.

La clef, c'est toi qui la possèdes,

De grâce, libère la source.

La terre agonise,

Injecte (ton) sang jusqu'en ses racines.

Ô Roi, Ô Anzar,

Notre mère la terre est sans force,

Elle patiente, elle compte sur toi,

Comme elle a accepté de toi le manque de nourriture.

Remplis la rivière de ta sueur,

Et la vie triomphera de la mort.

Ô Anzar, ô puissant,

Toi qui donnes la vie aux hommes,

Délivre-les de leurs liens,

Toi le remède des blessures. 

La terre attend, livrée comme une jument,

Toute à la joie de ta venue.

Ô Anzar, fils de Géant,

Toi qui vis parmi les étoiles.

Notre gratitude te sera acquise évidemment

Si tu nous donne de l'eau.

Ô Anzar, ô Roi,

Toi dont le charme est sans égal,

Tu as épousé une jeune fille, perle précieuse,

A la chevelure souple et lisse.

La voici, donne-lui des ailes,

Et foncez vers le ciel : allez,

A cause d'elle, parée de fine étoffe,

Tu peux dire aux assoiffés : buvez !"  

 

Le chœur renchérit, il continue l'invocation d'Anzar en chantant sa générosité. Il est le seul à posséder la clef de la fertilité et de la vie. Sans lui, tout se meurt. La nature et les humains. Mais après avoir qualifié le dieu de généreux et de puissant, le chœur lui a dévoilé la jeune fille, et voile cette promesse avec des accents de chantage. Le chœur semble rappeler à Anzar qu'il y a d'autres dieux, que s'il n'accède pas à la requête des hommes, la communauté a la possibilité d'une autre divinité.  Le chœur somme Anzar d'injecter son sang dans les racines de la terre et de sa fiancée, de remplir de sa sueur les rivières pour qu'à nouveau la vie triomphe de la mort.  Il le somme de rendre la vie aux hommes, de les délivrer des liens de l'impuissance et de la stérilité. 

Dans ces vers, la terre, comme la jeune fille, devient une jument. Une jument qui a soif, une jument en rut. Elle piaffe d'impatience d'être fécondée. Elle attend impatiemment la venue du dieu Anzar, Roi de la pluie, sous la forme d’un cheval. Le cheval Anzar, fils de Géant, le vigoureux étalon qui vit au ciel, parmi les étoiles. 

Invocation du Ciel et du cheval, le premier pour féconder la terre, comme autrefois Uranus couvrant Gaïa; et le second pour féconder la jument comme Poséidon(1) s'unissant avec Déméter(2), chez les Grecs. 

 

Le chœur, représentant la communauté villageoise, après qu'il a assuré le dieu Anzar de son charme sans égal et de sa gratitude, lui promet une jeune fille, belle telle une perle précieuse,  aux cheveux lisses et lui,  en échange, doit donner au village de l'eau. Il la lui présente toute nue et l'invite à la prendre et à l'emporter vers le ciel, vers l'orgasme, le plaisir suprême.  

Durant le rite, vers la fin de la cérémonie, quelques jeunes filles en âge d'être mariées, s’assemblent auprès de la fiancée, toujours nue, pour le jeu dit "Zerzari". Le jeu se pratique avec une balle de liège.  Elles se regroupent autour d'un endroit plat, non loin du sanctuaire. Munies chacune d'un bâton, elles se disputent la balle, jusqu'à ce que cette balle tombe dans le trou préparé pour la recevoir. Pendant ce temps, la fiancée répète :

 

"Nek d tmurt d takniwin,

Nuγ argaz ur nẓer,

Ur nεab, ur d tiεiqrin,

Maεni tasarutt di rza i tẓekkeṛ.

Iffan-nneγ qquṛen...

Ulac γaf ara d-nngin."

 

La terre et moi, sommes coépouses,

Nous avons épousé un homme sans l'avoir vu,

Nous ne sommes ni infirmes, ni stériles,

Mais la clé est bloquée dans la serrure.

Nos seins ne donnent pas de lait :

Comment du reste le pourraient-ils ?

 

La jeune fille se compare à la terre, elle se voit comme sa coépouse.  Elles se donnent toutes les deux, en même temps, à un dieu qu'elles ne peuvent voir. Bien que les deux épouses, la jeune fille et la terre, ne soient ni infirmes ni stériles, ni l'une ni  l'autre ne trouvent en l'homme le liquide fertilisant. Leurs seins ne pourraient donner de lait, fruits de la fertilité, nourriture des nouveaux nés. 

D'ailleurs comment le pourraient-elles s'il n'y pas fécondité, s’il n’y a pas d’acte fécondant ?

      

Le jeu continue, et lorsque la balle  pénétre dans le trou, la jeune promise dit :

 

"Ffkiγ afus γer zdat-i,

Tmugger-iyi-d … (ddunit).

Yuγal ar deffir,

Yufa-d d nekkini...

D iman-iw iyi-yeṭṭfen,

Ay Anẓar, ay agellid n lεali,

D taṛwiḥt-iw i yeεzizen,

Ma iceṛḍ-itt-id a tt-yawi."

 

"Je tends la main devant moi,

Je ne trouve que le vide.

Ma main cherche derrière moi,

Et ne trouve que moi même...

Ô Anzar, ô Roi très bon,

Ma vie m'est précieuse...

Mais s'il la veut qu'il la prenne !

 

De leur côté, les jeunes filles qui ont pris part au jeu, répondent en chœur :

 

"Neqḍa taγawsa,

Taryalt tuγ lmekna.

Agellid yers-d ar lqaεa,

Tislit tsebbeb teṛḍa.

Ay agellid, awi-d lehwa,

Annaγ tfud lqaεa,

Akken a d-tefk ṣṣaba,

Akkenni ad tefkem ddakiṛa."

 

"Nous avons atteint notre but,

La balle est à sa place.

Le Roi est descendu sur la terre :

La fiancée s'est soumise et l'a accepté.

Ô Roi, donne-nous de la pluie,

Tu le vois, notre terre est assoiffée.

Alors elle nous donnera bonne récolte,

Comme vous-même avez donné progéniture." 

 

Enfin prête, la jeune fille, contente de recevoir le fécondant, se soumet à lui. Elle s'unit à son corps invisible. Elle le sent en elle, mais sans pouvoir ni le voir ni le toucher.  

Pendant tout le temps de ces chants, les jeunes filles jouent à la balle et cherchent à la faire pénétrer dans le trou.  Quand la balle atteint le trou, l'acte sexuel est considéré comme consommé entre la jeune mortelle et le dieu Anzar. Après quoi le chœur des jeunes filles annoncent la fin des noces en attendant la récolte et la naissance de beaux enfants, progéniture d'Anzar.   

 

La poésie, exclusivement féminine, accompagnant le rite d'Anzar, est d'inspiration antique.  Les vers n'ont presque pas reçu d'influence extérieur, et ce malgré la présence de quelques mots d'origine étrangère. Cela est dû dans doute à son caractère de poème féminin. Il en va ainsi presque de toute la poésie féminine kabyle. 

Le texte rituel d'Anzar reste très païen dans sa façon de traiter le thème de la fertilité. Il évoque la relation charnelle entre la terre et le ciel, puis entre la femme et le dieu d'une façon solennelle, voire sacrée. Il est aussi païen dans sa manière de chanter le renouvellement et la régénération. Un véritable hymne à la vie. Peut-être voit-on là une survivance des chants prononcés en l’honneur de Déméter pendant les Mystères d’Eleusis.

 

Au contraire, la poésie rituelle masculine kabyle traditionnelle est complètement noyée dans le monothéisme musulman. Sa thématique ne porte que sur la souffrance, la fin du monde,  la laideur de l'existence, les affres de la tombe, les promesses et les châtiments de l'au-delà, en deux mots, le triomphe de la mort sur la vie.

 

Ces chœurs funéraires masculins nés dans les confréries musulmanes sont désormais de retour, encouragés et promus par l'Etat algérien. Ce qui n'est pas le cas des chœurs féminins, célébrant les différentes cérémonies laïques tels les mariages, les travaux des champs et autres activités. Les champs champêtres se dissipent au fur et à mesure que l'activité agricole se raréfie dans les villages. Quant aux chants rythmant les mariages, ils se font petit à petit remplacer par des galas de musique et des disques-jokey. 

Les villages kabyles, à l'ère de la mondialisation, ont aussi le droit de profiter eux de la technologie et ils ont raison de le faire. Les chœurs féminins anciens, comme beaucoup de choses traditionnelles, doivent s'adapter au nouveau  monde et se moderniser pour pouvoir exister. Mais pour ce faire, ces genres littéraires doivent avoir des institutions pour les protéger et les enseigner.  

Faute d'institutions, de cadres adéquats, ces chœurs vont disparaître comme ont disparu toutes les activités liées aux croyances méditerranéennes premières.  Aucune association, aucune volonté militante ne pourra résister à cela. La politique d'orientalisation, d'arabisation et d'islamisation de la Kabylie est plus que jamais menaçante.  Sinon pourquoi l'Etat algérien investirait-t-il dans les chœurs masculins funèbres et laisserait-il mourir les chœurs féminins ? Pourquoi encouragerait-il en Kabylie les rites mortuaires au détriment de ceux de la vie ? 

 

Cette politique, au grand dam des esprits laïcs, trouve un écho favorable dans la société kabyle, qui, dans sa majorité, pense que le vrai savoir est chez le religieux musulman. L'éternel missionnaire grassement payé par les tenants du pouvoir et dont la mission est d'asservir le Kabyle. Pour ce faire, le « clerc » religieux s'appuie sur son éternel allié, le feu de l'enfer, qu'il nourrit de tous bois et dont il décrit à qui veut ou ne veut pas l’entendre l’éternité. Sachant le Kabyle enclin à la culpabilité, il en fait un esprit colonisable à souhait. 

Le Kabyle influençable, faux athée ou croyant frustré, s'interdit les joies de la vie, et quand il se les permet, il le fait en pensant s'être détourné du droit chemin.  Il s'enivre en maudissant la boisson,  il se soigne le cœur en se plaignant des douleurs à la tête, il célèbre son ancêtre Dihya en embrassant le religion de son bourreau, il se dit homme libre en faisant tinter fièrement ses chaines de servitude. Il veut tout savoir sans étudier, il perpétue à son insu des traditions orientales en pensant faire la promotion de sa culture, il fantasme sur les belles femmes tout en épousant une laide de peur d’être cocu, il se méfie de la pensée du mécréant occidental tout en souhaitant vivre chez lui, il chante la mort tout en s'accrochant à sa triste vie... Enfin, il fait tout pour être malheureux. Comme tous les croyants musulmans, il croit aux miracles. Il répond inchallah à tout.  Même quand tu lui conseilles de guérir d’inchallah, il te répond :  Inchallah. 

Puis quand il se réveille et se retrouve, à nouveau, face à l'amère réalité qui est sienne, il se met à vociférer contre les Kabyles qui ont très tôt refusé leur servile condition, les mécréants qu’il a chassé, partis vivre ailleurs et qui de loin, lui rappellent sa servitude.  Et pour se venger d'eux, il les dénigre tout en disant du bien de ses oppresseurs. Il pense naïvement qu'en se dressant contre les idées des mécréants, Allah et son Etat, surtout son Etat, le prendront en pitié et le sortiront de sa misérable servitude.  Tel ce juif qui naïvement a voté pour Hitler en pensant se soustraire à la haine de celui-ci.

 

L’Etat algérien et ses alliés islamistes tentent ces dernières années de récupérer à travers leurs relais Kabyles, appelés Kabyles de service, le mouvement culturel  berbère, laïc jusque là.  L’Etat subventionne toutes les activités qui vont dans son sens, à savoir ré-islamiser la Kabylie, mais en kabyle cette fois-ci. Il utilise pour cela de nouveaux artistes et écrivains, acquis à sa cause ou corrompus, pour faire la promotion de la religion islamique. A titre d’exemple, nous avons entendu dernièrement sur les ondes d’une radio kabyle, qui émet à partir de Paris, la ville des lumières, un jeune chanteur qui, par calcul ou par bêtise, faisait la promotion de sa religion. Le jeune artiste s’érige en moraliste de service des plus zélés. Il dénonce dans ses chansons les mœurs dissolues de quelques rares mécréants à qui il impute tous les malheurs de son cher pays l’Algérie. Puis, dans son entretien avec l’animateur de cette radio, il tente ostensiblement un tour de philosophie, à savoir, qu’en ce moment il réfléchit sur une grande question qui est la suivante : «Qui est venu au monde en premier, l’Art ou l’Artiste ?» Bien sûr comme tout monothéiste musulman qui se respecte, il a, contrairement aux Historiens d’Art, la réponse toute faite. Il dit avec emphase que c’est l’Art qui est venu au monde en premier, car l’Art a été crée par Allah. 

Le drame c’est que personne n’a réagi à ce genre d’ineptie. Dès qu’Allah est dans la réponse, les auditeurs restent silencieux, à croire qu’Allah, pour les Kabyles, fait partie de leurs sacrées traditions incontestables et incontestées. Les quelques intervenants par téléphone qui ont appelé à l’émission se disent contents d’entendre le jeune chanteur chanter en kabyle. Triste constat ! Comme si l’usage de la langue kabyle était plus important que ce que dit le texte! Est-ce réhausser la culture et la langue kabyles que de véhiculer des idées arriérées et obscurantistes? Nous nous le demandons. 

 

Voilà comment on éduque le Kabyle. On est bien loin des enseignements et des leçons de liberté  que le grand Lycurgue, roi des Spartiates, distillait à son peuple il y a des milliers d’années. (Voir, Discours de la servitude volontaire, de La Boétie

Les grands peuples sont ceux qui regardent leur réalité en face. Les Kabyles vivent dans une éternelle fuite en avant. Atteint de peste, ils soigneraient le choléra. Ils aiment à entretenir tout ce qui leur fait mal pour pouvoir se montrer victimes et culpabiliser en même temps les artistes engagés, les intellectuels lecteurs de romans pervers qui essayent de leur ouvrir les yeux, mais jamais ils nen s’attaquent à ceux qui les maintiennent dans l'ignorance et la haine de la vie.  Ils ont intériorisé tout ce que leurs ennemis pensent d'eux, à savoir que les Kabyles sont incapables d'avoir un Etat,  qu'ils sont incapables de s'entendre, qu'ils sont incapables de s'unir,  qu'ils sont indignes de confiance, qu'ils méritent tout ce qui leur arrive car ils ne sont pas de bons croyants, qu’ils sont enclin au fratricide." - Pauvres de nous, on oublie que l'empire romain, le plus grand que l'Histoire n'ait jamais connu, est bâti sur un fratricide.    

 

 

Pour conclure, nous vous proposons une fable. Une fable qui illustre parfaitement notre propos : Un père de famille, à l'approche de la fête du mouton, s'acheta un agneau qu'il ramena chez lui. Les membres de sa famille, trouvant la bête si belle et si intelligente, s'entichèrent d'elle et l'adoptèrent en attendant le grand jour. L'agneau, de son côté, content de son sort, se laissa adopter : il se baladait avec eux, dormait dans un lit, mangeait à table en leur compagnie... Il trouvait sa nouvelle vie si agréable qu'il en oubliait jusqu'à ses origines et sa condition animale. 

A une semaine de la fête susdite, alors que le pauvre agneau déjeunait à table avec les membres de sa nouvelle famille, il prit la parole et dit : " La grande fête est pour bientôt, dites, vous avez pensé à acheter un mouton ?"    

 

 

Notes

 

1) Poséidon : comme ses frères et sœurs, Poséidon, dieu de la mer, fut à sa naissance avalé par le Titan ou Géant Chronos. Son épouse légitime est Amphitrite avec laquelle il a eu Triton.  Mais il s'unit à quantité d'autres femmes et sa progéniture est innombrable. De Gaïa, la terre, il eut Antée. Il s'unit aussi à Déméter sous la forme d'un cheval, alors qu'elle avait tenté de lui échapper en se changeant en jument.  Suite à quoi, Déméter mit au monde le cheval Aréion et une fille. Il posséda aussi Méduse qui donna naissance au cheval ailé Pégase(a).   

 

1/a) Pégase : du grec ancien Pégê,  "de la source" ou "source jaillissante".

 

Pégase est un cheval ailé de couleur blanche immaculée.

 

Sous l'ordre de Poséidon, Pégase faisait jaillir d'un coup de sabot des sources d'eau. C'est lui qui est à l'origine de la source d'Hippocrène "Source du cheval".   

 

En psychanalyse, selon Carl Gustave Jung, la figure du pénis ailé est un archétype très ancien. La figure de Pégase est en relation avec la libido. L'un des patients du psychanalyste Wilhelm Stekel dit que Pégase était aussi le surnom que sa femme donnait à son pénis, et que lorsqu'il n'avait pas d'érection, celle-ci lui disait "Pégase a perdu ses ailes."

 

1/b : Ismail Kadaré, écrivain albanais, raconte dans son roman Les tambours de la pluie, que quand l'armée ottomane tenait le siège de la citadelle Skanderberg, pour assoiffer ses habitants, cachés derrière les murailles, les Ottomans ont fait appel à des chevaux assoiffés pour trouver les conduites d'eau souterraines qui approvisionnaient la citadelle. 

 

2) Déméter : Le nom Déméter dérive de Gé Métêr/Terre-Mère, fille de Cronos et Rhéa, était la déesse grecque de l'agriculture et des moissons. C'est elle qui facilitait la germination et la pousse des plantes. Elle représentait la terre cultivée et féconde. Gaïa et Rhéa, quant à elle,  personnifiaient la Terre en tant que mater.  

Déméter fait partie des Olympiens même si elle préférait résider à Eleusis au contact des hommes et de la terre.

       La base de l'économie grecque reposait principalement sur la culture des céréales, d'orge et de blé; c'est pourquoi elle était particulièrement vénérée en assurant l'abondance et l’épanouissement des cités. 

La truie, le bélier, la grue et la tourterelle ainsi que la couronne d'épis de blé, le flambeau et la gerbe de blé(a) sont ses attributs.

Déméter fut assimilée par les Romains sous le nom de Cérès qui était une divinité latine très ancienne associée aux moissons.

Déméter en tant que déesse de la terre avait aussi un caractère Chtonien qui fut par la suite dévolu à sa fille Perséphone, déesse des enfers.

Sa beauté sévère lui attira quelques prétendants auxquels elle tenta de résister.  Elle se refusa à Zeus, qui malgré tout arriva à ses fins et la rendit mère de Perséphone.  Puis elle résista aussi à Poséidon.  Un jour, alors qu'elle était en Arcadie, Poséidon la convoita, mais elle se transforma en cavale et se mêla aux juments du roi Oncos. Cependant il en fallut plus pour décourager le maître des eaux qui à son tour prit la forme d'un fougueux étalon et la rendit mère du cheval Arion.  Ils eurent aussi une fille que l'on connait seulement sous le nom de Despoina ou Despina, "la maîtresse", car son nom réel n'était révélé qu'aux seuls initiés des Mystères d'Eleusis.

Le culte de Déméter est basé sur le rythme des saisons; il est à la source des Mystères d'Eleusis. Le secret des ses Mystères était bien gardé et son dévoilement était puni de la peine de mort. Ses temples appelés Mégara se trouvaient souvent dans la forêt. 

Déméter était aussi particulièrement vénérée par les femmes. Lors des Thesmophories à Athènes, cérémonie qui reçut son nom de l'épithète de la déesse "Thesmophoros" traduit en latin "Légifera/Législatrice" et qui était réservée aux femmes : celles-ci rendaient un culte à la fertilité aussi bien pour elles-mêmes que pour la cité.

Les Phigaliens adoraient une Déméter à tête et crinière de jument(a), entourée de dragons et de serpents. Cette statue ayant été incendiée par accident, les Phigaliens oublièrent le culte de la déesse, qui s'en vengea par une grande sécheresse.    

 

2a) Sur le revers de la pièce de monnaie africaine de l'empereur Hadrien, figure la déesse Tifrit/Afrika.  Dans son Histoire de la Nature, Pline disait : "En Afrique romaine personne n'entretient rien sans avoir, au préalable, évoqué Afrika."

La déesse Africa est représentée coiffée de la dépouille d'un éléphant, tenant une corne d'abondance, devant un mudius* de blé.  On la trouve sur le revers de certaines pièces de monnaie, sur les pierres gravées ainsi que sur certaines mosaïques d'Afrique romaine (Voir Trysdrus). A Timgad, Afrika était la déesse principale de l'Aqua Septimiana Felix où elle était adorée en tant que Dea Patria (Déesse de la patrie)

Tifrit, mot berbère, féminin d'Ifri, grotte. Déesse chtocnnienne*, d'où probablement le mot Afrika (mot romanisé), qui par la suite, a donné Afrique*. Elle serait d'après ses attributs, corne d'abondance et medius de blé, l'équivalent de Déméter chez les Grecs et de Cérès chez les Romains. Quoique selon Robert Graves, dans son ouvrage "Mythes grecs" la déesse Déméter soit d'origine libyenne.  

En Kabylie, beaucoup de Kabyles continuent de jurer par Tifrit**: "Aḥeq Tifrit !/Je jure par Tifrit". Une survivance sans doute antique.  

 

*Afrique : Ironie de l’Histoire, aujourd’hui tout le continent africain s’appelle Afrique sauf l’Afrique du Nord.    

 

**Déesses chtoniennes, du grec Khthon/Terre, des divinités anciennes qui se réfèrent à la terre.  

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