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veronese persee-andromede_rennes400

Dans le rite d'Anzar, quand les femmes dénudent la jeune fille,  elle s'enveloppe d'un filet à fourrage qu'elle  compare, dans son invocation, à l'hydre. Une hydre qui a faim et qui revendique sans doute sa part de sacrifice.

Invocation qui sonne comme un appel au secours, un cri de détresse,  un recours à dieu Anzar pour arracher la jeune fille des tentacules de l'hydre : la bête hideuse qui détruit le pays en assèchant les terres et en mangeant la chair humaine.  

Dans notre mythe, la jeune fille, ravie par Anzar, ne serait-elle pas d'abord destinée à l'hydre, certes absente dans le mythe, mais représentée dans le rite sous la forme d'un filet à fourrage ? Pourquoi dans son invocation, la jeune fille prononce-t-elle ces paroles  : Tajemmaεt texla telluẓ, tḥeṛs-iyi amzun d talafsa/Le filet à fourrage est vide, il a faim... Il m'étreint comme ferait une hydre ? Pourquoi cette comparaison ?  Anzar ne serait--il pas venu au secours de la jeune fille comme l'a fait Poséidon contre le satyre, dans le mythe d'Amymoné ? Le filet à fourrage ne serait-il pas la reproduction théâtrale de la véritable hydre du mythe ? 

 

Toutefois un monstre similaire, envoyé par Poséidon, dieu de la mer, surgit des profondeurs des mers, provoque des inondations en Ethiopie, et refuse de se calmer  jusqu'à ce que le roi Céphée et la reine Cassiopé lui offrent leur fille Andromède(1). Celle-ci fut donc attachée nue - nue comme la jeune fille déstinée à Anzar -, à un rocher sur la côte d'Ethiopie. Persée, qui revenait de sa victoire sur la Gorgone Méduse,  pétrifia le monstre marin avec le regard de celle-ci, et libéra la jeune fille qu'il épousa. 

 

Dans le mythe d'Andromède, l'enjeu évoqué est différent de celui d'Anzar et d'Amymoné. Dans le mythe d'Andromède, le fléau n'était pas la sécheresse, mais plutôt les inondations. Deux phénomènes, sécheresse et inondations,  provoquées par la même divinité, à savoir Poséidon, dieu de la mer.  Les trois mythes évoquent toutefois la même problématique :  l'eau.

 

L'eau : la vie. C'est ainsi chez tous les peuples de la terre.  C'est ainsi depuis la nuit des temps. Un homme qui a soif n'a nul besoin de livres sacrés pour savoir qu'il mourra s'il ne boit pas. De tout temps, l'homme a cherché à s'établir à côté des fleuves pour bâtir ses villes et développer son agriculture. C'est aussi le cas des Kabyles, pour qui l'eau est le premier élement vital.

 

Dans l'Histoire, les peuples ont toujours guerroyé pour l'eau. Toutes les frontières sont déterminées par les fleuves et les mers. 

Les hommes vouent un vrai culte à l'eau, notamment les Romains. Rome construite au bord du Tibre, regorge de fontaines et de monuments des eaux, célébrant les divinités de l'eau. Partout où l'empire est allé, il a transporté avec lui de l'eau dans des aqueducs,  merveilles architecturales aussi belles qu'utiles. 

Les villes construites par les Romains regorgent aussi de thermes et de fontaines. L'eau  tenait une place particulièrement grande dans la civilisation romaine. Chaque therme est une pièce architecturale et chaque fontaine est une oeuvre d'art.  

Partout dans leurs villes, nous voyons des bassins et des cours d'eau dédiés aux Nymphes, aux Néréides, aux Océanides, à Neptune et aux différentes divinités marines. Chaque fontaine est un véritable hymne à la nature.  Aujourd'hui, c'est dans toute l'Europe, héritière de la Rome antique, que nous voyons de belles fontaines. Chaque Etat rend hommage à ses sources en engageant pour leur construction de grands artistes et de grands architectes. Des fontaines, coulant en permanence, et qui résonnent comme des symphonies. Elles abreuvent généreusement les passants, qui après avoir bu, se rincent l'oeil des décors artistiques, ornant les flammes mouillées, allant de l'antique au surréalisme, en passant par le baroque, le roman, le gothique et le classique. 

 

De la présence romaine en Afrique du Nord, Tertullien écrit : "Sous nos yeux, le monde est chaque jour plus cultivé, mieux pourvu qu'autrefois. Désormais tout est accessible, tout est connu, tout est ouvert au commerce; les domaines les plus agréables ont fait oublier les forêts, les troupeaux ont mis en fuite les bêtes sauvages, les sables sont ensemencés, les pierres sont fertiles. Les marais sont assainis; il y a plus de villes qu'autrefois de cabanes. Les îles n'effraient plus, les rochers ne font plus peur : partout des maisons, partout du monde, partout un Etat, partout la vie." (Tertullien, De Amina, 30, 3 - Sur les effets de la présence romaine en Afrique du Nord)   

 

  Dans chaque village kabyle, il y a une fontaine.  Chaque fontaine a son gardien. Un gardien qui continue à veiller sur elle depuis la lointaine antiquité. Celui qui punit les voleurs et les destructeurs d'eau. Mais, malgé cela, nos fontaines demeurent sobres. Elles n'ont jamais vu de sculpteur ni d'architecte pour immortaliser ni ces vaillants gardiens, ni les nymphes des eaux ni les divinités de l'eau. L'eau, comme tout le reste :  arbres, herbe,  animaux... tente vaille que vaille de résister aux vents des sables. Les Kabyles vivent dans leurs villages avec la nostalgie des exilés.  Ils vont même jusqu'à regretter le temps où ils vivaient parmi les  hydres, les ogres et les ogresses.

 

Les hydres, les ogres et les ogresses, comme les Kabyles, n'ont pas échappé eux non plus à la vindicte du monothéisme qui, dans toute circonstance. s'arroge le beau rôle de héros. Et pour illustration, en voici un exemple : 

Nous avons vu dernièrement un reportage sur une  chaine de télévision kabyle. La séquence se passait dans un village. On montrait parmi les habitants de ce village,  les hommes, après avoir égorgé un boeuf, se mettre à partager la viande et les femmes à chanter. Et comme à chaque grande occasion, le village délègue l'un de ses enfants pour  raconter l'histoire du village aux téléspectateurs. Nous voici donc devant un homme, religieux jusqu'à l'injure, qui, vient nous certifer qu'avant l'arrivée de son saint ancêtre, appelé Ali, au village, il y avait une hydre dans la fontaine qui retenait l'eau et qui exigeait des anciens habitants du village des sacrifices humains. Mais à peine son ancêtre arrivé, informé du fléau, il s'arma et tua l'hydre. Et depuis, la source n'a jamais tarie. 

Comme diraient les Italiens : "Bene trovato" :  Bien trouvé. Personne au village pour le contrarier. Tous derrière lui : étudiants, lycéens, collégiens, fonctionnaires...  Personne pour lui raconter Héraklès tuant l'hydre de Lerne. Personne pour lui raconter Apollon tuant le Python de Delphes afin d'avoir accès à la fontaine de Castalie au pied du Mont Parnasse. Non seulement notre érudit nous cherche des héros de l'orient, mais il les affuble des travaux d'Héraklès et des exploits d'Apollon. 

C'est une affaire de rhétorique. Notre religieux a plus de débit que tous les villageois réunis. Il récite l'histoire de son ancêtre comme un verset coranique. Rien ne peut l'arrêter, ni la science, ni l'Histoire. Personne ne peut rien contre la rhétorique monothéiste qui, comme dirait Nietzsche, affirme. Et en affirmant, sans rien prouver, notre religieux s'affirme. Tout s'énonce comme des verdicts dans le monothéisme, y compris l'Histoire. Toute l'histoire du village est phagocytée par la religion de notre télégénique fontaine à paroles: mythes, contes, chants, poésie, science, philosophie... 

  Le lendemain, en débattant dans un  café de ce grand moment de télévision kabyle, certains de nos amis, Kabyles et rationalistes, trouvaient l'intervention du religieux sans fondement. Ils disaient que ce genre de discours ne mérite même pas de réponse. C'est là où se trompent les intellectuels et les rationalistes kabyles, car c'est en laissant la parole à ce genre d'individu que la Kabylie sombre dans les ténèbres et l'ignorance. Ce religieux sait mieux que quiconque ce qu'il fait. En rappelant son histoire, non seulement il affirme qu'il n'est pas du village, mais encore, il réclame la plus grande part de viande. Après tout,  si le village avait de l'eau, c'était bel et bien grâce à son aïeul Ali. 

C'est le principe même de la publicité et de la pensée unique. La pensée unique ne convainc pas, elle pénétre. Répéter inlassablement un mensonge jusqu'à l'épuisement de l'auditeur, et il finira par y croire. N'est-ce pas le principe aussi du muezzin qui chante cinq fois par jour ? Aldous Huxley appellerait cela : La Remise en mémoire des pratiques locales (Voir Retour au meilleur des Mondes, d'Aldoux Huxley.) 

Le muezzin ne nous laisse aucun répi. Il nous rappelle notre condition de croyant en son dieu cinq fois par jour. 

Voilà comment agit l'Etat algérien. Pas de prise de parole des athées, des scientifiques, des artistes dignes de ce nom, des philosophes, enfin des gens raisonnables. La parole, en Algérie, est donnée officiellement à ceux qui savent semer la confusion dans les têtes, détruire la raison, folkloriser l'Histoire, minimiser l'art,  réduire la culture et diaboliser la politique, enfin, rendre toute discussion impossible et insipide.  Notre religieux est un spécialiste ; il ferait fuir même Socrate de l'agora.

Voilà comment gouvernent les Arabo-islamistes. Ils renient tout ce qui n'est pas sorti de leur dogme. Ils squattent tous les débats. Ils savent que parler n'est pas une affaire de vérité, mais plutôt  une affaire de savoir, non pas celui de bien parler, mais savoir parler pour ne rien dire, pour fatiguer l'adversaire et le pousser à fuir la discussion. A toute question, ils répondent avec des versets. Ils ont réponse à tout. Comment voulez-vous que les Berbères résistent à ces crues verbales quotidiennes ? Personne et rien ne peut résister à la mauvaise foi de ces répétiteurs de mensonges, ni la science, ni la politique, encore moins la philosophie.           

   

  Sinon, comment accepter qu'un homme venant d'ailleurs, de très loin, arrive dans un village kabyle, s'installe et se mette à traiter ses habitants de mécréants  ? De quelle droit le fait-il ? Qui lui a confié cette mission ? Au nom de quoi vient-il disqualifier la religion de l'autre ? Traiter les ancêtres de cet autre d'ignares et de mécréants ?  Quel droit lui permet d'affirmer que ses ancêtres sont mieux que ceux de l'autre ? Que Médine et Jerusalem sont plus sacrées que Bgayet et Athènes ? Tout cela s'appelle de la politique. Leur politique ; celle du jeu de la perversion.

Ce jeu n'est pas défini, ils te l'imposent, ils te le font jouer contre ton gré, et si tu n'acceptes pas les règles qu'eux-même ont fixées et qui changent selon les circonstances, des règles que tu ignores bien entendu, ils te menacent du pire. C'est sans doute la raison pour laquelle les Kabyles ont accepté de jouer à ce jeu de perversité, car à leurs yeux, il est peut-être le seul moyen d'éviter la guerre. Ils font semblant de croire à l'Histoire de leur adversaire, à se considérer des leurs et la soumission devient ainsi moins humiliante. De leur côté, même si un Kabyle ou un Berbère s'arabise et se réislamise réellemment, il n'est pas pour autant admis dans leur cercle sacré, il est considéré comme un Arabe et un Musulman de la dernière zone.  C'est la rançon à payer aux monothéistes musulmans, si tu veux être des leurs. Tu dois t'éffacer, oublier tes origines, ta langue, ta culture, renier tes ancêtres et tes parents, ton nom de famille.. pour qu'enfin, on daigne te laisser boire dans les fontaines libérée des tentacules de l'Hydre par leur valeureux ancêtres Ali, Slimane et consorts.

 

Où  est donc la différence entre l'hydre des fontaines, cet animal mythique qui donne de l'eau aux Kabyles contre le sacrifice d'une jeune fille vierge et l'Etat algérien, ce monstre froid, qui, de nos jours, la leur donne contre leur culture, leur langue, leur Histoire, leur âme ?

 

Mais que doivent faire les Kabyles et les Berbères contre cette hydre moderne, si ce n'est se souvenir d'Héraklès, le héros antique, qui dompte les monstres et rend les lieux sauvages habitables?  Le justicier qui terrasse les bêtes féroces et renversent les tyrans. Le fils de Jupiter qui change les cours des fleuves et pacifie les chemins.

Hérakles, le seul à pouvoir rhéabiliter l'Histoire ancienne, les valeurs anciennes, la philosophie ancienne qui consiste à former l'homme bon, l'homme universel, l'homme civilisé, l'honnête citoyen, le sage des cités, l'être libre, l'être vivant..., pas le bon croyant comme l'enseigne de nos jours certaines écoles.

Les Kabyles sont à la croisée des chemins, l'unique devise s'appliquant à eux, c'est renaitre ou disparaître. Et la renaissance ne connait  qu'un seul chemin, celui qui mène vers Athènes et Rome antiques. Sans la renaissance européenne, il n' y aurait pas aujourd'hui de monde libre. 

La renaissance kabyle a commencé avec  Vava Inouva d'Idir et de Ben Hamadouche. C'est l'acte de rupture avec l'ordre ancien, l'acte d'Etat civil de la culture kabyle, l'acte fondateur de la nouvelle Kabylie, voire de la nouvelle Afrique du Nord. 

Vava Inouva, la voix païenne, l'appel d'un ancêtre reclu dans sa tour, loin des humains, que le monstre continue de guetter. Mais son histoire est désormais connu, a fait le tour du monde, et le monstre est démasqué. Le monstre qui malgré cela continue de saliver à l'idée de manger le vieil homme, la mémoire du passé, mais porteuse d'avenir, de progrès et du renouveau. Une lueur guidant les enfants des Premiers Parents du Monde de l'univers souterrain vers la lumière du soleil (Voir Les Premiers Parents du Monde, Frobenius.) 

Vava Inouva,  un chant venant des fonds des âges,  de l'origine du monde, qui a traversé des siècles jusqu'à trouver résonance dans les cordes vocales d'un moderne, à la voix vibrante et émoouvante. Le chant a apporté avec lui des parfums païens, des souvenirs enfouis dans les eaux profondes de la méditerranée antique.  La voix du père Inouva, père de la patrie, emprisonné  et encerclé par les ogres. 

Vava Inouva, oeuvre refondatrice, la perspective kabyle, le chemin qui mène à l'art, dont la fonction créatrice est d'ouvrir de nouveaux horizons culturels et civilisateurs. Vava Inouva, vecteur de modernité et base d'envol vers la conquête des savoirs.  Du renouveau qui a tiré les Kabyles de leur torpeur folkloriste dans laquelle le monstre de la forêt les a enfermés, dans les entrailles de Cronos, depuis des lustres. 

     

Vava Inouva, la voix antique, la voix de la liberté. Celle du retour aux fondamentaux méditeranéens, hautement stylisés par le classicisme grec et la renaissance italienne. Périodes qui ont réinventé l'homme, la beauté artistique et l'organisation des cités. A quand Anẓar en sculpture ? A quand Tislit n Wanẓar/la fiancée d'Anzar en peinture ? A quand tafunast igujilen/la vache des orphelins en symphonie ? A quand Vava Inouva en tragédie ? A quand Awaγzniw en bande dessinée ? A quand Tteryel/ogresse et talafsa/hydre en film ?  A quand Izlan/choeurs en Opéra ?

Les Kabyles doivent réinventer leur culture, détruire le socle de la sous-culture arabo-musulmane, revenir aux valeurs d'origine comme ont fait les Européens au trecento, le siècle qui les a vus renaître et quitter définitivement les ténèbres et l'obscurantisme du Moyen Âge.  

Beaucoup de Kabyles se lamentent aujourd'hui de la disparition des chants champêtres, des chants des fêtes, des contes,  et autres légendes. Ils le rappellent chaque jour, à les entendre, il ne suffit que de les évoquer pour les revoir tomber du ciel comme des lucioles. Puis, d'autres, amateurs des arts universels, jugent dépassée l'ancienne culture kabyle et ne jurent que par  l'art moderne. Les premiers, dans leur sincère naïveté, créent des associations culturelles dans l'espoir de sauver la culture, puis voyant celles-ci en agonie, ils se mettent à créer des fédérations pour sauver les associations. Quant aux seconds, amateurs des arts modernes,  ils oublient que tout vient des premiers humains et depuis, l'homme n'a fait que développer les arts de ses prédécesseurs. Sinon Cillini ferait-il Persée s'il avait jugé l'histoire de ce héros dépassée ?  Titien peindrait-il Vénus s'il avait pensé que la déesse n'est qu'un mythe sorti de l'imagination des anciens ? Wagner composerait-il le crépuscule des dieux s'il avait pensé que Hésiode n'était qu'un gardien de brebis ? Maria Callas porterait-elle l'Opéra aux nues si elle ne s'était pas inspirée des choeurs tragiques de l'ancienne Grèce ? Freud recourerait-il à l'histoire d'Oedipe s'il pensait que celui-ci n'était qu'un pervers doublé d'assassin ?  Idir interprêterait-il Vava Inouva s'il pensait que c'est un conte de vieilles femmes ?

 

Depuis la renaissance,  les Européens n'ont cessé de revisiter et d'approfondir les anciens thèmes. Chaque siècle a eu ses artistes, chaque artiste a tenté de recréer l'oeuvre de ses pères. "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme." dixit Lavoisier, qui en disant cela ne faisait que reprendre ce que les Anciens attribuaient à Democrite. Voila le secret.

 

La Kabylie ne peut espérer développer sa culture à travers le bénévolat et les associations. La culture relève des Etats. Comment peut-on développer sa culture quand on sait que sa supposée "école" enseigne de la contre-culture ? 

 

Si la Kabylie avait sa propre école, celle répondant à ses besoins, les Kabyles ne dépendraient pas, aujourd'hui, des connaissances des vieux et des vieilles. La Kabylie aurait ses botanistes, ses biologistes, ses professeurs de chant et de danse... Tout  serait enseigné et appris dans les écoles.  Les villages n'ont pas  à perpétuer éternellement la culture, encore moins à la developper, bien au contraire. L'Europe compte moins sur ses personnes âgées que sur ses universités et ses laboratoires pour transmettre les savoirs. C'est le travail des Etats et de leurs institutions : écoles, ateliers, galeries, centres de recherches, centres de formations, bibliothèques, musées, etc.  Et pour ce faire, les Kabyles ne pourront faire durablement l'économie d'un Etat, qui est le seul capable d'assurer l'énorme tâche du developpement culturel ?

 

La condition de developpement des arts et de la culture est purement idéologique.  Elle n'est pas dans le travail et l'édition comme diraient certains défenseurs de la culture kabyle. La culture est une affaire politique et on ne peut la dissocier des enjeux civilisationnels. Et dans l'Algérie officielle, qui se veut arabe et musulmane, il n' y aura jamais de place pour les artistes et les hommes de culture kabyles. Dalaï Lama, représentant de la cause tibétaine, disait, à propos du grand frère et camarade Chinois : "Nous ne pouvons demander à celui qui souhaite notre anéantissement de préserver notre culture."    

 

 

 

 

Notes 

 

1) Mythe d'Andromède :  Cassiopé, femme du roi Céphée et reine d'Ethiopie, ayant proclamé que sa beauté était égale à celles des Néréides, s'était attiré la colère de Poséidon, qui pour se venger provoqua une inondation et envoya un monstre marin qui se mit à détruire hommes et bétails.

L'oracle d'Amon révéla qu'aucun répit ne serait possible tant que le roi ne livrerait pas sa fille au monstre. Celle-ci fut attachée nue à un rocher sur la côte. Persée, qui revenait de sa victoire sur la gorgone Méduse, trouva Andromède, tua le monstre, libéra la jeune fille et l'épousa.

 

2) Talafsa, l'hydre à sept têtes, detentrice de l'eau, maîtresse de la fontaine, cachée dans les profondeurs de son eau. Elle exige qu'on lui livre chaque année une jeune fille, sous peine de tarir la source qui abreuve la communauté villageoise. Dans les contes kabyles, le héros et la jeune fille victime y attendent la sortie de l'hydre, tandis que la jeune fille procède à une séance d'épouillement du héros(a) en tendre rituel de solidarité amoureuse. Le héros, la tête posée sur les genoux de sa compagne, s'endort, tandis que l'hydre sort de l'eau; alors, le jeune homme, réveillé par une larme que ne peut retenir la jeune fille, la délivre en tuant l'hydre. Puis il tranche successivement chacune de ses premières têtes tandis que l'hydre annonce à chaque fois : "Celle-ci n'était pas ma tête !", à quoi le jeune homme répond : "Celui-là n'était pas mon coup !" et ainsi de suite jusqu'à la septième tête, lorsque l'hydre dit enfin : "Celle-ci était ma tête ! " et que le héros répond : "Celui-ci était mon coup !" (Contes de femmes et d'ogresses en Kabylie par Camille Lacoste-Dujardin)    

 

2a) Apollon Sauroctone ou Apollon tueur de lézard. Statue de Praxitèle, faisant écho à l'assassinat de Python par Apollon dont voici le récit : Après un séjour d'un an chez les Hyperboréens, Apollon se dirige vers Pytho, une région de la source Castalie, dans une caverne du Mont Parnasse; là, il s'agit d'un monstrueux et terrifiant serpent symbolisant les puissances ténébreuses de la Terre, il massacrait les hommes et les animaux. Il avait été déjà envoyé  par Héra pour poursuivre sa mère Léto et l'empêcher  de trouver une terre tranquille pour accoucher. Apollon tue à l'aide de ses flèches Python et s'empare d'un vieux sanctuaire oraculaire détenu par Thémis et auparavant défendu par Pytho(b). 

 

b) Pytho prend le le nom de Delphes en souvenir de la métamorphose d'Apollon en dauphin pour dérouter un navire crétois et affecter ses passagers comme prêtres au service de son culte.

 

Note supplémentaire : on raconte, en Kabylie, qu'un jour, alors que les mécréants poursuivaient le prophète Mohamed pour le tuer, il se réfugia dans une grotte et une araignée vint tisser miraculeuseument une grande toile autour de la grotte qui le cacha. Devant la grotte, les mécréants tombèrent sur un lézard, qui se bronzait sur une pierre, et qui dit aux mécréants que le prophète est dans la grotte. Ils regardèrent à l'intérieur de celle-ci, mais ils ne voyaient que la toile de l'araignée.  

Le prophète, sain et sauf, en quittant la grotte, dit à ses disciples : "Celui qui tue sept lézards par jour, expose leur ventre au soleil, ira tout droit au paradis." - Il y a encore quelques années, les petits villageois, croyant à cette légende, se faisaient un malin plaisir à chasser du lézard.  

 

La figure d'Apollon sauroctone est celle d'un jeune adolescent s'apprêtant à tuer un lézard, animal vivant sous Terre, symbolisant les puissances ténèbres. 

Voilà sans doute la raison qui veut que seuls les jeunes garçons en Kabylie pratiquent la chasse aux lézards.  Peut-être est-ce là un vestige d’une sorte d’éphébie kabyle comme il y en eut à Athènes.

Tuer un lézard, puis exposer son ventre au soleil, n'est-ce pas une offrande à Apollon, l'astre solaire, dieu de la lumière?  

 

Idem, pour le corbeau, on raconte en Kabylie, que l'oiseau était à l'origine blanc, un jour, Allah lui confia deux sacs, l'un plein de poux et l'autre d'or et lui demanda de donner le premier aux mécréants et le second aux Musulmans. Le corbeau fit le contraire et Allah, pour le punir, lui noircit le plumage. 

La légende grecque, elle, raconte : Le corbeau, attribu d'Apollon,  était à l'origine blanc de plumage. Un jour que l'oiseau révéla à Apollon les infidélités de la nymphe Cronis,  enceinte d'Asclépios, fils d'Apollon, avec un mortel, Ishys, fils du roi d'Arcadie, Apollon, contrarié, punit l'oiseau qui   lui a transmis la nouvelle en teignant en noir ses plumes. (Trahison et vengeance divine, de Pindare.) 

 

Ces deux mythes méditerranéens sont antéislamiques. Comme tous les mythes, liés au paganisme, ils ont subi des transformations. Toujours dans le même but d'effacer toutes traces  du polythéisme dans la tête des Berbères.  Le christianisme a agi de même en Europe. Après la chute du polythéisme, le christianisme a diabolisé  le loup et l'ours, aimés et vénérés dans l'antiquité.

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