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            Durant la cérémonie de Timecreṭ, la femme est exclue. Son rôle ne commence qu'une fois le partage fait et que la viande est arrivée au foyer.  Timecreṭ est un rite sanglant et la mise à mort d'un boeuf met en perspective la virilité de l'homme kabyle, le seul capable d'attacher la bête, de la mettre à terre, de l'égorger, de la dépecer, de  la découper et de la partager. Le rôle de la femme, en dehors de la cuisine de la viande du sacrifice, peut aussi être celui de l'hydrophore, celle qui ramène de l'eau, la veille du sacrifice, vers le lieu de la mise à mort, si celui-ci est loin de la fontaine. Le même rôle était dévolu à la femme grecque antique durant les bouphonies d'Athènes, elle n'était là que pour apporter de l'eau sur le lieu du sacrifice. De l'eau pour laver les instruments du sacrifice, purifier la bête et laver éventuellement les viscères de la bête et le sang qui jonche l'autel ainsi que la place de l'égorgement. L'évènement necessite beaucoup d'eau et ce sont les femmes qui s'en chargent.

            Timecreṭ est l'occasion pour l'homme kabyle d'affirmer son pouvoir, ainsi que son rôle de citoyen politique dans le village.  Le sacrifice d'un boeuf est un acte fondateur des sociétés humaines, un acte qui imite le partage de Prométhée, et la séparation des hommes et des dieux. L'acte de Prométhée a signé la fin de l'âge d'or, période où les dieux et les hommes festoyaient ensemble à Mokéné; période où il n'existaient pas encore de femmes. Le sacrifice de Prométhée, comme Timecreṭ et les bouphonies, était exclusivement masculin. L'âge d'or était la période de l'insouciance, l'homme avait tout, la nature lui donnait tout ce dont il avait besoin, il n'avait qu'à se pencher pour cueillir la nourriture cuite par le soleil. L'homme, comme les dieux, était immortel, il ne connaissait pas la souffrance. Mais le partage de Prométhée, le père des hommes, a mis fin à ce privilège. Par sa fourberie, il a réveillé la colère de Zeus, le roi de l'Olympe, qui a décidé de punir sévèrement le Titan. Il lui en voulait d'avoir fait un mauvais partage : des os couverts de graisse pour les dieux et de la chair cachée sous la peau de la bête pour les hommes. 

            Dès que les hommes se séparèrent des dieux, Zeus mit fin à l'âge d'or. Il cacha sous les entrailles de la Terre la semence et obligea l’homme à la retourner pour chercher sa nourriture. Prométhée, pour aider ses enfants à trouver le trésor caché, monte à l'Olympe et déroba à Zeus le feu qu'il offrit aux hommes. Zeus, en colère, envoya sur Terre toutes sortes de maux : guerres, maladies, souffrances, mort, vol, espoir... que Prométhée, père de l'humanité, s'empressa d'enfermer dans une jarre qu'il confia à son frère jumeau Epiméthée. Il lui intima l'ordre de la cacher et de ne l'ouvrir sous aucun pretexte.

 

          

            Pour punir Prométhée, de sa tromperie, Zeus convoqua Héphaïstos, dieu des forges, et lui ordonna de créer la femme. Héphaïstos s'exécuta et créa la femme, du nom de Pandora, (tout cadeau ou cadeau de tous), que le maître de l'égide offrit en présent à Epiméthée (celui qui comprend les choses après), frère jumeau de Prométhée. Désirable, Epiméthée en tomba amoureux fou et l'emmèna chez lui. Le présent de Zeus, Pandora, formée par Hermès à l'art de la dissimulation, de la séduction et de la tromperie, ourdit son piège autour de sa victime de mari, à savoir Epiméthée, et finit par ouvrir la jarre. Tous les maux s'échappèrent de celle-ci, hormis l'espoir qui resta au fond du récipient. Prométhée (sachant les choses du futur), savait que cette castastrophe arriverait un jour, avait pris le soin, en enfermant les maux dans la jarre, d'enfermer avec eux l'espoir. 

 

            Les bouphonies d'Athènes et Timecreṭ kabyle ne sont peut-être que l'imitation de ce premier sacrifice prométhéen où le monde était peuplé exclusivement d'hommes. C'est le retour à l'âge d'or, jour de fête, pour les hommes qui communient avec les dieux en l'absence des femmes. Thème analogue developpé par le monothéisme dont l'âge d'or est le jardin d'Eden. Jardin que Adam, le premier homme, a quitté par la faute d'Eve, la  première femme.

            L'homme de l'âge d'or est né de l'argile, façonné à l'image des dieux par Prométhée, la déesse Athéna le dota d'une âme sous forme de papillon. L'homme est donc le fils de Prométhée, né pour vivre, comme son père, éternellement sans travailler. Mais après la tromperie du Titan duant le partage du boeuf de Mokéné, Zeus décide de punir les enfants du sacrificateur.  Il crée la femme du feu des forges d'Héphaïstos, un cadeau dorée, à qui les dieux ont appris des tours de ruse pour faire souffrir les hommes. Sortie des ateliers des dieux, créée dans le feu, Pandora porte en elle le feu de la séduction. Elle excite  Epiméthée, le côté sensible et faible de Prométhée, et l'oblige à quitter l'âge d'or, comme Eve a obligé Adam à quitter le paradis biblique.

            Portant le feu dans son sein, Pandora réveilla le désir sexuel chez Epiméthée. Désir de mort et de renouvellement. L'homme, quittant l'âge d'or, condamné à mourir, se voit dans l'obligation de se renouveler s'il ne veut pas disparaitre, et le renouvellement ne peut se faire qu'avec le cadeau empoisonné de Zeus, à savoir Pandora, son pire ennemi. Un ventre fécond qu'il se doit de nourrir pour lui donner des héritiers. L'homme, pour avoir des garçons, s'accouple avec le ventre de la femme, le monstre qu'il est conntraint de nourrir pour se perpétuer. La séduction, le désir de procréer, ont réveillé en l'homme l'instinct de survie et l'appétit de domination. Du moins est-ce ainsi qu’Hésiode présente le rôle de la femme.

            La femme méditerranéene n'est-elle pas victime du mythe d'Hésiode, qui l'a rendue responsable de la chute de l'homme ? Nous remarquons que dans toute la Méditerranée, de l'Athènes ancienne jusqu'en Kabylie, en passant par la Rome antique, la femme a subi les mêmes injustices de la part de l'homme méditerranéen : exclusion de la vie politique, des rites religieux sanglants, du marché, de l'armée et parfois même de l'héritage. La Kabylie, héritière de l'ancien système méditerranéen, continue encore de perpétuer cette tradition gréco-romaine antique. L'arabo-islamisme aidant, la situation de la femme kabyle demeure celle de sa voisine grecque et romaine de l'antiquité. Elle est toujours exclue de Timecreṭ, de l'assemblée du village et n'a pas droit à l'héritage. 

            Dans l'antiquité, la femme grecque et romaine n'ont jamais été l'égale de l'homme, elle se mariait juste pour donner des héritiers au mari. L'amour des hommes allait plutôt vers d'autres hommes, notamment des jeunes, comme l'attestent beaucoup de couples célèbres[1], à savoir Achille et Patrocle, Socrate et Alcibiade, Hadrien et Antinoüs et beaucoup d'autres. Certes des femmes ont réussi à émerger dans un monde antique très masculin, notamment Sappho, poètesse grecque; Hypatie, physicienne et philosophe ou Aspasie, maîtresse de Périclès, sans oublier certaines femmes romaines qui ont joué de grands rôles politiques dans les palais de l'Empire, telle Agrippine, la mère de Néron, qui tua son mari Claude l'empereur, pour propulser son fils sur le trône.

            Comme les sociétés grecques et romaines, la société kabyle a donné aussi naissance à des femmes exceptionnelles, mais leur courage et leur autorité n'ont pas libéré la femme kabyle pour autant.  Ni Fadhma N Soumer, guerrière; ni Lalla Khedidja, prêtresse n'ont réussi à investir l'assemblée villageoise ni changer certaines coutumes, exclusivement masculines. Sinon comment expliquer le cas de Fadhma N Soumer, chef militaire, mais exclue de l'assemblée des hommes ? 

 

            Mais le « gentil » homme athénien de l'époque antique a fait un effort en essayant de libérer la femme, mais celle-ci, traîtresse, a trouvé le moyen de lui jouer un autre mauvais tour. Après cela, il l'écarte définitivement de la place publique. On raconte "qu'avant Erichthonios[2], les femmes exerçaient le même pouvoir avec les hommes jusqu'au moment où elles en firent un si mauvais usage, en choisissant[3] Athéna au lieu de Poséidon." (Voir "La cuisine du sacrifice en pays grec" - Marcel Détienne)

            Cet effort, l'homme kabyle aussi, dans son souci d'égalité des sexes, a tenté dans les temps reculés de faire participer la femmes dans la gestion des affaires de la cité. Voici l'histoire qui rapporte l'évènement : un jour les hommes ont envoyé les femmes au marché et ils sont restés chez eux, dans leurs maisons, au village, pour s'occuper des enfants. Les femmes, arrivés au marché, au lieu de faire leurs emplettes et de revenir dans leurs foyers, les voilà qui se mettent à discuter et à caquetter sur tout et rien. Le marché a duré sept jours et sept nuits. Elles ne sont revenues à la maison qu'une fois que les hommes sont allés les chercher à coups de bâton. Ne dit-on pas en kabyle que "Anejmuε n tlawin ur iferru ara" ?/Le marché des femmes ne finit jamais.

 

            Mais c'était sans compter sur la ruse des femmes, qui, se voyant exclues de la vie politique de la cité, se détournent des dieux politiques et se reconvertissent à la religion de la Terre Gaïa et de Dionysos, dieu champêtre et apolitique. Comme leurs cultes étaient mal vus par les hommes, elles se mettent à les pratiquer la nuit. Ce que beaucoup d'hommes voyaient d’un mauvais oeil et qualifiaient de sorcelleries et de magies. Mais Dionysos, dieu champêtre, dieu de la fête et de l'orgie, était l'unique dieu à savoir aimer les femmes. Il recueille Ariane sur l'île de Naxos, fille du roi de Crête, abandonnée par Thésée[4] qu'elle a sauvé du Minotaure, et il l'aime en mari dévoué et sincère. Le couple Dionysos-Ariane devient un modèle de dévouement et de passion.

            Ainsi, les femmes d'Athènes, exclues du vote et de l'activité politique, mettent la main sur les Thesmophories[5], qu'elles fêtent annuellement sans les hommes. Les femmes kabyles aussi ont résisté à la religion et la croyance de l'homme kabyle. Comme les Athéniennes, durant le rite d'Anzar, elles chassent l'homme de la cité. 

 

Le mariage forcé

 

            Les mariages forcés ne manquent pas dans la mythologie grecque. Les dieux grecs ont toujours recouru au rapt pour se saisir des mortelles avec lesquelles ils se marient et font des enfants. Parfois ils leur font des enfants en tant qu'amants, comme dans le cas des amours de Zeus et d'Alcmène qui ont donné naissance à Héraclès; Zeus et Maïa, union d'où est issu Hermès; Zeus et Danaé sanctionnée par la naissance de Persée; puis Sémélé, Léda, Europe et Letho. Zeus s'unit avec toutes ces mortelles et  eut des enfants avec chacune d'elles. Ces activités de rapt lui ont valu la réputation de coureur de jupons et la méfiance de Héra, sa femme.

            Les héros aussi n'étaient pas en reste, n'est-ce pas le rapt d'Hélène par Pâris qui a provoqué la guerre et la chute de Troie ? Mais le rapt le plus édifiant, représentant le mariage forcé[6], qui continue encore à se pratiquer, notamment en Afrique du Nord, c'est l'enlèvement de Coré ou Perséphone (fille de Zeus et de sa soeur Déméter) par Hadès, dieu des Enfers. Perséphone est d'une rare beauté, et sa mère Déméter l'élève en secret en Sicile, son île favorite, où la jeune fille est en sécurité. Dans les bois d'Enna, Perséphone se divertit en compagnie des Océanides. Un jour, alors qu'elles sont occupées à cueillir des fleurs, Perséphone s'écarte du groupe, pour cueillir un narcisse. Remarquée par le puissant Hadès, son oncle, celui-ci en tombe amoureux et souhaite en faire sa reine. Il enlève la jeune fille dont le cri alerte sa mère, mais celle-ci arrive trop tard. Déméter part à la recherche de sa fille pendant neuf jours, avant de déclarer: "La terre sera affamée tant que je n'aurais pas retrouvé ma fille." Hélios, le soleil, décide alors de lui réveler la vérité. La déesse se rend aux Enfers pour la chercher, mais Hadès refuse de la lui rendre. Elle porte l'affaire devant Zeus, roi de l'Olympe, qui convoque les deux parties. Incapable de prendre une décision, il décide d'un compromis. Comme Perséphone a mangé sept pépins de grenade chez Hadès, elle est donc devenue par ce fait sa légitime; mais pour ne pas froisser Déméter, il rend ce verdict : la jeune fille doit rester six mois de l'année chez son mari et les six autres mois chez sa mère. Depuis, Perséphone, devenue reine des Enfers, passe l'automne et l'hiver sous-terre et le printemps et l'été sur terre avec sa mère. 

 

            Née de l'inceste, Perséphone, est, comme beaucoup de femmes issues de mariages consanguins, livrée à des parents agées. Ainsi la déesse est contrainte d'épouser son oncle Hadès. On entend souvent parler, en Kabylie et en Afrique du Nord en général, de ces mariages arrangés ou parfois issus de viols dont la fin ne diffère pas de celui de Coré.

            Le mariage de Perséphone symbolise la première séparation de la mère et de sa fille. Une séparation dramatique pour les deux femmes. Une mère qui laisse partir sa fille dans la maison d'un autre, et la fille qui change de foyer, qui, désormais, va habiter et vivre chez les autres. C'est la loi masculine qui veut cela, c'est Zeus lui-même, de son trône qui a décidé que sa fille passe sa vie aux Enfers, auprès de son mari, son frère et l'oncle de sa fille. Un mariage arrangé comme en voit jusqu'à nos jours dans beaucoup de sociétés. Pour la mère, pour la fille, l’enfer c’est les autres !

            La fille, triste de quitter sa mère et son île natale, accepte le marché sans rien dire. Zeus ne lui a même pas demandé son avis quant à ses noces avec le dieu des Enfers. Elle n'a pas le droit à la parole. Encore heureux que son père, pour ne pas froisser sa mère, la laisse vivre la moitié de l'année chez sa mère, au-dessus de la terre. Zeus a enterré sa fille dans les entrailles de la terre, en Enfer, comme ferait n'importe quel père kabyle. Ne dit-on pas en kabyle :"Taqcict nṭel kan/La fille, il faut l'enterrer", sans doute pas dans un linceul, mais dans une robe de mariée à n'importe quelle condition. Un père kabyle, comme Zeus, ne se soucie guère du bonheur de sa fille, l'essentiel est qu'elle trouve mari, un Hadès,  pour lequel elle fondera un foyer, même infernal et incestueux.

 

            Hadès, l'oncle kidnappeur, le violeur n'a pas froid aux yeux. Il refuse de restituer Perséphone à sa mère, sous pretexte qu'elle a mangé sept pépins de grenades chez lui. Quelle condition ! Sept pépins de grenades, ancêtre probablement de la dot, qu'un Kabyle donne à la famille de sa fiancée. Il épouse sa nièce après l'avoir violentée, prise contre son consentement et sa volonté. Hadès ne se soucie des désirs de celle-ci, seul compte le sien. Le dieu des Enfers n'a pas coeur à compter fleurettes même s'il a rapté sa belle au milieu d'un champ de narcisses. Perséphone se fait surprendre en cueillant un narcisse. Le narcisse se révèle  le dieu Hadès, qui se voit beau et puissant, qui s'aime au point de s'offrir la belle Perséphone. N'est-ce pas aussi l'attitude de certains hommes kabyles, qui sans demander l'avis de la fille qu'ils désirent, envoient leurs parents demander sa main. Gare à la fille qui refuse, Narcisse, se vexe, et passe de l'adoration de la fille au dénigrement : déesse à la demande et fille de rien au refus. L'homme kabyle a du mal à accepter le refus d'une femme. C'est Narcisse contrarié. Mais Hadès est puissant, il a défendu becs et ongles ses désirs devant le père de la fille, qui n'est d'autre que le puissant Zeus, roi de l'Olympe, l'immortel cosmocrator. Un fiancé méditerranéen éconduit est un Hadès en colère, un Hadès qui a échoué.

            Six mois chez son mari et six mois chez sa mère, Perséphone s'en est bien sortie car elle est fille de Déméter et de Zeus en personne. Il y a des filles qui n'ont pas cette chance, qui sont parfois condamnées à ne plus se rendre chez leurs mères. Des Hadès plus exigeants que le roi des Enfers lui-même.  

 

            Zeus est un père arrangeur, comme le père nord africain qui accepte de marier sa fille à son violeur, à son Hadès au casque invisible. Le petit dieu puissant qui viole et qui obtient gain de cause auprès des parents de la victime. La société nord africaine est souvent du côté des Hadès. Le manque de liberté et d'amour  ligote les vieilles filles[7] par la tradition et le monothéisme dégradant, alors elles rêvent secrètement de ce genre de rapt infernal qui parfois ne vient pas ? La même société qui les ligote et qui les blâme[8] quand elles se livrent pour le repos du guerrier djihadiste. Ces filles, pour la plupart ne cherchent pas à aller au paradis, elles veulent juste goûter au paradis charnel au moins une fois dans leur vie. Un paradis de quelques secondes qui finit souvent dans le remords et la culpabilité.

           

            Certes le mariage peut être un grand évènement, mais souvent la fille, même amoureuse, ne quitte pas le foyer de sa naissance pour vivre dans une maison étrangère avec gaieté de coeur. Pour résumer cela, nous vous laissons avec cette chanson d'un grand humaniste qui s'appelle Idir : Weltma/Ma Soeur que chaque kabyle doit méditer :

Weltma/Idir

 

Uh, a weltma

A m-iniγ lehduṛ qerḥen,

Yiwen ur kem-ibγa,

Asmi d-tlluleḍ i kem-ugaden

Kem d lbumba,

Ma tecḍeḍ ad xnunsen,

Wi llan si lğiha-m yuyes !

 

Leḥq-im yemḥa,

Id am-t-iččan d atmaten.

Tenziḍ s rrxa,

Ssuq fran-t yergazen.

Tekfa ṛeḥba,

Tefγeḍ axxam s leḥzen,

Wi llan si lğiha-m yuyes.

 

Ass n tmeγra,

Amek akken iγezifeḍ, a yiḍ !

Atan tura,

Tbedleḍ axxam f ur tebniḍ,

Terra tmara,

Ṭṭef imi-m ad hedren wiyiḍ,

Wi llan si lğiha-m yuyes.

 

Uh, a weltma,

Ziγen liḥala-m tettγiḍ,

Sεu dderya,

S lḥif ara ten-rebbiḍ,

Yebbwi-kem ṭṭmaε;

Di rebḥ-nnsen tettmeniḍ,

Aql-aγ si lgiha-m nuyes.

 

 

Ô ma soeur,

Je te dirai des paroles dures,

Personne ne t'a souhaitée,

Le jour de ta naissance tout le monde a eu peur,

Tu es une bombe,

Si tu glisses ils seront déshonorés,

Inquiet, qui est de ton côté !

 

Ton droit est ignoré,

Octroyé à tes frères.

Vendue pas chère,

Le marché est conclu par les hommes.

La place est vide,

T'as quitté la maison pleine de tristesse.

Inquiet, qui est de ton côté !

 

Le jour des noces,

Qu'est-ce que la nuit était longue !

Te voici maintenant

Tu t’es retrouvée dans une maison, sans le vouloir

Nécessité fait lois,

Ne dis rien, laisse les autres parler,

Inquiet, qui est de ton côté. 

 

Ô ma soeur,

Ta situation est à plaindre,

Fais des enfants,

Que tu éleveras dans le manque.

Attirée par l'espoir

De profiter de leur prospérité un jour.

Nous, de ton côté, sommes inquiets !

 

 



[1]  Ce genre de relations existaient même chez les dieux, à rappeler les couples Zeus-Ganymède, Apollon-Hyacinthe, Pélops-Poséidon. 

[2]  Dans la mythologie grecque, Erichthonios est le quatrième légendaire d'Athènes. Selon Homère, Erichthonios est le fils d'Héphaïstos et de la terre. Héphaïstos essaie de violer la déesse, le sperme se répand sur la cuisse de la déesse qui l'essuie avec de la laine qu'elle jette à terre. La terre, ainsi fécondée, donna naissance à Erichtonios. Athéna le recueillit et l'élèva. Selon d'autres auteurs, Erichtonios est un autochtone, enfant spontané de la terre. C'est Erichtonions lui-même, devenu roi d'Athènes, qui, selon la légende, y a établi le culte d'Athéna.  

[3]  Athéna et Poséidon se disputaient la cité dAthènes pour savoir qui serait choisi comme divinité poliade des Athéniens. Devant cette lutte acharnée, il fut décidé qu'un suffrage serait organisé parmi les habitants de la cité. Athéna et Poséidon faisaient campagne, chacun expliquait aux votants pourquoi ils devraient les choisir. Poséidon leur offrit un cheval et une source d'eau salée, et Athéna leur offrit un olivier. Les Athéniens votèrent et grâce aux femmes, Athéna a gagné. Contrarié, Poséidon lança sur la cité des calamités sans précédent : guerres, inondations, tremblements de terre, maladies... Ces fléaux ne s'arrêtèrent qu'au jour où les Athéniens décidèrent que les femmes n'auraient jamais plus le droit de voter.

[4]  Athènes vit un drame. Depuis la mort de son fils et sa victoire sur les Athéniens, Minos, roi de Crête, exige que de la cité vaincu qu'elle lui envoie chaque neuf ans un tribut de sept jeunes hommes et sept jeunes filles qu'il donne en pature au Minotaure (un monstre fabuleux avec la tête d'un homme et le corps d'un taureau). Thésée décide de mettre fin à cette injustice et se rend en Crête avec les jeunes victime afin de tuer le monstre. Thésée entre donc dans le labyrinthe, construit par Dédale, où vit le monstre, mais il le fait avec le concours d'Ariane, la fille de Minos, qui, amoureuse de lui, lui donne une pelote de fil pour lui permettre de retrouver la sortie. Thésée abat le monstre avec un glaive, ressort du labyrinthe grâce au fil d'Ariane et se sauve en mer avec ses compagnons, Ariane et sa soeur Phèdre. Arrivés à Naxos, Thésée oublie sur l'île Ariane endormie. Elle est alors recueillie par Dionysos dont l'amour est si puissant qu'il la console de la perte du héros infidèle.   

[5]  Les Thesmophories est une fête qui se déroulait en Grèce antique, en l'honneur de Déméter, la déesse de l'agriculture. Fête agraire où seules les femmes mariées participent. Car Déméter est la déesse qui a institué le mariage donc celle qui a donné un statut social aux femmes.

[6]  Les unions forcées existent aussi dans l'autre sens : Aphrodite-Adonis, Galatée et Acis. Ce genre d'union existe même dans la tradition kabyle : des hommes mariés avec Tiṛuḥaniyin/Les nymphes des champs et avec lesquelles ils ont même des enfants.

[7]  Il y a en Afrqiue du Nord des vielles filles qui meurent sans jamais connaître le plaisir charnel. N'est-ce pas un crime contre l'humanité ?

[8]  Un jour, dans une ville en Kabylie, un passant trouve un groupe d'hommes regroupé sur une place, ils regardaient dans un parking. Il damanda à l'un des curieux la raison de leur regroupement, et le curieux lui montre une femme en train de se soulager entre deux voitures. Ils la regardaient tout en disant qu'elle n'avait pas honte de se soulager en public. Des hommes libres de leurs mouvements, libres d'entrer dans les toilettes des cafés pour se soulager, mais personne pour se dire qu'une femme aussi a les mêmes besoins qu'un homme, que la ville doit créer des espaces publics pour elle pour qu'elle puisse, comme lui, s'amuser, manger, boire, lire son journal, discuter et faire ses besoins à sa guise. Non, pour eux, cette femme était  tout simplement une fille de rien qui n'a aucune morale. 

           

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