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            La viande de Timecreṭ est un bien commun, mis au centre, autour duquel se rassemble en cercle, la communauté villageoise pour le partage. Cette pratique vient de l'âge primitif, quand les hommes chasseurs mettaient leurs trophées au centre du groupe pour le partage. Toute communauté humaine, parfois même animale, comme celle des loups, procède de la même façon, après avoir tué une proie.

            Tous les villageois assistent au partage, tels les soldats d'une armée, rassemblés pour le partage du butin, enlevé à l'ennemi. Il en est ainsi de tous les groupes humains en association, même chez les brigands. La proie ou le butin mis au centre, chaque membre de la communauté assiste à sa distribution. Même s'il arrive aux chefs de ces communautés de prendre un surplus, cela s'obtient par consensus et l'accord de tout le monde.

            L'idée du partage a donc traversé toute l'histoire de l'humanité, notamment en ce qui concerne les trophées de la chasse, la viande du sacrifice, le butin de guerre ou de rapine. Le partage renforce la cohésion sociale et l'esprit de famille. Il consacre l'unité et permet le vivre-ensemble.

 

            Le partage a sans doute favorisé l'avènement des groupements humains, mais a-t-il facilité celui des cités ? Le partage de viande, des richesses et du butin mis en commun, ou au milieu du cercle, est un moment privilégié de vie collective. Dès qu'un vilain pille ce bien commun, c'est tout l'ordre social qui disparaît. Le partage, dans l'égalitarisme, a consacré les sociétés de pré-droit, c'est-à-dire des sociétés régies par des coutumes et des lois orales. Mais le droit, au sens moderne du terme, quand est-il né ? Qu'est-ce qui a facilité son avènement ?

 

 

Le butin de guerre et la parole dans les corps d'armée

 

            Le VIIIème siècle grec avant notre ère voit de nombreuses innovations, comme l'alphabet, le travail d’alliages comme le bronze ou l’airain, un essor démographique ou encore la naissance de la cité (Polis). La Polis est considérée à cette époque comme un État indépendant, au territoire (Chora) relativement réduit, centré sur une agglomération où siègent les organes de gouvernement et qui s'incarne dans la communauté des citoyens (Politai).

            Vers la fin du IXème siècle et au début du VIIIème, à l'époque géométrique   (-900 à -750) émerge une aristocratie[1] combattante. Une aristocratie de guerriers qui s'est imposée comme couche dominante en Grèce ancienne. C'est l'époque des tombes des guerriers, enterrés avec leurs armes. C'est le modèle de l'affrontement héroïque, qui repose sur le combat d'individus qui font preuve de courage et de force devant le reste de l'armée. C'est aussi l'époque de la colonisation grecque, la Grande Grèce allait de la Mer Noire jusqu'en Sicile en passant par l'Italie du Sud.

            Cette aristocratie se caractérise par la richesse; la détention du pouvoir politique mais aussi du pouvoir judiciaire : les aristocrates sont les seuls à connaître le droit qui est oral et non écrit. Ce sont eux aussi qui ont la main mise sur le pouvoir religieux : ils contrôlent les cultes de la cité. Tous les prêtres de cette époque appartiennent à une famille aristocratique.

 

 

Guerres et sociétés grecques à l'époque archaïque

 

            Entre -700 et -650 survient la réforme hoplitique, elle se traduit essentiellement par l'apparition des hoplites, fantassins lourdement armés. Les hoplites combattent dans une formation spécifique nommée la phalange. La phalange a ses propres valeurs : le patriotisme et la belle mort. On respecte la discipline du groupe et on fait preuve de courage. Les batailles hoplitiques ressemblent à ce que les Grecs appelaient un Agôn : une sorte de concours, d'épreuves sportives. Des concours sportifs qui se pratiquaient selon des règles que les participants devaient respecter. Les règles de ces jeux étaient aussi à l'origine de l'avènement du droit dans la cité grecque. À propos de ces jeux, Marcel Détienne écrit dans Les Maîtres de Vérité en pays grec : "Le droit émane lui-même de la vie des jeux."

            Faute d'armée, les Kabyles de l'époque moderne, dans leur prime enfance jouaient beaucoup. Ils pratiquaient en effet plusieurs jeux selon des règles et une discipline fixée. De l'enfance à l'adolescence, les garçons et les filles s'adonnent à des jeux où chacun accomplit son rôle avec beaucoup de sérieux. C'est pendant cette période, notamment pour les garçons, que leur éducation du droit s'accomplit, avant de rentrer dans l'assemblée, ad yekcem tajmaεt, lieu où il va exercer son rôle de citoyen de village. Ces jeux peuvent varier selon les âges, ils peuvent aller des énigmes jusqu'à la lutte et la chasse en passant par les osselets, la chasse aux papillons, le jeu de la guerre, les marchés, les assemblées. Les petits enfants imitent dans leurs activités ludiques celles des adultes. Les petits tricheurs sont souvent mal vus et parfois marginalisés. Les jeux constituent pour les petits Kabyles une vraie institution, à la fois éducative et morale. Ainsi, le jeu fait partie de l’éducation des jeunes Kabyles, lesquels prennent très au sérieux leurs activités ludiques, rejoignant une observation d’Aristote : « Le jeu est une activité sérieuse. »

           

La réforme hoplitique en Grèce

 

            Après la réforme hoplitique, le nombre de combattants s'étend. Ils sont alors recrutés parmi les paysans aisés assez riches pour se payer une panoplie (à noter, que chaque hoplite doit payer lui-même son équipement). Ces nouveaux hoplites, issus des classes paysannes, puisqu'ils combattaient pour la cité, demandent le partage du pouvoir politique[2] avec les aristocrates. L'époque des héros est aussi l'époque homérique où les héros grecs, en saccageant Troie, ont soumis ses richesses au partage. L'époque de l'agora circulaire où la parole aussi, comme les trophées, est mise au centre du cercle. Celui qui prend la parole avance vers le cercle, tient un bâton ou un sceptre[3] pour affirmer son pouvoir, et s'adresse aux soldats qui l'entourent.

            Le centre est donc le milieu de l'agora, ce qui est commun ou ce qui est public. Le Xunon ou Koinon[4] (État) est un bien commun, de Xunonié (Communauté), opposée à un statut individuel. Il en va ainsi de la parole, bien commun, qui, dans les assemblées, se fait circulaire. Dès qu'un orateur finit de parler, la parole est remise au centre. A la mort d'Achille, ses armes deviennent un bien commun, toute sa panoplie est remise au centre, et les Grecs, en cercle se réunissent pour départager Ulysse et Ajax : à qui revient le droit d'hériter des armes d'Achille ? « Déposés "au centre", les biens propres d'Achille sont en quelque sorte remis en circulation; ils deviennent des "objets communs", ils sont disponibles pour une nouvelle appropriation personnelle. C'est très vraisemblablement la même procédure qui commande la répartition du butin : chaque objet saisi par un guerrier lors du pillage est "mis en commun", c'est-à-dire qu'il est déposé "au centre[5]".  C'est là que l'homme désigné par le sort vient le ramasser, sous les yeux de tous. », selon Marcel Détienne. 

            Mais la décision de l'assemblée des Achéens, céder les armes d'Achille à Ulysse, est-elle juste ? Ulysse les méritait-il plus que le Grand Ajax ? Deux guerriers de valeur qui méritaient l'un et l'autre d'obtenir les armes du puissant Achille. Mais Ulysse, roi d'Ithaque, était plus fin orateur et plus convaincant que son adversaire. Un "aristocrate" qui connait mieux les enjeux politiques et l'art de persuasion. En deux mots, c'est le savoir-faire et le savoir-dire d'un grand roi. Ulysse a pris les armes d'Achille, pas uniquement par la parole, mais aussi par la ruse, par le jeu des alliances. Peut-être que le Grand Ajax ne comptait que sur sa loyauté et son courage pour avoir les armes d'Achille, mais, en politique, cela ne suffit pas. Il faut, en plus du courage, avoir le sens politique pour gagner les cœurs de la foule à sa cause. Ulysse n'a pas uniquement pris à Ajax la panoplie d'Achille, il l'a même rendu fou. Il l'a poussé vers la marge, ce qui justifie, à la fin le choix de l'assemblée. Le cœur plein de rage, Ajax livre bataille dans un brouillard noir, qu'Athéna, protectrice d'Ulysse, a jeté sur lui : il se lève et tue les Troyens. Mais à son grand dam, en se réveillant, il voit avec horreur le carnage qu'il a causé… dans le cheptel de moutons achéen. Pris de honte, il se donne la mort. Une mort que son ennemi célèbre en lui rendant les hommages mérités. Ulysse enterre Ajax dans les honneurs, plein d'admiration et de tristesse. C'est là le sage Ulysse, le fin politicien, le machiavélique avant l'heure, 

            Mais à l'heure des sacrifices pour Zeus, devant les campements et les bateaux argiens, aucun Grec n'est oublié. Tous les Grecs sont égaux devant le rite sacrificiel. Même si le partage de butin est inégal, celui de la nourriture durant le sacrifice l'est. Personne n'est oublié. Ils sont tous égaux devant Zeus, le roi des dieux.

 

La parole et le pouvoir

 

            Si nous nous intéressons à la parole qui se pratique dans les assemblées du village, nous remarquons que parfois, quand il y a un bras de fer, entre les membres de la même communauté villageoise, même s'il y a droit égal à la parole, les familles les plus puissantes triomphent souvent à ce jeu, surtout si l'adversaire, manquant d'assise, ne maîtrise pas l'art de la parole. Certes, la démocratie villageoise offre le droit à la parole, mais le droit à la parole ne signifie pas justice. L'assemblée est une institution politique, mais c'est le plus habile et le plus fort qui l'emporte, même si, sur le fond, il a tort. C'est une affaire de communication.

Les lois du village sont généralement faites par ces puissantes familles, ce sont elles qui décident des règles du jeu. Les familles puissantes, maintenant la tradition, connaissent les rouages de celle-ci. C'est à l'aide de la tradition qu'ils mènent le village, sans que l'on s’en rende compte. Les membres de ces familles, champions de la morale, connaissent les formules d'introduction et de conclusion. Ils respectent les règles de la parole officielle, celle que les villageois ont héritée de leurs aïeux, et la perpétuent de génération en génération. Il est vrai que, durant les assemblées, les villageois discutent de leurs problèmes quotidiens, mais la prise de parole est souvent faite en évoquant Allah et son prophète. Rien que cette formule ferme la porte à l'athée ou à un Kabyle d'une confession autre que l'Islam. Le caractère "laïc" dont pourrait s'enorgueillir cette assemblée quant à ses lois humaines et à ses ordres du jour, se voit quelque part affaibli par la formule d'introduction islamique[6]. Car dès qu'un athée ou un non-religieux prend la parole sans saluer le prophète d'Allah, il se voit verbalisé, empêché de parole et c'est toute l'assemblée qui l'accuse de ne pas savoir parler.

            L'assemblée kabyle, tenue par des conservateurs, se préoccupe plus de la forme que du fond de la parole. Le débat contradictoire n'existe que quand il y a un bras de fer entre deux familles puissantes. Dès qu'il s'agit d'un villageois ordinaire, la sentence est vite rendue, et jamais cette assemblée ne se voit remise en cause dans ses pratiques. La présence concerne les chefs de familles et il est rare que l'on voit un jeune siéger, sauf dans le cas où son père ou son grand père sont morts. Orphelin et affaibli, il apprend à ne pas parler, car il sait qu'il n'aura pas le dernier mot devant les hommes puissants du village. Des jeunes qui tentent de donner leurs avis sont souvent interrompus par leurs oncles. Ces derniers payent même à leur place les procès-verbaux quand les concernés refusent de le faire.

Mais malgré toutes ces manipulations politiques, nous ne pouvons ôter le caractère démocratique à l'assemblée villageoise kabyle, car il suffirait que le village change de chefs, réforme ses lois et les règles de la parole, tout changerait. Cette assemblée est capable aussi, dans les moments d'unité sacrée, de faire plier un État, souvent colonial et ennemi à ses yeux, ou un homme puissant affilié à celui-ci. N'est-ce pas ce qu'ont fait les Athéniens, à Salamine, bataille qui aurait été perdue sans leur sens stratégique, vue la supériorité en nombre des armées du grand roi des Perses ?

 

La société kabyle est-elle d'origine militaire ?

 

            Le manque de documentation concernant l'origine des villages kabyles ne nous permet guère d'affirmer que la société kabyle, malgré ses ressemblances avec la société grecque ancienne, ait été fondée sur une organisation militaire. 

            Mais certains mots, tirés d'une terminologie guerrière, laissent planer le doute. Des mots guerriers qui semblent venus de temps très lointains tel Aterras/Le fantassin; Amnay/Le cavalier; Axtuc/Le javelot, Taẓerẓaft, Ildi ou Tazlalayt/Fronde (arme utilisée par les armées romaines dans l'Antiquité)... Le fantassin ne serait-il pas l'égal de l'hoplite grec ? Aterras, du latin Terra/Terre, paysan ou artisan probablement, qui lutte aux côtés d'Amnay/Le cavalier, le noble, l'aristocrate, celui qui descend de droite ligne des nobles cavaliers numides[7], commandés par Massinissa, durant les guerres numides.

            Dans les poèmes anciens, on évoque souvent comme : Imnayen, at wemzur yeddal tuyat/Les cavaliers aux cheveux couvrant les épaules". Les mêmes descriptions faites des cavaliers grecs anciens : "Les cavaliers grecs étaient armés de deux lances et d'une épée (Voir Ulysse dans le premier chant de l'Odyssée). Ils ne portaient pas de cuirasses mais un épais manteau et un bonnet. Le cheval était monté à cru, sans selle ni étrier. Les cavaliers athéniens portaient les cheveux longs". Quant aux cavaliers numides, voilà ce que les historiens romains disaient d'eux : "Coureurs instinctifs, les cavaliers numides sont armés de javelots et d'un petit bouclier rond. Ils portaient une tunique courte sans aucune protection corporelle." Strabon, historien grec de l'époque romaine,  les décrit comme étant "à demi-nus, à l'exception d'une peau de léopard qu'ils enroulaient autour de leur gauche en guise de bouclier. Ils étaient réputés pour ne pas utiliser de selle ou des rênes, ils guidaient leurs chevaux par la pression de leurs pieds."

            La cavalerie numide était célèbre dans l'Antiquité, elle s'est distinguée à chaque bataille. Cicéron, dans son traité Sur la Vieillesse n'a pas omis de parler du roi Massinissa, qui, presque centenaire, continuait encore de monter et de courir à cheval.

            Comme dans la Grèce antique, le cheval demeure encore en Kabylie un signe de richesse et de noblesse. On dit souvent de cet animal qu'il est fier comme son propriétaire. Il reste dans l'imaginaire kabyle comme un animal mythique, qui, dans les contes kabyles, accompagne souvent le héros. Nous ne savons pas quand a eu lieu la disparition de cavaliers en Kabylie, mais les chants de fêtes, d'épopée et les hymnes en l'honneur des héros évoquent toujours la cavalerie[8].

            On peut penser aux chants anciens des fêtes kabyles, notamment Izlan/Chants de fêtes : des chœurs de femmes chantant la beauté des fiancés qu'ils décrivent souvent comme nobles. Les chants présentent Isli/Le fiancé en cavalier et Tislit/La fiancée en princesse ou reine des oiseaux, fille de sang noble et d'éducation royale, comme l'illustre, à propos des fiancés, cette belle chanson d'Idir : Isefra/Les poèmes.  

 

A nekker a nebdu cekṛan,

A ncekkeṛ kra da.

Keččini a bab n tmeγra,

A mmi-s n tnina.

Yis-ek i nedhent tezyiwin,

Di tizi l-lγila.

 

La leḥhuγ luḍa, luḍa,

Yeğğuğeg umezzir,

Atna εeddan-d yemnayen,

S rekba n zzhir,

Ay uzyin sserğ aεudiw,

Zwir, ay itbir.

 

A timeḥremt n leḥrir,

A m tbaliwin,

Yeqqen-ikem-id lbaz ukyis,

Sennig taεyunin,

Isem-im inuda laεṛac,

Yerna timdinin.

 

Entamons des louanges,

Pour tous ceux qui sont présents,

Toi, maître de la fête,

Fils de tanina[9].

C'est ton nom qu'invoquent tes semblables,

Face à l'adversité.

 

Je longe la plaine,

Parmi des genêts fleuris,

Voici passer des cavaliers,

Faisant du vacarme.

Bel homme, scelle le cheval,

Prend la tête du cortège, joli ramier.

 

Foulard de soie,

Aux belles franges,

Ceint par le beau faucon,

Au-dessus des sourcils.

Ton nom a couru les cantons,

Ainsi que les villes

 

Assemblée de village, institution "sclérosée"

 

            L'assemblée du village n'a jamais connu de réformes sérieuses : celles qui lui permettront de devenir un véritable parlement politique, au sens moderne du terme. L'État algérien, considéré par le villageois, comme colonial, empêche, par ses institutions installées en Kabylie (mairies, préfectures, sous-préfectures, écoles, mosquées...), les villages kabyles de s'autogérer comme jadis. Il a des relais dans les villages et les actionne chaque fois que le village prend l'initiative de bâtir autre chose qu'une mosquée. Pour celle-ci, l'État met même la main à la poche, d’'autant plus que de nos jours les comités de village ne sont plus autonomes. Ils sont devenus des associations et rien ne se fait sans l'aval de l'État. Il y a encore quelques années, c'est le village qui décidait de recruter le cheikh, le guide de la prière, mais aujourd'hui, c'est l'État qui le nomme. Le cheikh est devenu imam, et c'est l’État qui le paye : un fonctionnaire de l'État colonial. Il le recrute parmi les fanatiques islamistes et l'envoie en missionnaire prêcher dans sa nouvelle mosquée, celle qui tend à remplacer petit à petit l'assemblée du village. Des mosquées, financées avec l'argent du pétrole, défigurant jusqu'à la structure physique des villages, prêtes pour recevoir les enfants kabyles, déjà préparés pour cela par l'école religieuse algérienne. Le Kabyle, citoyen du village, est partagé entre sa cité et le cimetière, entre la vie et la mort, entre l'Occident et l'Orient, entre la loi humaine et celle d'Allah.

            Le village kabyle est menacé dans sa chair et dans son âme. Il glisse dangereusement, petit à petit, du discours politique vers celui magico-religieux du monothéisme. Il risque de faire le contraire de ce que la Grèce ancienne a fait, durant la réforme hoplitique, au Vème siècle avant notre ère.

            L'assemblée kabyle n'est pas encore morte, mais elle ne peut retrouver son efficacité d'antan et se développer que dans le cadre d'une République laïque[10] et libre, mais au sens moderne du terme. Sinon, la parole circulaire, la structure horizontale, le débat des assemblées de villages ne pourront survivre face aux débats parodiques du parlement d'un État dictatorial, dont la tradition orientale et pyramidale est couronnée par la parole du fakhamatou sid raïs, proche d'Allah, descendant du prophète, donc Maître de Vérité par excellence. Que peut le dialogue, le débat contradictoire contre la Vérité absolue et révélée? 



[1]  L'Aristocratie archaïque est par définition le gouvernement des meilleurs (Aristoi), à caractère héréditaire : faire partie d'un lignage (Genos) est indispensable, comme les Alcméonides et les Eupatrides (ceux qui ont de bons ancêtres) à Athènes, les Géomores (détenteurs des terres) à Syracuse, en Sicile, et les Hippobotes (éleveurs de chevaux) en Eubée. Les deux autres couches sociales sont les hommes libres (les paysans et les artisans), non aristocrates, ils n'ont pas la possibilité de participer à la vie politique, puis il y a les esclaves, des hommes non-libres, qui sont de plus en plus nombreux.

[2]  La remise en cause de l'aristocratie a mené la Grèce à un nouveau régime de pouvoir : la tyrannie (à l'époque, le tyran n'avait pas de valeur négative.) C’est un aristocrate qui s'est emparé du pouvoir par un coup d'Etat et qui exerce ce pouvoir de manière monarchique. Les Grecs considèrent la tyrannie comme une forme illégitime de monarchie.    

[3]  Le sceptre symbolise dans l'assemblée la souveraineté impersonnelle du groupe.

[4]  Lqanun kabyle ne serait-il pas l'Etat, le bien commun de la communauté, le cercle de feu commun du groupe ? Lkanun, ne serait-il pas le foyer familial, le bien commun de la famille ? C'est autour de lkanun/foyer, cercle de feu, que les membres de la famille se rassemblent pour se chauffer, discuter, cuire de la nourriture et raconter des histoires, notamment en hiver. Canon signifie à la foi une arme et la loi, le mot est d'origine grecque Kanon (tige de bois, règle, modèle, principe), lui-même de l'hébreu Qaneh (roseau, tige, mesure, canne) comme le mot kabyle Lfuci/Fusil, d'origine latine (populaire) Focilis (FCLS) signifiant précisément "à feu", de Focus/Foyer à feu comme Lkanun ou la pièce de Canon : forme circulaire où jaillit du feu. Focilis Petra était la pierre à feu, le Silex, Fusil, Fusil en est venu à désigner la pièce d'acier sur laquelle on frottait le silex pour produire une étincelle. Ce qui est devenu  Focile, Fucile et Fusil en français.

[5]  "Tout ce que je sais, c'est que si tous les hommes apportaient au milieu leurs malheurs personnels pour en faire l'échange avec ceux de leurs voisins, chacun, après avoir examiné les malheurs d'autrui, remporterait avec joie ce qu'il aurait apporté." Hérodote.

[6]   Ce genre de pratique existe même au sein des tribunaux des grandes civilisations, même les laïques. La personne appelée à la barre pour témoigner est contrainte de mettre la main sur la bible et de jurer de dire la vérité, rien que la vérité.

[7]  Dans l'antiquité, la Numidie a produit certains des meilleurs cavaliers de toute l'Afrique, voire du monde occidental de la Méditerranée. Les cavaliers numides étaient armés de Javelots (Ixtucen/Axtuc : mot kabyle d'origine grecque Axtos/Javelot). Tite-Live rapporte que les cavaliers numides emportaient deux chevaux et il sautaient du cheval fatigué à celui qui était frais, très souvent au moment le plus acharné de l'échauffourée. 

[8]  Quand est apparu le mot Aqbayli/kabyle ? Serait-il d'origine arabe ? Dans le cas où il serait d'origine arabe, il viendrait sûrement de Qbayli qui peut signifer "Il a accepté (L'islam sans doute) ou bien Qbayli/habitant de la tribu ou encore Djbayli/Le montagnard qui est passé à Gbayli ou Qbayli. Si l'hypothèse d'Ibn Kheldoun, à savoir que les habitants du Djurdjura sont des des habitants des tribus, chose peu vraisemblable, car les Arabes sont eux-mêmes issus des Tribus. Mais si le cas où le mot Aqbayli/Kabyle est connu avant l'islam, il nous plairait de croire que ce mot vienne de Cavalus qui veut dire cheval, en bas-latin. En outre la Cavalerie numide, des textes anciens rendent compte de présence de cavaliers en Libye. C'était un peuple qui élevaient des cavales ou des chevaux. Les Grecs leur auraient même emprunté le quadrige. Le mot kabyle pouvait venir aussi du grec Kubélé, qui est passé au latin Kibélé, Cybèle en français, autre nom de Déméter, déesse grecque de l'agriculture, qui selon Robert Graves, dans "Les Mythes grecs", est d'origine libyenne. La racine Kibélé se retrouve dans Cebla, nom toponymique et Acbaylu/Acbayli : réservoir d'huile qui n'est étranger à la déesse. Quoique Acbayli est un mot composé Acba-Ayli (Cavus-Olea) qui veut dire Cave à huile.   

[9]  Tanina : femelle du faucon.

[10]  La laïcisation doit être réalisée dans tous les domaines, pas seulement dans celui de la non-présence du religieux dans les affaires publiques, mais aussi au niveau linguistique. Un sans-dieu ou un sans -religion n'est pas soumis à des formules religieuses pour prendre la parole. Celle-ci doit être le droit premier de tout citoyen, et le citoyen, chez les Kabyles, à l'inverse de la tradition orientale où Dieu est au centre de l'univers, doit reprendre sa place, comme l'homme de Vitruve, au centre de la vie. 

 

 

 

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