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Dans cet article, nous allons essayer d'étudier un exemple parfait de récupération par le Christianisme orthodoxe d'une fête païenne grecque, d'un rite sanglant, et cela se passe aujourd'hui même, dans la Grèce moderne. Et nous comprendrons peut-être pourquoi les raisons de la confusion qui règne autour de Timecreṭ en pays kabyle. Quoique Timecreṭ ne soit pas la seule cérémonie que l'islam tente de récupérer. Il en est de même y compris pour les fêtes célébrées en l'honneur des lieux, comme à titre d'exemple Asensi n Wezṛu n Thuṛ/La veillée d'Azrou n Thor1. Une fête païenne que les habitants alentours fêtent annuellement, une occasion pour les gens de se rencontrer dans un petit temple sur le sommet de la montagne, pour danser, chanter et manger ensemble durant toute la nuit. Ces derniers temps des religieux musulmans tentent de détourner cette fête et de la récupérer pour en faire une cérémonie musulmane.

Quant à Timecreṭ, il y a dans certains villages, des religieux musulmans qui aiment à jouer les théologiens de quartier devant les paysans kabyles qui tentent de la rébaptiser en Taεacuṛt/L'Achoura. Ils ont réussi parfois même à changer la date de sa célébration afin de la faire coïncider avec l'Achoura officielle. Ces religieux ne manquent pas d'être présents le jour de l'abattage du boeuf. Une occasion pour eux de prêcher leur dogme, de détacher les villageois non pas de la pratique de Timecreṭ, mais de son "sens" païen. Ils sèment le doute et la confusion dans la tête des villageois au point que certains d'entre eux ont fini par l'appeler définitivement Taεcuṛt, sans pour autant connaitre le sens de celle-ci. Pour les religieux musulmans, chaque fête islamisée, chaque lieu, chaque mot, chaque patronyme est une victoire vers la solution finale, celle de faire de la Kabylie et de l'Afrique du Nord une terre d'Allah, c'est à dire la leur.

 

Dans l'article que nous allons vous proposer, il est question de récupération. Nous allons voir l'habileté des pseudo-grandes religions monothéistes qui superposent leurs croyances sur celles des polythéistes des pays conquis. Le religieux musulman s'invite à Timecreṭ, afin d'occuper le terrain, pour perturber la cérémonie et l'esprit du croyant kabyle.

Nous suivrons en partie l’article de Stella Géogoudi, inséré dans "La cuisine de Sacrifice en pays grec", avec pour intitulé « L'égorgement sanctifié en pays grec moderne. » Son propos porte sur les kourbania2, fêtes de sacrifice sanglant, célébrées jusqu'à nos jours dans les campagnes grecques. Les Kourbania sont célébrées de avril à octobre. Comme Timecreṭ, la Kourbania est célébrée en plein air, où se rassemblent parfois des centaines de participants, certains venus de loin, pour prier, manger, dormir et s'amuser. Pour certains villages, les Kourbania sont l'événement le plus important de l'année : une telle fête exige des conditions climatiques favorables3 et ne peut que difficilement avoir lieu en hiver. Aussi déplace-t-on parfois le sacrifice à une date propice, si la fête religieuse tombe en hiver.

A propos de cette fête, Stella Géogoudi écrit : "La mise à mort (du boeuf) ne comporte pas cet aspect solennel que nous lui connaissons dans le sacrifice grec ancien; il arrive, quoique rarement, qu’elle soit comme escamotée - dissociée de la messe - et qu'elle tient plus de la boucherie que du sacrifice. Cependant certains gestes, qui ne sont pas obligatoires, rappelle que l'opération s'effectue dans un cadre rituel : on tourne la tête de la victime vers le Levant, orientation de l'autel dans les églises4, on la saigne avec un couteau." - Cette pratique ressemble à l'égorgement en Kabylie. Les Kabyles aussi orientent la victime, au moment du sacrifice, vers le levant. Les Kabyles disent Lqebla, pour désigner l'Est, d'où se lève le soleil. C'est vers cette direction que les vieux villageois font leurs prières, comme l'ordonne l'islam, qui toutefois n'oublie pas de remplacer le Levant, par la Mecque.

"Mais tous ces actes rituels paraissent n'être que des préliminaires à ce qui forme le coeur et l'essence de la fête; la distribution de la nourriture et le repas commun5." Cela se passe en plein air, sous les arbres6, dans l'espace qui entoure l'église, on met à cuire le repas7. Puis, avant de manger, le pope bénit la nourriture. Cela se passe aussi dans certains villages où, ces derniers temps, nous assistons dans ce genre de cérémonies à la présence des cheikhs du village qui viennent bénir et halaliser le sacrifice. Actuellement, le cheikh intervient même, dans certains villages, pour ouvrir la séance de l'assemblée. Chose impensable il y a encore quelques années.

 

En Grèce, la mise à mort d'un animal domestique, le partage et la consommation réglés de viande, dans le cadre du culte de la religion populaire orthodoxe constitue apparemment un rite étrange, qui se déroule encore aujourd'hui. Pour Stella Geogourdi, "l'helléniste qui voudrait explorer cet ensemble cultuel, se heurte, dès l'abord à l'obstacle que constituent les lacunes de documentation. De nos jours, ces rituels se trouvent mutilés, amputés de certains éléments qui en constituaient autrefois les parties centrales et signifiantes. "

C'est le cas de Timecreṭ, pour un « Kabylologue », qui voudrait comprendre le sens de ce rite, il se heurte aussi au même manque de documentation. Mais contrairement aux hellénistes qui s'appuient sur d'anciens textes pour comprendre et interpréter le rite de certains sacrifices actuels, le kabylologue, lui, n'a d'autres choix que d'interroger les personnes âgées, témoins de ce rite d'autrefois. Des témoignages souvent différents et confus selon les personnes interrogées, voire contradictoires parfois. Mais le témoignage le plus édifiant est celui recueilli dans un village kabyle par la télévision berbère durant une cérémonie de Timecreṭ : l'animateur de la chaîne interrogeant certains villageois sur le sens du rite, tous ont répondu ne pas le savoir avant de le renvoyer auprès de l'imam du village, qui du haut de son minaret, plein de suffisance et de certitude, expliquait que la cérémonie de Timecreṭ est la célébration de son grand-père Ali dans ce village, qu'il trouva dépourvu d'eau, à cause d'une hydre qui empêchait l'eau de la fontaine de couler. Son grand-père tua la bête et l'eau est revenue au village et depuis le village fêtait annuellement l'évènement.

Cet imam réduit toute la cérémonie de Timecreṭ au village sauvé de l'hydre par son grand-père, musulman et monothéiste, venant donner de l'eau aux barbares kabyles. Il ignore bien entendu que dans la mythologie grecque, l'abattement de l'hydre refusant de donner à boire8 aux habitants de Delphes est l'oeuvre d'Apollon, dieu des sacrifices sanglants. Une tradition bien méditerranéenne que l'imam a tenté tout simplement d'islamiser. Les habitants du village lui ont donné la parole et il a pris le soin de détourner l'évènement au profit de sa religion. Voilà comment les monothéistes falsifient l'histoire, en comptant bien entendu sur l'ignorance de l'auditoire. Cette pratique revient souvent dans les villages kabyles, dès qu'une personne tente de reprendre l'imam sur un sujet quelconque, surtout durant les veillées funéraires, tous les villageois donnent raison à l'imam. Beaucoup de petits Galilée ont fui le village à cause de cela. Le comble, ce sont les mêmes personnes9 qui donnent raison à l'imam et qui accusent l'élite dite moderniste de les avoir abandonnés. Une élite d'ailleurs qu'ils n'hésiteront pas à donner en sacrifice10 à l'insatiable ogre islamiste, pour sauver du feu de l'enfer leurs misérables âmes de soumis.

C'est pourquoi Anzar tarde à reprendre sa place parmi les siens sur sa terre, tandis qu'Allah ne cesse de progresser dans les villages et les campagnes. Le premier n'a de sens aujourd'hui que pour qui connait l'histoire11, qui sait ce qu'il représente dans sa culture : il est donc une affaire de savoir. Quant au second, il se distingue par la force. Il est le Dieu imposable : une affaire de pouvoir. Celui que ceux qui se disent ses enfants se sont octroyés, au dépens de ceux qui se plient volontairement à eux. Il en est pour la raison moderne, comme pour Anzar, elle n'a aucune chance d'émerger des eaux troubles de l'océan irrationnel oriental et monothéiste. Le combat, en Kabylie et en Afrique du Nord, est à armes inégales : progressiste versus monothéiste islamique, c'est le pot de terre contre le pot de fer. Du moins, pour le moment.

 

L'art de la substitution chez les monothéistes

 

Les Kourbania grecques sont généralement offertes aux saints ancrés dans la tradition biblique. Saint Elie, faiseur de pluie et régulateur des phénomènes atmosphériques, a fini par prendre les fonctions de Zeus, et par conséquent, les Grecs orthodoxes ne sacrifient plus à leur ex-dieu suprême, mais à un Saint Oriental. En Thrace du Nord, au temps de sécheresse, c'est aussi au même Saint que les Grecs de cette région sacrifient. Les Grecs, comme les Romains et les Africains du Nord, ont transformé les dieux païens en Saints chrétiens et musulmans. Saint Georges s'est substitué à Dionysos12, Elie à Zeus et Saint Michel à Apollon. Partout dans ces pays, les peuples continuent d'honorer les dieux anciens à travers les Saints. Seule l'Afrique du Nord, dans le monde dit musulman, pratique la sainteté. Des dieux anciens aux saint musulmans, en passant par les saints chrétiens. Ces peuples continuent, par la force de la coutume, de perpétuer certains gestes et pratiques, auxquels ils essayent de trouver un nouveau sens, car ils ont oublié leur véritable sens, celui connu dans l'antiquité. Les peuples véhiculent inconsciemment des traditions. Même si ces traditions changent de forme, leur contenu reste identique.

 

Timecreṭ échappe encore à l’emprise de la mosquée13 sur sa pratique. Même s'il y a une forte volonté de la part des religieux musulmans d'en faire Taεacuṛt, fête musulmane, la pratique de cette tradition relève plus des comités de villages que de l'imam. Pour une personne, connaissant la tradition méditerranéenne ainsi que l'Achoura des Musulmans, ils constatent aisément que ces deux pratiques n'ont absolument aucun rapport. Mais il est dans l’habitude des religieux musulmans de semer l'amalgame et la confusion dans la tête des peuples occupés. Le Musulman, contrairement au païen ou à l'athée qui boude les fêtes du premier, n'hésite pas à envahir le monde du non-Musulman. Quand il n'arrive pas à te supprimer une tradition, il la récupère, lui change de nom et de sens.

Timecreṭ demeure une fête païenne, mais pour manger de la viande, le religieux musulman la halalise. Aucune explication rationnelle, ni historique ne peuvent le dissuader de toucher à la chair souillée des dieux païens, d'autant plus que le sacrifice chez les païens se fait par l'égorgement. La tentation de la viande est si grande, qu'il nie l'évidence même.

Le pouvoir Islamiste d'Alger, dans sa reconquête de la Kabylie, pas assez islamique à son goût, se manifeste par la transformation profonde qu'il tente d'imposer à la société kabyle. L'Islam, aujourd'hui, tente de réorganiser tout en Kabylie. Toutes les Institutions de l'Etat algérien existant en Kabylie prônent la religion, de l'école à la mosquée, en passant par les commissariats et les tribunaux. L'Islam tente de mettre la main sur tout ce qui est kabyle. Après avoir colonisé sa langue, ses contes, ses chants, il revient à la terre, avec la construction de mosquées et la séparation des espaces publics entre hommes et femmes, comme les stations de bus. Dans son livre "La Méditerranée, l'espace et l'histoire", l'historien Fernand Braudel écrit : "Le destin original des villes musulmanes y a provoqué un agencement différent de l'espace, en faisant éclater les fonctions de la place. Pas d'autres lieux de rassemblement des hommes, au centre de la ville, que la mosquée et sa cour, entourée de "medresses", de "hans" et de "bains". C'est là que sont annoncées les décisions du pouvoir et les prières dites au nom du souverain. La vie commerciale s'est installée dans les souks et les bazars; mais d'autres places, les plus grandes sans doute, se développent aux portes de la cité, là où débouchent les caravanes et où l'on décharge les chameaux." - N'est-ce pas ce que les Islamistes avec l'aide de l'Etat algérien font actuellement en Kabylie. Ils construisent des mosquées à volonté pour briser l'assemblée du village, inondent les villes et les agglomérations kabyles de « trabandistes », pour tenir des souks et des bazars, promeuvent des DJ dans les fêtes de mariages qui diffusent la musique arabe à tue-tête, soutiennent des pyromanes qui détruisent le paysage méditerranéen kabyle pour en faire un désert brûlant d'Arabie, pour le rendre peut-être plus propice à la propagation de leur religion... C'est l'islamisation intense de la Kabylie. Se gêneraient-ils pour dévoyer Timecreṭ et la transformer en Taεacuṛt ? Se gêneraient-ils pour substituer la prière de la pluie à la cérémonie d'Anzar ?

 

La fête suivant le sacrifice

 

Durant les Kourbania, après la mise mort de l'animal et la cuisson du repas sacrificiel, le village se met en fête. A ce propos Stella Geogourdi écrit : "Chacun quitte sa maison au chant des cloches, pour le repas commun. Le Koubéni est réellement la fête du village, fête bruyante et joyeuse, où tous se rassemblent, non seulement pour manger et boire ensemble, mais aussi pour rire, chanter14, danser au son des airs populaires; tirer parfois en l'air ou rivaliser dans des concours (courses de chevaux comme à Lesbos, ou jeux de luttes. épreuves de bravoure mais aussi manifestation, jadis, de rivalités ethniques, dont le prix était un agneau, baigné et paré comme la victoire et, comme elle, appelé Kourbani), bref pour sortir de la vie quotidienne, monotone et réglée, pour quelques heures, ou même pour quelques jours."

 

En Kabylie aussi, le sacrifice sanglant est suivi de fête. Elle a lieu dans le "temple" ou le "mausolée" du saint local. Beaucoup de villageois convergent vers ces lieux pour manger, chanter et danser au son des bendirs, des flûtes et des airs populaires. Des choeurs menés par les femmes, toutes en beauté. Il y a quelques années, les villageois passaient même la nuit dans le lieu saint. Ils venaient avec de la nourriture, des couvertures, puis des cadeaux pour le saint. Des bougies et des tissus qu'ils déposaient sur la tombe du saint homme. A Ouedris, à Illoula Oumalou, durant les années soixante-dix encore, les villageois habitant de l'autre côté de la rivière, passaient la nuit sur les lieux du pèlerinage. Une fois la visite terminée, les pèlerins vont à la fontaine des souhaits. Ils font des voeux en jetant des pièces d'argent dans la fontaine. Si la surface de l'eau de la fontaine forme des bulles, le voeu est accordé; sinon, le pèlerin revient triste et déçu, en attendant la prochaine visite.

La fête dans ces lieux saints s'appellent Zzerda, les gens chantent et dansent ensemble. Tous les habitants des villages de la commune convergent vers le mausolée. Des femmes ramenant leurs enfants malades les passaient au-dessus de la tombe du saint pour les guérir. D'autres femmes promettent15 au maître des lieux de revenir avec un animal domestique si le saint leur donne un garçon à leur prochain accouchement. Puis d'autres promettent des tissus si jamais leurs maris émigrés en France reviennent bientôt au village et ainsi de suite.

La fête est aussi une occasion pour que les jeunes célibataires, des deux sexes, se voient et fassent connaissance. Beaucoup de couples se sont constitués durant ces fêtes de Timecreṭ, suivant le sacrifice. Un moment dédié à Aphrodite sans doute, où les jeunes hommes et les jeunes filles ont le droit de se regarder, voire de se parler.

Bien entendu, les pèlerins déposent tous de l'argent dans une boîte dans le mausolée. L'argent récolté revient à l'Etat algérien. Argent qu'il recycle et qu'il réinvestit pour construire des mosquées, de vraies mosquées de propagande islamique, dans les villages kabyles. Il en est de même pour les Grecs, beaucoup de touristes payent pour voir les temples, les dieux et les déesses grecs, l'Etat prend l'argent pour construire d'énormes monastères, parfois dans les campagnes, loin des habitations et des villages. Tous les villages grecs, comme les villages kabyles et italiens, possèdent un lieu de culte : des monastères pour les Grecs, des églises pour les Italiens et des mosquées pour les Kabyles et les Nord-Africains. Nous remarquons durant toutes ces fêtes villageoises la présence des religieux. La Sainte Vénéré, ancienne Vénus à Céréalé en Sicile est devenue la Sainte Vierge. Le jour de la fête, en juillet, les habitants de la ville transportent une grande poupée habillée en mariée, comme la fiancée d'Anzar chez les Kabyles, et que quatre hommes portent comme une reine sur un siège royal de l'église jusqu'à la place publique. Tout le monde est là, ils forment une procession et suivent la Sainte Vénéré au son des tambours que des jeunes musiciens arborent le long du trajet. Des confettis dorés et des bonbons sont jetés sur la foule par les participants. Tout finit au coucher de soleil par un énorme feu d'artifice. Une fête d'origine païenne, profondément méditerranéenne, mais devenue chrétienne16. Ce qu’il lui a permis de survivre jusqu’à nous, mais la vide de son sens antique, immémorial, authentique.

 

 

1 Une ramification du Djurdjura, vers l'Est de la Kabylie. Un sommet de montagne où se trouve une petite maison qui sert de gîte et de lieu de fête pour les visiteurs. Azrou n Thor /Montagne de Thor, Thor est une prière islamique qui se pratique l'après-midi, qui vient remplacer le nom ancien de la montagne dont personne ne se souvient. Après l'avoir débaptisé, les religieux musulmans tentent aujourd'hui de détourner en faveur de leur religion la veillée païenne qui s'y tient annuellement.

2 Kourbania : emprunt grec au turc : mot d'origine Gurban hébraïque qui signifie sacrifice, tous les sacrifices sanglants et non sanglants, volontaires ou obligatoires, ainsi que les prémices et les dons en argent. Ce terme a été traduit dans les Septante par doron. La longue occupation turque pourrait expliquer le nom, mais non l'origine du sacrifice néo-grec, car cette pratique a été attestée plusieurs siècles avant la chute de Constantinople (1453). Durant la colonisation de la Grèce par les Turcs, les colons turcs participaient aux kourbania, dans les villages grecs.

3 Timecreṭ, en Kabylie, a toujours lieu durant les journées ensoleillées.

4 L'autel et la porte du Temple antique sont aussi orientés vers le Levant.

5 Durant Timecreṭ, il n' y a pas sur place de repas commun. Le partage, une fois effectué, chaque villageois prend sa part de viande crue et il la cuit comme il veut. Mais il se trouve, en Grèce aussi, que dans certaines circonstances, il n'existe pas de repas commun, Dans ce cas-là, selon Stalle Geogourdi, après le partage de viande en autant de parts qu'il y a de familles au village, c'est la maîtresse de maison, comme en Kabylie, chez elle, qui cuisine ce plat exceptionnel, pour sceller au foyer la fin de la procédure sacrificielle.

6 Timecreṭ se déroule généralement sous un chêne ou un frêne. C'est aux branches de ces solides arbres que les sacrifiants suspendent le boeuf pour l'écorcher et lui vider le ventre. L'opération requiert beaucoup d'eau, quand le lieu du sacrifice est loin de la fontaine, les villageois préparent beaucoup d'eau sur les lieux la veille du sacrifice.

7 Dans la cérémonie d'Anzar, les participants font la cuisine sur la place publique, et mangent ensemble.

8 Ces histoires d'eau se racontent de la même manière en Kabylie et en Grèce, à cause probablement du manque dont souffrent les deux pays. Au village Maraghna, à Illoula, une légende court que l'eau de la fontaine du village, ses habitants la doivent au Saint local Oudris, qui à l'aide d'un bâton a fait jaillir une source pour donner à boire aux villageois. La légende s'inspire du mythe de Poséidon, qui dans la "mythologie" gréco-romaine faisait jaillir l'eau de la terre avec un coup de trident.

9 Lors de l'évènement des dé-jeûneurs de Tizi Ouzou, un auditeur a appelé à une radio kabyle en se présentant comme mmi-s n taddart n Tahar Djaout/Le fils du village de Tahar Djaout (écrivain kabyle assassiné par les Islamistes). Une fois les présentations faites, il s'est levé contre les déjeuneurs en prêchant la religion des assassins de Tahar Djaout. Cela explique une chose : certains Kabyles ignorent ce qu’écrivent et disent leurs intellectuels. Ils sont fiers d'eux, car connus, mais en tant que fils de leurs villages, non pas pour ce qu'ils représentent réellement. Il en est d'autres aussi qui célèbrent Dihya, la reine berbère, en suivant la religion de ses bourreaux. Que de choses étranges dans le pays berbère !

10 La société humaine continue jusqu'à nos jours de sacrifier des humains. Chaque communauté, au moment dur de sa vie, sacrifie ses meilleurs enfants, pour le meilleur bien sûr, avant de se rendre compte parfois que c'est pour le pire. La Kabylie ne déroge pas à la règle, à chaque évènement, elle sacrifie ses meilleurs enfants. Chaque sacrifice est suivi de culpabilité, et chaque culpabilité la pousse à la divinisation de ses héros, comme le boeuf de Timecreṭ, Mais la divinisation du héros kabyle est quasi religieuse par son statut de martyre, c'est-à-dire mort pour Dieu. Statut inadapté à des militants tombés pour la liberté et l'identité kabyle. Mais, comme chez les Musulmans, le fait de savoir que le combattant mort est au paradis, tel le mouton de l'aïd, les rassure et les empêche de culpabiliser. A propos, où se trouve la reine Dihya ? Au paradis d'Allah comme le général Aoqba ?

11 Tous les peuples d'Occident, les Africains du Nord comprise, ont abandonné leurs croyances au profit de Dieu Oriental. Ils sont tous moulés dans l'évidence du monothéisme abraïque au détriment des dieux de leurs ancêtres. Même si la raison grecque a gagné en Occident, en matière de religion, il a perdu la bataille devant les croyances monothéistes orientales. Zeus est honni en Grèce, Jupiter est chassé du Capitole de Rome, Anzar est méconnu en Afrique du Nord, Bélénos ne brille plus sur les terres celtes et Thor ne tonne plus chez les Germains. Tous ces dieux sont devenus des objets de folklore devant la ésplendeur" du Dieu d'Abraham.

12 Les hellénistes qui ont vu l'origine païenne dans les pratiques des Orthodoxes grecs, la bien-pensance occidentale les surnomment "Les Folkloristes". N'est-ce pas ainsi que les religieux kabyles voient toute personne s'intéressant aux anciennes religions, qui, pour eux, sont fausses et dépassées. Pire, ne les considèrent-ils pas comme de la superstition et de la sorcellerie, reléguées dans le domaine nocturne et féminin ?

13 La différence entre Timecreṭ et les Kourbinéa se situe au niveau du partage de la peau du boeuf, ses pieds et sa tête. Comme les Kabyles, les Grecs mettent ces parties aux enchères, mais l'argent récolté va dans les caisses de l'église. En Kabylie, après les enchères, l'argent va à la caisse du village.

14 La musique est un élément constitutif du sacrifice néo-grec, accompagne même parfois le dépouillement de la victime, la préparation de la nourriture et la cuisson de la viande dans les chaudrons. Dans la Grèce antique aussi, le sacrifiant, durant les Bouphonies, est accompagné d'un flûtiste pendant tout le sacrifice. La flûte grecque à deux becs, appelée aussi flûte libyenne ou flûte d'Apollon. Les Kabyles utilisent ce genre de flûte qui s'appelle M yiccen ou Tizemaṛin.

15 L'engagement et la promesse aux Saints sont très forts aussi chez les Grecs. Selon Stella Geogourdi : "L'engagement qui lie le fidèle au Saint n'est ni révocable, sous peine de graves punitions, ni même modifiable : "puisque tu as promis du sang, le Saint veut que le sang coule" et il ne se contentera pas d'huile, de cierge, d'argent. Impossible aussi de remplacer la victime promise par une autre, fût-elle de plus grande valeur. Le Saint mécontent non seulement punit, mais va chercher son dû, ou plutôt c'est la victime qui vient à lui toute seule. Et le pauvre regarde ainsi impuissant ses tamata (animaux promis) vivants se diriger vers l'église, le jour de la fête, sans pouvoir arrêter leur marche inéluctable (Tradition de Crête) ». Les Saints kabyles ne se laissent pas faire non plus, ils punissent, comme leurs collègues grecs, les fidèles qui dérogent à leurs promesses.

16 Durant les Pâques sur l'île de Corfou, les habitants de Kirkira, la capitale de l'île, mouillent des amphores et les cassent dans les rues. Le geste évoque le retour de Jésus Christ, ainsi que la saison de printemps. Cette pratique n'est autre que la fête des fleurs ou de printemps que les Grecs célébraient dans l'antiquité à l'arrivée du printemps et le retour de Dionysos. C'est le moment où le dieu de la vigne sort de sous-terre pour épouser la reine d'Athènes, que lui livrent les femmes nobles de la cité. C'est le moment aussi que choisissent les hommes d'Athènes, exclus de la fête des noces de Dionysos, pour aller ouvrir les amphores de vin. C'est la fête du printemps, de la renaissance et du retour de Dionysos après un séjour chez Hadès.

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