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            Le villageois kabyle lambda s'attache à dieu comme ces ancêtres antiques. Il y croit profondément. Il est sincère dans sa foi. Il pense qu'il n'y a qu'un seul dieu, mais il ne le conçoit pas de la même façon que certains de ses "compatriotes" citadins et autres illuminés du village, de culture arabo-islamique.

            Le villageois kabyle aime sa terre, même sèche et rocailleuse, il tire le meilleur d'elle : huile d'olive, figues, cerises, raisins et d'autres denrées encore. Il sème et espère que Dieu lui rendra une bonne récolte.

            Même dans sa culture ancienne, notamment dans ses chants et ses poésies, il rend grâce à la Terre, au Ciel, aux génies des champs, aux génies des maisons, aux arbres, en somme à la Nature dont il fait partie. Il est dans la croyance polythéiste. Sa poésie est de la même veine que "Les travaux et les jours" du poète grec Hésiode oudes Bucoliques  et des Géorgiques du romain Virgile.  Aujourd'hui encore, la poésie contemporaine kabyle reste très attachée à cette tradition. Tout est animé chez les Kabyles : le vent, l'orage, le tonnerre, la montagne, la mer, le fleuve, les oiseaux... Il y a toujours une métaphore faisant allusion à la Nature pour illustrer un propos.

            Contrairement à son "compatriote" citadin, à l'imam du village, aux "Oulama" revenus d'Egypte et de Syrie au lendemain de l'Indépendance, dont toute la culture est conditionnée par le Bien et le Mal. Toute la poésie citadine  ne chante que la vie du prophète et de ses suiveurs, la grandeur de la Mecque, les Histoires de Joseph et Moise, la chute des Pharaons, la grandeur de la Ouma, la supériorité de l'Islam par rapport aux autres religions, etc. Quand la poésie citadine fait allusion à la Nature, elle cite la rose ou le jasmin, quand le chant traite de l'amour, il a pour lieu un jardin oriental. L'amour pour le kabyle est plus proche des Idylles de Théocrite que des Mille et une nuits. Amour chanté par les bergers devant un choeur de nymphes et de dryades.

            Le chardonneret n'a pas la même valeur pour un Kabyle des montagnes que pour un citadin. Le Kabyle des montagnes te parle de sa beauté, aime à le voir libre, volant et chantant dans les champs, quant au citadin, il le préfère chanteur dans une cage, accroché à son balcon. Le Kabyle, quant il chante la perdrix rend hommage à sa beauté, son vol et sa démarche. Quand il évoque l'olivier ou le figuier, il est dans le sacré, dans la foi, dans quelque chose qui le dépasse. Le Kabyle villageois vit dans le paganisme, avant que le citadin religieux, l'ami de Dieu, ne vienne l'arracher aux anciennes divinités, l'emmener à la mosquée pour lui piquer sa récolte. L'imam ou un clerc religieux dans un village, c'est le faux bourdon chez les abeilles.

            Le citadin et les Oulama de Kabylie traitent de haut le paysan kabyle, il le traîte de mauvais Musulman, le menace de l'Enfer jusqu'à le dépouiller de tout ce qu'il possède. Coupable, le Kabyle l'est pour que le prophète Mohamed le rachète le jour du jugement, ainsi il doit lui céder tout, parfois même ses terres.

            Pour illustrer notre propos, nous avons choisi un passage tiré du livre La cuisine du Sacrifice, où le co-auteur Jean-Pierre Vernant écrit "Que représentent les faux bourdons chez les abeilles ?  Trois traits les caractérisent : d'abord la cohabitation : logeant dans "les ruches voutées" ils partagent la maison de l'abeille où ils sont installés comme chez eux, Ensuite, l'inactivité : ils vivent sans rien faire, sans prendre part au labeur de leurs hôtes; tandis que ces dernières , tout au long du jour, s'affairent à l'extérieur de la ruche, les faux bourdons restent cantonnés  "au-dedans", à l'abri, sous le couvert des ruches.  Enfin le gaster (ventre): au coeur du logis où il gîtent, les faux bourdons constituent comme autant d'autres creux, à l'intérieur du premier; ce sont bouches à nourrir, ventres à remplir; la seule activité de ces inactifs, c'est d'"engranger" au fond de leur gaster ce que les abeilles vont récolter au-dehors en vue de l'amasser sur les rayons de cire."[1]

                  Les religieux et les citadins kabyles sont d'accord pour faire du paysan kabyle un bon musulman. Ils lui parlent de Dieu et, en contrepartie, ils reçoivent de l'égaré les fruits de son travail.[2] Il le glorifient, lui racontent les bienfaits de la générosité, l'amour qu'ont Allah et le prophète des gens qui donnent aux pauvres et aux malheureux, qui ne sont autres qu'eux-mêmes. Le paysan, héritier des valeurs païennes, comme tout Méditerranéen, est très hospitalier. Il t'ouvre sa porte, te donne à manger et à boire, et te laisse même sa couche pour aller dormir ailleurs. Il a peur des dieux[3]. Peur que certains religieux musulmans exploitent. Pour échapper à tous les méfaits qu'Allah lui réserve le jour de sa mort, dans son ignorance, il compense sa "mauvaise foi", selon eux, par l'hospitalité et la générosité.

 

            Le Kabyle est croyant, il a raison d'entretenir son guide spirituel, mais faut-il encore que ce dernier le mérite ? Dans beaucoup de cas, le religieux vit de la peur et du péché de l'ignorant. Cela fait quinze longs siècles que le paysan kabyle n'arrête pas de racheter ses "fautes". On lui fait payer même celles de ces ancêtres.

 

 

Dieu kabyle est multiple

 

            Le paysan kabyle ne connait pas le Coran. A sa mort,  il se soucie moins de là où il ira que de l'avenir de ses enfants, qui sans lui, orphelins, seront sans aide et protecteur. Il se soucie de ses champs et de sa maison, comme le raconte ce poème ancien[4] :

"Ad ruḥeγ a k-eğğeγ, ay axxam

Bu sebεa tgejda yerṣan,

Ad ruḥeγ a k-eğğeγ a lmelk-iw

Cceṭ n ujanjar yefsan,

Ad ruḥeγ ad eğğeγ arraw-iw,

Ulac wa sen-igen laḥsan."

 

"Je pars, je te laisse, ma maison

Au sept solides colonnes,

Je pars, je te laisse mon champ

Aux branches de figuiers en fleurs,

Je pars, je laisse mes enfants,

Personne pour leur faire du bien ? 

 

                  Pour son voyage ultime, il fait confiance à Dieu. Mais quel Dieu ? Dieu des Musulmans ? Des Juifs ? Des Chrétiens ? De ces ancêtres paiens ? Peu importe. Il verra. Pour lui, c'est Dieu. C'est tout ce qui lui importe. Mais il ne va pas sans que les religieux musulmans ne viennent s'occuper et de son corps et de son âme. Les religieux, détenteurs des portes du paradis, après avoir “mangé la chair du mort”,  le lavent selon les rites de leur religion, récitent autour de lui le Coran et l'accompagne jusqu'au cimetière en chantant les louanges d'Allah. Allah vous-dites ? Peut-être. Ils décident, parfois contre sa volonté, de le renvoyer à sa dernière demeure comme musulman, même s'il ne l'a jamais été. Les religieux musulmans récupèrent tous les cadavres, athées, agnostiques, juifs, chrétiens et païens. Ils ne forcent pas seulement les vivants à être Musulmans, ils insistent même auprès des morts.

            Le paysan kabyle, le jour de sa mort, se prépare à affronter Dieu, mais un Dieu de justice, celui que sa culture a façonnée, personne ne sait comment il est, de quoi il est fait. Il lui rend son âme, lui demande pardon, content de tout ce que Dieu lui réserve. Dans le chant évoqué, l'agonisant, attendant la mort sur le bord du fleuve, dit :

 

"Aql-in ar yiri bb wasif,

Aqeggel-iw seddaw ililli.

Ṣṣura-w tecba amesmaṛ,

Yerra yiṭij am akli,

Kra wwiɣ-t-id s ufus-iw,

Kra iqedder-it Sidi af yiri."

 

"Je suis sur le bord du fleuve,

J'attends à l'ombre du laurier.

Mon corps ressemble à un clou,

Le soleil a noirci ma peau.

J'assume certains de mes actes,

D'autres sont l'oeuvre du Destin[5]."

 

            Voilà ce que chantaient nos ancêtres. Le mourant attend la mort sur le bord du fleuve à l'ombre du laurier. Quelle fleuve ? Le Styx ? Celui de la religion grecque et latine ? Mais qui viendra le prendre ? Il viendra sûrement avec une barque. Il ne traversera pas le fleuve en nageant. Par cette image, nous constatons comment nos premiers ancêtres affrontaient  la mort, comment ils voyageaent pour rejoindre Dieu. Ils le font comme les Grecs anciens par la voie des eaux. Ils s'embarquent avec Chiron[6]. Le batelier leur fait traverser le Styx avant de les déposer de l'autre côté du fleuve, chez Hadès, dieu de la mort. Voilà comment le Kabyle ancien imagine son voyage.

            La mort, pour le Kabyle ancien, est un voyage. Un voyage par l'eau, l'élement qui lie la vie à la mort, la surface de la terre et ses sous-terrains. Il traverse le Léthé, le fleuve de l'oubli, avant de revenir au printemps avec le printemps. Imensi ibeεac/Le repas des fourmis. La fête se fait au printemps, au moment où les morts sortent de sous-terre sous forme de fourmis. Mais en attendant, ils sont quelque part, dans le royaume de Hades. Leurs âmes, métamorphosées en phalènes, errent dans les ténèbres des Enfers. Parfois, les papillons des ténèbres, Fertellis[7] (aferṭeṭu n tellis) en kabyle, viennent rendre visite aux leurs. Ils reviennent chez eux, tournent autour de la lampe.

 

 

Le Kabyle, âme païenne ?

 

            Certes, le paysan kabyle se définit comme Musulman. Il peut être même pratiquant. Beaucoup d'entre eux font le ramadhan, célèbrent les fêtes religieuses musulmanes, notamment l'Aid El Fitr et celle du mouton, mais ils fêtent aussi Timecreṭ/Le partage de la viande, Amagger n tefsut/La fête des fleurs, Yennayer/Nouvel an berbère, Tafaska/Les Paques et à l'occasion, ils font même des prières à Anzar pour obtenir des pluies. 

 

            Bien entendu, nous appellons les fêtes musulmanes fêtes religieuses, tout le monde connait le sens du sacrifice du mouton. Pourtant, quand il s'agit des fêtes berbères, nous ne parlons plus  religion, mais plutôt de tradition culturelle. Quant à Anzar, c'est carrément de la superstition. C'est le même traitement que l'église romaine a réservé aux religions gréco-romaines. Ils les appellent "La mythologie gréco-romaine." 

                  Le paysan kabyle, même s'il continue à croire à certaines survivances païennes, voire même chrétiennes et juives, ignore leurs provenance et continue de croire que tout cela est la religion. Tout se confond dans sa tête. Et cette confusion l'a amené à la pratique d'un synchrétisme typiquement kabyle, ce que nous appelons aujourd'hui l'islam kabyle.

            L'islam, en réalité, n'est que la couche apparente, mais en y creusant, l'âme kabyle est constituée de plusieurs strates religieuses. Elles sont toujours là. Il est Païen par son rapport à la Nature et son organisation, Chrétien par son sentiment de culpabilité et Musulman par sa rigidité. Personne ne peut dire de lui qu'il est de telle ou de telle confession. Son âme est traversée par plusieurs religions et il les pratiquent toutes sans le savoir. Même si le paysan kabyle est mobilisable politiquement contre le Juif et le Chrétien, il se dit même différent de ceux-là. Cependant, la polémique passée, il se démarque de l'autre... de l'autre Musulman et le lui montre par la préférence qu'il affiche avec fierté pour les cérémonies et les fêtes païennes. C'est dans ces dernières qu'il se reconnaît pleinement. Personne ne viendra lui expliquer avec condescendance leur sens. Elles sont ses fêtes et il est maître des cérémonies. Une bouffée d'oxygène où  ni les "Oulama", ni les imams, ni les citadins ne viendraient l'importuner.  Ils sont les bienvenus, mais ce n'est pas leur affaire.

            Ces fêtes ne viennent pas d'ailleurs, ni de Jérusalem, ni de la Mecque. Elles sont de chez lui, plus anciennes que les monothéismes, plus légitimes et plus personnelles. Sa culture, celle dans laquelle il se sent bien, est païenne. Toutes les autres religions lui sont venus d'ailleurs. Il sait que les autres religions ne sont pas à lui. Plusieurs fois colonisé, à chaque fois, on lui signifie qu'il est un mauvais croyant, un barbare aux yeux des monothéistes. Le dernier arrivé est  l'Arabo-Musulman qui le harcèle, qui lui demande de se renier, d'abandonner sa culture, pour enfin l'enrôler dans ses armées de suicidaires. Mais le paysan kabyle refuse d'abdiquer, d'abandonner sa culture, son identité, sa langue, voire son âme païenne au profit du monothéisme islamique. C'est le fond de son âme que les différentes religions monothéistes ont tenté d'atteindre. Mais comme l'aigle des montagnes, il est resté fidèle à Jupiter, Bab Igenwan/Père des Cieux; Anzar, dieu de la pluie. Tout cela sans le savoir. Résistance inconsciente de tout un peuple, attaché à sa terre et à sa nature et à toute la profondeur historique et spirituelle qui les animent.

            Aucune religion n'a réussi à se saisir de l'âme du paysan kabyle. Sa non connaissance des religions a fait de lui un religieux atypique. Celui qui a évolué avec tous les dieux et toutes les croyances. Son ignorance de l'arbre de la connaissance a fait qu'il est resté l'adepte de celui de la vie, le compagnon du dieu champêtre. Le savoir qu'il vise est celui de la nature. Le paysan kabyle a appris l'essentiel: comment greffer l'olivier sauvage, comment planter un figuier, comment labourer, semer et moissoner. Tout le reste est secondaire pour lui. "Ṭṭεam yezwar taẓalit/Le repas avant la prière" dit-il. la terre est sa seule religion. La terre, sa mère Gaïa, qui lui donne à manger. De Dieu, il a le respect et la crainte. La religion, ce n'est pas compliqué, elle est basique chez le paysan kabyle.

 

            Mais croire en Dieu ne suffit pas pour un Arabo-Musulman. C'est, pour  lui, le degré zéro de la croyance. Le bon Musulman doit appliquer à la lettre tous les dires d'Allah et du prophète. Le bon croyant est celui qui est prêt à mourir ou à tuer pour sa religion. Le paysan kabyle semble ne pas comprendre les exigences de sa nouvelle religion. Effectivement, le paysan kabyle est déiste, il confond les dieux païens et le Dieu d'Abraham. Il les appelle tous Rebbi[8]. Il jure même par lui : "Aheq Rebbi/Par Rebbi", quoique ces derniers temps, certains enfants du paysan kabyle, sortis de l'école algérienne, jurent autrement : "Aqsim bi Llah/Je jure par Allah."   Puis d'autres jurent, les unes par Ubdir[9]/Jupiter, d'autres "Hah fi hah" en faisant le signe de la croix, puis d'autre encore par "Aḥeq win ijebden taḥbult-inna n yiṭij/Par celui qui tire l'astre solaire"[10], "A yi-iwwet uεessas n wemkan-agi/Que le génie de ce lieu me punisse", etc. On entend aussi souvent Jmaε Liman/ Par toutes les croyances, ce qui montre très nettement le syncrétisme de la foi kabyle.

 

                  En Kabylie, Dieu est décliné sous toutes ses formes : païennes, juives, chrétiennes et islamiques. Aucune religion n'a l'exclusivité, contrairement à ce que croient les adeptes de la nouvelle religion. Ces derniers pensent que La Saint Valentin et Noêl ne sont pas de chez nous, les Pâques ne sont pas de chez nous... Mais qu'est-ce qui est de chez nous, uniquement les fêtes islamiques ? Quant aux fêtes païennes[11], celles du paysan kabyle, liées à la vie et au renouvellement de la Nature, elles sont reléguées au rang de superstition et de Khourafat/Fables. Sur ce, tous les monothéistes sont de concert, il n'y a de fêtes religieuses que celles venues du Moyen Orient.

            Les pratiques du paysan kabyle ne relèvent en aucun cas de superstitions dûes à son ignorance du vrai Islam. Le paysan kabyle, même se disant Musulman, n'a jamais renoncé à la religion de ses premiers ancêtres. Il n'a que faire de votre vrai Islam et de vos discours prosélytes. Il conjugue Dieu à tous les temps. La synagogue, la mosquée ou l'église n'ont pas plus de sacralité que la grotte des génies de son village ou le tronc de son olivier.

 

L'exclusivisme monothéiste

 

            Le monothéiste a triomphé de la Méditerranée d'Homère et d'Hésiode. Il a soumis le polythéisme et il l'a renié. Il a fait de l'esprit du Méditerranéen un champ de bataille pour les croisades auxquelles se livrent les enfants d'Adam et Eve, pour instaurer définitivement leurs dogmes, leurs coutumes et leurs valeurs. Il en est advenu de même de l'âme du paysan kabyle, tout le monde la revendique, sans son consentement. Ainsi depuis quelques années, les Islamistes et les Evangélistes se la disputent sans merci. Et lui dans tout cela, pacifique, il se voit au milieu, hésitant entre Jesus et Mohamed. Tantôt il se penche vers Saint Augustin, tantôt vers Cheikh Mohand. Mais peu importe, seul,  il connait la réponse ou bien faut-il la chercher dans la chanson d'Idir, Zziyaṛi:

 

 

Kkert a nṛuḥ

Ar nebdut tikli

A lah  a lah

Ssenǧeq yuli

Inzizen d yezli

A zziyaṛi.

 

Kkert a leḥbar, ma nṛuḥ

Abrid n lehna a t-nawi

A d-nẓuṛ ibaḍniyen

A yat tafat ɣef yiri

A Ccix Muḥend ay aḥnin

Aha ttxilek rreɣ-d iẓri

Uraɣ n Tagest ufrin

Mel-aɣ abrid n tmusni.

 

S lemṣabeḥ

D isufaḍ caεlen

A lah a lah

A nekkes agu

Γef ulawen

A zziyaṛi

 

Wi bɣun ad iẓur a d-yass

A nawi abrid d asawen

Ar win yeṭṭfen igenwan

Yerna idurar d isaffen

Yeḥkem s igider aṛeqman

s lebṛaq a ɣ-id-yelli allen

A d-nẓur Ubdir-nni

A ɣ-d-yerr tigelda i iṛuḥen.

 

 

Allons! Partons!

Entamons le chemin

A lah a lah

L'étendard déployé

Tambours et chants

Pélerins!

 

Allons, mes amis, si nous partons

Nous prendrons le chemin de la paix

Nous honorerons les détenteurs des secrets

Auréolés de lumière

Ô Cheikh Mohand, le doux

Rends-nous la vue, nous t'en prions.

Aurélien de Taghaste (Saint Augustin)

Montre-nous le chemin de la connaissance

 

Avec nos lampes à huile

Avec nos torches allumées

A lah a lah

Nous ôterons la brume

Sur les coeurs,

Pélerins!

 

Celui qui veut faire le pélerinage, vienne,

Nous prendrons le chemin vers le sommet

Vers celui qui tient les cieux

Et les montagnes et les fleuves

Celui qui gouverne avec son aigle bariolé

De son éclair, ils nous ouvrira les yeux,

Nous honorerons Jupiter,

Il nous rendra le royaume perdu.

 

            Dans sa rage, l'Arabo-Musulman, qui n'arrive pas à s'emparer de cet "ignorant" paysan kabyle, le qualifie tantôt de Juif, tantôt de Chrétien, tantôt de mécréant ou encore de mangeur de porc ou de Bacchusien. Mais tout cela lui importe peu. L'important pour lui est qu'on le laisse en paix, chez lui, parler sa langue, vivre son identité et sacrifier à tous les dieux.

            Il sait que le mal est plus profond que cela. Que cette guerre ne le touche pas lui uniquement. C'est le siècle de Malraux où tout est religieux. Le sujet dépasse les frontières de la Kabylie, parcelle de terre qui résiste à l'offensive monothéiste islamique. Partout dans le monde, on parle de religion. Mais exclusivement des religions monothéistes. Il est devenu presque impossible d'échapper à cela. Tout Kabyle est Musulman pour un Occidental lambda. Pas uniquement. Pour leurs Etats et leurs Médias aussi. On parle même de Musulmans laïcs. Il est devenu impossible aux intellectuels et philosophes de réfléchir en dehors de ces trois religions, séparées par le même Dieu.

            L'homme méditerranéen occidental est, aujourd'hui, incapable de réfléchir autrement qu'en fonction de ces trois croyances. Le Grec, le Romain, le Celte, le Germain, le Kabyle, l'Africain ont tous oublié leurs premières religions. On leur a dit que ce sont des mythologies et les ont abandonnées.  Toute la pensée religieuse s'est moulée dans l'évidence du monothéisme. Il devient de plus plus une fatalité. Même la Méditerranée est devenu le débat entre l'imam, le rabbin et le prêtre. Aucune place pour le païen. Les monothéistes monopolisent la parole, et ils sont tous d'accord pour cohabiter ensemble, sans jamais associer les Sans-Dieu, les païens et les animistes[12]. Tout le monde leur appartient. Ils ont le même combat : tous ensemble contre le monde d'Homère.

            Même les discussions entre Kabyles son envenimées par le monothéisme. Ils ne parlent que de Jésus, de Moise et de Mohamed. Personne ne parle d'Anzar, de leur dieu local, l'orphelin, le sans-temple. Toute discussion au sujet de la religion soulève des passions, ils parlent des religions que leur terre et leur culture n'ont pas produites. Mais c'est  à qui précipitera la Kabylie et les Kabyles dans des dogmes moyen-orientaux.

            Pourtant un consensus, si les Kabyles ont besoin absolument d'une religion pour vivre, est possible autour d'Anzar et des dieux païens. Les dieux nés dans les rivages de la Méditerranée. Les dieux chantés par le divin Homère.         

 



[1]          Ce texte nous rappelle le chant d'Aït Menguellet "Tizizwit/L'abeille" :

[2]          C'est ainsi que ça se passe dans toutes les communautés humaines, depuis les temps primitifs, où des chamanes, faisant liaison entre les hommes et les dieux vivaient sur le dos des chasseurs et des cueilleurs. Le paysan kabyle n'a donc rien inventé, il se contente de perpétuer une très vieille tradition, venant du fond des âges. Ces ancêtres ont servi successivement le chamane, le prêtre polythéiste, le prêtre chrétien, puis à la fin, l'imam musulman.

[3]   Pour les Grecs, l'hospitalité est un devoir : un étranger peut être un dieu, protégé par Zeus Xenios. Si Polyphème a été châtié par Ulysse et ses compagnons, c'est parce qu'il n'a pas respecté ce devoir. Dans l'Odyssée, on voit Télémaque recevoir Mantès ou Mentor, c'est-à-dire Athéna déguisée en vieil ami d'Ulysse. Il l'invite d'abord à s'attabler à se délasser avant de lui demander qui il est et d'où il vient. L'important pour les Grecs c'est de recevoir l'autre sans préjugé.Selon Vernant, dans la Grèce moderne, quand un grec vous invite chez lui, il vous laisse sa place comme le ferait un Kabyle ou un Berbère en général.

[4]          Poème ancien repris par Mohand Ouali  dans sa chanson Aql-in γer yiri bb wasif/Me voici sur le bord du fleuve.

[5]          Le Destin, ayen yuran, n'est pas une invention des monothéistes. Le Destin ou la Destinée, chez les Grecs, est une divinité aveugle, inexorable,  issu de la Nuit et du Chaos, selon la Théogonie d'Hésiode. Toutes les autres divinités lui étaient soumises : les Cieux, la Terre, la Mer, et les Enfers étaient son Empire. Rien ne pouvait changer ce qu'il avait résolu. C'est une fatalité suivant laquelle tout arrivait dans le monde. Le plus puissant des dieux même, Zeus, ne pouvait fléchir le Destin en faveur ni des dieux, ni des hommes.   

[6]          Dans certains villages, on appelle le corbillard dans lequel les villageois transportent le mort pour l'enterrer Lbabur Qirwan/Le bâteau de Qirwan. Qirwan ne serait-il pas Chiron, le batelier qui fait traverser les morts, chez les Grecs, contre une obole, de la vie vers la mort. Obole que les Grecs mettent sous la langue du mort afin de pouvoir payer sa traversée d'un monde à un autre ? On peut peut-être rapprocher cette pratique de celle des Kabyles, qui consiste à attacher la mâchoire du mort, comme le rappelle Idir dans la chanson Lmut. Ce lien de la mâchoire, qui ferme la bouche, n'est-ce pas pour éviter que le mort perde son obole dans le passage du Fleuve de la Mort? La pièce a disparu, et il resterait un vestige de ce rite antique dans cette pratique répandue en Kabylie.

[7]          Après que Prométhée a façonné l'homme dans l'argile, Athèna lui a insufflé l'âme sous forme de papillon. C'est probablement cette âme qui redevient papillon après la mort, et qui revient, selon la tradition kabyle, rendre visite aux siens.

[8]          Rebbi vient probablement de l'hebreu Rabbin : chef spirituel d'une communauté israëlite ou bien du grec Erebos : dieu des ténèbres. Quant à Allah, celui-ci vient de l'hebreu Ilohim, autre nom de Dieu. 

[9]        Ubdir est la forme kabyle de Jupiter. Des femmes continuent de jurer par lui, notamment dans la région des At Wasif et ses alentours.

[10]         Hélios, est dans la religion grecque, la personnification du soleil et de la lumière. parfois il y a confusion entre Apollon, dieu du soleil et Hélios, dieu-soleil, d'autan qu'ils ont parfois le même surnom Phébus : le brillant. A noter aussi que le roi Massinissa adorait le soleil et la lune. Lorsqu'il accueillit son ami P. Cornelius Scipion, il dit : "Je te rends grâce Soleil très Haut et vous autres divinités du ciel de ce qu'il me donne avant de quitter la vie d'ici-bas de voir sous mon toit, dans mon royaume, P. Cornelius Scipion."

[11]         A ce sujet, l'Islamisme n'a fait que ce qu'a fait le Christianisme avant lui en arrivant en Méditerranée. Il a détourné toutes les fêtes païennes en sa faveur, notamment les Pâques, le jour où les jeunes romains sortent dans les champs chercher les oeufs. Tradition  qui existe en Kabylie. Puis Noêl, l'invictus latin, fêtant le retour de la lumière, qui devient le jour de la nativité, par les soins de Saint Augustin. La Saint Valentin n'est pas en reste. C'est une vieille fête païenne, les Lupercale, fêtée à Rome, où il est permis aux jeunes Romains de s'accoupler, faire des enfants pour les besoins de l'armée de l'Empire. La religion polythéiste méditerranéenne a connu même le jeûne. Avant les Thesmophories d'Athènes, que les prêtresses de Démeter organisent, les participantes à la fête sont sommées de jeûner pendant trois jours. Trois jours pendant lesquelles elles préparent les gâteaux et toutes sortes de mets pour la grande fête. Le ramadhan que l'Arabo-Musulman nous impose aujourd'hui n'était donc pas inconnue dans l'antiquité. (Pour plus d'information sur la récupération du Christianisme des fêtes païennes, lire les articles sur Anzar.)

[12] D'ailleurs dès que l'on parle en Occident de retour au paganisme, on est soupçonné de collusion avec l'extrême droite, souvenir des paganistes des années 30 fascisants. Encore un ethnocentrisme européen, qui mêle spiritualité et idéologie.

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