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            La définition que les Grecs de l'antiquité donnent de la vérité est fondée, depuis au moins Héraclite, sur la notion de relativité. Nous constatons l'énorme fossé philosophique qui sépare cette vision relative grecque, dite universelle, et la vision absolutiste du monde oriental. Les Grecs voient la vérité comme une certitude dans un temps et dans un espace donnés ou une réalité pour la raison humaine[1]; de son côté, l'homme oriental la considère comme un mystère, qui dépasse nos sens et qui nous vient directement d' un Dieu au dessus de tout et de tous.

            La Méditerranée, dominée un moment par la culture gréco-romaine, a su s'ouvrir sur les sciences, les arts et la pensée rationnelle. L'avénement de la raison en Grèce, mondialisée par l'empire romain, a trouvé écho dans tout le territoire impérial, jusqu'à Alexandrie, en Egypte, ville fondée par Alexandre le Grand, qui a connu une grande activité intellectuelle, notamment dans les domaines de la philosophie, des mathématiques et de l'astronomie.

            L'Antiquité, à l'ére gréco-romaine, était un véritable sanctuaire des sciences et de la culture, avant que cet espace ne soit livré au monothéisme, venu d'Orient, détenteur de la parole absolue, livres à l'appui, d'un Dieu unique.  Le cas d'Hypatie[2] d'Alexandrie en est l'illustration.

            La chute de la Rome païenne a permis le triomphe des idées monothéistes, au départ avec le Christianisme, puis par la suite avec l'Islamisme. Le Christianisme, triomphant partout dans le monde romain, a réussi à s'étendre grâce aux langues grecque et latine, déjà d'usage dans le monde gréco-romain. Les monothéistes chrétiens empruntent à la culture païenne, notamment à la rhétorique grecque, pour l'utiliser au service de la propagation de leur nouvelle doctrine. Le Vatican va dans son entreprise de récupération jusqu'à reprendre les institutions politiques de l'Empire à son compte. Il s'empare de tous les trésors culturels et artistiques de l'antiquité et les fait siens, ce qui, par la suite, devient pour lui le patrimoine judéo-chrétien. 

            Pendant ce temps, l'Afrique du Nord, faisant partie de l'Empire romain, officiellement chrétien, devient chrétienne elle aussi. L'histoire raconte même que le Christianisme occidental latin est né en Afrique du Nord, et ce durant le Ier siècle de notre ére. Par ses "martyrs", l'Afrique du Nord tient une place majeure dans l'histoire du Christianisme. Les représentants les plus éminents de celui-ci sont Tertullien, Cyprien de Carthage et Augustin d'Hippone.  Comme vous le constatez, la voie du Christ était connue en ce continent bien avant que son enseignement n'atteigne l'Europe du Nord, l'Amérique et l'Extrême Orient.  Selon la tradition, cinquante ans seulement après le sermon que le Christ précha sur la montagne, l'Evangile avait déjà pris sur le sol nord-africain.

            La chute de l'Empire romain païen a cédé la place à l'Empire chrétien[3]. Pendant des siècles, ce dernier a mené une guerre permanente contre les croyances anciennes, tout en détruisant ce qui les représentait : temples, statues, parchemins, objets de cultes. Pour le reste, l'immatériel, comme les mythes et les écrits de certains philosophes comme Platon et Aristote, on le détourne au profit de la nouvelle religion.  Le Christianisme, dépourvu de langue sacrée, utilise les langues et la culture gréco-romaines pour s'étendre dans tout l'Empire, de l'Asie jusqu'à l'Europe du Nord, en passant par l'Afrique du Nord. Ces peuples, héritant de la culture gréco-romaine, n'avaient pas de problème pour intégrer cette religion, car elle s'adressait à eux dans leurs langues. C'est déjà le sens, dans les premiers temps du Christianisme, des Epitres de Saint Paul aux Athéniens et aux Corinthiens.

 

Deux mondes méditerrannéens gréco-romains

 

            A partir donc du IVème siècle de notre ère, l'Empire romain qui a unifié le bassin méditerranéen éclate en 395,  et se partage en deux, avant de s'effacer en 476 sous la pression des barbares[4]. C'est la fin de l'Antiquité, cependant, l'Empire romain[5] a laissé un important héritage : le pouvoir de l'empereur, la ville de Rome, la culture latine et de nombreuses régions. Quant à l'empire oriental, devenu Empire byzantin, par son territoire et sa capitale Byzance, il est l'héritier de l'Empire romain d'Orient. Il dure 1058 ans, de sa naissance en 395 jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Ainsi Constantinople change de nom et devient Istamboul jusqu'à nos jours.

            De 610 à 641, l'Empire byzantin est dirigé par Héraclius. Il parvient à reprendre aux Perses la Syrie et la Palestine. Mais cette reconquête est rapidement perdue par l'invasion arabe[6] qui de 632  à 646 submerge la Syrie, la Palestine, l'Arménie et l'Egypte. De 671 à 674, les Arabes assiègent sans succès Constantinople. C'est à cette période que l'Empire byzantin abandonne une partie de l'héritage romain. Le grec devient la langue administrative en évinçant le latin et l'imperator (empereur) devient basileus (roi).

            Constantinople tombe définitivement en 1453 aux mains des Turcs (Empire ottoman). La chute de Constantinople met fin à l'Empire byzantin. C'était la fin de la civilisation gréco-romaine, appelée civilisation byzantine, en Orient, mais pour l'Occident, qui hérita via l'Italie de cette civilisation, ce fut l'avènement de la Renaissance.  Notamment par l'arrivée en masse des artistes grecs à Florence, recrutés par les Médicis.

            Quant à l'Empire d'Occident, il devient la proie des peuples "barbares", organisés en plusieurs royaumes, dont le royaume franc de Clovis et ses descendants Mérovingiens. En 481, Clovis devient roi des Francs et règne sur la région de Tournai[7]. Il remportent des guerres sur d'autres royaumes "barbares" voisins et étend son royame aux frontières de la Gaule. Jusqu'à sa mort en 511, Clovis fait du royaume franc le plus puissant des royaumes "barbares" et y établit solidement la dynastie mérovingienne. Il choisit Paris pour capitale de son royaume. Païen, Clovis régnait sur des populations à majorité catholiques. Il se fait donc baptisé. Il fait passer un accord entre les rois francs et l'Eglise, ce qui contribue à renforcer la place du Catholicisme dans le royaume, ainsi que le pouvoir des rois. Mais à la mort de Clovis, les rois mérovingiens divisent le royaume franc en royaumes rivaux et perdent peu à peu tout pouvoir. Une nouvelle dynastie franque, les Carolingiens, s'empare finalement du pouvoir  et prend le pouvoir au milieu du VIIème siècle. En 768, Charlemagne devient roi des Francs. Il mène plusieurs guerres en particulier contre les Lombards et les Saxons, pour agrandir son royaume des Pyrénées jusqu'à la mer du Nord. Maître d'immenses territoires et défenseurs du Christianisme, Charlemagne (Charles le Grand) est couronné empereur, sur le modèle romain ancien, par le pape, à Rome, en 800. Pour gouverner efficacement, Charlemagne organise l'administration de l'Empire. Et pour instruire les administrateurs et les religieux de son empire, Charlemagne encourage la création d'écoles, où se mélangent les traditions antiques, chrétiennes et franques[8].  Ce renouveau culturel est le premier exemple d'une culture européenne.  C'est cette période que les historiens du Moyen-âge appellent la Renaissance carolingienne.

 

L'Afrique du Nord face à elle-même

 

            Dans "L'Algérie et son passé", André Berthier écrit : "Les Berbères romanisés avaient été loin dans l'assimilation. Ils avaient adopté la langue, les moeurs, même l'esprit de Rome qui put recruter chez eux des chevaliers et susciter une élite intellectuelle représentée par Apulée, Fronton, Tertullien et Saint Augustin. On ne dira jamais assez combien ils furent profondément christianisés[9]. Le nombre des Eglises est un sujet d'étonnement[10] car on en voit toujours plusieurs dans un bourg de moyenne étendue. Ce sont ces Berbères nombreux assimilés et christianisés que vint heurter la civilisation islamique."

            Civilisation islamique, à peine née, la voici conquérante. Après avoir soumis la Syrie, le Liban et l'Egypte, elle arrive aux portes de l'Afrique du Nord. La conquête se fera après plusieurs années de résistance, de 647 jusqu'à 713 de notre ère, notamment celle de la reine Dihya, morte en 701. La conquête arabo-islamique est achevée en 713. Entre temps, en 711, les premiers contingents, sous le commandement de Tarik Ibn Ziyad passent en Andalousie. Ils débarquent à Gibraltar (Jabel Tariq), anciennement Colonnes d'Hercule.

            Voilà ce que Fernand Braudel écrivait à propos de cette conquête, dans son ouvrage "Méditerranée, histoire et espace.": "Est-ce un hasard si la conquête foudroyante de l'Islam a été acceptée facilement par le Proche-Orient et par le double domaine de Carthage, l'Afrique du Nord et une partie de l'Espagne ? Nous l'avons dit le monde punique était mieux préparé en profondeur pour recevoir la civilisation de l'Islam que pour assimiler la loi romaine. Car la civilisation de l'Islam n'est pas seulement un apport, c'est aussi une continuité." - Il est vrai que le Proche-Orient est de culture orientale, Carthage la phénicienne aussi, mais affirmer que l'Afrique du Nord est de culture orientale, c'est aller trop vite en besogne. Peut-être que la présence des Phéniciens sur le littoral nord-africain a aidé à la propagation de l'Islam, mais Braudel oublie ici les 66 ans de résistance des Berbères et païens à la conquête islamique. Ce qui, à nos yeux, a facilité la reconversion des Berbères relevait des impôts. Ce qui explique le mot "Ddin" en arabe, qui signifie à la fois religion, impôt et dette.

            Pour Fernand Braudel, les Berbères n'ont pas eu de culture propre et ont tout reçu des Phéniciens. A propos de cela, voilà ce qu'il écrivait, toujours dans son ouvrage : "Méditerranée, histoire et espace." : "Il y a donc une symbiose grandissante de Carthage et des autres villes maritimes avec l'Afrique du Nord. Celle-ci, à peine sortie de l'âge de pierre, aura reçu presque tout de ses maîtres, des arbres fruitiers (oliviers, vigne, figuier, amandier, grenadier), de vinification et nombre de techniques artisanales. Carthage a été l'éducatrice et son imprégnation a été profonde. Au temps de Saint Augustin, quand l'Empire romain s'effondre, les paysans d'Afrique du Nord parlent encore le punique et se disent cananéens."

            Procédons maintenant, à l'analyse de ce paragraphe pour comprendre ce que pense monsieur Braudel de l'Afrique du Nord.  "A peine sortie  de l'âge de pierre..."- Voilà comment monsieur Braudel voyait l'Afrique du Nord une région à peine sortie de l'âge de pierre.  Appellation étrange quand on sait que l'Afrique, comme l'Europe, est arrivée à la fin de l'âge de pierre vers 4000 avant notre ére.  Puis quelques pages plus tard, quand il s'agit des peuples européens, voilà ce que monsieur Braudel disait : "De la à considérer que tout ce qu'ils (Les peuples européens) ont laissé de remarquable étaient simplement un emprunt à l'Orient "civilisé", il y avait qu'un pas, qui fut franchi bien à tort, comme le prouve la nouvelle chronologie fondée sur l'analyse du radiocarbone. Ainsi, les extraordinaires temples de Malte, ainsi les nourraghi de Sardaigne et des Baléares, les murailles et les grandes sépultures mégalithiques de l'Espagne méridionale - pour ne pas parler des mégalithes semés tout au long de la côte atlantique jusqu'au  Danemark et à la Norvège - tout cela qu'on avait considéré comme le reflet d'une "influence mycénienne", ou le résultat d'une première colonisation sporadique par le Proche-Orient, au IIème millinaire, tout cela se révèle aujourd'hui beaucoup plus ancien que Mycènes, parfois même que les monuments de l'Egypte elle-même." -

            Pour Fernand Braudel, il y aurait donc deux poids, deux mesures. Quand il s'agit de la civilisation de l'Europe, tout n'est pas aussi simple que le supposé emprunt systématique des Africains à leur "colonisateur." De plus si ce sont les Carthaginois qui ont ramené les arbres fruitiers en Afrique du Nord, si cela peut être vérifié par des fouilles ou d'autres documents historiques, où est le mal à ce que les Nord-Africains reçoivent des arbres fruitiers de la part des Phéniciens. La façon de présenter les choses nous montre tout simplement les Nord-Africains comme des primitifs recevant de leurs hôtes culture et nourriture. Par ailleurs, avec les peuples du Nord, les Phéniciens faisaient du commerce. Si par hasard les pays d'Europe avaient eux-aussi reçu les mêmes arbres fruitiers des Phéniciens, ce n'était sûrement pas, pour monsieur Braudel, de la même façon que les Nord-Africains. - Le coup de grâce, monsieur Braudel le porta à l'Africain du Nord dans la dernière phrase où il disait : "Au temps de Saint Augustin, qaund l'Empire romain s'effondre, les paysans d'Afrique du Nord parlent encore le punique et se disent cananéens." - Paysan d'Afrique du Nord ? De quelle région ? De Carthage ? De Numidie ? De Maurétanie ? D'où sort la langue berbère ? Remarque, dans ses explications expéditives, quand il s'agit des Africains du Nord, ils ont tout reçu de leurs maîtres. Carthage était une éducatrice, elle n'a pas seulement ramené de la nourriture pour ce peuple venant de sortir de l'âge pierre, elle lui a appris le punique, et peut-être même le berbère. Monsieur Braudel écrivait sûrement son histoire de l'Africain du Nord en pensant au bougnoul des bureaux arabes du XIXème siècle. Quant aux Cananéens, monsieur Braudel ignore que le paysan kabyle descend du chêne, l'arbre de Zeus-Ubdir-Jupiter. Illustré savamment par Aït Menguellet : "Di tasaft i d-giγ asγar, mačči d dderya uγanim/C'est du chêne que je me suis taillé le bois, je ne suis nullement pas fils de roseau."

            Comme tous les Historiens de la nouvelle géopolitique, Fernand Braudel dit du bien de tous les peuples, excepté les Berbères, qu'il méconnaît ou censure dans ses textes. A propos de l'invasion islamique, il disait que les Africains du Nord étaient préparés en profondeur, par les Phéniciens, pour recevoir la civilisation de l'Islam davantage que pour assimiler la loi romaine. Monsieur Braudel, dans sa fougue contre l'Africain du Nord, occulte les dirigeants de l'église romaine,  les papes nord-africains, les auteurs africains, ainsi que les empereurs qu'il a offert à Rome. Pour un peuple qui a mal assimilé la loi romaine, on ne peut pas dire que ce soit négligeable, tout de même !

            Voici l'acharnement dont sont victimes aujourd'hui les Berbères de la part des Historiens de service. Non seulement on les ignore au profit des Arabes, mais on les poursuit jusqu'au IXème siècle avant notre ère, pour les effacer en faveur des Phéniciens. Ils veulent tous arracher le chêne millénaire par la racine et planter à sa place le roseau, mais le paysan kabyle refuse de brûler son origine : "Wi bγan lḥeṛma a d-tagwar, ad yalli s adrar, ad yečč abeluḍ bu tcacit/Celui qui veut vivre dans la dignité, qu'il choisit la montagne, il mangera le gland au chapeau." dixit Idir.  Pour le paysan, monsieur les historiens négationistes, le gland sucré du chêne qui pousse sur une terre rocailleuse a le goût de la liberté.

 

La Kabylie, l'espoir de la Méditerranée occidentale

 

            L'acharnement du moment contre la Kabylie n'est pas une vue de l'esprit. Libre, elle réhabilitera et l'Afrique du Nord et la Méditerranée d'Europe du Sud. La Kabylie est un témoin gênant qui rappelle la Grèce ancienne et la Rome païenne. Le témoin doit mourir, afin de disculper le crime des monothéistes, venus d'Orient, celui d'avoir réussi à effacer sur les rivages de la Méditerranée le monde d'Homère et le paganisme gréco-latin.

            C'est pour cela que la Kabylie doit se débarrasser de sa schizophrénie. Choisir entre le relativisme universelle et l'absolutisme oriental. Elle ne peut vivre dans cette déchirure identitaire qui ne cesse de la tourmenter. Le choix de la renaissance est la meilleure voie qui lui assurera le salut et la liberté. Pour ce faire, le retour aux sources libyco-gréco-romaines est une condition sine qua non.  C'est seulement ainsi qu'elle sortira de la culture de la mort, d'un monde sans art, sans humanisme, sans philosophie, sans liberté et sans vie.

            C'est la vision de Mare Nostrum. 

 

                

                       

 


[1]Platon lui-même dans sa théorie des Formes ou des Idées est aussi relativiste quand il présente la Vérité à l'échelle de l'Homme, manifestation sensible, diverse de la Vérité en tant qu'Idée. En outre on ne peut comprendre Platon sans préciser que son "idéalisme transcendantal" est une réaction à la relativité généralisée professée par les Sophistes, dont le succès auprès des Athéniens ne peut être remis en cause.

[2]Hypatie d'Alexandrie, du grec Hypatia (vers 370 à 415 de notre ére), mathématicienne et philosophe grecque. Son père Théon d'Alexandrie est le dernier directeur du Musée d'Alexandrie, est éditeur et commentateur des textes mathématiques. Il éduque sa fille en l'initiant aux mathématiques et à la philosophie. Elle aurait même dirigé, suite à Plotin, l'école néoplatonicienne d'Alexandrie. Elle a écrit sur l'astronomie, notamment sur les Tables de Ptolémée. Ses exposés publics à Alexandrie, où elle défend les thèses néoplatoniciennes lui valent une grande renommée. Ses travaux ont disparu dans l'incendie final de la bibliothèque d'Alexandrie, cela explique sans doute sa faible notoriété. En mars 415, elle meurt lapidée, à l'âge de 45 ans, par des moines chrétiens sur ordre de Saint Cyrille, évêque d'Alexandrie. A rappeler que la bibliothèque d'Alexandrie a été brûlée la première fois en 395 sur l'ordre de  l'empereur Théodose, puis la seconde fois en 642 par Omar ibn Al-as, sur l'ordre du calife Omar Ibn El Khatab. 

[3]La division de l'Empire romain commença avec Dioclétien, il scinde le royaume en deux, avec à leur tête deux empereurs, les Augusti, qui gouvernaient l'Italie et la Grèce. Ce système dura jusqu'en 324  de notre ère; date à laquelle l'empereur Constantin Ier se débarrassa de son dernier rival Licinius, empereur d'Orient. Constantin, nommé Cesar, reconstruit Byzance et en fait sa capitale sous le nom de Constantinople et devient le seul empereur de tout l'Empire.

[4]Ironie du sort, le Christianisme, considéré comme secte par les Romains païens, une fois qu'il a triomphé, se met  à qualifier à son tour les peuples païens d'Europe du Nord de barbares.

[5]Au VIème siècle, l'empereur Justinien Ier tente de reconstituer l'Empire romain tel qu'il était quatre siècles auparavant, il parvient à reconquérir la partie occidentale de l'empire, à savoir l'Italie, l'Afrique du Nord (4a) et le Sud de l'Espagne. Mais rapidement, il les reperd face aux lombards, un peuple germanique, qui envahissent l'Italie. A noter que contrairement à la géopolitque moderne, l'Afrique du Nord était considérée par les Romains comme faisant partie du monde occidental, comme le démontre la reconquête de l'Empereur Justinien. 

[6]  F. Braudel écrit dans "Méditerranée, hitoire et espace" : "... L'histoire de l'Orient gréco-romain, que fonde la conquête du Proche-Orient par Alexandre, de 334 à 329 avnt J. -C. Cette longue histoire, écrivait Emile-Félix "a duré une dizaine de siècles (jusqu'aux conquêtes arabes de 634, 638 ou même 641) : une période de temps formidablement longue. Au bout de ces dix siècles, du jour au lendemain, au premier coup de sabre arabe, tout croule à tout jamais, la langue et la pensée grecque, les cadres occidentaux; tout s'évanouit en fumée; ces mille ans d'histoires sont localement comme s'ils n'avaient pas été." 

[7]Tournai : ville francophone située en Wallonie.

[8]Si les Arabes n'étaient pas venus en Afrique du Nord, la région connaîtrait peut-être le même modèle culturel que ses voisins du Nord, à savoir un mélange de traditions antiques, chrétiennes et berbères. Ce qui aurait fait connaître à coup sûr aux Nord Africains la Renaissance italienne. Et probablement tout un autre destin, qui sait ?   

[9]A rappeler que le Vatican a connu trois papes berbères : Victor Ier né dans l'actuelle Tunisie, il fut l'évêque de Rome, avant de devenir pape en 189. Son pontificat dure une dizaine d'années. Miltiade ou Melchiade, de 311 à 314. Puis Gélase Ier de 492 à 496. Quand nous entendons aujourd'hui : A quand un pape africain ? - Cela fait sourire. Encore une preuve que l'Afrique du Nord n'a jamais été orientale.

[10]Comme aujourd'hui avec les mosquées.

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