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Nous vous présentons ici le mythe de Prométhée1, le créateur de la race humaine2, selon la mythologie grecque, l'un des Titans, fils de Japet et de la nymphe Clyméné. Ses frères sont Epiméthée, Atlas et Ménoetis.

 

Un jour, selon Hésiode, une querelle éclata à Sycione, entre les hommes au sujet d’un taureau offert en sacrifice. Au moment du partage, personne n’était d’accord sur les morceaux qui devaient être consacrés aux dieux et ceux qui revenaient aux hommes. On appela Prométhée pour arbitrer le conflit. Celui-ci, après avoir dépecé et découpé le taureau, prend la peau et confectionne deux sacs. Il remplit le premier sac de chair qu’il dissimule sous l’estomac, qui est la partie la moins appétissante de l’animal; et le deuxième sac d’os qu’il cache sous une onctueuse couche de graisse blanche. Chose faite, il invite Zeus, roi des dieux, à choisir entre les sacs. Zeus se laisse tromper, prend le sac d’os couvert de graisse qui deviennent depuis ce jour-là la part3 réservée aux dieux.

Selon Jean-Pierre Vernant, Zeus connaissait Prométhée. Il le savait dieu à métis, un roublard, un menteur qui chercherait sûrement à le posséder en lui jouant un tour. Zeus comprend qu’il y a un coup fourré, mais il joue le jeu. Il choisit le sac d’os couvert de graisse blanche. En découvrant l’astuce, le roi des dieux fait semblant de se mettre dans une colère épouvantable, et pour se venger de ce fait, il décrète que dorénavant, au moment du sacrifice, les hommes grilleront sur l’autel4 les os en mettant un peu de graisse. Par conséquent les dieux auront la fumée des os et de la graisse et les hommes, au contraire, auront toute la viande qu’ils feront soit griller soit bouillir dans des chaudrons.

 

Consommer de la viande, selon Jean-Pierre Vernant, est un signe que les hommes sont mortels. Mortels car ils ont besoin de manger. Cela veut dire qu’après l’effort physique leurs forces s’usent et ils ont besoin de réparer l’usure de celles-ci. L’homme est une machine qui a besoin de manger, car il a des éclipses d’énergie. Tandis que les dieux, immortels, se nourrissent d’ambroisie, de nectar, de fumée et d’odeur. Ils n’ont pas besoin de manger.

 

Les Bouphonies d’Athènes

 

 

Les Bouphonies étaient une cérémonie de la Grèce antique. Les Bouphonies signifient littéralement la tuerie de boeufs. Le sacrifice est lié à Zeus Polieus, le Zeus de la cité. Une grande fête athénienne célébrée chaque année sur l’acropole. Ce culte met en scène un certain Sopatros, un étranger pratiquant l’agriculture en nomade à travers l’Attique. Cette pratique s’est développée à Athènes pendant la période classique.

 

Lors d’un sacrifice sur l’acropole, encore purement végétal, Sopatros abat d’un coup de hache un bœuf errant qui lui semble qui lui semble avoir commis une impiété5 en dévorant le gâteau aux céréales, destiné aux dieux, posé sur la table sacrée. Le « coupable » est un bœuf laboureur, animal qu‘il est en principe interdit de tuer, car lui aussi est paysan et partage la peine des hommes. A Athènes, le meurtrier d'un bœuf de labour est l’objet de malédictions proférées annuellement par les prêtres attiques à l’encontre de ceux qui ne respectent pas les règles fondamentales de la vie cultivée : partage de l'eau et du feu, enterrement des morts, indication du chemin aux égarés, etc.

 

Sa colère passée, Sopatros se juge coupable : il traite l’animal comme un humain en lui rendant les honneurs funèbres et suite à cela, il prend le chemin de l’exil.

 

Mais le jour où la sécheresse et la famine frappent la région de l’Attique, les Athéniens se rendent à Delphes pour consulter l’oracle. Celui-ci conseille aux Athéniens de rappeler l’exilé, seul susceptible de les libérer de la souillure. Il leur prescrit de châtier le coupable et de réitérer le même sacrifice en remettant la mort sur pied, c’est-à-dire, en tuant un autre bœuf. Mais pour que leurs maux prennent fin, les Athéniens doivent consommer la chair de la victime. L’Oracle d’Apollon met sur pied l’Institution du sacrifice sanglant.

 

Sopatros6 revenu, il met à mort un autre bœuf. Mais cette fois-ci avec l’autorisation de la communauté et pour la communauté. Pas coupable donc. Le coupable est plutôt le couteau qu’on jette à la mer après le sacrifice. Quant à la peau de l’animal, mis à mort, on la bourre de foin. Ainsi le bœuf reconstitué, est attelé à un char, tandis que les Athéniens festoient en se partageant la viande.

 

Toute la vie de la Grèce antique est imprégnée par la religion, les rites et les mythes : mariage, mort, funérailles, naissances, guerre, assemblées, diplomatie... Chaque évènement de la vie de la Polis, la cité, cadre fondamental de la civilisation grecque est lié aux divinités.

 

Le sacrifice dans la Grèce archaïque

 

Thuein est le verbe grec signifiant sacrifier. Sacrifice qui consiste à brûler pour les dieux, à leur apporter une offrande sous forme de fumée. Il y a deux sortes de sacrifice en Grèce : l‘holocauste où la victime est entièrement brûlée, puis la Thusia où seulement une partie de l’animal sacrifiée est brulée. Les dieux se nourrissent de la Knisa, la fumée, tandis que l‘autre partie de l‘animal est partagée et consommée par les hommes. La thusia tient une place centrale dans la vie de la cité.

 

Homère décrit plusieurs fois la thusia dans l’Odyssée, où les hommes sont dans le cadre de leur cité et non pas en guerre comme dans l’Iliade. Le sacrifice, dans l’œuvre d’Homère, se déroule dans l’oikos (la maison), sur un hieron (autel dans un sanctuaire) ou sur un bémos (espace sacrificiel propre). Le sacrifice domestique archaïque ne se fait pas sans la présence d’un prêtre. Ainsi, Nestor offre lui-même la thusia en tant que chef de famille, en présence de sa femme, de ses fils et de ses brus. Il sacrifie pour la déesse Athéna, qui accompagne Télémaque à la recherche d’Ulysse, afin que la divinité protège la famille de Nestor. ce qu’on appelle don et sacrifice privés.

 

Quant à la thusia publique, elle nécessite la présence d’un prêtre, un homme choisi pour sa piété, qui se tient à droite de l’autel, afin de diriger la cérémonie. Ce dernier, contrairement aux Romains, ne porte ni couronne ni vêtements sacerdotaux. L’animal de sacrifice est choisi avec soin, selon la divinité à laquelle on sacrifie. Le jour du sacrifice, une pompe (procession) accompagne au son de la flûte l’animal choisi, paré de fleurs autour des cornes. Ce qui retire toute apparence normale à la victime.

 

Arrivée à l’autel, devant le temple de la divinité pour laquelle on sacrifie, où un brûle-parfum diffuse des arômes de circonstances, la victime est confiée à un jeune homme, pendant que le sacrificateur plonge ses mains dans le loutérion7, contenant la kernips (eau lustrale), action qui doit couper le sacrificateur de la vie ordinaire pour pouvoir procéder au sacrifice. L’eau lustrale est présentée au sacrificateur par un deuxième jeune homme, qu’il transporte d’une main, puis de l’autre il tend le Kanoun, une corbeille contenant l’orge sacrée et le couteau. Puis derrière, suit un autre jeune homme, avec une coupe de libation.

 

Le premier rite de consécration consiste à verser de l’eau lustrale sur la tête de l’animal, puis jeter de l’orge sacré sur l’autel et les participants. Après cela, ils coupent quelques poils sur la tête de l’animal qu’ils jettent au feu. Et ils finissent avec une prière accompagnée d’un chant de flûte.

 

Timecreou Timezla, en Kabylie, se pratique sur une place publique, où convergent les hommes et les garçons du village. La cérémonie est réduite au strict minimum, elle n'est marquée par aucune forme rituelle. Le sacrifice se fait sous l'autorité du chef de village et de ses acolytes, le sacrificateur est choisi parmi les villageois ; celui qui sait égorger. La pratique est aujourd'hui laïque, elle ne nécessite ni prière ni présence de religieux.

 

Il y a quelques années encore, quand le boeuf était dépecé, ses viscères triés et lavés sur place, il était découpé en petits morceaux avec le reste de la viande. La vessie de la bête revenait, il y a encore quelques années, de droit au fils de l'égorgeur ou au garçon de son choix, si celui n'en a pas. La vessie de boeuf8, comme celle de tous les animaux qu'on sacrifie, est très convoitée par les garçons du village. Ces derniers soufflent dedans pour en faire des ballons de baudruche.

 

Le boeuf dépecé, les hommes passent à la découpe. Là, beaucoup d'autres hommes, ceux qui savent découper, assistent l'égorgeur. Après quoi, les responsables du village sortent leurs cahiers où est inscrit le nombre de foyers composant le village, ainsi que le nombre d'individus constituant chaque foyer. Puis ils étalent une bache ou des feuilles végétales, des fougères la plupart du temps, avant que l'opération de distribution commence. On fait des tas de viande selon le nombre de foyers, puis selon le nombre de ses membres. Restent la tête et les pieds, les responsables du village les mettent aux enchères. Quant à la peau, elle revient de droit à l'égorgeur. Sans oublier que celui-ci obtient d'office, en plus de sa part de viande en tant que citoyen du village, leḥq ujenwi/la part du couteau.

 

Comme vous le constatez, à travers la littérature grecque, nous avons trouvé des traces de ses traditions de rites sanglants. Rien n'a été omis. Nous trouvons de la documentation sur le sujet : description du rite, le sens de celui-ci, ainsi que le mythe lié à la pratique. Tout dans ses moindres détails. Des préparatifs jusqu'à la fin de la cérémonie. Ces pratiques sont identiques, dans le fond, à celles de l'homme grec, mais les rites et son mythe diffèrent dans la forme, d'un lieu à un autre, et d'une période à une autre. Les Bouphonies sont propres à Athènes et elles sont répandues dans l'Attique durant le Vème siècle avant notre ère.

Nous aurions beaucoup plus avancé aujourd'hui si nos ancêtres avaient écrit sur les sacrifices sanglants de leur époque. La comparaison avec les rites grecs et romains serait plus facile à énumérer. Nous connaîtrions mieux pourquoi nos ancêtres sacrifiaient, pour qui et comment ils procédaient, dans le détail, quand ils célébraient Timecreṭ.

 

Nous revenons toujours à cette histoire d'écriture. Sans l'écrit, les sociétés ont du mal à conserver intégralement et originalement leurs traditions, mythes et légendes. C'est la raison pour laquelle aujourd'hui, nous les Berbères, avons des difficultés à nous convaincre des ressemblances existantes entre notre société ancienne et celles des Grecs et des Romains. L'oralité persiste mais a du mal à sauvegarder les traditions authentiques. Elle subit beaucoup de transformations et cela pour plusieurs raisons, cela va de l'oubli à l'influence d'autres cultures, venues plus tard, entre autres, la culture arabo-islamique.

 

Sacrifice sanglant dans la Rome antique

 

Sacrifier, c'est rendre Sacer, rendre sacré : transférer quelque chose qui appartient aux hommes aux dieux. Le sacrifice sanglant s'appelle chez les Romains : immolatio, un mot latin qui signifie "consécration." Le geste sacrificiel, pour les Romains, comme pour les Grecs, était au coeur de la religion romaine traditionnelle. Il considèraient que la pietas, la piété, consistait à savoir sacrifier. Dans l'Empire romain, les sacrifices étaient célébrés selon le ritus romanus : le partage du banquet avec les dieux.

 

A Rome, le sacrifice se déroulait dans un espace ouvert, en face d'un temple quand il s'agissait du culte public. Il était célébré auprès d'un autel par celui qui détenait l'autorité: le père de famille dans le cadre domestique, les maîtres dans les collèges, les magistrats ou les prêtres dans la cité. Le rite commençait en début de journée. Les sacrifiants et les assistants devaient être préalablement purifiés dans l'eau et revêtus de vêtements propres9.

 

A Rome, comme en Grèce, les victimes choisies pour le sacrifice étaient toujours des animaux domestiques : bovins, ovins, porcins... L'animal est aussi choisi en fonction du sexe de la divinité. Ils étaient ornés de rameaux et couronnés de bandelettes blanches ou écarlates.

 

Une fois les préparatifs achevés, une procession se dirigeait vers l'autel (Ara). Le sacrifice commence par la praefatio: le jet de l'encens aux flammes d'un foyer circulaire (foculus) portatif, placé à côté de l'autel. Après cela, le célébrant versait du vin et de la mola salsa10 sur le dos de l'animal avant de faire passer sur l'échine de celui-ci un couteau, pour symboliser la consécration. Ensuite le sacrifiant assomait l'animal avant de l'égorger et de répandre son sang sur l'autel11.

 

L'animal égorgé, le sacrifiant l'ouvrait par le ventre pour extraire ses exta : foie, visicule biliaire, le péritoine et le coeur. Puis ils procèdaient à l'haruspice12 : inspection des exta pour s'assurer que la victime était acceptée par les dieux. Les viscères étaient cuites puis consacrées aux dieux dans le feu sacrificiel. Quant au reste de la viande, il était profané et puis consommé lors d'un banquet sacrificiel, sauf s'il s'agissait d'un holocauste, sacrifice voué aux divinités d'en bas, auquel cas la victime était complétement brulée.

 

La totalité du rituel était accompagnée de prières précisant la signification des gestes accomplis.

 

Nous remarquons que le sacrifice romain13, comme celui des Grecs, est composé de procession, de consécration, d'abattage et de banquet. Les rites grecs et romains ne se différencient que par quelques détails spécifiques. Ceux-là sont des ingrédients et des gestes que chaque peuple considèrait comme porteurs de son identité culturelle et religieuse.

 

Pour comprendre donc le sens de Timecreṭ ou de Timezla, il faut se rapporter aux cultures grecque et latine. Spécialement à la première. Par leur proximité géographique, la culture kabyle ancienne, dans sa forme, ressemble sur beaucoup de points à celle de ses voisins, surtout en ce qui concerne la fonction et la finalité du sacrifice, même cette dernière est vaste et variée chez les différentes communautés. Mais ces différents peuples ont tous et toujours sacrifié pour les mêmes causes : honorer les dieux et les déesses lors des fêtes annuelles, se purifier pour une faute commise, obtenir des divinités ce dont on a besoin: santé, retour d'un voyageur, le retour d'une expédition militaire, sécurité de l'Etat... Ces sacrifices demeurent jusqu'à nos jours en Kabylie, où l'on voit parfois des personnes âgées, rendre visite à des saints locaux, leur promettant des bêtes de sacrifice, s'ils font revenir leurs enfants exilés ou disparus. Quant à Timecreṭ, nous ignorons sa fonction, ainsi que sa finalité, hormis celle de perpétuer une tradition millénaire. Une tradition qui continue de lier les Kabyles à des temps immémoriaux et que leurs lointains ancêtres honoraient déjà.

 

La mise en relief de différences existant entre ces différentes communautés méditerranéennes nous permet de comprendre que les Kabyles avaient construit leur propre "religion" et leur propre "langue" pour communiquer avec les dieux. Bien sûr ces pratiques étaient différentes de celles des cultures grecque et latine. Il serait erroné de notre part de considérer la culture kabyle comme une réplique, voire un plagiat ou un calque de celles des Grecs et des Latins, même si elle partage avec celles-ci quelques traits généraux. La religion kabyle, comme toutes les expressions religieuses de ce peuple, est le résultat d'une segmentation de gestes qui ont une signification en eux-mêmes et qui constituent une tradition pour le peuple qui les pratique. Il en est de même aussi bien pour la culture romaine que pour celle des Grecs.

 

Le sens du sacrifice diffère d'un lieu à un autre et d'une époque à une autre, il va même jusqu'à "disparaître" chez certaines communautés. Mais rien ne disparaît tout à fait, mais les choses se transforment, changent de forme et de sens.

 

En Kabylie, le sacrifice s'appelle "asfel" ou "tasfelt". Actuellement ce mot est utilisé soit à propos de la mort d'un animal domestique, soit à propos de sacrifice humain : un homme mort à la guerre ou bien trahi par les siens. Dans le premier cas, quand une famille perd un animal domestique, les villageois lui disent : "Ad ig Ṛebbi d ayen d-iteddun γur-wen"/Que Dieu fasse que cette mort vous ait été destinée." - Forme abrégée. La formule complète se dit plutôt : ""Ad ig Ṛebbi d ayen d-iteddun γur-wen i yuγalen deg-s"/Que Dieu fasse que la mort qui vous a été envoyée ait rencontré cet animal." - Ou bien, les Kabyles utilisent le mot "sacrifice" quand ils parlent des hommes qui sont morts pendant la guerre d'Algérie et les différents évenements kabyles durant lesquels le pouvoir algérien a tué des jeunes Kabyles. On dit d'eux : "Ṛuḥen d asfel"/Ils se sont sacrifiés. C'est d'ailleurs la même chose que dit le pouvoir algérien et ses religieux des martyrs de la guerre et des moutons de l'Aïd El Kebir, ils vont au paradis. Cela réconforte beaucoup les orphelins de guerre et les enfants qui assistent au sacrifice du mouton. Mais ces mêmes autorités algériennes et ses religieux refusent d'envoyer les enfants de Kabylie tués par leurs armées au paradis. Ils sont morts pour la vie et la culture berbère, ceux-là ne méritent pas à leurs yeux d'aller au vaste paradis d'Allah. Ils se contentent de dédommager leurs familles, mais ils leur refusent le statut de martyrs, car morts pour la liberté, non pour Allah comme les anciens maquisards de la guerre, dont on dit : "Mmuten fi sabbil llah/Ils sont morts pour Allah14 : des sacrifiés de la guerre sainte.

 

Quand on égorge un boeuf pendant Timecṛet, on parle plutôt de Timezla (Saignée) ou de Ttewziεa (Partage de viande). On entend rarement le mot "Sacrifice". Mais le mot "Sfel" en kabyle ne désigne pas uniquement "Sacrifier", il peut aussi signifier précipiter, comme précipiter quelqu'un d'une falaise ou dans un abîme. Il y en a qui disent aussi "Zwer", comme dans "Zewren-t"/Ils l'ont donné en premier. Cette phrase dit la même chose que "Seflen-t"/Ils l'ont sacrifié. Nous pouvons même entendre "Zewren-t γef yefri"/Ils l'ont précipité d'un rocher.

 

Le mot kabyle Asfel/Sacrifice ou du moins son sens ne pourrait-il pas remonter aux temps fort lointains où les hommes sacrifiaient des humains ?

 

 

Le sacrifice humain

 

 

Le sacrifice humain est un rite religieux pratiqué par toutes les civilisations. Ne sont-ils pas morts en tant que martyrs ou soldats de Dieu ? Mais le discours monothéiste a tendance à considérer que mourir pour le Dieu d'Abraham est un sacrifice qui fait du bien au sacrifié, quant à celui des païens, il relève bien entendu de la sauvagerie et de l'ignorance. Le sacrifice humain n'a jamais cessé, il se pratique jusqu'à nos jours, sous d'autres oripeaux. Mourir pour Dieu, pour la Nation, pour des idées... enfin mourir pour un idéal est un acte de sacrifice. Certes les communautés ne sacrifient pas les hommes sur l'autel des temples, ils les poussent plutôt à se sacrifier de leur propre volonté, avant de les canoniser, de les diviniser comme les bêtes de sacrifice. Les Monothéistes n'égorgent-ils pas aujourd'hui au nom de leur divinité ? Ne lapident-ils pas au nom de leur divinité ? Ne mutilent-ils pas au nom de leur divinité ? - Pire, la victime du monothéisme, celle qu'on tue au nom de Dieu non pour Dieu, est diabolisée même après sa mort. Les monothéistes prétendent même avoir sauvé, des délices de la vie sans doute, celui à qui ils donnent la mort.

 

En changeant de forme sacrificielle, l'homme moderne et le monothéiste pensent avoir mis un terme au sacrifice humain. Que ne demande-t-on pas aux hommes de faire pour la Nation et Dieu ? N'attendons-nous pas des héros comme les sportifs, les militaires, les hommes politiques, les adeptes religieux de mourir pour la cause nationale ou religieuse ? Quelle est la différence entre l'acte suicidaire d'un kamikaze japonais et d'un intégriste musulman ?

 

 

En changeant les formes de violence, chaque peuple pense avoir dépassé la sauvagerie de son prédécesseur, pense avoir compris et atteint la maturité. Le sacrifice, pour les modernes, celui qu'ils pratiquent, est à leurs yeux nécessaire et bénéfique, contrairement à leurs prédecesseurs dont la violence serait purement barbare. Etre écrasé par la foule à la Mecque est un acte de providence, être lynché par une foule de monothéistes ou de nationalistes est une violence nécessaire, mais être lynché par les Bacchantes, cela relève de la pure barbarie.

 

L'homme moderne pense avoir le monopole de l'humanisme. Certes il ne massacre pas avec un gourdin comme l'homme primitif, ne brûle pas dans le feu comme le font certains fanatiques religieux du moyen-âge, l'homme moderne tue vite. A peine la victime ressent-elle la douleur. C'est là où réside l'humanisme de l'homme moderne: comment tuer sans que la victime ne souffre. Que penseront les futurs hommes, dans quelques siècles, des méthodes de l'homme actuel ? Ne penseraient-ils pas exactement comme nous le faisons de l'humanité qui nous a précédés ?

 

Qu'est-ce que le monothéiste a créé qui soit inconnu du polythéiste. La vie de l'au-delà existait aussi dans l'antiquité. Les héros grecs, comme les maquisards algériens, n'ont-ils pas fini leur aventure dans les champs Elysées chez Hadès, perdus derrière un buisson d'asphodèles ? Iphigénie n'a t-elle pas été remplacée in extremis, grâce à Artémis, par une biche sur l'autel de sacrifice comme ce fut le cas d'Issac, fils d'Abraham ? N'a-t-elle pas fini elle aussi sa vie comme prêtresse d'Artémis en Tauride comme ce fut le cas de Jésus qui a fini son ascension dans le royaume des cieux, chez son père éternel ?

 

Mais ainsi vont les choses, les Païens ont perdu, les païens sont barbares. Les monothéistes les accablent de tous les maux et de tous les défauts. Après tout, l'Histoire est écrite par les vainqueurs. Comme dirait G. Brassens : "Si la forme a changé, le fond reste le même." - Et ceux qui ne pensent pas comme sont des cons.

1 Prométhée : du grec Prométheùs : le prévoyant. Epiméthée : du grec Epiméthéùs : qui réfléchit après tout. La légende de ses deux jumeaux ressemble à la légende kabyle Uḥṛic d wungif : Uhric/L’éveillé et Ungif/Le simple d’esprit.

2 Selon la mythologie grecque, Prométhée aurait créé les hommes à partir d'eau et de terre. Athéna, déesse de la sagesse, introduit le souffle de vie, sous forme de papillon, dans ces corps d'argile. La vie ou l'âme est imaginée par les Kabyles sous forme de papillon. La nuit, dans les foyers kabyles, quand un papillon de nuit (Fertellis/Papillon des ténèbres) tourne autour de la lampe, on dit que c'est l'âme des ancêtres qui reviennent s'enquérir des leurs. Les papillons de nuit sont donc assimilés à l'âme des ancêtres selon la tradition.

3 Les Kabyles, quand ils consomment des céréales vertes, laissent toujours à la fin un grain collé à l’épi qu’il rejette dans le pré où ils l’ont cueilli. Ils le rendent au pré, qu‘ils disent. Il y en a qui appellent ce grain « Leḥq n lmalayekkat/La part des anges ». Ce mot existe aussi dans la tradition chrétienne. Rendre un grain de céréale au pré pourrait être d’origine païenne, qui signifierait au départ la part des dieux.

4 L’Autel s’appelle en grec Bômos. Il est généralement situé en plein air, souvent placé devant le temple. L’autel est un élément cultuel indispenable qui permet d’entrer en contact avec la divinité. Il est en pierre ou en marbre, rectangulaire, orienté, comporte des marches permettant l’accès à une plate-forme qui constitue un foyer sur lequel on brûle la partie destinée aux dieux célestes. Dans les sacrifices destinés aux divinités souterraines ou infernales, on pratique l’holocauste, où la victime est entièrement brûlée, la victime est posée sur un autel bas qu’on appelle en grec Bothros, c’est-à-dire directement sur le sol : une sorte de fosse, dans laquelle le sang de la victime coule et pénètre dans la terre jusqu’à la demeure des divinités infernales.

5 En s’incorporant les hiera, les offrandes consacrées, le bœuf s’est lui-même désigné comme une victime exigée par les dieux, conformément à la procédure de sélection de l’animal attestée dans de nombreux sacrifices de Zeus Polieus à travers le monde grec.

6 Dans la tradition berbère, égorger un animal, était il y a encore quelques temps une tâche réservée aux membres de la communauté de rang inférieur, comme les serfs, les étrangers, les criminels et les exilés de retour. Les armées arabo-islamistes, pour humilier Aksil, roi des Berbères, l’ont contraint à égorger des moutons. La tâche d’égorger des animaux est attribuée ou laissée en Kabylie spécialement aux affranchis/Imeftaḥen : des anciens serfs libérés.

7 Les objets nécessaires au sacrifice sont : 1) Kernips : eau lustrale contenue dans le loutérion. 2) Loutérion : plat ou bassin. 3) Kanoun: corbeille contenant l’orge sacré et le couteau (machaïra). 4) Sphageion : vase à sang. 5) Pelekus : la hache.

8 Pendant la fête du mouton, chaque foyer sacrifie un animal, et chaque foyer possède une vessie qui va à un garçon de la famille. Il arrive même que celle-ci devienne un objet de conflit entre les garçons de la même famille.

9 La tenue officielle que l'on revêtait en ce jour de célébration à Rome était la toge du citoyen.

10 La mola salsa est une mixture d'épeautre et de sel. La mixture représente le peuple romain. La mola salsa est un mélange porteur de l'identité romaine. comme l'orge l'est dans l'identité grecque. Durant les fêtes de mariages en Kabylie, la mère de la fiancée jette sur la foule soit du sel soit Aḍemin : un mélange de céréales et de sel pour éloigner de sa fille le mauvais oeil et conjurer tout mauvais présage.

11 Tout désordre survenant pendant le rite était synonyme de mauvais présage.

12 Le sacrifice qui n'avait pas reçu l'agrément des dieux était recommencé jusqu'à ce que les exta ne représentent aucune anomalie.

13 Contrairement aux Grecs, les Romains ne brûlent pas sur l'autel de la graisse et des os pour les dieux, mais des exta qu'ils arrosent de vin et de mola salsa.

14 Les religions monothéistes se targuent de ne pas sacrifier les humains. René Girard le dit de la religion chrétienne. Et pourtant tous les morts des guerres de religions soutiennent le contraire.

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