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Timecreṭ, voici une fête que chaque village de Kabylie célébre annuellement, aux environs de la fin d'automne, autrement dit à l'approche de l'hiver. A l'occasion, les habitants de ces villages, se cotisent, s'achètent un boeuf, deux ou même davantage1, selon la grandeur du village, l'égorgent et distribuent la viande par foyers (Tixxamin) d'abord, puis par têtes2 (Iqurra).

 

Le mot Timecreṭ vient peut-être du verbe Creḍ/Saigner. Etant donné que ce rite est de nature sanglante, nous pouvons donc, selon nous, traduire Timecreṭ, en français, par "La Saignée". Puis d'autres villages la surnomment Lewziεa/partage en arabe, ce qui fait allusion sûrement au partage de viandes.

 

Ce rite tient une grande place dans la société kabyle. Quoique personne ne soit en mesure de nous dire sa fonction, ni d'expliquer son sens. Encore un mystère que les villageois désignent par un acte traditionnel, hérité de leurs ancêtres. Quels ancêtres ? Des ancêtres les plus proches qui, comme leurs descendants, l'ont hérité à leur tour tel quel et qui, de fait, n'ont jamais appris le sens de cette cérémonie. Enfin, aujourd'hui, en Kabylie, personne ne sait où, quand et à quelle occasion cette cérémonie a commencé.

 

Contrairement à la cérémonie d'Anzar, le rite de Timecreṭ ne repose pas sur un mythe, ou bien celui-ci a tout simplement disparu comme beaucoup de mythes anciens d'ailleurs. La tradition s'est transmise oralement et a, en plus de cela, subi d'autres influences, venues d'autres cultures et croyances.

 

Timecreṭ a toutes les caractéristiques d'une fête archaïque. Les Kabyles, durant cette fête, sacrifient, à leur insu, un ou des boeufs pour les mêmes raisons que le faisaient il y a quelques siècles tous les peuples païens de la région. Ils sacrifient, comme ces peuples lointains, dans le temps et dans l’espace, pour les divinités afin d'obtenir d'elles quelques avantages indispensables à leur vie. Des avantages vitaux comme l'eau, la récolte, la santé, du beau temps pour naviguer, etc. La fête de Timecreṭ est aussi un événement de reconciliation entre les membres et les clans du village. Ainsi ils renforcent par elle leurs liens en mangeant de la viande ensemble.

 

De temps à autre, des personnes d’un certain âge, voire d’un âge certain, tentent de donner des explications à ce rite, mais cela reste en deçà de nos attentes. Ces personnes âgées insistent sur la nécessité de Timecreṭ, car c'est un héritage de nos aïeuxs et que nous, de notre côté, devons perpétuer. Telle est la force de la tradition, tout le monde est d'accord pour la perpétuer, mais aucun pour l'interroger. Cela donne souvent l'occasion aux religieux monothéistes de se saisir de tout fait religieux païen, soit pour le condamner ou le renier, soit pour le récupérer quand ils ne peuvent pas le faire disparaître3, en le travestissant et en l'adaptant à leurs convenances4. Il y même parmi ces monothéistes des gens qui tentent de confondre expressément Timecreṭ avec Taεacuṛt5, une fête musulmane, célébrée surtout dans les communautés chiites.

 

Les tentatives de récupération du fait païen sont légion, il en existe dans tous les domaines. C'est devenu un acte de mission. Les idéologues musulmans ont investi toutes les activités culturelles et artistiques du pays. Selon une connaissance, comédien de son état, il y a, à Alger, une troupe de théâtre qui joue la légende d'Anzar. Il nous rapporte que, quand arrive dans la pièce la séquence des prières, les comédiens se mettent à genoux pour prier Allah en récitant des versets coraniques. Cette troupe, selon lui, est généreusement subventionnée par les responsables culturels de la capitale, dans le but inavoué de semer la confusion dans la tête des Kabyles. Les comédiens vont même jusqu'à expliquer, pour flatter l'ego les Kabyles, que les Berbères étaient Musulmans avant même l'avènement de l'Islam. Le but de ce genre de manœuvre6, c'est bien sûr de montrer les Kabyles comme précurseurs de l'idée de l'Islam afin de les garder sous le joug de la religion révélée dans les confins du désert saoudien.

 

Nous n'allons pas nous étendre sur ces manœuvres colonialistes qui consistent à débaptiser tout ce qui est autochtone, cela va du travestissement des contes7, jusqu'aux noms des lieux afin de les rebaptiser par les noms issus de leurs culture et tradition. Toutes les régions de l'Afrique du Nord ont subi ces transformations. Les Musulmans ne se contentent pas d'islamiser nos âmes, ils veulent même sauver de la souillure notre terre. N'est-ce pas l'Afrique du Nord qui est devenu Maghreb ? Ils ne laissent rien au hasard. Même les montagnes qu'ils fuient et qu'ils dénigrent quand nous les glorifions n'ont pas échappé à la campagne d'arabisation et d'islamisation.

 

Nous avons déjà survolé ce genre de méthodes dans les articles précédents concernant le rite d'Anzar, nous les répétons pour ceux qui ne nous auraient pas lu auparavant. Nous souhaitons juste attirer votre attention sur la fatale stratégie que les monothéistes poursuivent afin d'étouffer et d'anéantir tout souvenir des religions anciennes. Voilà en quoi l'enseignement des religions est indispensable. C'est pour mettre fin à cette confusion : chaque époque a eu ses mythes et ses croyances. Il faut savoir distinguer entre le polythéisme et le monothéisme et ne pas mettre ce dernier où il n'a pas sa place. Le polythéisme est un système entier et bien structuré, surtout le polythéisme grec, repris par les Romains et diffusé à travers l'Empire. Les monothéistes doivent se garder de semer la confusion dans la tête des croyants et de reconnaître et de rendre à César ce qui est à César, comme l'avait si justement prêché l'un de leurs prophètes.

 

Les Kabyles doivent savoir les différences qui existent entre Anzar et le Dieu monothéiste, surnommé parfois Rebbi, puis parfois Allah. Le rite d'Anzar relève des mystères, où se réalise l'épiphanie de la divinité : moment où il apparaît aux yeux de ses adeptes pour épouser la jeune fille, que ces derniers lui offrent en sacrifice. La confusion qui s'entretient entre les deux divinités, l'une méditerranéenne et l'autre moyen-orientale, est le fait des stratèges monothéistes. Sinon pourquoi le prient-ils sur les scènes de théâtre, ce dieu païen, faux et mythique, en récitant des versets coraniques ? Les gêne-t-il au point de le détourner en leur faveur comme ils ont fait avec les dieux mineurs qu'ils ont traduit par Saddatt/Saints8, et qu'ils nous présentent comme nos pères fondateurs ? Les dieux païens sont-ils devenus eux-aussi Chrétiens et Musulmans ?

 

Dans le cas où les monothéistes se sentent en force et en confiance, ils sortent de leurs gonds et dévoilent ostensiblement leur mépris vis-à-vis des divinités païennes tel Anzar. D'autant que celui-ci, célébré exclusivement par les femmes, est devenu fragile et même objet à la raillerie des hommes, y compris kabyles. Car ces derniers, vaincus, dans leur volonté de ressembler aux vainqueurs, prennent la même posture que leurs dominateurs, qui les ont soumis à leur croyance. Ils les imitent en dévalorisant tout ce qu'ils possèdent. Ils imitent leurs maîtres dans leur façon de s'habiller, de manger, de parler et de mépriser les mauvais croyants. Un Kabyle qui revient de la Mecque, se voit tout de suite élevé au rang supérieur de la hiérarchie sociale, quoique pour les Arabo-islamistes, il ne reste qu'un paysan montagnard, ignorant des choses religieuses. Un hadj kabyle ne peut se valoir de ce titre "honorifique" que parmi les siens9. Ce même hadj qui bombe le torse comme un paon au village, se fait petit, voire insignifiant, en dépassant les frontières de la Kabylie10.

 

Le culte d'Anzar par son caractère féminin est donc relégué à la superstition, contrairement, à Timecreṭ, qui est un rite sanglant et masculin. Celui-ci demeure jusqu'à nos jours. Il revient même à la mode ces derniers temps. Chaque village sacrifie et, c'est la course à qui sacrifiera le plus de bœufs. Timecreṭ est donc la fête des hommes. C'est un rite sacré pour eux. Ils l'entourent d'un halo lumineux et le perpétuent dans le souci de sauvegarder la tradition. Nous sommes passés du rite païen où la victime est offerte à une divinité, à la répétition mécanique du sacrifice afin de sauver le rite de disparition. En fin de compte, si nous écoutons les intervenants parlant de cette tradition, seule, en ce moment, la sauvegarde de cet acte justifie son existence. Muséographie assumée par une société en perte de sens!

 

La Kabylie, exclue de toutes les grandes messes nationales par un pouvoir arabo-islamiste qui souligne son particularisme, s’accroche à ce rite qu’elle est seule à pratiquer, ce qui souligne davantage encore son particularisme. Une façon qu’a la Kabylie, par la célébration de ce rite, d'exclure, à son tour, le système qui ne tient pas compte de ses us et coutumes. Comme Anzar, Timecreṭ est un acte de résistance identitaire.

 

Certes, comme nous le lisons ici et là, le jour de Timecreṭ est un jour de fête, où tout le monde se réconcilie autour de la victime sacrifiée. La vue du sang et de la viande fraîche constitue un spectacle que les foules chérissent depuis les temps les plus reculés. Les hécatombes, les spectacles des gladiateurs de Rome, la fête du mouton, la dinde de noël, la corrida, la chasse à courre, le lynchage, la guillotine, la fusillade, la lapidation... tous ces rites et spectacles à répétition procurent aux hommes de la joie et de la jouissance.

 

Mais alors pourquoi la vue du sang, le toucher de la chair crue, la senteur des abats et la consommation collective de la viande rendent-ils si heureuses les foules ?

 

Timecreṭ est un rite sacrificiel, donc religieux. Les hommes sacrifient pour les dieux et les déesses et "chaque groupe humain, selon René Girard, en sacrifiant, veut s'assurer la possession exclusive de la divinité pour laquelle il sacrifie." - C'est probablement ce qui motive inconsciemment les habitants de chaque village kabyle à vouloir sacrifier plus de bêtes que le village voisin et rival.

 

Le rite de Timecreṭ est comme celui d'Anzar, il reproduit par imitation le crime fondateur. Il est soumis donc à des règles bien précises, voire à des codes sacrificiels que chaque communauté a adapté à ses convenances. Même si la pratique sacrificielle existe partout, seule la forme des rites changent d'un groupe humain à un autre, mais le fond du sacrifice reste identique. Chaque communauté pense être singulière dans sa façon de sacrifier, mais les variantes de sacrifice sont décisives dans les évolutions différentes des us et coutumes d'un groupement humain à un autre. Voilà ce que dit à ce sujet René Girard : "Toutes les communautés humaines développaient jadis les systèmes sacrificiels, tous différents les uns des autres, certes, car copiés sur des modèles jamais identiques mais analogues pour l'essentiel."

 

La pratique de Timecreṭ diffère d'un village à un autre, mais le but recherché dans le sacrifice est le même. C'est dans ce sens que René Girard écrit, dans son ouvrage "Le Sacrifice" : "Le rite sacrificiel est une manœuvre théâtrale." - Il est vrai que la cérémonie du sacrifice d'un boeuf durant Timecreṭ ne diffère pas dans son principe de représentation que le rite d'Anzar. Le rite, comme le théâtre, répond presque aux mêmes exigences et aux mêmes règles. Leur finalité est à la fois spirituelle et spectaculaire. Rien que son effet répétitif du crime primordial ou originel, cela donne au rite sacrificiel la même fonction que l'activité théâtrale, qui de son côté, est dans la mimétisme et la répétition des mythes fondateurs et des légendes fondatrices, comme le font les tragédies grecques. Comme il est advenu de toutes les institutions sociales et politiques : enterrements, mariages, carnavals, défilés militaires, jeux sportifs, cérémonies de fêtes nationales, etc. Toutes ces activités revêtent un aspect théâtral. Tout est soumis à la préparation, au mimétisme et à la répétition. Et selon René Girard, toutes ces institutions découlent du premier sacrifice rituel : "La première initiative culturelle de l'humanité est l'initiation du meurtre fondateur qui ne fait qu'un avec le sacrifice rituel."

 

Dans la Grèce antique, toutes les formes cultuelles adoptées par la religion des Grecs anciens, notamment celles qui rythment la vie sociale et politique dans la cité, comme les fêtes publiques et les jeux, elles se pratiquent toutes d'une façon rituelle et elles sont toutes couronnées d'offrandes et de sacrifices11.

 

Sacrifice, étymologiquement "fait de rendre sacré", le mot vient du latin Sacrificium. Il y a plusieurs formes de sacrifices : sacrifice sanglant; sacrifice non sanglant comme dans le rite d'Anzar, ou libation quand il s'agit d'offrir des matières liquides comme le vin et l'eau; puis il y a l'inauguration, ce dernier cas concerne l'offrande à une divinité quelconque d'une portion de sol12.

 

Timecreṭ fait partie des rites sanglants, on offre donc un bœuf ou plusieurs, ou bien d'autres animaux encore, aux divinités. Voici quelques exemples de cultes sanglants chez les Romains où le choix de l'animal sacrificiel dépend du dieu ou de la déesse pour laquelle on sacrifie : des taureaux, des verrats et des béliers pour Mars, dieu de la guerre; des boucs pour Vénus; des chèvres, des taureaux blancs aux cornes dorées, des brebis, ajouté à cela des libations de la farine, de sel13 et d'encens14 pour Jupiter15, roi des dieux et Junon, sa femme; des animaux de couleurs sombres16 et souvent en nombre impair pour Pluton, dieu de la mort dont les victimes sont toujours brûlées, non consommées, etc.

 

Les offrandes et les sacrifices peuvent être désintéressés ou motivés. L’offrande désintéressée peut se rencontrer en Kabylie par le dépôt de nourriture sur le tronc d'un olivier ou devant une grotte, notamment par les vieilles personnes, à l'attention des génies et des divinités, gardiens des champs, des chemins et des maisons. Quant aux offrandes et aux sacrifices motivés, ils peuvent êtres individuels ou collectifs: en Kabylie, il arrive que des familles sacrifient pour des saints17 afin d'avoir un garçon héritier, ou bien elles arrosent les fondations d'une nouvelle maison avec le sang d'un animal qu'elles égorgent pour consolider celles-ci; ils peuvent être collectifs, comme c'est le cas de Timecreṭ, d'Awesu18 ou d'Anzar, les deux rites sont pratiqués afin d'obtenir des avantages des dieux, comme l'obtention de la pluie, ou l'éloignement de leur villages et de leurs foyers des maladies, la malédiction et d'autres fléaux.

 

Pour les Grecs anciens, le sacrifice, et tout particulièrement le sacrifice sanglant, constitue le rite par excellence de l'activité des Hellènes, un rite majeur qui se trouve au centre de la vie des cités grecques. C'est grâce à ce rite que les Grecs communiquent régulièrement avec les dieux et, c'est à travers lui que les membres de la communauté renforcent les liens qui les unissent. Pourquoi Timecreṭ, rite sanglant, ne serait-il pas un lien entre les Kabyles et les dieux anciens ? C'est probablement par cet acte de sacrifice que les Kabyles continuent de montrer leur attachement aux anciennes divinités, même si celles-ci demeurent discrètes, cachées dans les méandres de la tradition, tout en se manifestant dans les mouvements de la nature, à travers l'avènement cyclique des saisons, les froids, les chaleurs, les pluies, les neiges, les foudres, etc.

 

Tant que durera la nature kabyle, le paganisme ne disparaîtra pas. Il est l'esprit de cette nature. Le paysage kabyle montagneux répond parfaitement aux besoins spirituels des paysans kabyles. Il existe toujours entre ces derniers et la nature kabyle, méditerranéenne et homérique, un rapport qui relève de la transcendance. C'est le domaine de la religion au sens large, englobant les croyances, les mythes, les spiritualités dans l'acception exacte du mot qui implique l'intervention divine dans tous les domaines de la vie, social, économique et politique. Chaque village forme un tout avec son environnement. Un environnement peuplé de divinités, de gardiens et de génies. Le paysage kabyle est hostile au monothéisme. Il lui a résisté et continue de le faire grâce à la magnificence de ses sommets montagneux qui refusent de courber l'échine devant les sirroccos du désert. Les voix et les lumières des divinités anciennes, les Kabyles les entendent et les voient à travers le grondement du tonnerre, le souffle des vents, le chant des oiseaux, la blancheur de la neige19, le lever et le coucher du soleil20 derrière la montagne, l'apparition de la lune argentée... Cela est profondément ancré dans leurs gènes, et tant qu'il y a les montagnes, rien ne pourra disputer leurs sommets aux aigles et aux chouettes, attributs des dieux païens. Tout est témoin de la méditerranée antique et des paysages d'Homère : oliviers, chênes, vignes, figues, laurier... C'est la terre des dieux.

 

Rien ne pourra détruire cet imaginaire, hérité des temps lointains. La Kabylie, par son environnement, est un musée à ciel ouvert, témoignant de la présence des dieux païens. Ils peuplent tous les lieux et tous les temps : les champs, les rivières, les plaines, les cimes, les chemins, les jours et les nuits. Ils nous accompagnent dans toutes nos activités et dans toutes nos créations. Ecoutons simplement le bruissement des feuilles d'olivier, il nous murmure une histoire : celle de notre passé; il nous raconte les poèmes et les contes anciens. Même corrompus, ceux_ci nous bercent et nous renvoient dans les temps immémoriaux. Ils nous racontent notre histoire et celle du monde. Même pauvres, nous dirons comme Idir: "Ḥemleγ-k, ay adrar-inu/Je t'aime, ma montagne."

 

Comment manifester sa gratitude à cette majestueuse montagne ? Le Kabyle ne se contente pas de la chanter, il lui sacrifie. Il le fait annuellement pour lui montrer combien elle est sacrée à ses yeux et à son cœur. Il arrose chaque année sa terre de sang de bœuf pour nourrir les morts et les divinités souterraines, dispensatrices de nourritures.

 

Voici donc le côté sacré de l'institution de Timecreṭ. Ne demandez pas au Kabyle de vous dire pourquoi et pour qui il sacrifie. La pratique est ancrée en lui. Elle est devenue une tradition, un devoir religieux, une célébration en mémoire de son passé, de ses ancêtres et des divinités anciennes qui continuent de vivre en lui et de hanter son imagination.

 

Timecreṭ n'est pas reconnue par le pouvoir algérien, d'obédience arabo-islamiste, car il sait que cette fête ne s'inscrit pas dans le calendrier islamique. Il sait que c'est une cérémonie païenne. Certes ce même pouvoir ne fait rien pour l'interdire, mais il l'occulte et la fait passer pour un non événement.

 

Nous entendons parfois certaines voix dites modernistes, remettre en cause l'archaïsme de ce rite. Ils reprochent aux Kabyles de gaspiller de l'argent en égorgeant des bœufs au lieu de l’investir dans des infrastructures utiles comme la construction de maisons de jeunes ou de bibliothèques ou encore d'autres lieux publics répondant aux besoins des populations... Nous partageons leur souci de sortir la Kabylie des carcans anciens, mais pourquoi ne disent-ils pas la même chose concernant les rites sacrificiels officiels musulmans comme la fête du mouton ? La fête du mouton serait-elle plus sacrée que Timecreṭ ? La fête du mouton serait-elle plus légitime que Timecreṭ ?

 

Certes les pratiques anciennes sont ruineuses et dépassées, mais la Kabylie a-t-elle intérêt ou simplement le choix de les dépasser. Harcelée et encerclée par l'arabo-islamise, qui l'empêche d'avancer vers la modernité, la Kabylie se recroqueville dans sa forteresse "archaïque", sa seule chance de survie. A côté de cela, la Kabylie célèbre aussi les fêtes archaïques des autres, mais en maintenant les siennes propres pour affirmer sa différence et sa spécificité. C'est sa seule planche de salut pour le moment. Elle n'aura le luxe de se débarrasser de toutes ces entraves qu'une fois libérée. En attendant, le combat ne peut s'orienter que vers le passé, car l'adversaire, pour ne pas dire l'ennemi, est volontairement et exclusivement passéiste. Et comme vous le savez tous : l'avenir ne sourit qu'à ceux qui avancent... et ceux qui osent franchir le Rubicon.

 

 

 

1 Il est vrai que le nombre de boeufs n'est pas limité. Chaque village peut s'offrir le maximum, selon ses moyens. Nous sommes dans l'esprit de l'hécatombe. Dans la Grèce antique, le mot hécatombe, qui veut dire littéralement cent boeufs, n'est que symbolique. Les communautés sacrifient juste ce qu'elles peuvent sacrifier. Le nombre varie d'un boeuf à cent. Mais c'est rarissime que le chiffre cent soit atteint.

2 Tête signifie dans ce cas précis individu. Le partage se fait d'abord en chambres égales (Tixxamin). Chaque foyer prend une chambre, puis vient le tour des individus (Iqurra), chaque individu prend un morceau de viande qu'on rajoute à la part du foyer auquel il appartient. Chaque famille prend à la fin selon le nombre de membres qui la constitue. De grandes parts pour les familles nombreuses et de petites pour les plus restreintes.

3 Il y a un petit mausolée sur la point d'Aẓru n Thuṛ : une ramification du Djurdjura, pas très loin de la ville de Michelet. Chaque année, des pèlerins vont visiter le lieu, pour faire la fête et manger ensemble dans le mausolée. Des religieux ont tenté plusieurs fois de dissuader les gens de la région de s'y rendre. Ils leur insinuaient que c'est une fête païenne, interdite dans l'Islam. Comme les gens continuaient d'y aller, ces religieux ont changé de stratégie. Ils ont mis un imam dans le mausolée afin de diriger les cérémonies. 2a : Aẓru n Thuṛ : le rocher de Thor. Thor est un horaire de prière islamique qui survient aux environs de 13h. Puis à côté de ce sommet montagneux, il y a Azru l-lεaseṛ : Lεaseṛ est un autre horaire d'une autre prière, celle qui suit la précédente. Les religieux ont donc changé jusqu'au nom de ces pics montagneux. En deux mots, ils les ont islamisés. Nous voudrions, à l'occasion, bien connaitre les noms anciens, en kabyle bien sûr, de ces deux majestueux sommets du Djurdjura ? 2b A Aẓru n Thuṛ, il y a une fontaine qui s'appelle Tala n yemqerqar/La fontaine des grenouilles. Cette fontaine nous rappelle l'histoire de Léto, accompagnée de ses enfants Apollon et d'Artémis. Tous les trois, poursuivis par la Junon, en raison de sa relation avec Jupiter, se sont retrouvés assoiffés sur les marges du fleuve de Lycie. Les paysans de ce pays, ayant peur de provoquer la colère de Junon, ont tenté d'empêcher Léto et ses enfants de s'abreuver. Suite à quoi, dans sa colère, Léto les transforma en grenouilles. Ovide, les métamorphoses.

4 Durant une émission sur une chaîne télévisuelle d'expression berbère, pour expliquer Timecreṭ, un imam nous raconte pourquoi son village sacrifiait des boeufs. Selon lui, les habitants de son village le font pour son ancêtre Ali, qui, un jour, il y a de cela fort longtemps, passait par ce village, qu'il trouva frappé durement par la sécheresse : une hydre occupait la fontaine et empêchait l'eau de couler. Son illustre ancêtre Ali tua le monstre et permit ainsi le retour de l'eau dans le village. Ce genre de légende est courante dans la tradition méditerranéenne, à rappeler à titres d'exemple : Apollon tuant le python de Delphes et Cadmos le serpent de Thèbes : deux monstres qui empêchaient les sources de couler.

5Achoura : fête musulmane qui se fête au dixième jour du mois de Muharram, le premier mois du calendrier musulman. L'Achoura a une origine qui remonte à la sortie d'Egypte des Enfants d'Israêl. Son nom vient du nombre 10 (Ashra en arabe). Cette fête revêt une grande importance pour les Chiites, mais mineure chez les Sunnites. Pour les Chiites, c'est l'occasion pour eux de commémorer le massacre de l'imam Husayn, des membres de sa famille et ses partisans par les Omeyyades à Kerbala. Les Chiites, pour se punir de n'avoir pas su protéger Husayn, effectuent un pèlerinage à Kerbala en se fouettant collectivement. L'Achoura est une occasion pour les Chiites d'expier les fautes de leurs ancêtres. En Irak, les pèlerins se frappent le dos avec des chaînes jusqu'au sang, au son des tambours et des chants religieux. En Inde, ils se martèlent la poitrine. Quant aux Sunnites, l'achoura est synonyme de deux jours de jeûne. Selon le hadith d'Abou Qatada, Mohamed a dit : "Ce jeûne efface les péchés de l'année précédente." Hadith rapporté par Moslim.3a : l'Achoura en Kabylie est fêtée un mois après Lεid tamuqrant/la grande fête du mouton, durant laquelle les croyants sacrifient des moutons pour sauver Isaak, le fils d'Abraham. Durant l'Achoura, en Kabylie, il est conseillé à chaque villageois aisé de céder un dixième de ce qu'il possède aux nécessiteux. Au dîner, les familles consomment de la viande salée, reste de la viande de la fête du mouton, avec du couscous bien sûr. L'Achoura, c'est aussi le jour du pèlerinage : les gens rendent visite aux saints locaux, dans les sanctuaires desquels on passe parfois même la nuit. Cette tradition est surtout une occasion pour que des jeunes hommes et des jeunes femmes se connaissent. Beaucoup d'alliances sont réalisées durant les fêtes autour de ces mausolées. 3b: Donner un dixième de sa fortune est une pratique qui remonte à l'Antiquité. Les paysans Grecs anciens avaient pour devoir de donner un dixième de leur récolte au temple d'Apollon. Les Grecs anciens l'appelaient : la dime. (Voir : "Apollon, le coûteau à la main", de Marcel Détienne.)

6Cette tentative de détournement et de falsification de l'Histoire ressemble à la légende rapportée par les chroniqueurs arabes qui certifient que la reine Dihya, reine des Berbères, avant de mourir, a conseillé à ses enfants d'épouser la nouvelle religion, c'est-à-dire l'Islam. Cela donne aux Berbères le sentiment d'avoir non pas subi cette religion, mais plutôt de l’avoir choisie.

7 Dans les contes kabyles, nous remarquons que le héros porte toujours un nom musulman comme Ali, un personnage récurrent censé pacifier le pays de ses monstres, notamment Awaγzen/Ogre, Tteryel/Ogresse et d'autres fléaux, qui gardent eux leurs consonances berbères. Ce qui reste de berbère dans les contes kabyles ce sont uniquement les monstres et les bêtes sauvages. Le sultan a pris la place d'Agellid/Roi, dont la fille, toujours belle, toujours du nom de Aïcha, est fortement convoitée par tous les hommes du pays, mais à la fin, elle revient souvent au héros, arabe et musulman, qui a réussi à tuer Talafsa/l'hydre, encore un monstre berbère dont le sultan, d'inspiration turco-islamique, doit se débarrasser pour gouverner à sa guise. Les Kabyles, inconsciemment, véhiculent dans leurs contes une piètre idée d'eux-mêmes. Ils répètent parfois des choses qui vont à leur encontre, et au profit du colonisateur arabo-musulman. Nos contes, sont-ils donc des contes kabyles ou anti-kabyles?

8 Les monothéistes ont procédé de la même façon en Grèce et en Italie. Ils ont remplacé, après la chute du paganisme et le triomphe du Christianisme, tous les noms des dieux et déesses anciens par ceux des Saints et Saintes chrétiennes. 8a En Grèce, il y a des moines orthodoxes qui habitent dans des grottes sur les flancs de montagne, notamment du côté des Météores. Ces moines ne descendent pas, ils laissent glisser leurs paniers vides du haut de leurs nids que les gens remplissent de boissons et de nourritures. Ils ont choisi de nidifier au flanc des montagnes afin de supplanter les locataires de l'Olympe païenne. 8b Au pied de Tamgout, en Kabylie, il y a une tombe que la tradition a baptisé "La tombe du géant" et que les religieux musulmans locaux ont remplacé par "La tombe du compagnon du prophète". Comment diantre le compagnon du prophète est-il arrivé à Tamgout ?8c) Le géant est un personnage légendaire récurrent en Kabylie. A côté de Maraghna, il y a dans le vieux cimetière d'un village abandonné un granit troué comme par un coup de poing, car on y voit sculptées des phalanges de doigts, et que les habitants de Maraghna appellent "Lbunya ujehli/Le coup de poing de l'ignorant", dont ils disent qu'il est leur ancêtre. Ils racontent que durant les guerres qui opposaient leur village aux villages alentours, leur ancêtre, un géant, arrachait des arbres et des rochers qu'il lançait comme des catapultes sur l'ennemi. Cela nous rappelle "La gigantomachie" et "La titanomachie" d'Hésiode, dans la Théogonie, où des géants et des Titans arrachaient des arbres et des rochers qu'ils lançaient contre les dieux et les déesses de l'Olympe. Très étrange cependant que les habitants de Maraghna surnomment leur ancêtre le géant Ajehli/L'ignorant, lui, qui les a sauvés de la disparition ? Connaissent-ils le vrai sens de ce mot ? Sont-ils victimes d'une campagne de dévalorisation de leur ancêtre mythique ? Le surnomment-ils « l'ignorant » par rapport aux dieux et aux déesses païens ou par rapport aux héros "pacificateurs" musulmans, tout en sachant que le mot Ajehli est d'origine arabe ?

9 Il en est de même pour les Saints kabyles, même les plus célèbres comme Cheikh Mohand Oulhocine, il n'est connu et reconnu que par les Kabyles.

10 Les religieux kabyles se voient inférieurs par rapport aux simples croyants arabes, car ces derniers descendent de la race et de la lignée du prophète. Ils pratiquent un Islam approximatif, selon les religieux arabes, qui n'a aucune valeur en dehors de la Kabylie. C'est l'Islam que certains intellectuels kabyles surnomment l'Islam kabyle et qu'ils tentent de nous vendre actuellement comme meilleur, car tolérant, selon eux. En vérité, les Kabyles, comme beaucoup de peuples issus du paganisme, ne pratiquent exclusivement aucune religion. Ils vivent le syncrétisme : un mélange de toutes les religions polythéistes et monothéistes. Peut-on donc parler d'un Islam kabyle ?

11 Les Sacrifices en Grèce peuvent être sanglants ou non sanglants. Dans ce dernier cas, on sacrifie des plantes et de la nourriture. Le feu est une composante essentielle dans les rites surtout dans les sacrifices sanglants: les dieux en effet se nourrissent de fumée (Thysia) sacrificielle, qui doit monter jusqu'au ciel.

12 En Kabylie, quand un individu souffre d'une maladie grave, sa famille offre à une divinité un arbre ou une parcelle de terre dans l'espoir d'obtenir de celle-ci la guérison du patient. Yefka taneqlett i Ṛebbi/Il a offert en sacrifice un figuier à dieu. On entend beaucoup ce genre de locutions en Kabylie. A partir du moment où une famille sacrifie une parcelle de terre ou un arbre pour racheter l'âme d'un patient, la chose offerte devient un bien à la fois divin et public. L'arbre ou la parcelle de terre une fois cédée, l'assemblée du village la donne chaque année à un pauvre qui n'a pas de terre ou d'arbres. Ce dernier peut profiter du fruit de l'arbre ou de la terre par lui cultivée, mais il ne deviendra jamais propriétaire de l'offrande. Les objets sacrifiés deviennent sacrés et restent la propriété exclusive du divin.

13 Il y a dans les cérémonies de mariage en Kabylie un élément à rapprocher des cultes antiques, quand la procession transporte la fiancée de la maison de ses parents vers celle du fiancé, la mère de celle-ci jette en arrière par dessus son épaule des grains de sel, afin d'éloigner de sa fille le mauvais oeil. Le sel, à cette cérémonie, ne serait-il pas sacrifié à Junon, femme de Jupiter, déesse des mariages et des naissances ? Elle est aussi la protectrice des foyers.

14 Le brûlage d'encens/Lğawi aussi est très répandu dans les maisons, en Afrique du Nord.

15 "Zlut tixsi, rnut awren, lembat γur-wen/Sacrifiez une brebis, préparez de la farine, nous passerons la nuit chez vous" : un chant ancien repris par Aït Menguellet en duo avec Idir. Lembat γur-wen/Nous passerons la nuit chez vous. Chez vous ne pourrait-il pas être le temple d'Ubdir/Jupiter, ou de Zeus-Amon, comme le temple de Karnak à Siwa, en Egypte?

16 Chaque fois que les Kabyles égorgent un animal pour le sacrifier afin de sauver de la mort un malade, il choisissent un animal de couleur noir : Ayazidh aberkan/Coq noir; aqelwac aberkan/Bouc noir. En Grèce, quand on sacrifie pour la divinité de la mort, on égorge l'animal en sorte à ce que le sang coule vers la terre, vers les souterrains pour nourrir les morts et les puissances des Enfers. Dans l'Odyssée, quand Ulysse descend chez Hadès pour voir Tirésias, il a d'abord, selon les conseils de Circé la magicienne, égorgé un bouc noir afin de nourrir avec son sang les morts de chez Hadès.

17 Les Saints ont pris la place des dieux païens, nous revenons donc à l'idée que nous avons développée dans les articles sur Anzar, à savoir, que les anciens peuples païens méditerranéens n'ont pas complètement abandonné le polythéisme. Ils ont plutôt réussi à paganiser le monothéisme. Toutes ces pratiques d'offrandes et de sacrifices, en dehors de la fête du mouton, sont condamnées par les Musulmans orthodoxes. Ils parlent de ces saints comme d'associés d'Allah: Icriken n Ṛebbi/Les associés de Dieu. Voilà pourquoi ils tentent aujourd'hui de réislamiser les Berbères de l'Afrique du Nord, notamment les Kabyles qu'ils considèrent comme de véritables païens, quand ils ne sont pas mécréants ou athées.

18 Awesu : probablement du latin Augustus/Août, période d'été allant du 12 juillet au 02 septembre. La fête d'Awesu s'organise pendant la première semaine du mois d'août, où les femmes Berbères, notamment en Tunisie et en Tripolitaine, prévoient trois nuits de plongée dans les vagues de la mer, où elles s'offrent au dieu de la mer afin de stimuler la fécondité et l'abondance. Il y a des endroits où les hommes accompagnent les femmes dans l'eau. Cette pratique est combattue par les monothéistes, notamment par l'évêque Saint Augustin.

19 Dans la vallée de Sidi Aïch, quand la neige couvre ses horizons, les habitants de cette localité sacrifient des taureaux pour remercier les dieux d'avoir arrosé leur terre de tant d'eau.

20 Cicéron cite les paroles d'accueil de Massinissa, roi de Numidie : "Je te rends grâces, Soleil très haut (Summe Sol), et vous, autres dieux du ciel, de ce que avant de quitter la vie d'ici-bas je vois sous mon toit, dans mon royaume, P., Cornelius Scipion." Cicéron, Songe de Scipion. 

 

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