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Nna Tassadit, une vieille femme kabyle, dans son champ, vaque à ses activités champêtres. C'est la cueillette des olives. Elle ramasse par terre des grains noirs tombés de l'arbre et les met dans un panier. A midi, elle se repose à l'ombre d'un olivier, ouvre son panier, en sort un peu de nourriture : un maigre repas constitué de figues sèches, d'huile d'olive et d'un morceau de galette. Elle se restaure avant de reprendre son travail. A la fin du repas, elle prend les restes de nourriture et les dépose sur le tronc de l'olivier tout en murmurant quelque prière, en guise de remerciement aux puissances surnaturelles, notamment les génies, gardiens vigilants de sa propriété.

Au moment où Nna Tassadit dépose de la nourriture, voilà que passe un homme, très au fait de la chose religieuse. Un homme pieux, bon musulman, qui n'hésite pas à remetre les gens égarés dans le droit chemin. En voyant Nna Tassadit effectuer son rituel en l'honneur de quelque divinité champêtre, notre religieux l'interpelle avec un sourire de condescendance au coin des lèvres:

- Que fais-tu là, vieille folle ?

Nna Tassadit lui répond :

- Mon devoir, mon fils. Je remercie les génies.

- Quels génies ?

- Les gardiens des lieux.

- Il n' y a aucun génie dans tes champs, vieille femme.

- Ne dis pas ça mon fils, tu risques d'attirer leurs foudres.

- Notre religion ne croit à aucun génie. N'associe pas d'autres forces à Allah. Il n'existe rien d'autre que Lui.

- Moi je ne suis pas instruite. Je fais ce que mes ancêtres ont toujours fait. Honorer les génies champêtres pour leur bienséance et leur bienfaisance.

- Tu te trompes, vieille femme.

- Peut-être, mais c'est la tradition.

- Fais-tu la prière ?

- Oui.

- Comment? tu fais la prière et tu crois aux génies ?

- Oui, je fais la prière et je crois aux génies.

- Je ne crois pas qu'Allah te l'accordera.

- C'est entre Lui et moi, mon fils.

- Tu n'es pas une bonne musulmane, ma mère.

- Je ne sais pas si je suis une bonne ou une mauvaise musulmane, mes ancêtres honoraient les génies et je le fais, un point c'est tout.

- Ce n'est pas comme ça que tu iras dans son paradis.

- Personne n'en est revenu.

- Tu blasphèmes, ma mère.

- Qui sait ?

- Moi je le sais. Je te dis que les génies n'existent pas.

- Peut-être, mais moi, je ne veux pas provoquer leur colère.

- Tu préfères peut-être provoquer celle d'Allah ?

- Non plus.

- Moi je te le dis, en vérité, Il ne te pardonnera pas.

- Lui seul est juge.

- C'est dans le Livre.

- Moi, je ne sais pas lire.

- Pourquoi ne consultes-tu pas ceux qui l'ont lu ?

- Penses-tu que je n'ai que ça à faire. Je n'ai même pas fini de ramasser les olives tombées du premier olivier.

- Je te parle de religion et tu me parles des olives. je perds mon temps avec toi, vieille mère. Il est temps d'aller prier en plus.

- Que Dieu te l'accorde, mon fils.

C'est ainsi qu'est fait l'esprit païen. Le païen ne détient aucune vérité, pour lui, tous les chemins de la foi mènent au repos céleste. Il respecte tous les dieux et toutes les croyances. Nous nous rappelons de la réponse d'un vieux sage païen romain, qui répond à la question d'un autre romain : "Crois-tu à l'existence des dieux des autres peuples?" - Le sage romain lui dit ceci : "Oui. Si les autres peuples possèdent des dieux autres que les nôtres, s'ils croient en eux, alors ils existent."

Les Romains, en occupant un territoire, ne détruisent pas les divinités des peuples conquis, au contraire, ils les honorent, leur donnent une place dans leur panthéon et les accueillent même en grande pompe à Rome. Preuve en est la pièce de monnaie de la province d'Afrique, sous le règne de l'empereur Hadrien1 : une pièce frappée à l'endroit par la figure de l'empereur et de dos par celle de la déesse Africa2, Tifrit en berbère, déesse de l'agriculture.

Pour cette vieille femme kabyle que nous venons d'entendre, le dogme n'est pas son affaire. Pour elle, peu importe dans quelle langue ou comment on prie, tous les chemins mènent à Rome, si ce n'est à Aγrum/La galette. Vous lui feriez visiter une église, elle allumerait un cierge; une synagogue, une bougie; une mosquée, elle prierait; mais ne vous attendez pas à ce qu'elle renonce à déposer de la nourriture devant les grottes, sur les margelles des fontaines, dans les jardins, sur les troncs d' oliviers, des chênes, des fresnes, pour les génies qui veillent sur les champs de son village. Ils sont, pour elles, aussi sacrés et aussi puissants que n'importe quelle puissance céleste, d'où qu'elle vienne. Telle est la mentalité païenne. Elle fait son devoir envers ses divinités, mais se garde de piétiner sur l'aire religieuse d'autrui. Elle ne fait pas de prosélytisme. Sa force fut aussi sa faiblesse: c'est peut-être la faille du paganisme, d'où sa défaite devant le monothéisme conquérant et prosélyte.

La Méditerranée, dans l'Antiquité, était peuplée de divinités multiples : chaque peuple avait ses dieux et ses déesses. Des navigateurs sillonnaient la petite mer, certains à la recherche de terres nouvelles pour y créer des colonies où ils élevaient des temples; d'autres voyageaient soit par soif de connaissances soit par soif de profits nouveaux avec d'autres peuples. Chacun de ces peuples transportait avec lui ses divinités, partout où il allait, mais sans négliger de rendre des cultes aux divinités découvertes au gré de ses voyages, leur trouvant toujours un point commun entre les divinités de la tribu. Le comparatisme était né de facto, comme l'illustre Hérodote dans toutes ses Enquêtes.

Mais avec l'avénement des cités, notamment grecques, et le désir des Grecs de mettre de l'ordre et de la hiérarchie dans un système polythéiste trop anarchique, on créea le panthéon, une espèce de parlement où siègent les dieux puissants de la Grèce, sous l'autorité d'un monarque suprème, le Père des cieux, Zeus, maître de l'Olympe. Pour certains penseurs, la désignation de Zeus3 comme maître absolu fut le premier pas vers le monothéisme.

Les philosophes grecs, de leur côté, se sont engouffrés dans le chaos originel, décrit par Hésiode, et ont tenté d'y mettre de l'ordre, un ordre rationnel celui-ci, contraire à celui du poète béotien, bâti sur des mythes. Héraclite, pour qui le feu est à l'origine de tout, institue Polemos, la guerre, comme le père et le roi de toutes choses : un dieu où s'unissent les contraires4 : le jour et la nuit, l'hiver et l'été, le bien et le mal..." - Puis vient Platon, sans remettre en cause les dieux célestes, il se lance dans la doctrine divine des astres. Il donne la parole à Timée qui évoque le Démiurge qu'il déclare comme créateur de l'univers. C'est sans doute la raison pour laquelle Nietzsche lui reproche, à cause du Démiurge, d'avoir préparé le lit au monothéisme biblique.

Pour Roger Arnaldez, dans "La Méditerranée, les hommes et l'héritage, (sous la direction de Georges Duby et Fernand Braudel) : "Cette évolution de la pensée grecque vers la conception d'un unique dieu fut sans doute longtemps retardée par les particularismes religieux des cités. On constate que dans cette émiettement politique aucune de ces cités n'a imposé aux autres son dieu protecteur particulier, et qu'aucune n'a d'ailleurs rejeté comme fausses divinités les dieux qui étaient honorés chez ses voisins. Avec l'empereur Alexandre naît un certain cosmopolitisme dont l'influence a été certaine dans l'affirmation de l'idée monothéiste en milieu grec. Le monde, le cosmos, est comme une grande cité. Il est un, il est ordonné dans l'unité de sa Loi. Celui qui le gouverne est donc un également, source de cet ordre parfaitement sage. C'est le Dieu unique5."

Voilà donc comment les choses ont évolué dans la Méditerranée occidentale6, dans les mondes grec et romain.

Mais de l'autre côté de la Méditerranée, en Orient, se développe une religion d'un autre genre, celle des Hébreux. Ces derniers, comme tous les autres peuples avaient aussi leur dieu, celui de leurs pères, Abraham, Isaac et Jacob ; mais contrairement à Zeus, qui, selon les philosophes du Portique, ne s'occupe que de sa vie, celui des Hébreux est jaloux, il voulait être seul à recevoir le culte des hommes, de tous les hommes. Cet Elohim, créateur de l'univers, s'affirme comme un dieu suprême, différent et maître de toutes les divinités, il intime même l'ordre à son peuple de se détourner des dieux païens et des peuples qui les idolâtrent. Il appelle le peuple d'Israël "mon peuple" et il veut que tous les hommes l'adore, d'où l'idée de "peuple élu."

Quand à la diaspora juive, installée un peu partout en Méditerranée, notamment en Grèce, en Egypte, à Rome, en Italie et en Afrique du Nord, malgré l'éparpillement du peuple juif, elle gardait une relation étroite avec Jérusalem et le Temple. Pour eux l'unité du Temple est symbole du monothéisme. A Rome, ils firent du prosélytisme. Pour Jean Gaudemet : "Leur refus de tout compromis avec le paganisme officiel, pourtant ouvert à toutes les religions orientales, leur fit beaucoup d'ennemis. Ce n'est au fond rien d'autre que leur monothéisme absolu et inflexible que Pline l'Ancien vise quand il dit d'eux : "qu'ils sont un peuple remarquable par leur blâme outrageant des divinités", "gens contumelia numinum insignis" ("Histoire Naturelle", 13,4,46)"

Puis vint un homme, il s'appellait Jésus de Nazareth. Comme Poséidon, il marche sur l'eau. Comme Alexandre Le Grand, il se proclame fils de Dieu, non pas de Zeus cette fois-ci, mais du Dieu d'Abraham, en l'occurence celui du Temple de Jérusalem. Mais faute de conquérir les pays, Jésus s'attaque aux âmes. Il arrache Dieu au peuple élu pour en faire un Dieu universel (catholique: de kata et holos, en direction de la totalité) autrement dit, pas uniquement des Juifs, mais aussi des Gentils (les Goys). Il le fait "tout amour", différent d'Eros, et le surnomme Agapé. Il va même jusqu'à se sacrifier par amour pour l'humanité. Sacrifice qui culpabilisa les siens jusqu'à les retourner contre le puissant Empire romain et contre les divinités païennes de celui-ci. Comme les Juifs de Rome, les Chrétiens de cette ville s'organisent et se mettent à enrôler de nouveaux adeptes dans leurs rangs. Mais le prosélytisme chrétien finit par l'emporter à cause de la conversion au Christianisme de l'Empereur Constantin.

Les Chrétiens, comme les Juifs, étudiaient aussi des livres sacrés, inspirés par Dieu, mais à la différence des seconds, les premiers avaient intégré de manière assumée dans leur religion la civilisation gréco-romaine païenne : philosophie, art et culture7. Ils avaient intégré dans leur réflexion Platon et Aristote, qui petit à petit devinrent leurs maîtres à penser. Les Chrétiens avaient toléré même l'iconographie et la représentaion artistiques païennes des divinités, pour leur besoin de propagande. Le Christianisme, devenu religion officielle de l'Empire romain, les Chrétiens se lancent dans l'entreprise d'évangélisation. Mais la nouvelle religion, même dynamique, n'arrivait pas vraiment à éradiquer les coutumes païennes. Faute de les supprimer, le Christianisme se lance dans la récupération des croyances antiques : la bénédiction des récoltes, des moissons, du bétail et de l'eau remplace les rites agraires; la substitution aux divinités des places publiques, comme les fontaines ou les carrefours, par des croix; la récupération des fêtes païennes comme Noêl et les Paques; le détournement des temples au profit de l'église; l'instauration du culte des Saints en remplacement de celui des dieux, de demi-dieux et des génies. L'Eglise, devenue puissante, se voulait l'héritière de l'Empire. Elle revendiquait même cet héritage en utilisant un testament apocryphe, signé de la main de Constantin, dans lequel il abandonnerait au pape Silvestre tout pouvoir sur Rome et sur l'Occident, dont l'Afrique du Nord8, chrétienne à l'époque. Ne dit-on pas à Rome, le pape9 a détruit l'Empire pour construire le Vatican ? Les institutions religieuses et politiques romaines furent, elles aussi, conservées, du moins dans leur libellé: on garde la coquille en la vidant de sa substance. Le pape n'est-il pas le Souverain Pontife, le Pontifex Maximus, charge qu'honora César et d'autres après lui? Ne rassemble-t-il pas la Curie des cardinaux, souvenir détourné du lieu où se réunissaient les Sénateurs romains dans leurs toges bordées de pourpre?

Ce document apocryphe qui attribue au Pape la suite des Principes romains n'a été déclaré comme faux qu'au XVème siècle par l'humaniste Laurent Valla. C'est le temps de la Renaissance, de l'affirmation de l'humanisme européen, des découvertes scientifiques, de la révolution artistique, de la perspective, de la démocratie, de la laïcité et des droits de l'Homme. Période dont n'a pas bénéficié malheureusement l'Afrique du Nord, devenu Maghreb, le Couchant, depuis déjà belles lurettes, à cause de l'invasion de l'Islam, une autre religion monothéiste orientale. Et depuis l'Afrique du Nord sommeille, couchée sur les vestiges oubliés de son histoire!

Ajoutée aux deux religions des Livres sus-évoquées, une autre religion se donna naissance dans le désert d'Arabie; les Chevaliers d'Allah l'ont propagée par les routes du désert sans aucune ombre, pas l'ombre d'un doute. Comme le Judaïsme et le Christianisme, tous nés dans la même région comme si le Dieu universel qu'ils prêchaient n'existait pas ailleurs, l'Islam reconnait le Dieu d'Abraham. Mais pour les adeptes de la nouvelle religion, écrit Roger Arnaldez, "il faut le restaurer car les Juifs et les Chrétiens l'ont faussé, en dissimulant ou en altérant les vérités contenues dans la Thora authentique et dans l'Evangile authentique, révélés aux prophètes Moise et Jésus."

Le monothéisme absolu est affirmé d'une façon verticale, brutale et tranchante comme un couperet, par le Coran tombé du ciel, à pic sur le prophète: "Prêche au nom de ton seigneur qui créa." - Un ordre clair adressé au prophète par un Dieu, qui, en général en chef, décrète, juge et gouverne d'en haut. Il est omniscient, omnipuissant et omniprésent. Un vrai monarque totalitaire, il commande et fait tout ce qu'Il veut. Aucun homme n'a le droit de l'interroger, au contraire, c'est à Lui seul de mener les interrogatoires. L'homme n'a pas à se poser de questions, n'a pas à douter, il n'a qu'à obéir et à se soumettre à la volonté d'Allah, d'où le mot "islam" signifiant "soumission."

Le Coran est descendu d'en haut, comme un sabre, tranchant avec les temps passés qu'il rejette dans le Chaos, (mais ce n'est plus celui poétique d'Hésiode) et qu'il surnomme "les temps de l'ignorance." Il coupe les hommes et les peuples de leur histoire. Le seul temps qui compte est celui de son avènement. Voilà pourquoi, on refuse aux Berbères le droit d'accéder à leur Histoire, une Histoire antique pleine de fausses divinités et de rois païens mécréants. Voilà pourquoi le Berbère islamisé, soumis à la nouvelle divinité, se refuse le droit de revendiquer son identité et son Histoire, de peur de trahir sa nouvelle foi. Des Berbères islamisés croient naïvement que leurs ancêtres païens sont de vulgaires ignorants.

La nouvelle religion commande à ses sujets de ne rien associer à Allah, et l'on ne doit obéir qu'à Lui. C'est le propos que révèle le pieux passant à notre vieille femme! Evoquer Anzar, c'est courir irrémédiablement à sa propre perte. Allah est le créateur de tout, Il est aussi celui qui donne à manger. Il prend pitié et pardonne aux repentis; Il recompense de paradis les croyants obéissants et grille dans son enfer les infidèles et les rebelles. Le dogme de l'Islam est l'unicité de Dieu. Les Musulmans dénoncent les divisions qui opposent les Juifs et les Chrétiens, et leur reprochent leur refus de reconnaître la Vérité de la Révélation de leur prophète, pourtant annoncé dans la vraie Torah et le vrai Evangile. C'est le dernier qui a parlé qui a raison! Du coup, il se propose comme restaurateur des fautes commises par leurs prédecesseurs et invite tous les Croyants à s'unir autour de sa vérité, l'unique et la seule vraie.

"Certes, écrit Roger Arnaldez, dans "Un seul dieu", par la simplicité de son dogme, l'Islam peut se présenter comme la foi qui devrait être commune aux trois monothéistes. Il demande aux Juifs et aux Chrétiens de retrancher de leurs croyances tout ce qu'ils y ont ajouté et qui n'est pas de Dieu à ses yeux."

L'Islam, en s'introduisant en Afrique du Nord, a coupé les peuples de cette région de leur passé, de leur culture et de leur identité. Pas seulement, il les a coupés du grand héritage gréco-romain, d'Athènes classique et de la Renaissance italienne. Voilà pourquoi le passage à la démocratie, aux valeurs de la liberté, des pays de cette région s'annonce difficile, voire quasi-impossible. L'Espoir, faute de temps, est étrangement retenu dans la jarre ouverte par les monothéismes orientaux! Que peut-il contre la Guerre, la Discorde, l'Ignorance, la Culpabilté, l'Amour qui culpabilise et la Haine qui tue?

Il ne suffit pas de réformer l'Islam, comme le proposent certaines âmes de bonne volonté, pour accéder à la démocratie et à l'universel. L'Afrique du Nord, extraite de son monde gréco-romain, a perdu le fil d'Ariane (vous savez celle que Dionysos recueillit sur l'île de Naxos) de son Histoire et de ses croyances premières. Entre le relativisme du Nord et l'absolutisme d'Orient, l'Africain du Nord navigue à vue, cherche à concilier l'inconciliable, tente de bâtir une République rationnelle dans un environnement irrationnel... On ne peut construire une Démocratie sans Athéna-la Raison. La Démocratie est grecque et elle n'est donnée qu'aux nations filles d'Athènes, comme on ne peut devenir humaniste sans la Renaissance culturelle et civilisationelle, si on ne croit pas en l'Homme, car l'humanisme n'est pas de Dieu, il est l'apanage de l'esprit humain, libre et inventif.

Voilà pourquoi, à Mare Nostrum, nous invitons les Berbères en général et le Kabyle en particulier, à rompre avec l'absolutisme oriental, à revoir son passé antique; à se reconcilier avec lui-même et ses ancêtres "ignorants"; à se redécouvrir à nouveau à travers ses premières croyances; à faire de son passé une chose pensée, à renaitre en se baignant dans les eaux de ses premières sources culturelles; à faire de ses arts jusque là folkoriques des arts majeurs; à représenter rationnellement la vision qu'il a du monde; à enseigner le grec et le latin dans ses écoles, deux langues de savoir, encore "vivantes" pour les riches tandis qu'on les dit "mortes" pour les pauvres.

Remarque : Encore aujourd'hui nous sommes toujours à Rome, celle des invasions barbares, qui ne sait plus ce qu'elle est et qui regarde son passé avec nostalgie et résignation. Observez ce qui se passe en France, société démocratique et laïque. Les communautés monothéistes qui y résident, guidées par des savants religieux parfois fanatiques ou des modérés révisionnistes, continuent, comme à Rome, de faire du prosélytisme; de se liguer contre l'héritage gréco-romain qui leur donne droit de cité, pour enseigner leur foi, valoriser leurs dogmes au détriment du polythéisme antique et du laïcisme républicain, et ne cessent de prétendre à la haute morale religieuse en tentant de limiter des libertés chèrement acquises, en se distinguant des autres hommes par leur façon de s'habiller, de manger, d'égorger des bêtes et d'enterrer séparément leurs morts, et ils ne finissent pas de plaider pour la construction des lieux de cultes, de sacraliser les familles orientales de leurs prophètes, de sanctifier les villes de la Révélation en comparaison probablement aux villes laïques souillées. Ils imposent de définir, parmi leurs concitoyens, ceux qu'ils prétendent "les leurs" par leur religion, même quand ces derniers n'en sont pas... Comme à Rome, ils refusent tout compromis avec les lois humaines, laïques et républicaines. Il y en a qui déclarent même la laïcité comme religion d'athées et de mécréants. Tout cela se fait au nom d'un Dieu monothéiste qui ne sait plus où donner de ses trois têtes.

Vivement le retour en Méditerranée occidentale du règne de Zeus-Jupiter-Ubdir, avec ses éclats de rire, père du parlement de la République olympienne, où règne la parité hommes-femmes10 ! Hommes libres, osons une autre Renaissance !

1 Hadrien (Imperator Caesar Traianus Hadrianus Augustus) né en 76 et mort en 138 de notre ère. Il est de la dynastie des Antonins. Il succède à Trajan en 117 et brègne jusqu'à sa mort. Empereur humaniste, poète, homme de lettre et philosophe. Il a la réputation d'homme pacifique, il rompt avec la politique expansionniste de l'Empire, s'attachant à pacifier et à organiser l'Empire tout en consildant ses frontières.

2 Africa : déesse africaine de l'agriculture. Du berbère Tifrit, déesse chtonienne. Pline, dans son Histoire Naturelle, écrivait qu' "en Afrique romaine, personne n'entreprenr rien sans avoir, au préalable, évoqué la déesse Africa." - La déesse Africa est représentée coiffée de la dépouille d'un éléphant, tenant une corne d'abondance, devant un modius de blé. On la trouve sur le revers de certaines pieèces de monnaie, sur les pierres gravées et sur certaines mosaïques. A Timgad, elle était la principale déesse du grand sanctuaire de l'Aqua Septimina Felix où elle était adorée en tant que Dea Patria, déesse de la Patrie. C'est à cause de la déesse que le Continent a pris le nom d'Afrique. Au départ, les Romains ne désignait par ce nom que l'Afrque du Nord. Aujourd'hui tout le continent s'appelle Afrique, excepté sa partie nord, qu'on surnomme honteusement Maghreb. Kateb Yacine nous dirait : "L'Afrique a perdu son Nord."

3 Les Romains, à leur tour, ont emprunté les dieux de leur panthéon aux Grecs, où Zeus devient Jupiter, Ubdir, chez les Kabyles.

4 "C'est de ce qui est en lutte que naît la plus belle harmonie : tout se fait par discorde", Héraclite.

5 Sous Alexandre Le Grand, ne voit-on pas Dieu unique à l'image du Grand Roi, grand gouverneur cosmopolite ? Quoique Alexandre se voulût fils de Zeus, roi des dieux. En 332 avant notre ère, le Grand Alexandre se rend même dans l'Oasis de Siwah, en Libye, où il fait reconnaître sa filiation divine. Dans le monde Grec, Amon est représenté avec la tête de Zeus portant des cornes de bélier. Le sanctuaire d'Amon est autant réputé dans le monde grec que les sanctuaires de Delphes et de Dodone.

6 Contrairement à l'époque actuelle qui considère l'Afrique du Nord comme orientale, les Romains voyaient cette région comme se situant à l'Occident, ce qui est d'une logique géographique assez indiscutable, on en conviendra! Dans son projet de reconquête des provinces perdues, l'Empereur Justinien (527-565), et pour rendre sa grandeur à l'Empire, il avait pour finalité la restauration de son intégrité territoriale, par la reconquête de l'Occident : l'Italie, l'Espagne et l'Afrique, passées sous la domination de chefs germaniques (Voir "le Miracle romain" de Jean Gaudemet, dans "La Méditerranée, les hommes et l'héritage, de Georges Duby et Fernand Braudel)

7 Il serait intéressant de regarder de plus près les textes de la Torah et d'y déceler des éléments de la rhétorique grecque classique, les Juifs appartenaient sans aucun doute au monde hellénistique. La traduction de la Septante est alexandrine et on ne peut pas douter que les savants juifs n'aient pas une formation rhétorique minimale. Saint Paul quand il prêche devant les Grecs leur parle dans une langue qu'ils connaissent et dans un style qu'ils peuvent comprendre.

8 Selon Claude Lepelley (né en 1934, Historien français, spécialiste de l'Antiquité tardive et de l'Afrique romaine), le Christianisme occidental latin est né en Afrique du Nord, au milieu du IIème siècle. L'Eglise d'Afrique a connu de grands penseurs. Le plus connu est Saint Augustin, père de l'Eglise dont la pensée devait avoir une grande influence sur le Christianisme au Moyen Âge et à l'époque moderne. Le Christianise ne prend fin en Afrique du Nord qu'au VIIème siècle, supllanté par l'Islam.

9 Selon Jean Gaudemet, dans le "Miracle romain", "le pouvoir du pape est une concession impériale"

10 A l'Olympe, siègent six dieux et six déesses.

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