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champoliviersgrece

            Par ses paysages et sa configuration géographique, la Kabylie ressemble plus au Sud de l'Europe, notamment au Sud de l'Italie et la Grèce, qu'aux autres régions africaines du nord, dans lesquelles elle est insérée politiquement. Elle partage avec les pays suscités les mêmes parfums, la même lumière, la même faune et la même flore. Nous n'avons qu'à consulter les noms des plantes et des animaux qui recouvrent les territoires de ces terres pour nous rendre compte qu'à l'origineces pays dérivent tous du même ensemble géographique. En outre, l'extension de la Grèce et de Rome ont permis des échanges culturels et commerciaux durant toute l'Antiquité entre les peuples résidant dans ces contrées. Durant toute l'Antiquité, cette partie du monde, qui s'étend de la Grèce jusqu'en Afrique du Nord en passant par l'Espagne s'appelait la Méditerranée occidentale.

            A la fin de l'Antiquité, cette Méditerranée occidentale jadis païenne, privée de ces protecteurs d'autrefois (i.e. la Grande Grèce et la Rome impériale) change de religions, la partie Sud islamisée et celle du Nord christianisée, ce qui a permis la reconfiguration de la région[1], l'une devient occidentale et l'autre orientale. La première est dominée à partir du XIIIème siècle par les Ottomans et la seconde par les pays de la rive nord de la Méditerranée, notamment les grandes cités italiennes : Pise, Gêne et Venise. Suite à la chute de l'Empire ottoman et le déclin des cités italiennes, la Méditerranée bascule à nouveau sous la domination des pays du Nord de l'Europe cette fois-ci, lesquels ont reconfiguré encore une fois l'espace méditerranéen pour l'élargir jusqu'en Orient, en intégrant dans son sillage le Moyen-Orient.

            Les puissances du Nord, notamment l'Angleterre, après avoir fait main-basse sur Gibraltar, anciennement Les Colonnes d'Hercule, et le Canal de Suez a fermé les deux portes maritimes principales qui permettaient à la marine italienne de naviguer en toute liberté. A cette époque, l'Amérique du Nord, pays émergent, commence à devenir une source de développement important, ce qui a fini par isoler certains pays méditerranéens, y compris l'Italie du Sud[2].

            Dans toute cette histoire qui a secoué le bassin méditerranéen, la Kabylie, faute de République et de marine, toujours repliée dans les montagnes, n'a joué pratiquement aucun rôle. Elle ne s'est jamais soucié de son littoral et elle a laissé tout le temps des étrangers s’y établir à leur guise sans jamais leur demander ni droit ni avantage. Pire, les Turcs ont dilapidé la totalité du patrimoine forestier kabyle pour construire leurs navires. Chaque fois qu'un envahisseur quitte le territoire, son territoire, le Kabyle ne tente pas de récupérer celui-ci, il attend l'arrivée du prochain[3].

           

La Kabylie à l'épreuve de la religion islamique

            La pénétration de l'Islam en Kabylie n'a aucunement aidé les Kabyles à se libérer. Cette religion ne portant pas de projets politiques d’émancipation de l’homme par son rôle civique, a éloigné les Kabyles de toute volonté de créer leur République. Il les a davantage maintenus dans le système tribal, en dehors de tout enjeu politique majeur. Le Kabyle musulman est devenu juste musulman, il appartient, à son insu, à un grand ensemble musulman indéfini, loin de la chose politique. Le Kabyle se contente de défendre sa tribu contre d'autres Kabyles de préférence; puis parfois, enrôlé et utilisé gratuitement comme chair à canon, de mourir pour la cause de son colonisateur.

            Faute de République, le Kabyle ne s'est jamais donné de frontières. Ce qui a permis à tous les envahisseurs de s'installer sur son territoire, spécialement dans les vallées, sans rencontrer aucune résistance. Le village est devenu la seule citadelle que le Kabyle défend quand celle-ci est attaquée.

            Tous les envahisseurs ont exploité à souhait les vallées de Kabylie. Tant que les Kabyles sont confinés dans leurs forteresses montagneuses, personne ne va les provoquer. Mais un Kabyle qui se perd en ville ou dans la vallée, à quelques kilomètres du village, risque de ne plus revoir les siens.

            Le Christianisme a continué politiquement dans la tradition gréco-romaine et il a utilisé à ses fins tous les moyens administratifs et sociaux et politiques du monde romain pour maintenir et répandre son pouvoir. Au contraire, l'Islam, lui, a continué à nourrir les guerres fratricides et le sentiment tribal, existant déjà chez les Kabyles. Loin de les unifier par un Etat ou un semblant de royaume, il les a transformés en croyants dociles envers l'envahisseur musulman et belliqueux envers les siens. Le manque de conscience politique[4] et l'enracinement du sentiment religieux en Kabylie ont fait du Kabyle un être fragile, qui poursuit la Tagmatt/La fratrie[5] au lieu de l'amitié, la vérité absolue au lieu de l'interêt, le Nnif/La dignité au lieu du savoir...  

            Le Kabyle n'a jamais choisi politiquement son appartenance, il se retrouve toujours embarqué dans des navires dont il ignore la destination. Tantôt il regarde vers l'Occident en ramant vers l'Est et vice-versa. A chaque délibération, il laisse ses notables religieux décider pour lui, car ces derniers, loin de n’être que de simples serviteurs de Dieu, jouent un rôle politique : celui de maintenir la Kabylie dans l'espace qu'on a choisi pour elle.

Le Kabyle et l'identité

            L'absence d'une identité kabyle forte pousse le Kabyle dépourvu de toute idéologie, qu'il voit comme un mal absolu, à prendre sur son dos de montagnard toutes les identités qu'on lui colle : Kabyle du bout des lèvres, Arabe à l'occasion, Musulman, Amazigh, Algérien, Méditerranéen, Maghrébin, Nord-Africain, Africain... N'est-ce pas trop de charges pour un être si fragile ? A force de revendiquer plusieurs identités ne finit-on pas mulet ou mule ?

La mule devient ainsi l’étendard de l’identité kabyle. Le mulet, la mule, la bête de somme présentée comme l’emblème de la Kabylie n’est-ce pas cette créature que l’on charge de porter et de faire connaître la fierté d’être kabyle, tout en la dénigrant, en la méprisant et en l’insultant ? N’est-ce pas ce même poids que l’on fait porter aux femmes kabyles quand on leur enjoint de porter la robe kabyle (dérivée d’une mode turque soit dit en passant) pour montrer leur attachement à leurs culture ?

Ainsi le Kabyle sous son fardeau d’identités – pris dans une culpabilité atavique, un reste sans doute chrétien - veut souffrir pour tout le monde dont il emprunte l'identité : pour les Amazigh, les Musulmans, les Algériens, les Africains, sans oublier tous ceux qui luttent à travers le monde contre l'injustice. Comme un religieux, c'est par la souffrance qu'il compte obtenir un peu de reconnaissance.

            Qu'est-ce qu'un Kabyle ? La question ne s'est jamais posée pour lui. Il sait pourquoi il est Algérien, Maghrébin, Africain, Amazigh, Musulman... Il essaye de trouver des réponses à tout cela, mais pas à son identité kabyle. C'est peut-être celle qu'il ignore le plus.

            Avec la peur de décevoir les intellectuels de la décolonisation, d'être traité de colonisable, le désir de plaire à l'intelligentsia de la bien-pensance, il développe des discours identitaires souvent confus, multiples et stériles. Comme dirait Nietzsche : "Si tu veux nuire à une cause, défends-la avec de mauvais arguments."

            Si dans ces cas de figures, le Kabyle se fait confiance, fait confiance à la sagesse kabyle qu'il revendique, il aurait méditer ce proverbe : "A bu snat, bru i yiwet/A celui qui convoite deux choses, lâche en une." - On ne peut courir deux lièvres à la fois.

La peur de choisir ou celle d'être libre ?

            Celui qui ignore son passé, ne peut pas choisir. On choisit pour lui. Telle est la loi de la vie. Le Kabyle est de tout temps dans cette impasse. Il a envie de s'émanciper, mais il a peur de sa propre ignorance. Son ignorance qui est devenue l'allié puissant de ses ennemis. Ceux qui le chargent de toutes les identités en herbe.

            Beaucoup d'intellectuels kabyles - et ce ne sont pas les pires - se définissent comme Africains du Nord, en opposition au monde arabe, mais être Africain du Nord exige aussi certains éclairages. Car l'Afrique du Nord, pour l'opinion publique mondiale, est plus connue pour son désert que pour ses montagnes et sa mer. Région dont les symboles vont de la datte au chameau, des choses rares, voire inexistantes en Kabylie. La Kabylie est pourvue d'autres symboles, c'est la terre du figuier, de la vigne, de l'olivier et du basilique. La Kabylie est intrinséquement méditerranéenne dans sa nature et dans son esprit.  

            L'identité ne se limite pas à la langue, encore moins à la religion, elle est un choix politique délibéré.

Quel choix identitaire reste-t-il donc pour un Kabyle ? Quoi que le Kabyle choisisse comme appartenance culturelle et civilisationnelle, si d’aventure il avait à choisir un jour, il doit tenir compte de tous les paramètres, jusqu'à la nature même de son sol. Etre Musulman ? c'est se perdre comme une goutte d'eau dans un océan islamisé, car que pesera un Kabyle musulman devant un Pakistanais ou un Afghan ? Etre Arabe ? que pèsera-t-il devant les Arabes d'Arabie ? Africain du Nord ? quel poids aura-t-il devant la majorité qui se revendique officiellement Arabe et Musulmane? Il doit s'affranchir de toute définition que lui attribuent les autres. Comme dirait l'autre : "Si tu ne t'occupes pas de toi-même, ton ennemi s'en chargera." et c'est ce que le Kabyle a fait durant toute son existence.

            Pour être soi, il faut s'émanciper de ceux qui t'empêche de l'être. Il faut que le Kabyle sache ce qu'il est réellement, apprenne à se définir lui-même, puis se bouche les oreilles au chant des houris, comme le grand Ulysse, qui, pour qu’ils restent Grecs, a bouché avec la cire les oreilles de ses compagnons pour ne pas succomber aux chants des sirènes. Lui, dans sa grandeur, les a écoutées, mais, dans sa prudence, en s'attachant avec des chaînes au mât de son navire.

C'est à ce prix que le Kabyle pourra sillonner la mer d'Homère, affronter les monstres se dressant sur son chemin, résister au chant des houris qui veulent le précipiter dans les ténèbres de la mort, et rentrer enfin chez lui, triomphant, dans sa patrie. La Nouvelle Numidie.  

      

           

 


[1]                A signaler que jusqu'à l'arrivée des Musulmans en Afrique du Nord, celle-ci appartenait encore à l'espace occidental.

[2]                L'Italie, même si elle a dominé la mer méditerranée au Moyen âge, n'avait, en dehors d'échanges commerciaux, pas d'ambition ou assez de puissance pour recouvrer les anciennes colonies romaines. Ce qui a laissé le champ libre à la flotte ottomane qui a fini par pousser ses avantages jusqu'en Egypte et en Afrique du Nord en soumettant complétement la Grèce. Empire qui ne tarde pas de décliner à son tour pour laisser place aux puissances du Nord qui s'arrogent toutes leurs anciennes possessions : La France occupe l'Afrique du Nord et l'Angleterre l'Egypte. Le déclin de la flotte italienne et la reprise de la piraterie dans l'Est du bassin méditerranéen a fini par avoir raison des routes commerciales qui faisaient jadis la puissance des peuples de Méditerranée. Cette région qui pendant des millénaires a joué le rôle de moteur de l'économie mondiale ne sera plus vouée qu'à jouer un rôle de second plan.

[3]                La France a laissé en partant des vignes en Kabylie. Les Kabyles ne s'en sont pas emparés comme l'aurait fait un autre peuple, ils ont attaendu le prochain oocupant pour s'en occuper. Le nouvel envahisseur, à savoir le pouvoir algérien, a légalement tout détruit dans l'unique but d'appauvrir la région. Ce qui a privé la Kabylie de posséder ses propres fabriques de vin à l'instar d'autres régions arabophones : Tlémcen, Mascara et autres. Les notables religieux kabyles n'étaient-ils pas complices dans cette campagne de paupérisation de la Kabylie quand on sait leur opposition à la consommation de vin en Kabylie ? Leurs arguments ne consistent pas à rappeler que le vin est interdit par la religion, ils prétendent que le vin risque de détruire la cohésion sociale qui existe entre Kabyles. Donc par amour pour leur région, ils l'ont privée d'une source économique importante, car ce secteur ne leur profite pas commercialement.    

[4]                La prise de "conscience" qu'ont eu les Kabyles, se disant Nationalistes algériens, ils la doivent à l'école française. Car la France coloniale, n'a pas ramené uniquement dans ses bagages des instruments de torture, elle a ramené aussi des livres prêchant la liberté. Pour enrôler les Kabyles dans la guerre, les Nationalistes algériens d'origine kabyle ont utilisé des arguments plus religieux que politiques : chasser le Roumi de la terre d'Islam, sans penser au retour de manivelle, à savoir que cet Islam, une fois triomphant, se retournera contre eux. Ce qui a inspiré sans doute Mouloud Feraoun pour dire : "Pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d'hier."  

[5]                A Alger, le Kabyle appelle un autre Kabyle "Gma"/Mon frère. A Paris, le Kabyle appelle un Arabe "Khouya"/Mon frère. Plus le Kabyle s'éloigne de son pays, plus il élargit son identité. Kabyle devant les Arabes et Arabe et Musulman devant le Roumi, c'est-à-dire le Chrétien. La notion de Tagmatt/La fratrie est la chose la plus partagée entre les Kabyles, entre les Arabes eux-mêmes, puis entre les Musulmans. L'ironie du sort, le Kabyle se retrouve même parfois frère d'un Pakistanais qui se situe beaucoup plus loin que le Roumi.

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