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"La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même pour devenir maître, et ne sait pas que ce n'est pas là qu'un fantasme produit par un nouveau noeud dans la lanière du maître"

 

Franz Kafka (1883-1924)

 

           

 

            Aujourd'hui, en Kabylie, comme partout ailleurs, tout être humain qui se revendique des croyances anciennes, à savoir le polythéisme antique, rebaptisées mythologies, est suspect d'hérésie par les monothéistes et de fascisme, au mieux de racisme, par les défenseurs du vivre ensemble, souvent démocrates et laïques, au dépend bien entendu des croyances anciennes qu'on a reléguées au domaine de l'art dans les pays puissants et à celui du folklore et de la superstition dans les pays moins développés.

 

            L'homme kabyle, comme la plupart de ses semblables d'ailleurs, exceptés les athées, est incapable d'envisager une autre religion en dehors du système monothéiste, quand c'est le cas, il se tourne vers le boudhisme ou un culte hindouiste toujours en activité. Quant à s'intéresser aux croyances de ces lointains ancêtres, la chose est pour lui inenvisageable. Anzar et autres divinités, peuplant ses mythes, il les pense comme ses dominateurs, dépassés. Pire, pour lui, ce sont des survivances des croyances de vieilles femmes.

 

            La femme exclue du culte officiel, ses croyances le sont aussi. Même si l'homme kabyle, par son allégeance à l'islam, il reste pour un Musulman, arabisé par l'islam, un mauvais Musulman, c'est-à-dire ne connaissant rien en la matière. La preuve est que même les religieux kabyles les plus connus en Kabylie ne sont pas reconnus en dehors des montagnes de Djurdjura. Cheikh Mohand est certes "déifié" chez les siens, mais pour un non-Kabyle, il n'était qu'un charlatan sans sainteté ni autorité.

 

            En commerce de croyance, l'homme kabyle ne peut démontrer sa supériorité spirituelle supposée par rapport à la femme que par sa croyance en la puissance divine des dominateurs, à savoir, le dieu de ses maîtres. Durant les périodes de sécheresse, la femme kabyle se tourne vers Anzar quand l'homme kabyle s'incline et s'agenouille devant l'unique, venu du désert. 

 

 

            Dans le village kabyle, la mosquée est réservée aux hommes. Un lieu interdit aux femmes, comme le marché et l'assemblée politique. Voici trois domaines où l'homme kabyle montre sa force vis-à-vis de la femme, trois domaines qu'on lui permet de gérer localement et dans lesquels il tire toute sa virilité et son honneur. Jurer par Iεessasen/les gardiens; par Ubdir/Jupiter; par taḥbult n yiṭij/l'astre solaire est, pour l'homme kabyle, une pratique de femmes. Lui, il jure par la Mecque, par le Coran, par Allah, par Rebbi, par Ṣṣellaḥ/Saints et par Jmaε Liman[1]/par tous les serments (Selon Jean-Marie Dallet)      

 

            En bon Méditerranéen, l'homme kabyle, partisan de la virilité, aime à se distinguer de la femme, et cela en tout, jusque dans le domaine de la croyance. La croyance féminine n'a pas évolué depuis l'âge archaïque grec, au moment où le polythéisme était la religion officielle de l'Etat, on accusait de magie et de superstitions tous les rites nocturnes attribués à la femme. L'homme kabyle pense que toutes les pratiques superstitieuses de leurs femmes sont secrétement dirigées contre eux. Cette idée ne fait pas uniquement l'unanimité chez les Musulmans, mais aussi chez les Chrétiens et à des degrés moindres chez les Polythéistes antiques. Mais pour ces derniers, contrairement aux religions monothéistes, les femmes jouaient officiellement un grand  rôle dans les rites diurnes des cités, il existait même des prêtresses à la tête des temples et des sanctuaires.

 

            Le choix de l'homme kabyle est déterminé donc par l'opposition à celui de la femme. Il tient la femme éloignée de tout ce qui est du domaine religieux,. Détenteur de la vérité absolue, à l'aide de sa nouvelle religion (sensible à la différence entre les sexes), il domine la femme qu'il souhaite bête de somme, domestique, objet sexuel, procréatrice de garçons, et croyante (en lui bien sûr). Le statut d'homme n'a de sens, pour le Kabyle, que par rapport à la femme. Toute la domination étrangère qu'il est contraint de subir, il la projette sur sa compagne. Il semble dire à ses maîtres : "J'accepte d'être humilié[2], laissez-moi juste humilier ma femme."

 

            Tel est  le quotidien de l'homme kabyle et de l'homme africain tout court. Cloisonné dans son esprit de colonisé, il se venge comme il peut. Selon Machiavel "Dans la nature, les oiseaux de taille moyenne poursuivent les petits pour oublier les gros qui les poursuivent derrière." L'homme colonisé, humilié, cherche à humilier plus faible que lui, et dans le cas de l'homme africain, il joue le dominant devant la femme. Il lui fait subir les mêmes lois dont il est victime. Et pour sauver son honneur et se convaincre de sa bravoure, il se met à croire au Dieu de son maître plus que dans le maître lui même, et va jusqu'à affirmer qu'il est plus croyant que celui-ci. Cela le rassure de se voir plus obéissant au Dieu du dominant et l'amène à supporter sa souffrance, à la trouver douce en se targuant d'avoir choisi lui-même sa croyance.

 

            L'homme kabyle se complaît dans la religion qu'il prétend avoir choisie, elle lui donne du pouvoir, celui d'un petit chef sur un ouvrier, celui d'un caporal sur un soldat simple, celui d'un esclave sur son épouse. L'homme kabyle ne peut se libérer de ce sentiment diffus de misogynie qu'une fois sorti de ses chaînes, de toutes les chaines qui l'entravent et qui l'empêchent d'avancer et de se libérer. Pourtant, il semble dire à ses hommes et femmes qui tentent de le libérer : sortez-moi de mon misérable oeuf, mais sans le casser.

 

            Cela dit, même si beaucoup de survivances païennes subsistent dans les pratiques religieuses des femmes, elles sont noyés dans d'autres pratiques, à savoir islamiques, judaïques et chrétiennes. Nous pourrons parler de Syncrétisme religieux regroupant toutes les religions que l'Afrique du Nord ait connues depuis des temps très lointains. Le paganisme féminin, en plus d'être timide, demeure inconscient et non assumé. Chaque époque a laissé son empreinte. Comme dirait Aït Menguellet : "Win i d-iṛuḥen, yebbwi-d ṛebbi-s d amεiwen/ Quiconque en venant a amené son dieu comme aide."

 

            Toutes ces pratiques religieuses féminines ne sont prises au sérieux, ni par le Kabyle lamda qui se pense bon musulman, ni par les intellectuels de tous bords, arabisants et francisants[3] confondus. Les premiers parlent de superstitions et les seconds d'animisme dépassé qu'ils rangent au mieux dans le folklore et les traditions archaïques. Ces pratiques sont attaquées de toutes parts, combattues et ridiculisées au point de les faire disparaître dans le paysage religieux kabyle, ce qui a fini par ouvrir une voie royale pour l'islamisme. L'intelligentia kabyle a consciemment ou inconsciemment participé, de mauvaise foi pour les uns et de bonne foi pour les autres, à la destruction des anciennes croyances[4], notamment féminines, ce qui a facilité la tâche au pouvoir algérien dans sa mission de réislamisation du pays kabyle.

 

            Le garçon kabyle, après ses premières années d'apprentissage chez sa mère qui lui apprend tout, notamment à parler en kabyle,  est pris en charge par son père qui intervient à l'adolescence pour en faire un homme, c'est-à-dire un contre-femme, un bon musulman, éloigné de la culture de sa mère.  Sa virilité ne sera confirmée que dans le choix de la religion de son père. Les hommes qui restent attachés à leur mère, c'est-à-dire à la culture, sont mal vus et mal considérés. Ce qui n'était pas le cas à Athènes ou à Rome, l'homme se distingue de la femme plus dans le domaine politique et des affaires. L'homme grec est citoyen, voire politique selon Aristote. L'homme kabyle est musulman. Musulman de principe, de jmaε liman, anti-femme et anti-culture. Ils laissent ces activités aux femmes : danser, chanter, raconter des histoires aux petits enfants. L'homme kabyle a d'autres chats à fouetter : pour manger, il imite son maître, parle comme lui, recrée sa langue qu'il parsème de mots arabes autoritaires, de formules religieuses  et de salamaleks. Il traite ses semblables qui ne versent pas dans la langue de redjla (c'est à dire se comporter comme un arabe, de préférence un gendarme ou un militaire, dragons de virilité) de femmelettes ou de vieilles. 

 

            L'exemple le plus frappant vient des jeunes kabyles qui passent leur service national ou militaire dans les contrées arabophones. Ils reviennent dans les villages avec d'autres comportements et une autre langue. Ils parlent comme Hadarat/Les officiers de la caserne. Ils imitent ces derniers dans leurs faits et gestes. Ils écoutent parfois la même musique qu'eux. Dans leur désir de ressembler à leurs maîtres[5], ils s'inventent une autorité qu'ils exercent faute de soldats subalternes contre leurs femmes et leurs soeurs. La caserne, la ville, la Mecque et même l'émigration en France transforment profondément l'homme kabyle. Combien d'émigrés d'anciennes générations, vivant en France, nous reviennent au village arabisés et islamisés, avec dans leurs bagages des disques de musiques arabes. Ce sont les plus enclins à dire "Nekwni s Waεṛaben/Nous les Arabes." Tout cela se vit dans un communautarisme religieux où les Kabyles cotoient les Arabes, notamment au mois de ramadan, où ils jeunent et fêtent ensemble[6] l'évènement dans les bars algériens en France. Ce sentiment d'appartenance du Kabyle à la communauté arabo-musulmane est accentué par la guerre où il s'associe à son voisin l'Arabe pour chasser d'Algérie le colon français. Période où le qualificatif Lxawa/Frères est devenu le leitmotiv de la "révolution".

 

 

 

            L'homme kabyle, animal religieux ?

 

 

 

            La religion a joué un rôle majeure durant la guerre d'Algérie que d'aucuns parlent à raison de "guerre sainte." Une guerre contre le Chrétien et tout ce qui vient du Nord de la Méditerranée. Le Kabyle, partie prenante active de cette guerre, s'est montré plus  acharné dans la libération d'un pays officiellement arabe d'identité et musulman de religion. Le Kabyle a combattu farouchement contre le nouveau colon pour libérer l'ancien, celui avec qui il partage la même religion depuis quelques siècles. L'Ancien colon qui, colonisé à son tour, s'est allié avec le colonisé Kabyle pour se libérer du nouveau et redevenir à nouveau maître des lieux. A peine libéré du récent colonialisme, le Kabyle se retrouve derechef sous le joug de celui de Lxawa[7]/Des frères, autrement dit l'ancien colon que la classe politique kabyle s'ingénie à présenter comme Berbère arabisé, c'est-à-dire comme une victime de l'idéologie arabo-islamiste et donc que le Kabyle doit comprendre et soutenir, mieux encore, auquel il doit s'adapter.

 

            Aveuglé par la justice, le Kabyle semble oublier l'essentiel: la politique[8]. Celle que les différents colons pratiquent à merveilles avec comme seul slogan "La fin justifie les moyens". En bon "serviteur", le Kabyle  affronte la mort pour défendre la cause de son ancien maître et finit toujours par trahir logiquement la sienne. Nous voyons encore de nos jours des Kabyles prêts à tuer leurs frères de sang pour sauver la religion de leurs maîtres. Ils utilisent les mêmes mots que leurs bourreaux à l'égard d'autres Kabyles qui refusent de courber l'échine[9]. Dans le souci de plaire à leurs supérieurs,  ils sont devenus leurs yeux, leurs oreilles et parfois même leurs bras armés dans le pays kabyle.   

 

 

 

            Le Kabyle pense qu'en luttant pour les interêts de son maître, il finira tôt ou tard par attirer ses bonnes grâces. Toute son existence est liée à la reconnaissance de l'autre et ce dans tous les domaines, linguistique et culturel surtout. Rien n'existe pour lui si l'autre, le dominant, ne le reconnait pas. Rien que pour que ce dernier lui permette de célébrer dans le folklore ses  traditions, il lui fait allégeance et s'engage à le faire dans le respect des constantes nationales, c'est-à-dire de son "ennemi". Toutes ces frustrations et ces humiliations subies, le Kabyle, dans sa condition de dominé, a fini par les renverser, à l'instar des peuples esclaves de Nietzsche, qui ont inversé toutes les valeurs : la peur devient de la prudence, la lâcheté de la tolérance et l'obéissance de la foi en Dieu, dans le Dieu du maître bien entendu.

 

           

 

            Peu de serviteurs[10] savent[11] qu'ils sont serviteurs. Beaucoup de Kabyles refusent l'idée que leurs ancêtres ont épousé l'islam par la force de l'épée. Ils se targuent d'être libres et et revendiquent le choix de l'islam par leurs ancêtres comme un acte volontaire. Il est des exemples dans la nature qui nous servent parfois d'illustration telle cette habitude qu'a le crapaud, terrorisé par la peur, d'entrer tout seul, dans la gueule ouverte d'un serpent[12].

 

            La situation de l'esclave qui cherche la reconnaissance de son maître est très bien décrite par Muḥend U Yeḥya dans "Akli d Sidi-s/L'esclave et son maître", une fable d'Esope qu'il a transposée en kabyle : un jour, un esclave rencontra un homme sage et lui raconta en pleurant les conditions misérables dans lesquelles il vivait. L'homme sage lui dit : "Ne t'inquiète pas, un jour, Dieu te récompensera." et il s'en fut. Un jour, alors que des bandits attaquèrent la nuit la demeure du maître, voilà que notre esclave se réveilla et les fit fuir. Le maître arrivé, l'esclave se mit à lui raconter comment il avait fait pour faire fuir les bandits et sauvé la maison de son maître. Le maître le regarda et lui dit "Hi hi hi !". Quelques jours plus tard, l'esclave rencontra à nouveau l'homme, il lui dit : "C'est vrai ce que tu m'avais dit l'autre jour, le bon Dieu m'a finalement recompensé." Le sage lui sourit : "Hi hi hi! Tu vois, je te l'avais prédit." Faut-il en vouloir au sage de ne pas avoir dit à l'esclave qu'en sauvant son maître, il aggravait sa situation et sa soumission? Ou faut-il déplorer que l'esclave n'ait pas compris cela tout seul? Suspendons notre jugement!

 

 

 

           

 



[1]  D'aucuns certifient que Jmaε Liman signifie Par toutes les croyances, arguments qu'utilisent souvent les partisans kabyles de la laïcité, pour prouver l'esprit de tolérance vis-à-vis des autres religions chez les Kabyles. Selon Jean-Marie Dallet Jmaε Liman signifie Par tous les serments, si l'on considère bien entendu que le mot Liman est la forme pluriel du mot Limin/Serment. Jmaε liman veut dire dans ce cas précis, "Je te jure par toutes les variantes de serments qui existent." "Par tous les serments" et "Par toutes les croyances" ont deux significations différentes. L'hypothèse de Jean-Marie Dallet est la plus probable, car Jmaε Liman, serment exclusivement masculin et d'inspiration islamique, ne peut embrasser d'autres religions que celle que la majorité des Kabyles pratiquent, à savoir l'islam.

[2]  On raconte que durant la guerre, une femme faisait la sentinelle au moment où son mari, un combattant armé, dînait à la maison. A l'approche des soldats ennemis, la femme apostropha son mari et lui dit : "Sauve-toi mon mari, ton mari vient d'arriver."

[3] Ces intellectuels francisants reconnaissent beaucoup de mérites à la femme kabyle. Ils lui reconnaisent surtout le mérite de transmission de la culture et de la langue kabyles. Mais concernant la religion, ils ont tendance à penser comme la majorité des hommes kabyles. Dans leur souci de débarrasser leur société de toute "superstition", la doter d'un esprit rationnel, ils ont réussi, à leur corps défendant, à chasser Iεessasen/Les génies ou les Gardiens que le pouvoir a vite remplacés par des imam et toutes sortes de charlatans islamiques.

[4] Les anciennes croyances ont subi le même sort partout où le monothéisme moyen-oriental s'est installé. Sinon comment expliquer le fait que les Européens, héritiers directs de la culture et de la civilisation gréco-romaine ont choisi en matière religieuse plutôt les croyances venues d'Orient. La Grèce ancienne avait-elle raison en tout sauf en religion ? Et pour les intellectuels kabyles, la femme kabyle, avait-elle raison uniquement dans la transmission de la langue et de la culture kabyles, mais pas de la religion ?  

[5] Ibn Kheldoun a écrit dans El-Muqdima : "Le dominé a tendance à imiter le dominant."

[6] Evènement que la télévision française reproduit annuellement jusqu'à nos jours, sous l'appellation "Nuit de ramadan", où les organisateurs regroupent autour du programme des artistes kabyles et arabophones. 

[7] Même le mot désignant la fratrie entre Kabyles et Arabes est d'origine arabe. Certes ce n'est qu'un mot pour désigner la relation unissant les deux groupes ethniques, mais le rapport de forces est en faveur de la langue arabe, la langue sacrée, celle du dominant. Le rapport de force linguistique en Algérie est révélateur des rapports politiques entre les Arabes (Dominants) et les Kabyles (Dominés). A tous les niveaux de la société, le Kabyle est sommé de parler arabe pour que son "Xuya" comprenne. Même en Kabylie, ses habitants, dès qu'ils ont à faire à un Arabe, se mettent à parler dans sa langue. Est-ce une forme de respect ? Est-ce une forme de soumission ? Si pour le Kabyle, s'adapter relève du respect, pour son frère-ennemi il en va autrement : il est le maître du pays et le Kabyle dominé doit se plier à ses exigences. Le rapport linguistique nous renseigne d'une façon significative de quel côté est le pouvoir.  

[8] Le rêve du Kabyle de construire un Etat fort et une société juste, basée sur des lois humaines, est confronté à la réalité de l'autre qui est exclusivement politique et dont la volonté est l'instauration des lois de Dieu, du sien bien entendu, pour perpetuer sa domination et son pouvoir. L'idée que le Kabyle se fait de l'Etat est celle de l'homme universel qui tient ses origines de la haute antiquité gréco-romaine, mais celle de son adversaire demeure purement orientale tirant ses origines de l'époque antique perse, où le pouvoir était concentré entre les mains du grand roi, choisi par les dieux. Cette tradition a continué avec le sultan ottoman, et de nos jours avec les raïs qui se considèrent comme les rerésentants de Dieu sur terre et qui ont droit de vie et de mort sur leurs sujets.

[9] Les noirs d'Afrique captivés durant la traite d'esclaves ont fini par épouser la religion de leurs maÎtres. Ils sont devenus même plus fanatiques que les premiers dans leur façon de pratiquer la religion. Les esclaves des plantations traîtaient leurs semblables, moins religieux et enclins à retrouver leur liberté, de gens égarés qui risquent d'attirer les foudres de Dieu sur eux. Le Dieu de l'ennemi est devenu du coup leur seul espoir qui les sauvera après la mort. Leur vie perdue, ils s'accrochaient au paradis et ils pensaient sincèrement qu'il le méritaient plus que leurs maîtres, considérant que Dieu leur avait subir l'esclavage comme pour éprouver leur foi en lui.

[10] Pour mieux comprendre cet état de l'esclave qui s'accroche à son statut, nous vous invitons à lire le livre d'Etienne de La Boétie "Discours sur la servitude volontaire"

[11] "J'ai libéré un millier d'esclaves, j'en aurais libéré un millier d'autres si seulement ils savaient qu'ils étaient des esclaves." Harriett Tubman (née en 182O/1822 à Maryland, morte en 1913 dans l'Etat de New York, esclave évadée.)

[12] Ajoutée à cela, l'attitude passive, inconsciemment complice, des politiques kabyles. Dépassés, incapable de défendre la liberté, ils passent les chaînes aux poignets de leurs  protégés en les persuadant que celles-ci ne sont pas un problème, elles n'entravent en rien le mouvement.

 

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