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un sacrifice source la documentation par limage 1952

Pour le monothéiste, Dieu est unique. La croyance, pour ce dernier, est très simple. Dieu, l'unique, est créateur de tout et il est éternel, c'est-à-dire, il n'est pas né et il est infini. Sans oublier qu'il est absolu, omniprésent, omniscient, transcendant, créateur de tout ce qui existe, associé au sacré, à la foi et au surnaturel. Dans le monothéisme, le sacré s'oppose au profane, le surnaturel au naturel, la foi à l'incroyance... Ce Dieu est séparé de l'univers, il peut le détruire quand il veut puisqu'il l'a créé et lui est créé de rien. Tout cela fonctionne en forme de dogme, chaque variante monothéiste est sanctionnée d'un livre sacré. En face, il y a l'homme, le contraire de Dieu. L'imparfait, l'ignorant, le barbare, enfin, celui qui vient au monde avec tous les défauts et les vices, qui est censé croire en Dieu, faire ce qu'Il lui ordonne dans Le(s) Livre(s), pour gagner une place au paradis. Entre-temps, le croyant vit dans la peur de l'Enfer et la culpabilité, celle de l'homme mauvais face à la perfection divine.

Le monothéisme se veut universel1, même si ses dogmes et ses variantes sont tous nés au Moyen Orient et nous racontent l'histoire de cette région et de certaines de ses familles "sacrées" dont quelques membres connaissaient Dieu en personne. Dieu unique est né au Moyen Orient et à propos voilà ce que Marcel Détienne disait dans son article A la découverte des Polythéismes, le Monde diplomatique, janvier 2011 : "Peut-être l'un (l'une) de ces lointains bipèdes a-t-il conçu la représentation d'un génie rêvant d'exclure tous les autres génies. Pour l'heure, nous devons nous contenter de la singularité apparue dans une tribu nomade du Proche-Orient, en milieu Syro-Cananéen, quand une troupe de pasteurs s'est mise à croire, entre deux campements, que son Elohim, son petit dieu "national", voulait être adoré comme le seul Elohim, qu'il s'appelait Yahvé et qu'il a décidé de mettre à part les "fils d'Israël" pour en faire son "peuple élu". A première vue, une affaire sans conséquences. Ni les Assyriens, ni les Grecs, ni les Africains ne s'en sont émus; les Chinois pas d'avantage. Les seuls dont nous aimerions connaître la réaction la réaction, ce sont les Perses contemporains des Judéens, après l'exil à Babylone; des contemporains qui préféraient laisser leur autonomie aux peuples dominés, et qui connaissaient aussi des divinités comme Yahvé, sans présence matérielle, ni temples, ni statues. Les spécialistes de la Bible2, protestants ou catholiques, s'accordent à constater que la mégalomanie du petit dieu d'Israël aurait été sans objet si un passé polythéiste millénaire n'avait empli, au Moyen-Orient, les carrefours et les sanctuaires de représentations figurées de puissances plus ou moins divines."

Voilà donc comment est né le Dieu d'Abraham, celui qui, aujourd'hui, règne chez de nombreux peuples de la planète et a détrôné toutes les divinités locales. Les Monothéistes ne se contentent pas de "monothéiser" encore, ils continuent même de faire la guerre aux croyances antiques qu'ils qualifient de superstitions et de fables.

 

Dieu chez l'homme antique

Dieu chez l'homme antique, anté-monotheiste, est très différent du Dieu monothéiste. La divinité, chez les anciens est multiple, d'où le mot Polythéiste3 pour identifier les croyances de ces temps-là. Selon Jean-Pierre Vernant, dans L'Homme grec : "Les dieux ne sont ni éternels, ni omniscients, ni parfaits, ni puissants. Les dieux païens n'ont pas créé le monde: ils sont nés en lui et par lui ; surgissant par générations successives au fur et à mesure que l'univers, à partir des puissances primordiales comme Chaos, Béance et Gaïa, Terre, se différenciait et s'organisait, ils résident en son sein. Leur transcendance est donc toute relative : elle ne vaut que par rapport à la sphère humaine. Comme les hommes, mais au-dessus d'eux, les dieux font partie intégrante du cosmos."

Contrairement au Dieu d'Abraham, les dieux païens sont nés sur Terre, comme les hommes, mais ils sont immortels (Ils sont donc toujours parmi nous, en dêpit de tout ce que le monothéisme affirme). Pour les Polythéistes, il n'y a pas de coupure entre les divinités et la Nature. Chaque élément naturel est habité par les esprits divins, au point d'attribuer des lieux d'eau, des jardins, des forêts, des montagnes et des arbres aux divinités. L'homme antique, comme les dieux, fait partie de l'univers et se confond avec tous ses éléments. L'homme kabyle ne se contente pas d'entretenir son olivier, il le considère comme sacré et il est capable de le défendre au prix de sa vie. Il n y a pas de frontières entre l'homme et son environnement. Tout forme un seul corps, une seule nature. Ne peut-on pas parler de l’universel du polythéisme quand on sait que tous les peuples pratiquant cette religion partagent le même culte de l’univers et de la nature, ils ne diffèrent que dans les rites et les noms des dieux et déesses, qui ont du reste, les mêmes prérogatives et fonctions.

Selon J-P Vernant, dans L'homme grec : "La lune, le soleil, l'aurore, la lumière du jour, la nuit, et aussi bien une montagne, une grotte, une source, un fleuve, un bois, peuvent être perçus et éprouvés dans le même registre de sentiments qu'un des grands dieux du Panthéon. Ils provoquent les mêmes formes de respect de l'homme à la divinité et de déférence admirative qui marque les rapports de l'homme à la divinité."

Les rapports du monothéiste avec la divinité

Le monothéiste met Dieu au-dessus de tout. Il se considère comme rien devant Lui. Dans l'islam, il se voit même comme esclave de Dieu, Σibd llah/Les esclaves d'Allah, voilà comment les monothéistes musulmans traitent les humains. Des hommes et des femmes, prisonniers du dogme, pour qui la vie n'a de sens que dans le sacrifice pour son créateur. Toute la vie du monothéiste pratiquant est dédiée à son Dieu. Le but de l’homme pratiquant, c'est l'autre monde. La vie n'est qu'un passage où l'homme ne doit consacrer sa vie que pour profiter des bienfaits de l'autre monde. "La souffrance du corps pour le salut de l'âme", dirait Nietzsche. En islam, la prière se pratique à genoux. Un acte de soumission, voire même d'humiliation, surtout quand cela vient d'un homme que le diable tient par la queue.

Nous nous rappelons de ces africains, de confession musulmane, vendant des lunettes, des maillots de bains, ainsi que d'autres objets d'été, sur les plages de Sardaigne, et qui, au moment où le soleil est à son zénith, se mettent à genoux pour prier. Ils remercient leur Dieu, au moment où des touristes sont allongés à l'ombre de leurs parasols. C'est le rapport qu'entretient le monothéiste musulman avec son Dieu. Plus il souffre, plus il se soumet. Pour lui, c'est l'acte de croyance le plus fort. Cette souffrance que le monothéiste s'impose et affiche au grand jour. Plus il souffre, plus sa souffrance lui donne l'énergie et le droit de se donner le pouvoir sur celui qui ne pratique pas. "Je souffre, tu souffriras avec moi", toujours de Nietzsche. C'est le crédo de tout intégriste et fondamentaliste monothéiste. Un islamiste, parce qu’il a faim, se donne le droit d’agresser un non-jeûneur ; parce qu’il souffre de l’abstinence charnelle, il se donne le droit de violenter celui ou celle qui cherche le plaisir sexuel ; parce qu’il est à genoux le vendredi sur le trottoir, il se donne le droit d’obstruer le passage au piéton flânant ou vaquant à ses affaires. L’intégriste se laisse sciemment souffrir, mais de sa souffrance, il tire puissance, pouvoir et légitimité pour exercer sa haine et sa violence.

Le monothéiste attend tout de son Dieu : richesse, santé et autres avantages. Toute catastrophe, le monothéiste la reproche à son semblable qui ne connait pas et n'applique pas la parole de Dieu. Chaque fois qu'un séisme frappe l'Afrique du Nord, les islamistes arrivent pour culpabiliser leurs congénères, de ne pas être assez croyants. Dieu, mécontent, se venge des hommes qui se laissent aller, qui profitent de la vie, qui oublient le chemin de Dieu... Rien n'est de sa faute, tout est de la faute de l'homme, même croyant, mais pas assez pratiquant.

En Afrique du Nord, l'islamiste ne se contente pas d'adorer son unique divinité, pour lui, un athée ou un sans-dieu n'a même pas le droit de ne pas être musulman. Politiquement, il ne le reconnait pas, mais il le tuerait volontairement, à l'occasion, au nom de son Dieu, pour sauver son âme. A notre joie, Nietzsche dirait :"Heureusement que les religieux ne nous aiment pas assez, ils nous tueraient tous pour nous envoyer au Paradis."

Les rapports entre l'homme ancien et les dieux

Pour l'homme ancien, selon J-P Vernant, dans L'homme grec "en établissant le contact et en les rendant en quelques façons présents au milieu des mortels, le culte introduit dans la vie des hommes une dimension nouvelle, faite de beauté, de gratuité, de communion heureuse. On célèbre les dieux par des percussions4, des chants, des danses, des chœurs, des jeux, des concours, des banquets où l'on consomme en commun la chair des animaux offerts en sacrifice5. Dans le temps même où il accorde aux immortels la vénération qu'ils méritent, le rituel de fête se présente, pour ceux qui sont voués à la mort, comme la parure6 des jours de leur vie, une parure qui, en leur conférant grâce, joie, accord mutuel, les illumine d'un éclat où rayonne un peu de leur splendeur divine. Comme le dit Platon, pour devenir des hommes accomplis les enfants doivent dès leur premier âge apprendre "à vivre en jouant et jouant des jeux tels les sacrifices, les chants, les danses" (Lois 803 s)

La fête religieuse, pour le polythéiste, est une occasion de rendre grâce à la nature par le truchement des dieux et des déesses. Chaque effort agricole ou autre est sanctionné par une fête, sous l'égide de Dionysos, une sorte de communion avec la nature et les divinités. Des journées de grâce où le polythéiste rompt la frontière entre lui et les immortels, où la fusion s'accomplit entre lui et ce qui l'entoure.

La fête terminée, les dieux et les déesses retournent dans leur monde et les hommes dans le leur. Anzar n'est évoqué par les Kabyles que durant la sécheresse, mais comme les Grecs et les Romains, ainsi que d'autres peuples, ils rendent annuellement le culte au retour du soleil et à l'avènement du printemps. Les mortels pré-monothéistes connaissent la frontière entre eux et les divinités. Selon J-P Vernant : "D'un côté, il y a les premiers, des êtres incertains, éphémères, soumis aux maladies, au vieillissement, à la mort : rien de ce qui donne à l'existence valeur et éclat - jeunesse, force, courage, honneur, gloire - rien chez eux bientôt ne se fane pour disparaître à jamais, rien non plus qui n'implique, face à tout bien précieux, le mal qui lui répond, son contraire et son pendant : pas de vie sans mort, d'abondance sans labour, de plaisir sans souffrance. Toute lumière ici-bas a son ombre, tout éclat son revers d'obscurité. C'est l'inverse chez ce qu'on appelle les non-mortels, les bienheureux, les puissants : les divinités."

Mais la distance entre les dieux et les hommes n'exclut pas entre eux une forme de parenté. Ils appartiennent au même monde, mais à étages hiérarchisés. De l'homme à la divinité, d'en bas en haut, de la terre au ciel, de l'inférieur au supérieur, de la privation à l'abondance, du fini à l'infini, de la mortalité à l'immortalité. "Les perfections dont les dieux sont dotés prolongent dans la même ligne celle que manifeste l'ordre et la beauté du monde, l'harmonie heureuse d'une cité réglée selon la justice, l'élégance d'une vie conduite avec mesure et contrôle de soi, la piété de l'homme grec n'emprunte pas la voie du renoncement au monde, mais dans son esthétisation", dit J-P Vernant, dans L'Homme grec.

La croyance chez le monothéiste et le polythéiste

Le monothéisme, conquérant et prosélyte, exige de chaque croyant trois principes fondamentaux de l'engagement : faire partie d'une église ou d'une mosquée, être pratiquant assidu; croire en un corps de vérités, les Ecritures, bible pour les Chrétiens et Coran pour les musulmans. Sans oublier les Juifs qui ont la synagogue, qui sont réguliers dans la pratique et croient aux vérités de la Torah. Chez les Grecs anciens, ainsi que chez tous les polythéistes, il n'existe ni dogme, ni révélation, ni clergé, ni autorité religieuse suprême comme le Vatican ou El Azhar. A propos de cela,  J-P Vernant écrit, dans L'Homme grec : "Le "croire" aux dieux chez l'homme grec ne se situe pas sur le plan proprement intellectuel ; il ne vise pas à fonder une connaissance du divin; il n'a aucun caractère doctrinal. En ce sens, le terrain est libre pour que se développent, en dehors de la religion et sans conflit ouvert avec elle, des formes de recherche et de réflexion dont le but sera précisément d'établir un savoir et d'atteindre la vérité en tant que telle."

Le polythéiste ou le païen, contrairement au monothéiste, n'est pas dans la situation où il est amené à croire en Dieu ou pas. Le polythéiste honore7 les dieux selon la tradition. Il perpétue des rites qu'il croit efficaces, car hérités des ancêtres. Dans le polythéisme, il existe deux sortes de croyants : des fidèles faisant preuve d'une extrême crédulité, comme le superstitieux moqué par les philosophes, comme Théophraste dans Les Caractères, puis d'autres fidèles prudents, voire même sceptiques (ce qui est interdit dans les religions monothéistes) comme Protagoras qui affirment que les hommes ne savent pas si les dieux existent ou n'existent pas ni connaître rien à leur sujet; et la troisième catégorie sont les incrédules, parfois même extrême, comme Critias, qui affirme que les dieux sont créés pour maintenir l'homme dans la sujétion. Mais l'incroyance chez l'homme grec n'est pas vue de la même façon que chez les monothéistes. le doute intellectuel ne peut pas atteindre la piété populaire dans ce qu'elle a d'essentiel. C'est peut-être ce qui arrive aux idées modernes d'incrédulité chez les intellectuels kabyles, qui malgré leur réticence affichée, vis-à-vis de l'existence de Dieu, ainsi que de certaines pratiques qu'ils jugent superstieuses, le paysan kabyle reste inflexible et sourd aux arguments savants de ces nouveaux athées, agnostiques et laïcs. Même si le Kabyle se défend des pratiques religieuses "savantes" islamiques, il ne renonce pas pour autant à se définir comme musulman, tout en pratiquant d'autres cultes païens, chrétiens, judaïques, animistes...

L'incrédule, aussi extrême qu'il soit, ne peut pas renoncer au culte de la cité ou du village. Tous les Kabyles participent à Timecreṭ, c'est le rite du village, considéré comme une fête de réconciliation et de renforcement du lien social et communautaire. Des athées peuvent se passer des fêtes religieuses villageoises, mais pas des fêtes païennes, dites traditionnelles et ancestrales. Cette forme de religion, polythéiste ou païenne, est inséparable des lois de la cité et du village. Renoncer à la fête du mouton en Kabylie, c'est renoncer à la religion islamique; mais renoncer à Timecreṭ, c'est renoncer à la cité, à ses lois, à sa kabylité. Renoncer à Timecreṭ, c'est prendre le risque de s'exclure de la communauté, de se mettre en hors de la société. Dans la Grèce antique, selon J-P Vernant, dans l'homme grec : "Il y a bien pourtant des gens qui se veulent étrangers à la religion civique et extérieurs à la polis; leur attitude ne tient pas à leur degré d'incrédulité ou de scepticisme : c'est tout au contraire leur foi et leur engagement dans des mouvements sectaires à vocation mystique, qui font d'eux, religieusement et socialement, des marginaux8."

Le Polythéisme est-il mort ?

Certes le monothéisme prosélyte, à savoir judaïque, chrétien et islamique, se partage aujourd'hui une bonne partie du monde. Nous pouvons même dire que ces dogmes sont presque partout et dans la plupart des pays, notamment musulmans, les peuples se définissent par leur religion. Selon Marcel Détienne, dans son article A la découverte des polythéismes, dans le Monde diplomatique de janvier 2011 : "Ce sont, simple constat, les monothéismes, ceux du moins qui aiment se donner les ailes du prosélytisme, qui font la guerre à tous et, en premier lieu, se la font entre eux. Vérité banale : le christianisme et l'islam se sont lancés dans de grands massacres réciproques dès qu'ils se sont reconnus en témoins affrontés de la Vraie Révélation. Histoire pathétique, terriblement meurtrière, et qui a pris aujourd'hui le style hollywoodien d'une "guerre des civilisations". »

Chacun de ces monothéismes belliqueux n'est pourtant jamais remis en cause par ses savants, même pacifistes;  même si ces derniers dénoncent à mi-voix ses crimes, ils nient cependant son rôle néfaste dans les situations de guerres actuelles, qui se déclarent un peu partout dans le monde entre les chrétiens et les musulmans, notamment en Afrique. Ces "savants" continuent de prêcher le message de paix des différents monothéismes par lesquels ils définissent l'identité de la majorité des peuples de la planète.

Ces savants continuent de nier le polythéisme et le paganisme. Pour eux, rien que d'en parler, en dehors du cadre mythologique, vous rend pour le moins suspect. Il faut soit être membre des trois religions monothéistes ou athée, mais ne jamais se reconnaître dans le paganisme ou le polythéisme antique. Celui qui affirme n'appartenir à aucune de ces religions risque de paraître aux membres des monothéismes comme un adepte de l'autochthonie, donc fasciste ou raciste, même sile racisme n’a rien à voir avec la religion.

Pour sauver les monothéismes, les savants de ces dogmes, à l’unisson, prêchent la réforme, mais jamais leur caducité ou leur dépassement. Ils ignorent totalement le côté spirituel du paganisme, il est, pour eux, bel et bien mort. Quant à envisager sa réforme, il est quasiment absurde et loufoque.

Les religions du Nord : celtique, germanique et celle de la Méditerranée, notamment libyco-gréco-romaine sont complètement exclues des débats entre les religions. Dans la tête de chacun, ces religions sont mortes. Une évidence en laquelle croit presque tout le monde, mais sans que personne ne s'interroge sur la véracité de cette affirmation, qui relève plus de la propagande politique que d'une vérité historique. Qui a tué Jupiter ? Qui a tué Anzar ? Ne sont-ils pas immortels ? En tentant de convaincre une Grecque moderne de la nécessité pour la Grèce de faire revenir les dieux anciens, elle nous répond que c'est bien trop tard. Croyante orthodoxe, elle attend sûrement de l'aide de Dieu, sans se poser la question si c'est peut-être la colère des dieux qui enfonce la Grèce dans la crise. Si la croyance est de mise, autant tenter le coup du retour aux anciens dieux, pourquoi seraient-ils moins capables de protéger la Grèce que le Dieu d'Abraham ? Ne l'avaient-ils pas fait dans le passé contre les dieux venus d'Orient ?

Mais le marché des dieux est comme le reste. Il découle de la géostratégie, aujourd’hui, le Dieu du pétrole a plus de poids que celui de l'eau. Il se vérifie bien chez les Kabyles. L'or noir l’aliène de jour en jour, et le rapproche d'Allah d'avantage. Le dieu Anzar n'est qu'un souvenir qui, au mieux, constitue le thème d’un chant. Maintenant,  même durant la sécheresse,  comme tous les Musulmans, et au mépris de la météorologie, les Kabyles font appel le vendredi au roi du pétrole.

L'existence des dieux est un marché comme un autre. Ils valent ce que valent les économies des peuples. A l'occasion, dans certains pays, on fait même appel à ce Dieu belliqueux pour exterminer les petits peuples qui refusent d'abandonner leur territoire pour les sociétés pétrolières et nucléaires. Allah ne joue-t-il pas en ce moment au bourreau des Touaregs ? N'aide-t-il pas les forces du mal à occuper ses territoires et à instaurer sur ses terres ses lois scélérates ?

Rien n'a changé depuis le XIX siècle, le siècle de l'histoire des religions, telle que définie et fixée par la théologie chrétienne et l'histoire "scientifique" occidentale et dont Marcel Détienne dira : "L'histoire des religions, telle que lui a donné forme le XIX siècle, est un hybride. Elle provient de deux espèces différentes : la théologie chrétienne, d'une part; l'histoire qui se veut scientifique et positive, de l'autre. La question du (ou des) polythéismes naît de la réflexion - des philosophes, sociologues, anthropologues et théologiens - sur les "origines religieuses de l'humanité", perçues comme essentielles à la connaissance de l'Occident et garantes de notre privilège d'incarner la civilisation, On comprend pourquoi une analyse comparative et expérimentale des polythéismes - genres, espèces, variétés, styles - continue d'être insolite, sinon interdite, dans la plupart des lieux de savoir où les questions et les problèmes se ressourcent depuis des décennies avec les catégories propres du monothéisme, et d'abord du plus "catholique" des trois."

1 Certes, qu'avec le Christianisme, Jésus a déethnisé le monothéisme. Avant le Dieu unique, qui est le Dieu d'Abraham, n'avait que les Juifs pour progénitures, Jesus a étendu cette divinité à l'ensemble de l'humanité : on peut croire en ce Dieu sans être d'origine juive. Voilà ce que les savants chrétiens appellent l'universalisme chrétien (d'où est tiré le mot "catholique" pour le monde entier). Quant aux Musulmans, l'idée de l'Universel est autre que chez les premiers, les Musulmans considèrent l'idée de l'universel selon le nombre de fidèles et le nombre de lieux dans lesquels ils se trouvent : il y a des Musulmans partout dans le monde, donc l'islam est universel.

2 Bible : du grec Biblion : Le livre.

3 Selon Marcel Détienne : "Polythéisme vient du grec Poluthéos, "qui révèle des dieux multiples"; un mot, semble-t-il inventé par Eschyle, dans l'une de ses tragédies, pour qualifier un enclos, aux portes d'Argos, où sont rassemblés six ou sept dieux, vaguement agencés. Rien de plus qu'un petit jardin polythéiste, comme il y en a dans des dizaines en pays grec. C'est seulement à la renaissance que le mot "Polythéisme" entre dans la langue, devient une notion, et un problème : il va faire du paganisme une entité opposable en bloc au christianisme, figure dominante d'un monothéisme dogmatique.

4 Toutes les zaouia de Kabylie, qui se tiennent dans les mausolées des saints, même islamisés, n'ont pas renoncé à ces pratiques antiques. Les zerda/Fête se font aussi par des percussions, des flûtes, des danses, des chœurs et du manger de la viande ensemble. Les fêtes des Zaouia ressemblent aux fêtes païens comme celle d'Anzar ou d'Amagger n tefsut/L'accueil du printemps ou tameγra n ijeğğigen/La fête des pleurs.

5 Comme dans le cas de Timecreṭ/Fête de partage de la viande qui se tiennent annuellement dans les villages kabyles.

6 Pendant les fêtes païennes qui se célèbrent en Kabylie, les participants se mettent toujours en costumes de fêtes, même quand ils visitent les saints.

7 Le païen, en changeant de terre, continue de rendre un culte à la nature, en honorant les dieux de la terre d'accueil. Les Romains; en arrivant en Afrique du Nord, ont introduit les dieux de la région dans leur panthéon. Ils ont même déroulé le tapis rouge, avec une cérémonie officielle, pour recevoir symboliquement les dieux numides. Sous l'empereur Hadrien, par exemple, la déesse Tifrit, déesse numide de l'agriculture, Afrika pour les Romains, dont l'effigie figure sur l'une des faces de la monnaie de la province romaine d'Afrique. La pièce est frappée de face par la figure d'Hadrien et de pile par celle de la déesse locale. Contrairement aux polythéistes, les monothéistes envahissent les pays avec leur Dieu à la tête des armées, qu’ils imposent de force aux peuples conquis. Comme l’illustre Aït Menguellet dans sa chanson Acimi ?/Pourquoi ? : Win i d-iṛuḥen, yebbwi-d Ṛebbi-s d amɛiwen/Chaque envahisseur qui vient, ramène son Dieu en allié.»

8 La Grèce a connu un mouvement marginal très important : l'Orphisme. L'Orphisme considère que c'est par la naissance qu'on est inséré dans les cadres de la religion civique. On devient orphique par choix. La notion de religion prend donc un tout autre aspect, personnel plutôt que social. Ce mouvement est un courant qui conteste de l'intérieur la religion des cités grecques et ses valeurs. Les orphiques vivent en marge de la société. Ils utilisent Dionysos pour contester l'ordre établi. Les disciples d'Orphée sont végétariens. Ils contestent les sacrifices et la consommation de la viande animale. Le nom est lié au mythe d'Orphée, d'origine obscure et très ancienne, dont l'épisode le plus connu est la descente aux Enfers de ce dernier pour chercher sa fiancée Eurydice. Celle-ci mordue, lors de leur mariage, par un serpent mourut et descendit aux royaumes des Enfers. Orphée put y accéder, après avoir enchanté et endormi avec sa cithare les gardiens des enfers, dont Cerbère, le chien à trois têtes, gardien des portes, il parvint chez Hadès, dieu des lieux, qu'il fait fléchir, grâce à la musique, et celui lui rend Eurydice à condition qu'elle le suive et qu'il ne se retourne ni ne lui parle tant qu'ils ne seraient pas revenus tous deux dans le monde des vivants. Alors qu'Orphée s’apprêtait à sortir des Enfers, il ne put résister à la tentation de voir sa fiancée, et celle-ci disparut définitivement. Le retour des Enfers d'Orphée est pour les Orphiques un acte de réincarnation. Cycle de réincarnation à laquelle l'âme est condamnée, et  d'où seule l'initiation pourra la faire sortir, pour la conduire vers une survie bienheureuse où l'humain rejoint le divin.

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