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  • Feraoun:

    Feraoun: "Nous sommes riverains d’une même mer, tributaires d’un même climat et fixés sur la même...

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Brûler la terre pour conquérir les esprits...

20032092 1370255843051444 1704935519002830995 n

" Il est un arbre dont je n'entends pas dire qu'ait germé son pareil ; un arbre invaincu, arbre qui renaît de lui même, terreur des lances de l'ennemi; il croît surtout en ce pays ; c'est l'olivier aux feuilles pâles, nourricier des enfants....
                          Sophocle, Oedipe à Colone

Quand les Perses fuyaient devant l’armée d’Alexandre, ils n’ont pas hésiter à brûler leurs propres terres pour empêcher les soldats grecs de se ravitailler, mais aussi parce qu’ils estimaient que la supériorité militaire des Grecs ne leur laissait pas d’autres possibilités. Ils étaient déjà vaincus, du moins symboliquement par ce geste désespéré.
Les Perses brûlaient leurs propres terres, mais qu’en est-il quand ta terre brûle, qu’on te brûle ta terre sans raison, sans guerre, sans conflit assumé? Que dire d’un pays dévasté par des incendies déclenchés dans plusieurs points en même temps? La canicule, la sécheresse, les herbes sèches, les bouteilles de bière n’expliquent pas tout et surtout pas la simultanéité de ces feux. On peut épiloguer sur les véritables causes de ces incendies, sur ce qui les a nourris, sur ceux qui s’en réjouissent, mais tel n’est pas notre propos.

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La lutte culturelle ou l'impossible victoire?

Amphora with the myth of Ixion

            Selon Régis Debray «Une culture lutte pour survivre et une civilisation lutte pour s'étendre.» C'est la nature même de la guerre opposant les Kabyles et les Arabo-islamistes d'Alger. Une guerre entre une culture en voie de dispartion et une civilisation en pleine expansion. Les chances sont inégales, la victoire tôt ou tard reviendra à l'Arabo-islamisme, même si Alger finit par rétablir officiellement le Berbère dans tous ses droits.  

            Ce constat est d’autant plus net si on jette un regard vers le passé récent de la lutte identitaire. Après le mouvement de 1980 et la création du MCB (Mouvement Culturel Berbère), la lutte des Kabyles s'affirmait comme exclusivement culturelle. Ainsi l’unique objectif était de faire reconnaître au pouvoir algérien la culture et la langue berbères, sans se soucier outre mesure du cadre civilisationnel dans lequel cette reconnaissance serait faite. Ce qui comptait c’était de retrouver l’authenticité de l’Afrique du Nord plurimillénaire. Tous les Nords-Africains sont des Berbères, même s’ils se disent Arabes, il fallait juste qu’ils en soient conscients. Et c’était le but de ce mouvement sans précédent en Afrique du Nord dont la majeure partie des acteurs était de jeunes universitaires, d’apparence «laïcs» et dont le désir fou était d’être reconnus pour ce qu’ils étaient par un pouvoir qui avait à peine 20 ans lui-aussi.

            Le Mouvement Culturel Berbère a opté pour l'option culturelle bien entendu pour rassembler tous les Berbères, attirer la sympathie des Arabes d'Algérie, puis pour rassurer le pouvoir en place de son intention de ne pas le renverser. Cette mouvance, pour obtenir la reconnaissance souhaitée à ses revendications, s'est ouvert à la langue arabe, ainsi qu'à la religion islamique. De plus, après les massacres de la décennie noire, le combat culturel semblait passer au second plan et après le boycott scolaire de 1995, le printemps noir de 2001, il était facile au pouvoir de concéder quelques bribes (HCA, statut de langue nationale, et plus recémment la co-officialisation...) et comble de la ruse politique en utilisant les arguments culturels du MCB lui-même.

Le pouvoir, profitant de cette brèche culturaliste du mouvement berbère ouvert aussi bien à l’arabe algérien que tolérant envers un islam traditionnel maghrébin, s’est redéployé en Kabylie pour arabiser et réislamiser les Kabyles, tout en affaiblissant les traditions dites païennes et l'influence de la langue française, autrement dit de la culture latine. Tout cela s'est fait dans un cadre démocratique, sans que les partis d'obédience démocratiques, se voulant nationaux, ne puissent souffler mot. Ils étaient dans l'obligation de cautionner la recolonisation de la Kabylie par leur chère Algérie avant-toutiste et arabo-islamiste.

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Anẓar, Ilibbiyen, Igrikkiyen d Ilaṭiniyen

Imezwura-nneγ ttgen aas n wazal i tmeddurt d wayen sen-d-yezzin. Ttidiren s wayen sen-d-tefka tmurt, degmi emlen akal, ttju, aberi yelhan, lmal, ifax, aman. Nnan-d zik-nni, imezwura-nneγ, am nutni am yegduden n wagerkal, ttamnen s Yiij. Ma tegrem tamawt, ad tafem mazal ar ass-a, llan wagad yettgalen s tebult n Yiij. Acimi ttamnen imezwura-nneγ s tebult n Yiij? Imezwura-nneγ ssnen d acu i d azal n Yiij. Zan d netta i d tudert. Zan lammer ad yexsi yiij, d ayen, ad tenger ddunit. Zran lammer ulac Iij, ur tettili ara tudert, ur tettili ara ddunit. Iij, neγ tin igenni (akka i s-yeqqar Ayskulus, amyaru agrikki) d netta, γer imezwura-nneγ, i d bab n tudert. Assagi, ula d imusnawen imeqranen di ddunit nnan-t-id, ammer ad yexsi Yiij, ad tenger ddunit. Ammer mačči d Iij, ur tettili ara tudert dagi di lqaεa. D netta i yettaken tudert i kulci, d netta i yettaken afud i kulci.

 Imezwura-nneγ ttamnen s Yiij d Tziri, imi ran d akken sin-agi d nutni i d tiliwa n tafat. Tafat n yiij d ass. S yes-s i nettwali ccbaa n ddunit, tizegzewt n igenni d yilel, tizegzewt n lexlawi, iseγma n ijeğğigen d teslit n Wanar, d wayen akk yelhan i tmuγli. Tiziri, nettat d taknit n Yiij, s yes-s i nettwali deg yi. D nettat i yeskanen abrid i yiminigen n yi.

Ma nger tamawt γer yedles n Yigirikkiyen d Iumaniyen, ad anaf Iij d Tziri, uγalen γer-sen d Igennawen : Iij yuγal d Apullun neγ Fibbus, agennaw n tafat; ma d Tiziri, nettat, tuγal d Artimis neγ d Dyana, tgennawt n ṣṣyada. Akniwen-agi llan deg yiwet n tmesaεṛaqt s teqbaylit. Tamesεṛaqt-agi, atah wamek i tt-ttawin imezwura-nneγ : «Mara yekcem Sulas, Tawes ad d-teffeγ; mara tekcem awes, Sulas a d-yeffeγ». Iij d Tziri. Sulas d awes. Sulas d Iij s tlainit, ma d awes d agennaw s tegrikkit. Iij d Tziri : Sulas d awes γer Leqbayel, Apullun d Atimis γer Yegrikkiyen, Apullu d Dyana γer Ilainiyen neγ Iumaniyen.

 Imezwura-nneγ ttidiren d tegnac. Yal tagnect d acu d-tettawi. Ssnen d acu i d azal n wesru neγ n lweqt. Zan melmi ilaq ad megren, melmi ilaq ad meglen, melmi ilaq ad ẓẓun, melmi ilaq ad kerzen, melmi ilaq ad srewten. Ssnen ad steqsin aggur d yetran. D nutni i sen-d-yettmalen d acu ilaq a t-gen, melmi ilaq t-gen.

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Tisnalalit ou la Renaissance

Cirta mosaic triumph of neptun

Le phénix ou phoenix, mot grec Phoînix, qui signifie "Pourpre" est un oiseau légendaire, doué d'une longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi pour les anciens les cycles de mort et de résurrection. Il en va de même, dans les contes kabyles, Tteryel/L'ogresse, ne renait-elle pas de ses cendres ?


La renaissance italienne

    La Renaissance commence en Italie au milieu du XIVème siècle. C’est une période au cours de laquelle l'Europe connait de grands progrès dans les domaines artistiques, culturels, scientifiques et techniques. Elle a connu aussi de profonds changements en matière de politique, d'économie et de religion.

    Après la chute de Constantinople, tombée aux mains des Turcs en 1453, de nombreux savants, lettrés et artistes ont quitté le monde byzantin pour s'exiler en Italie. Ils apportent avec eux des manuscrits grecs et latins que l'Occident redécouvre. Et en réaction au Moyen-âge, ces artistes s'inspirent de l'antiquité pour peindre et sculpter l'homme ou la nature tels qu'ils sont.

    La renaissance italienne a pris racine en Toscane, à Florence notamment, puis le mouvement s'est étendu vers Venise, puis à Rome, où fleurit une architecture à la mode antique.

    Ce mouvement ne tarda pas à gagner toute l'Europe où l'on voit la culture antique gréco-romaine se manifester dans tous les domaines. C'était le retour aux sources, comme on dit. Ce qui a permis à l'Europe de sortir de la culture de la fin du monde prôné par le monothéisme moyenâgeux, où Dieu est au centre de tout, grâce aux artistes italienne qui ont su, avec l'art et la manière, recréer le monde et remettre l'homme au centre de l'univers. Après la Renaissance, la pensée millénariste de la fin des temps semble s’estomper des esprits et de l’art lui-même.

La renaissance kabyle

    Un mouvement similaire a connu le jour en Kabylie au début des années soixante-dix par la musique, par l'arrivée sur scène d'une génération d'artistes prônant aussi un retour aux sources. Mais à la différence de la renaissance italienne qui a bénéficié des largesses et de la puissance des principautés italiennes concurrentes. Chacune voulant briller davantage que les autres encouragea la création et l'émulation artistique. Les familles principales rivalisaient pour produire ce qu'il pourrait y avoir de plus beaux pour exprimer leur faste et leur puissance. Ce sont les Médicis à Florence, les Sforza à Milan, les Monteltre à Urbino, les Gonzague à Mantoue et les Este à Ferrare ou Venise.
    La Kabylie, dépourvue d'Etat, même créatrice, n'a pas pu dépassé cette révolution musicale et poétique qui, en dépit de tout, a réussi à changer la Kabylie, à ouvrir dans l’âme des Kabyles une fenêtre sur un autre monde possible. Les chansons de ces années-là ont permis de donner une forme à l’informel, à un passé vu dans un présent précaire, à une culture tentée par le folklore. Ces musiciens et ces poètes, épris d'esprit universel, ont tant bien que mal, réussi à transmettre à leur public un peu de la culture gréco-latine (ou du moins de cette culture méditerranéenne qui résonne du tréfonds des âges) que l'Etat algérien a tenté et tente toujours d'éradiquer du pays. Ces artistes ont tenu tête à la culture de l'Etat, exclusivement arabo-islamiste, et ont pu renforcer le sentiment identitaire et linguistique kabyles chez les Kabyles, tout en leur montrant la beauté sortie de l’Abîme. La forme artistique est devenue un principe démocratique au sens de Castoriadis, le moyen pour la société de s’auto-instituer: « l’œuvre entretient avec les valeurs de la société cette relation étrange, plus que paradoxale : elle les affirme en même temps qu’elle les révoque en doute et les met en question » (Fenêtre sur le chaos, p. 22).
Ainsi le rôle des acteurs culturels de cette époque fut prépondérant et correspondent encore une fois à ce que Casoriadis écrit dans Fenêtre sur le Chaos: "L'écrivain - poète, philosophe, ou même historien - ébranle les certitudes instituées, met en question le monde dans et par lequel la société s'était crée une niche, il dévoile l'abîme tout en lui donnant une forme et par le fait même qu'il lui donne une forme. En faisant cela, l'écrivain participe essentiellement à l'instauration de la démocratie - sans laquelle, du reste, il est lui-même impossible et inconcevable."
    Mais cette ouverture sur soi, sur l’Abîme, qui portait en elle les germes d’une Renaissance s’est affrontée à l’inertie, à la folklorisation et aux manipulations du pouvoir sur la société. L’art s’est coupée de la société. Et la société kabyle a fait de l’artiste non pas celui qui la dérange, qui la pousse mais celui qui la reflète, qui la représente.
    La Kabylie, pour relever le défi qui l'attend doit élargir, retrouver cette dimension politique de toute création, amorcée avec brio par la génération d'artistes des années soixante-dix, à tous les domaines,  et cultuver cette capacité à s’auto-instituer, à se réformer, à se réinventer pour ne pas sombrer dans le néant.
    Mais, l’art n’est pas le seul domaine d’une renaissance possible, l’économique, le religieux, le politique et le scientifique ne peuvent être mis de côté.
Quand les tragédiens athéniens comme Eschyle, Sophocle, Euripide faisaient jouer leurs pièces, celles-ci permettaient à la société athénienne d’entrer dans un processus d’interrogations sur ses propres institutions, qui ont permis Socrate, Platon, mais aussi les Sophistes. Quand les Romains traduisent en latin la philosophie, les textes scientifiques grecs, ils se les réapproprient pour en faire un élément constitutif de leur puissance culturelle et militaire. Quand les Italiens de la Renaissance redécouvrent l’art grec, ils en font une force de prestige et de grandeur, si bien que l’artiste de la Renaissance c’est d’abord et avant tout, l’artiste italien ( les Michel-Ange, les Raphael, les Vinci...)
    Pour que les Kabyles fassent leur Renaissance et perpétuent le mouvement des années soixante-dix interrompu par les circonstances, ils ne peuvent pas se retourner vers un passé mythifié, au risque de le sacraliser et de le momifier. Les langues grecque et latine bien que mortes continuent d’abreuver le présent, pas seulement les langues, mais surtout cette vision du monde qui a permis à des athées comme Lucrèce, à des mystiques comme Pythagore, à des scientifiques comme Hippocrate ou Eratosthène, à des idéalistes comme Platon et même à des plaisantins réactionnaires comme Aristophane ou Juvénal d’arriver jusqu’à nous.
    Changer de paradigme pour la Kabylie est plus qu'impératif. Le retour aux sources antiques lui permettra de renouer avec sa véritable culture, celle des Apulée, des Térence, ainsi que d'autres savants antiques qui nourrissent encore aujourd’hui la pensée occidentale.

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Religion et liberté en Kabylie

 

 

 

"La bête arrache le fouet au maître et se fouette elle-même pour devenir maître, et ne sait pas que ce n'est pas là qu'un fantasme produit par un nouveau noeud dans la lanière du maître"

 

Franz Kafka (1883-1924)

 

           

 

            Aujourd'hui, en Kabylie, comme partout ailleurs, tout être humain qui se revendique des croyances anciennes, à savoir le polythéisme antique, rebaptisées mythologies, est suspect d'hérésie par les monothéistes et de fascisme, au mieux de racisme, par les défenseurs du vivre ensemble, souvent démocrates et laïques, au dépend bien entendu des croyances anciennes qu'on a reléguées au domaine de l'art dans les pays puissants et à celui du folklore et de la superstition dans les pays moins développés.

 

            L'homme kabyle, comme la plupart de ses semblables d'ailleurs, exceptés les athées, est incapable d'envisager une autre religion en dehors du système monothéiste, quand c'est le cas, il se tourne vers le boudhisme ou un culte hindouiste toujours en activité. Quant à s'intéresser aux croyances de ces lointains ancêtres, la chose est pour lui inenvisageable. Anzar et autres divinités, peuplant ses mythes, il les pense comme ses dominateurs, dépassés. Pire, pour lui, ce sont des survivances des croyances de vieilles femmes.

 

            La femme exclue du culte officiel, ses croyances le sont aussi. Même si l'homme kabyle, par son allégeance à l'islam, il reste pour un Musulman, arabisé par l'islam, un mauvais Musulman, c'est-à-dire ne connaissant rien en la matière. La preuve est que même les religieux kabyles les plus connus en Kabylie ne sont pas reconnus en dehors des montagnes de Djurdjura. Cheikh Mohand est certes "déifié" chez les siens, mais pour un non-Kabyle, il n'était qu'un charlatan sans sainteté ni autorité.

 

            En commerce de croyance, l'homme kabyle ne peut démontrer sa supériorité spirituelle supposée par rapport à la femme que par sa croyance en la puissance divine des dominateurs, à savoir, le dieu de ses maîtres. Durant les périodes de sécheresse, la femme kabyle se tourne vers Anzar quand l'homme kabyle s'incline et s'agenouille devant l'unique, venu du désert. 

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Le défi kabyle

Sandro Botticelli (1445, Firenze - 1510, Firenze), “Adorazione dei Magi” / “Adoration of the Magi”, ca. 1475, Tempera on panel / Tempera on panel, 111 x 134 cm, Galleria degli Uffizi, Firenze  

            La Kabylie peut toujours rêver de construire politiquement un Etat laïc, c'est-à-dire séparer avec une loi le religieux du politique et protéger par ce fait toutes les croyances, y compris l'athéisme. Elle peut rêver d'une école laïque et scientifique, construire des théâtres et des écoles d'art, construire une économie viable, ouvrir son pays au tourisme... tout cela est possible, à condition toutefois de se libérer de certains carcans culturels et traditionnels qui risquent de tout compromettre.

            L'Algérie aussi a fait politiquement sa guerre de libération, mais pour s'enfermer par la suite dans une idéologie rétrograde et sans lendemain. Ce qui a donné un pays sans histoire, provisoire et sans avenir, où personne ne désire vivre, pas mêmes les nationalistes, ni les islamistes, encore moins ceux qui la gouvernent. Ces derniers, dès qu'ils sont enrhumés, s'envolent vers des cieux, plus cléments et plus compatibles avec leur envie de vivre, pour se soigner.

            Le Kabyle d'aujourd'hui, en redécouvrant l'amour de la patrie et le désir de fonder sa première République, doit se mettre dans la peau d'un habitant d'Athènes d'il y a 29 siècles. Il faut bien entendre que le mot Athènes est un pluriel, et que ce mot pluriel d'Athènes, selon Thucydide, est une trace des anciens villages qui fusionnèrent pour fonder la cité. Oui, Athènes la cité paradigmatique de la démocratie fut multiple tout comme le sont actuellement pour les Kabyles leurs villages. A l'instar des Athéniens, il est tout à fait possible de rêver de la fondation d'une démocratie, sans crainte nullement d'une insurrection ni d'une guerre civile entre ces différents villages, comme le redoutent certains Kabyles. Ce qui a été fondamental pour fonder la démocratie athénienne c'est bien l'engagement des Athéniens en tant que citoyens, dans la politique, (c'est-à-dire ce qui concerne les affaires de la polis (cité)), pour assurer une certaine unité de la cité.  

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VIII. Timecreṭ, le centre du cercle

 

            La viande de Timecreṭ est un bien commun, mis au centre, autour duquel se rassemble en cercle, la communauté villageoise pour le partage. Cette pratique vient de l'âge primitif, quand les hommes chasseurs mettaient leurs trophées au centre du groupe pour le partage. Toute communauté humaine, parfois même animale, comme celle des loups, procède de la même façon, après avoir tué une proie.

            Tous les villageois assistent au partage, tels les soldats d'une armée, rassemblés pour le partage du butin, enlevé à l'ennemi. Il en est ainsi de tous les groupes humains en association, même chez les brigands. La proie ou le butin mis au centre, chaque membre de la communauté assiste à sa distribution. Même s'il arrive aux chefs de ces communautés de prendre un surplus, cela s'obtient par consensus et l'accord de tout le monde.

            L'idée du partage a donc traversé toute l'histoire de l'humanité, notamment en ce qui concerne les trophées de la chasse, la viande du sacrifice, le butin de guerre ou de rapine. Le partage renforce la cohésion sociale et l'esprit de famille. Il consacre l'unité et permet le vivre-ensemble.

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La Kabylie, une terre méditerranéenne

 

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            Par ses paysages et sa configuration géographique, la Kabylie ressemble plus au Sud de l'Europe, notamment au Sud de l'Italie et la Grèce, qu'aux autres régions africaines du nord, dans lesquelles elle est insérée politiquement. Elle partage avec les pays suscités les mêmes parfums, la même lumière, la même faune et la même flore. Nous n'avons qu'à consulter les noms des plantes et des animaux qui recouvrent les territoires de ces terres pour nous rendre compte qu'à l'origineces pays dérivent tous du même ensemble géographique. En outre, l'extension de la Grèce et de Rome ont permis des échanges culturels et commerciaux durant toute l'Antiquité entre les peuples résidant dans ces contrées. Durant toute l'Antiquité, cette partie du monde, qui s'étend de la Grèce jusqu'en Afrique du Nord en passant par l'Espagne s'appelait la Méditerranée occidentale.

            A la fin de l'Antiquité, cette Méditerranée occidentale jadis païenne, privée de ces protecteurs d'autrefois (i.e. la Grande Grèce et la Rome impériale) change de religions, la partie Sud islamisée et celle du Nord christianisée, ce qui a permis la reconfiguration de la région[1], l'une devient occidentale et l'autre orientale. La première est dominée à partir du XIIIème siècle par les Ottomans et la seconde par les pays de la rive nord de la Méditerranée, notamment les grandes cités italiennes : Pise, Gêne et Venise. Suite à la chute de l'Empire ottoman et le déclin des cités italiennes, la Méditerranée bascule à nouveau sous la domination des pays du Nord de l'Europe cette fois-ci, lesquels ont reconfiguré encore une fois l'espace méditerranéen pour l'élargir jusqu'en Orient, en intégrant dans son sillage le Moyen-Orient.

            Les puissances du Nord, notamment l'Angleterre, après avoir fait main-basse sur Gibraltar, anciennement Les Colonnes d'Hercule, et le Canal de Suez a fermé les deux portes maritimes principales qui permettaient à la marine italienne de naviguer en toute liberté. A cette époque, l'Amérique du Nord, pays émergent, commence à devenir une source de développement important, ce qui a fini par isoler certains pays méditerranéens, y compris l'Italie du Sud[2].

            Dans toute cette histoire qui a secoué le bassin méditerranéen, la Kabylie, faute de République et de marine, toujours repliée dans les montagnes, n'a joué pratiquement aucun rôle. Elle ne s'est jamais soucié de son littoral et elle a laissé tout le temps des étrangers s’y établir à leur guise sans jamais leur demander ni droit ni avantage. Pire, les Turcs ont dilapidé la totalité du patrimoine forestier kabyle pour construire leurs navires. Chaque fois qu'un envahisseur quitte le territoire, son territoire, le Kabyle ne tente pas de récupérer celui-ci, il attend l'arrivée du prochain[3].

           

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V. Timecreṭ, cuisine du sacrifice


 

            Le jour de Timecreṭ, le village kabyle est en fête. Tout le monde se sent concerné par l'événement. Avant le jour du sacrifice, les villageois se réunissent exceptionnellement pour fixer la date et le lieu du sacrifice, mais avant ils se côtisent pour s'acheter un boeuf ou plusieurs selon la taille du village. La cotisation est volontaire, chacun selon ses moyens. Il y a même des villageois qui en sont dispensés, faute de moyens. Mais le jour du sacrifice, aucun villageois n'est oublié. Le partage s'effectue dans l'égalité quelque soit la somme de la contribution. Ils se partagent la viande d'une façon équitable, dans un esprit de fête et de joie. Des  tixxamin ou tunna[1](les parts selon les foyers) sont construites et posés sur des feuillets végétaux, les habitants tirent à la courte paille.

            Timecreṭ, des temps modernes, en Kabylie, se pratique sans aucun rite. Elle n'obéit à aucune loi sacrificielle, elle se fait d'une façon profane. Aucune divinité n'est invoquée. Les villageois se contentent de pérenniser une très vieille tradition, qui, comme toutes les anciennes coutumes, a perdu son sens premier. Le manque d'écrit et de témoignages mythiques donne l'occasion à chacun d'interpréter l'événement à sa convenance. Les monothéistes musulmans, quoique incapables de prouver l'islamité de l'évènement,  tentent néanmoins  de le minimiser en classant Timecreṭ en bas de l'échelle de leurs fêtes religieuses, à savoir les deux fêtes, la première clôturant le jeûne et la seconde  sacrifiant le mouton. La preuve, quand les Kabyles renoncent parfois à cette fête, faute de moyens, ni le pouvoir ni la mosquée n'insistent pour la maintenir. Timecreṭ est une exception kabyle et les religieux musulmans se contentent de participer à l'événement. Le goût de la viande est primitif, il est plus fort que la conviction religieuse, même fanatique. L'odeur de la viande attire même les plus religieux des villes, qui le jour du sacrifice, convergent vers leurs villages d'origine pour consommer de la chair païenne. Les hommes ne résistent pas à l'odeur et au gout de la viande, ils viennent de partout. Ce jour-là, le village voit toujours son nombre augmenter. C'est la fête, le boeuf est tombé, et les couteaux s'empressent autour de lui. Le sacrifice et le partage se font dans la joie et l'unité.  Personne ne se soucie de la signification de l'évènement. Ils dévorent la viande de la bête sacrifiée comme de véritables prédateurs carnivores. La scène rappelle néanmoins les scènes de chasse primitives où les hommes festoient après avoir abattu la proie ou le gibier.

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Identité religieuse, entre étiquette et ressentiment

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L'origine de l'identité religieuse

            La tendance, actuellement, dans les pays sous-developpés, est que chaque individu se définit par rapport à sa religion. Ce phénomène est accentué par les médias occidentaux, qui, sciemment, désignent toute personne venue d'ailleurs, surtout de ces pays sous-developpés, par leur confession religieuse : communauté juive (à majorité sépharade), communauté chrétienne évangélique (des noirs américains et africains) puis la communauté musulmane (tous les ressortissants d'Afrique du Nord, Africains du Sahel, Moyens Orientaux et tous les peuples pauvres d'Asie).

            La plupart des individus composant ces communautés se définissent aussi - et tirant fierté et orgueil de cela - par leur religion. Ils s'organisent même pour être visibles. Quant aux athées et autres agnostiques issus de ces communautés, ils demeurent invisibles et non reconnus, ni par les médias des pays dits Laïcs, ni par leurs semblables communautaires. Pour ces derniers, ils ne sont que de mauvais religieux égarés que Dieu remettra un jour sur la bonne voie.

            Les médias des pays développés sont-ils à blâmer de présenter et de désigner par leurs religions les hommes et les femmes des communautés sus-citées ? Nous pouvons effectivement leur reprocher cela, mais ils ne sont pas les seuls responsables de ce fait, car les concernés eux-mêmes se présentent comme tels.

            L'identité religieuse a la peau dure. Elle s'invite dans chaque débat public et dans chaque discussion, à croire que celle-ci est un fait naturel ou une tâche de naissance. On oublie que cette identité est un fait politique inventé par l'église romaine sous le "règne" de Théodose "LE GRAND". Dans son Histoire de la Rome antique - Les armes et les mots - Lucien Jerphanéon écrit : "A la différence des anciens de Rome, tout en rituels extérieurs, la religion du Christ engageait le plan de la conscience personnelle, ce qui était une nouveauté radicale. Elle exigeait de ses adeptes, et quelle que soit leur condition ou leur rôle dans la société civile, une adhésion intérieure aux requêtes des instances spirituelles représentant le Christ en personne. Nul ne pouvait s'y soustraire, qu'il soit esclave chargé de l'entretien des escaliers, préfet ou empereur en exercice. On était Chrétien avant d'être esclave, préfet ou empereur. Du coup l'empereur romain, comme n'importe quel autre fidèle, se trouvait dans l'église, non au-dessus, même dans l'exercice de quelque charge que ce soit. Situation inédite : un Trajan, un Marc-Aurèle était pontifex maximus et de ce fait maître des cultes romains. Un Théodose n'est plus d'aucune religion - il a refusé le titre païen -, et moins encore du Christianisme. Sa conscience personnelle se trouvait donc soumise désormais à l'autorité des pontifes chrétiens, dépositaires de droit divin des normes imposées à tout fidèle."

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IV. Timecreṭ, sacrifice politique fondateur

         Le jour de Timecreṭ, le village kabyle vit le grand jour, celui du partage de viande, du manger ensemble, d'une commensalité à l'échelle du village. Contrairement aux autres fêtes religieuses, où des familles risquent de souper sans viande, le jour de Timecreṭ, tous les villageois  en consomment. Chaque membre et chaque famille obtient sa ration carnée. Les villageois festoient donc sans culpabiliser. D'autant que le partage s'est fait d'une façon égale, personne donc ne se sent oublié ou humilié. La nature du partage unit les membres du village dans une ambiance de fête et cela renforce davantage leur union et  leur entente, même conjoncturelles.

         Si la pratique de Timecreṭactuelle diffère de celle des hommes de l'âge antique, - notamment  en Grèce où les sacrifiants brûlent sur place certaines parties de la victime sacrificielle avant de banqueter ensemble devant l'autel du sacrifice -  si, en Kabylie, chaque famille consomme sa viande de son côté, il n'en demeure pas moins que durant ce jour de sacrifice, ils mangent tous de la viande au même moment. Partout où nous passons dans le village, nous sentons l'odeur de cette graisse destinée, dans l'antiquité, aux divinités.

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Nos ancêtres adeptes du soleil

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         Sol Invictus

         Cette scène se déroule dans les années 70 à Tajmaεt (assemblée) dans un village kabyle

            Un vieux, fier de son fils, étudiant à Alger, rapporte à ses amis le discours ce qu’il lui a dit à propos du roi Massinissa. Que Massinissa était l'ancêtre des Kabyles et de tous les Berbères, qu'il avait instauré en son temps un grand royaume, qu'il avait unifié tous les Berbères...

A la fin de son discours, l'imam du village, présent ce jour-là, interpelle le vieux : "Sais-tu au moins que ton roi Massinissa n'a pas épousé l'Islam ? Cela, ton fils ne te l'a pas dit, je suppose." Fou de rage, le vieux rentre à la maison et admoneste son fils en lui interdisant dorénavant de lui parler de ces ancêtres mécréants et ignorants.

         Voilà comment les Berbères sont devenus les bourreaux de leur propre histoire. A l'image de ce vieux, presque honteux de descendre d'un ancêtre païen, fût-il roi. L'islam, pour nos parents et nos proches ancêtres, est la vérité vraie, et on leur a fait croire que la vie a commencé par lui et finira avec lui. Combien de fois n'avons-nous pas entendu nos parents dire que nos ancêtres étaient des ignorants car il ignoraient l'islam. Quand ils nous rappelaient les grands hommes historiques, ils ne citaient que les chefs de guerre islamiques, notamment Sidna Ali[1] . Celui qui a dit: "Ad siwḍeγ idammen ḥacama d ddayer uεudiw/Je verserai du sang jusqu'à ce qu'il atteigne la selle de mon cheval."

            Beaucoup de Kabyles répétent cette expression, jusqu'à nos jours. Et on feint d’oublier que le général Aoqba, bourreau de la reine Dihia, dite Kahina, mère des Berbères, était un descendant de Sidna Ali. Mais peu importe, Dihia, pour nos proches ancêtres était une sorcière, c'est ce que les Arabo-islamistes, les enfants d'Allah et du prophète, ont dit d'elle. Et puis la reine Dihia, n'est-elle pas pire, pour le Kabyle automatiquement islamisé, que Massinissa ? Elle, qui a combattu l'islam, la religion qui nous a apporté la lumière.

         Et pourtant, une certaine volonté retrouvée chez certains Kabyles, notamment païens, agnostiques ou athées, se fait jour pour enfin réhabiliter l'histoire ancienne des Berbères, celle d'avant l'islam. Mais face à eux, certains intellectuels kabyles, attachés à la langue arabe et à la civilisation islamique, légitiment l’idéologie de leurs maîtres non-avoués, et ils nous racontent sans sourciller, comme s'ils en avaient été les témoins privilégiés, que la reine Dihia, avant de mourir... (ils évitent bien entendu de dire tuée par les Arabo-islamistes) a demandé à ses enfants d'épouser l'islam.

         Voyez-vous, le Berbère trouve toujours une raison pour se soumettre à son maître, venu d'Arabie. Le vieux de l'assemblée est prêt à chasser[2]  son fils de la maison s'il continue à lui parler de ses ancêtres païens. Les Berbères, à l'image de ce vieux, ont chassé de leur mémoire tout ce qui les lie à ce lointain passé, à leurs ancêtres non-musulmans, dont ils ont honte. Voilà comment l'islam a réussi, non seulement à faire oublier aux Berbères leur histoire, et pire, à leur faire revendiquer et défendre celle qui les a toujours reniés et abaissés au rang de sauvages et de barbares.

 

Nos ancêtres, des djouhala[3]

         Il est clair que les monothéistes ne manquaient pas de qualificatifs pour désigner nos lointains ancêtres païens: «ignorants », « barbares » et autres qualificatifs dégradants et dévalorisants, comme «adorateurs de soleil ou de pierres», et d'autres inepties du même acabit. A entendre ce genre d'appellations, pour le Berbère, ou le Kabyle lambda, ce genre de croyances, citées de façon ironique par les détenteurs du monothéisme, sonnent fausses et semblent manquer de sens par rapport à la croyance en un Dieu unique, omniscient et omniprésent, créateur de l'univers et de tout le reste...

         Contrairement à ce que nous entendons ici et là, la différence entre les croyances anciennes et actuelles, autrement dit entre le polythéisme et le monothéisme, n'est pas seulement le nombre de divinités; mais bien plus profondément une question de différence fondamentale de culture et de croyance, entre les peuples du Moyen Orient et de la Méditerranée libyco-gréco-romaine.

            En effet, le Dieu unique s'est fait à l'image du grand roi, le tyran que personne ne conteste. Il a le droit de vie et de mort sur ses sujets. Le polythéisme, en revanche, est un panthéon de plusieurs divinités, et il est libre à chacun de choisir son dieu ou sa déesse. Ce choix est sans doute l'élement qui a enfanté de la démocratie et de la liberté dans la Grèce et le monde qui l'entourait. Le grand roi de Perse était déifié quand Périclès, à la tête de la République d'Athènes, était un citoyen avant tout, comme tout Athénien libre. Tous les Perses étaient les sujets du grand roi, tous les Athéniens étaient considérés comme citoyens de la République d'Athènes. Le monothéisme, puissant, ne peut tolérer la démocratie. Seul le polythéisme, en tant que religion, est soluble dans l'échiquier démocratique.

         Passons donc toutes les insultes et autres termes dévalorisants par lesquels les monothéistes qualifiaient nos lointains ancêtres, et essayons ensemble de nous intéresser à leurs croyances. Nous avons choisi dans ce présent article de vous parler de ce culte que nos ancêtres, parmi lesquels le roi Massinissa, vouaient au soleil. Nous avons choisi à l'occasion un texte de Lucien Jerphagnon qui a fait un compte rendu de cette croyance, dans son livre "Histoire de la Rome antique, les armes et les mots", page 451-452. Voilà ce qu'il écrit à propos du culte du soleil et de ceux qui le pratiquaient, c'est-à-dire nos ancêtres de l'antiquité :

            "Ne nous y trompons pas : les gens de ce temps n'étaient pas plus stupides que nous. Ce qu'ils adoraient, en effet, ce n'était pas la simple matérialité[4]  du soleil empirique, l'astre qu'on voit quand le temps est dégagé, le foyer de lumière et de chaleur qui fait pousser les récoltes et ainsi donne la vie. C'était cela, certes, mais c'était plus, infiniment plus. Depuis six siècles déjà (Là nous sommes sous l'empereur Aurélien, IIIème siècle après notre ère), le soleil était affecté d'une dimension philosophique dont nous n'avons plus la moindre idée aujourd'hui, où soleil est synonyme de vacances et de bronzage. Les philosophes même y inscrivaient leurs spéculations. Pour Platon, le soleil était l'image de l'idée suprême du Bien; pour les Stoïciens, c'était l'intelligence rectrice et comme le coeur du monde, c'était le symbole de la divinité éternellement productrice de tout ce qui est. Bref, les siècles succédant aux siècles, le Soleil était devenu, "par absorption", la figure du dieu universel. Et c'est bien pourquoi Aurélien plaça sous l'invocation de Sol Invictus[5] l'immense effort de restauration qu'il voyait s'imposer sur tous les fronts. C'est là qu'il allait puiser le courage qu'il lui fallait : dans la dévotion de ses ancêtres[6] ."

Vivre le paganisme

         Etymologiquement, selon Jean Markale (Revue Questions De. N°34. Janvier-février 1980) le paganisme réfère aux croyances et aux rituels en usage dans les campagnes, chez les paysans (le mot provient du même mot latin "Paganus", habitant d'un pays), et cela en opposition aux croyances et aux rituels qui sont en honneur dans les villes. C'est-à-dire que toute idée du paganisme enferme nécessairement une idée de "non officiel", de "parallèle" et même de "contre-courant". C'est le cas d'Anzar et de son rite, célébré dans les villages kabyles[7], pour le retour des pluies. Les villes, quant à elles, prient Allah afin de faire tomber la pluie. Le culte d'Anzar est clandestin, non officiel, spécifique aux paysans kabyles. En revanche, la prière de la pluie, exécutée aux temps des sécheresses, est officielle, et elle est organisée par les hautes autorités du pays, considérées "légitimes" par les Kabyles eux-mêmes.

         En Kabylie, il est très difficile de connaitre les frontières entre l'islam vécu par les Kabyles (l'islam kabyle, terme cher à nos politiciens démocrates) et le paganisme antérieur. En réalité, les Kabyles vivent un véritable syncrétisme : un mélange de paganisme, de croyances monothéistes, y compris judaïques et chrétiennes, qu'on appelle à tort l'islam.

         Toujours selon Jean Markale, "le paganisme est vécu aujourd'hui au niveau de l'inconscient[8] . Les gestes accomplis, les paroles prononcées quotidiennement, les manières d'être de tout un chacun, ne sont pas le résultat d'un raisonnement logique élaboré mais d'une amplification considérable d'élements appartenant à la mémoire collective."

         Jean Markale finit son article en rappelant que "le paganisme n'est jamais mort, puisque à partir du moment où le christianisme (c'est valable aussi pour l'islam[9]) vainqueur a cru l'éliminer. Il est demeuré comme un substrat, comme une pensée parallèle, toujours prête à surgir de l'inconscient. Le paganisme ce n'est pas l'absence de Dieu, l'absence du sacré, l'absence de rituel. Bien au contraire, c'est à partir de la constation que le sacré n'est plus dans le christianisme (et l'islam), l'affirmation solennelle d'une transcendance. L'Europe (ainsi que la Kabylie) est plus que jamais païenne quand elle cherche ses racines, qui ne sont pas judéo-chrétiennes (et islamiques pour la Kabylie). La dictature de l'idéologie chrétienne (et islamique) n'a pas étouffé les valeurs anciennes. Elle les a refoulées dans les ténèbres de l'inconscient. La dictature, une fois levée, il est normal que toutes ces valeurs reparaissent, plus fortes que jamais. Nous sommes à l'aube d'une nouvelle civilisation et, sans pouvoir prédire ce qu'elle sera, on peut être sûr que la nouvelle religion qui y en émanera sera imprégnée de tous les élements païens qui ont vu le jour avant l'introduction du monothéisme. C'est la loi des cycles." - Il ajoute pour conclure : "L'intérêt actuel pour la tradition populaire orale explique ce retour et se justifie, par la même occasion. Il s'agit de retrouver son âme perdue. Mais si Orphée s'est retourné avant de terminer son entreprise, gardons-nous de faire comme lui. Ce n'est pas la nostalgie du passé qui est factrice de progrès; c'est la vision de l'avenir. Toute attitude passéiste est illusoire : ce n'est que du folklore avec tout cela comporte de compromission. Vivre le paganisme, ce n'est pas seulement remonter aux sources, mais suivre le courant."

         Voilà une belle invitation que les Kabyles pourraient entendre. L'eau est l'élément d'Anzar, faisons que celle-ci ne stagne pas, cassons les digues, laissons-la couler, puis suivons son courant et allons de l'avant, vers un paganisme libérateur et progressiste. Ecoutons notre ancêtre Héraclite qui nous murmure des Champs Elysées, chez Hadès : ne jamais se baigner deux fois dans le même fleuve.  

[1]

Tous les Berbères connaissent Sidna Ali, mais rarissimes ceux qui évoquent Jugurtha, Dihia ou autres héros berbères. Le Berbère, exclu de l'histoire, s'est approprié l'histoire de l'islam et celle de l'Arabie.  

[2]

Il y a encore quelques années, beaucoup de Kabyles se séparaient des leurs à cause de la religion : des pères chassaient leurs fils à cause du ramadan, du vin, de la viande de sanglier... L'islam n'a pas divisé uniquement le peuple berbère, il a réussi à semer la guerre même au sein des familles.

[3]

Djouhala : c'est par cette expression que les Arabo-islamistes traitent les peuples antéislamiques, en d'autres termes, cela signifie les ignorants, les barbares ou encore les sauvages.

[4]

Pareil pour les autres dieux et déesses de l’antiquité, représentés par des statues de pierres, de terre, de marbre ou de bronze... Personne n'adorait la matérialité de la statue, mais l'idée qu'elle représente. Zeus représentait le pouvoir, Hadès la mort, Vénus l'amour, etc. Que des choses éternelles qui ont beaucoup de pouvoir sur les mortelles. Les anciens n'adoraient pas les pierres, comme aiment le dire les monothéistes, mais l'idée de ce que la divinité représentée dégage.

[5]

Sol Invictus : le Soleil-dieu qui ne connait pas de déclin, puisqu'il repart pour une nouvelle course chaque 25 décembre. Le culte du soleil apparut sous l'empereur Aurélien comme le facteur d'unité religieuse et moral dont l'Empire avait besoin. S'il fallait une divinité universelle, en laquelle chacun, qu'il soit Romain, Grec, Africain, Egyptien, Syrien, Illyrien, put reconnaitre ses propres dieux : Apollon, Hélios, Mithra, Ra, Elagabal...   C'était le dieu solaire de toujours et de partout, dont l'astre qui est aux cieux était la manifestation sensible. Quant à la date du 25 décembre, l'église l'a récupérée pour en faire la date de naissance de Jésus, le soleil invincible, consacré depuis "Fête de Noël". Voilà ce que dit Jean Markale (dans la revue Questions De. N°34, Janvier-février 1980) : "Noël, grande fête chrétienne, elle marque sur le plan rythmique saisonnier le grand changement, le renouveau. La terre abandonne sa période négative de regression. La tendance est inversée. Au point de vue chrétien, on fête l'anniversaire, entièrement fictif, de la naissance de l'enfant Jésus. Il est le nouveau soleil qui doit luire plus que le précédent. La fête est très suivie par les Chrétiens, mais elle l'est peut-être plus par les soi-disant incroyants qui la marquent par des réjouissances dignes des orgies antiques. Et cela, à peu près partout. Or, on sait que la fête de Noël correspond à la fête romaine des Saturnales : on y célébrait l'Âge d'Or mythique, le premier état du monde, où bêtes et gens vivaient en parfaite intelligence, dans la paix et la compréhension (d'où le motif du boeuf et de l'âne dans la crêche). Et ce jour-là, les valeurs étaient inversées. Le maître devenait esclave et les esclaves maîtres. Le rapport de l'enfant-dieu naissant misérablement dans la crêche est éloquent. Et que dire des fêtes des Fous du Moyen Âge, encore repérables dans le Carnaval, surtout dans les campagnes.»     

[6]

Le soleil reste la source de toute vie. Sans lui, plus de vie sur terre. Les anciens de l'antiquité connaissaient sa valeur, toutes les récoltes : raisin, figues, olives,... sont "cuites" par lui. Personne ne peut vivre sans le soleil, mais tout le monde peut vivre sans Dieu monothéiste, comme l'avaient déjà fait nos djouhala ou les ancêtres égarés adorateurs des astres.

[7]

Le paganisme ne peut être, actuellement, après le triomphe du monothéime citadin, que rural : il est la somme de toute la mémoire des peuples, mémoire qui se manifeste par des contes et des récits oraux, des dictons et des chants, des rituels et des coutumes. Cette mémoire remonte très loin dans le temps, à tel point qu'il est difficile de donner une date à l'apparition des certains phénomènes. C'est le cas d'Anzar, chez les Kabyles. Personne ne peut dire sa date d'apparition. Mythe tardivement écrit, qui a subi maintes transformations à travers le temps, de plus le chaos chronologique, créé et entretenu par l'islam, le renvoie dans les ténèbres du temps.

[8]

Dans l'inconscient d'un Kabyle, l'olivier est le plus sacré des temples, plus sacré que les lieux de cultes monothéistes, sa maison est plus sacrée que la Mecque, appelée par les Citadins la "Maison de Dieu". Un proverbe kabyle dit : "Axxam-is ur t-id-yeniḍ, ar lğamaε yeddem amzir/Sa maison il ne l'a pas nettoyée, il a pris le balai pour balayer la mosquée", ou bien l'autre proverbe qui dit : "Ṭṭεam yezwar taẓalit/Le manger d'abord, la prière après."

[9]

Les mots islam et kabyle sont rajoutés par nos soins afin de mieux d'expliquer notre cas kabyle. Nous avons fait ce choix, car pour les musulmans, les critiques faites par les philosophes, les artistes, les intellectuels et les savants au monothéisme, notamment au Christianisme, sont tout à fait normales, car seule l'islam serait la vraie religion. Pour eux, la critique du Christianisme ne concerne que le Christianisme. Ils ne font jamais l'analogie entre l'Islam et le Christianisme, au point que des intellectuels laïcs attendent avec impatience l'arrivée d'un Spinoza musulman, comme si Spinoza ne suffisait pas...

 

 

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VII. Timecreṭ, dans l'oeil du monothéisme

 

 

Dans cet article, nous allons essayer d'étudier un exemple parfait de récupération par le Christianisme orthodoxe d'une fête païenne grecque, d'un rite sanglant, et cela se passe aujourd'hui même, dans la Grèce moderne. Et nous comprendrons peut-être pourquoi les raisons de la confusion qui règne autour de Timecreṭ en pays kabyle. Quoique Timecreṭ ne soit pas la seule cérémonie que l'islam tente de récupérer. Il en est de même y compris pour les fêtes célébrées en l'honneur des lieux, comme à titre d'exemple Asensi n Wezṛu n Thuṛ/La veillée d'Azrou n Thor1. Une fête païenne que les habitants alentours fêtent annuellement, une occasion pour les gens de se rencontrer dans un petit temple sur le sommet de la montagne, pour danser, chanter et manger ensemble durant toute la nuit. Ces derniers temps des religieux musulmans tentent de détourner cette fête et de la récupérer pour en faire une cérémonie musulmane.

Quant à Timecreṭ, il y a dans certains villages, des religieux musulmans qui aiment à jouer les théologiens de quartier devant les paysans kabyles qui tentent de la rébaptiser en Taεacuṛt/L'Achoura. Ils ont réussi parfois même à changer la date de sa célébration afin de la faire coïncider avec l'Achoura officielle. Ces religieux ne manquent pas d'être présents le jour de l'abattage du boeuf. Une occasion pour eux de prêcher leur dogme, de détacher les villageois non pas de la pratique de Timecreṭ, mais de son "sens" païen. Ils sèment le doute et la confusion dans la tête des villageois au point que certains d'entre eux ont fini par l'appeler définitivement Taεcuṛt, sans pour autant connaitre le sens de celle-ci. Pour les religieux musulmans, chaque fête islamisée, chaque lieu, chaque mot, chaque patronyme est une victoire vers la solution finale, celle de faire de la Kabylie et de l'Afrique du Nord une terre d'Allah, c'est à dire la leur.

 

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Qu'Athéna nous protège !

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            Il fut un temps, le monde était polythéiste. Chaque peuple avait ses divinités, ses mythes fondateurs, ses rites, ses cultes, enfin tout ce qui lui assurait paix et cohésion sociale. Des formes de religions étrangères à la révélation. Elles n'ont connu ni prophètes ni messies. Des religions plongeant leurs racines dans la tradition, qui englobe à côté d'elles des élements de civilisation comme la langue, la gestuelle, les manières de vivre, de sentir, d'aimer, de manger, de s'exprimer, de penser, selon les règles et les valeurs de la vie collective. Selon J. P. Vernant : "Cette tradition religieuse n'est pas uniforme ni strictement fixée; elle n'a aucun caractère dogmatique." Ces religions ne connaissent pas de livre sacré, ni de vérité absolue et elle n'impliquent aucun credo à leurs fidèles et ne leur imposent aucune promesse dans l'au-delà.

            Les peuples antiques se faisaient la guerre, mais pas pour la religion. Les Grecs et les Troyens partageaient les mêmes dieux. L'Olympe, si on excepte la neutralité de Zeus, était divisé durant la guerre de Troie. Poséidon et Apollon étaient du côté des Troyens et Athéna de celui des Grecs. L'objet de la guerre n'était donc pas religieux, il était pour Hélène, femme de Ménélas, prince grec, ravie par Paris, prince de Troie. La cause était donc la belle Hélène, du moins si on croyait la version officielle[1] grecque de l'époque. Les Romains, quand ils soumettent un peuple, n'offensent jamais leurs croyances. Tout Romain s'installant sur une terre conquise, se met à adorer les dieux locaux. Mieux, l'Empire prend même la peine d'introduire les divinités des peuples conquis dans le grand Panthéon impérial.

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III. Timecreṭ, rite urbain

 

            Timecreṭ est célébrée dans les villages kabyles, et le partage se fait par Tixxamin, puis par Iqurray, respectivement par les maisons ou les foyers et les individus.  Le mot Taxxamt, féminin de Axxam signifie donc foyer ou famille, elle signifie aussi chambre.  Et c'est l'ensemble des maisons qui constituent le village. Un certain lieu urbain composé d'habitations et de quelques édifices publics comme l'assemblée, le lieu de culte, la fontaine et le cimetière. Le village fonctionne avec des lois humaines et le partage de la viande, durant Timecreṭ, se fait selon les règles et les lois du village.

 

            Quand ce rite a-t-il été instauré en Afrique du Nord ? Si nous osons comparer cette pratique à la pratique grecque du sacrifice, nous pouvons le faire remonter à l'âge archaïque, quand les hommes de cette partie du monde, commençaient à se regrouper et à construire des villages, qui devenaient en Grèce des cités. Des cités, qui, comme nos villages kabyles actuels étaient constituées d'habitations, d'assemblées, de temples, de forums, de fontaine et de nécropoles. Cette cité naissante est gouvernée par les lois humaines. Ce sont ces cités, qui grandissantes, deviendront des Républiques, comme c'était le cas à Athènes[1] et à Rome. La première s'est faite de l'union de huit collines et la deuxième de sept.  Les rites sacrificiels ont continué dans les deux Républiques, y compris sous l'Empire romain. Ces rites étaient mêmes organisés officiellement par l'Etat et sont dirigés par des prêtres.

 

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Pour une loi réprimant le blasphème

Voici une contribution de notre ami et maître, Jean-Michel Lascoux, ancien professeur de Lettres Classiques.

Elle permet de lire et considérer l'actualité brûlante et meurtrière de ces derniers jours de manière oblique, souriante mais néanmoins sérieuse.

A la manière de l'Apollon Loxias (l'Oblique) sous la protection duquel nous plaçons notre site

Apollo of the Belvedere

 

     Devant les désordres provoqués par les excès de la liberté d’expression et les atteintes au sacré, il est urgent que la République se dote d’une législation claire et ferme sur le blasphème, qui fixe ce qui est licite et les limites à ne pas franchir.

     Fidèle à son principe de laïcité, la République n’a pas à se prononcer sur l’existence de Dieu, mais rien n’interdit qu’au cas, même improbable, où il existerait un Etre Suprême, créateur et ordonnateur du monde, elle prenne, obéissant au principe de précaution, des mesures pour empêcher que son Nom ne soit insulté, sali ou déprécié.

     La Divinité présumée n’ayant donné aux hommes aucune marque incontestable de son existence, il est loisible à chacun de croire ou de ne pas croire sans l’offenser, et ceux qui, ne croyant pas, se moquent de la Divinité ou la caricaturent ne sauraient tomber sous le coup de la loi, pas plus que s’ils s’en prenaient à tout autre personnage de fiction, comme le Père Noël ou Mickey Mouse.
     Il en va autrement de ceux qui, d’une manière plus insidieuse – on aurait dit autrefois diabolique, puisque diable signifie calomniateur – défigurent l’image de l’Etre Suprême, suprêmement intelligent, bon, juste, miséricordieux, généreux, en le faisant passer pour stupide, méchant, hargneux, arbitraire, futile et ridicule.
     En conséquence, la loi devra punir sévèrement ou interdire tout écrit et toute parole prétendant que Dieu ou son représentant a pu faire élection d’un peuple particulier, lui accorder quelque territoire que ce fût, prescrire des mutilations aussi minimes fussent-elles, pousser le ridicule jusqu’à interdire la chair de certains animaux pourvus ou non de cornes, de plumes, de sabots fendus et autres stupidités,  jouer au  magicien de cirque en changeant des bâtons en serpents, de l’eau en vin, en marchant sur l’eau ou  en montant au ciel à cheval – tant l’imagination des pervers est fertile quand il s’agit d’insulter à la majesté du Dieu présumé.
     De même la loi devra réprimer avec la plus grande rigueur ceux qui propagent – auprès de la jeunesse surtout – l’idée d’un Dieu cruel et sanguinaire, qui condamnerait les incroyants au Feu éternel de l’Enfer même s’ils ne sont coupables d’aucun crime.

     En sévissant contre de tels blasphèmes, la République laïque non seulement rendrait son dû au Dieu présumé, mais surtout empêcherait qu’on ne blesse les croyants sincères en répandant cette erreur détestable, qu’un Dieu puisse être bête et méchant.

 

Jean-Michel LASCOUX

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Le réveil du Lotophage

 

"Mais, à peine en chemin, mes envoyés se lient avec les Lotophages qui, loin de méditer le meurtre de nos gens, leur servent du lotos. Or, sitôt que l'un d'eux goûte à ses fruits de miel, il ne veut plus rentrer ni donner des nouvelles," disait Ulysse dans l'Odyssée, avant de ramener de force ses compagnons sur les navires qui se dirigeaient vers Ithaque, et d'embarquer aussitôt.

 

Les Lotophages, comme l'indque leur nom, sont des mangeurs de lotos, une sorte de plante qui les rendait amorphes. Au cours de sa deuxième étape après les Cicones, Ulysse envoie deux éclaireurs non armés reconnaître les lieux. Les éclaireurs furent bien accueillis par un peuple, paisible, qui se nourrissait du matin au soir de lotus, plante de l'oubli. 

 

Selon Jean Pierre Vernant : "Le passage par les Lotophages marque pour Ulysse l'accès aux mondes inconnus et inquiétants, que son parcours va désormais avoir à affronter. Surtout, parce que ses habitants offrent la délicieuse nourriture de l'oubli, il est la première étape d'une épreuve existentielle, celle de la défaillance de la mémoire. Sur le périple d'Ulysse, pèse en effet le danger permanent de l'effacement du souvenir et de la perte du désir de retourner dans la patrie natale. Pour être homme, il faut pouvoir surmonter l'oubli, "se souvenir de soi et des autres". Tel est l'arrière-plan de toutes les aventures d'Ulysse.   

 

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Camus La culture indigène – La nouvelle culture méditerranéenne

 

La culture indigène – La nouvelle culture méditerranéenne
(Cadres de la conférence inaugurale faite à la « Maison de la Culture » le 8 février 1937)

I. – La « Maison de la Culture », qui se présente aujourd’hui devant nous, prétend servir la culture méditerranéenne. Fidèle aux prescriptions générales concernant les Maisons du même type, elle veut contribuer à l’édification, dans le cadre régional, d’une culture dont l’existence et la grandeur ne sont plus à démontrer. À cet égard, il y a peut-être quelque chose d’étonnant dans le fait que des intellectuels de gauche puissent se mettre au service d’une culture qui semble n’intéresser en rien la cause qui est la leur, et même, en certains cas, a pu être accaparée (comme c’est le cas pour Maurras) par des doctrinaires de droite.

 

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IX. Timecreṭ, rite masculin

 

            Durant la cérémonie de Timecreṭ, la femme est exclue. Son rôle ne commence qu'une fois le partage fait et que la viande est arrivée au foyer.  Timecreṭ est un rite sanglant et la mise à mort d'un boeuf met en perspective la virilité de l'homme kabyle, le seul capable d'attacher la bête, de la mettre à terre, de l'égorger, de la dépecer, de  la découper et de la partager. Le rôle de la femme, en dehors de la cuisine de la viande du sacrifice, peut aussi être celui de l'hydrophore, celle qui ramène de l'eau, la veille du sacrifice, vers le lieu de la mise à mort, si celui-ci est loin de la fontaine. Le même rôle était dévolu à la femme grecque antique durant les bouphonies d'Athènes, elle n'était là que pour apporter de l'eau sur le lieu du sacrifice. De l'eau pour laver les instruments du sacrifice, purifier la bête et laver éventuellement les viscères de la bête et le sang qui jonche l'autel ainsi que la place de l'égorgement. L'évènement necessite beaucoup d'eau et ce sont les femmes qui s'en chargent.

            Timecreṭ est l'occasion pour l'homme kabyle d'affirmer son pouvoir, ainsi que son rôle de citoyen politique dans le village.  Le sacrifice d'un boeuf est un acte fondateur des sociétés humaines, un acte qui imite le partage de Prométhée, et la séparation des hommes et des dieux. L'acte de Prométhée a signé la fin de l'âge d'or, période où les dieux et les hommes festoyaient ensemble à Mokéné; période où il n'existaient pas encore de femmes. Le sacrifice de Prométhée, comme Timecreṭ et les bouphonies, était exclusivement masculin. L'âge d'or était la période de l'insouciance, l'homme avait tout, la nature lui donnait tout ce dont il avait besoin, il n'avait qu'à se pencher pour cueillir la nourriture cuite par le soleil. L'homme, comme les dieux, était immortel, il ne connaissait pas la souffrance. Mais le partage de Prométhée, le père des hommes, a mis fin à ce privilège. Par sa fourberie, il a réveillé la colère de Zeus, le roi de l'Olympe, qui a décidé de punir sévèrement le Titan. Il lui en voulait d'avoir fait un mauvais partage : des os couverts de graisse pour les dieux et de la chair cachée sous la peau de la bête pour les hommes. 

            Dès que les hommes se séparèrent des dieux, Zeus mit fin à l'âge d'or. Il cacha sous les entrailles de la Terre la semence et obligea l’homme à la retourner pour chercher sa nourriture. Prométhée, pour aider ses enfants à trouver le trésor caché, monte à l'Olympe et déroba à Zeus le feu qu'il offrit aux hommes. Zeus, en colère, envoya sur Terre toutes sortes de maux : guerres, maladies, souffrances, mort, vol, espoir... que Prométhée, père de l'humanité, s'empressa d'enfermer dans une jarre qu'il confia à son frère jumeau Epiméthée. Il lui intima l'ordre de la cacher et de ne l'ouvrir sous aucun pretexte.

 

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La mort dans le regard

 

perseus

            Acrésios, roi d'Argos a une fille qui s'appelle Danaé. Selon l'oracle, si cette dernière enfante d'un garçon, celui-ci tuera son grand père. Acrésios prend peur et enferme aussitôt sa fille dans une chambre souterraine aux murs de bronze. Mais Zeus, le roi des dieux, s'en vient visiter sous forme de pluie d'or et féconder la jeune vierge qui donne naissance à un petit garçon, nommé Persée. Les cris de naissance du petit Persée alerte le roi, et pour échappé au sort qui lui est prédit par l'oracle, il place Danaé et son fils dans un coffre de bois et le jette à la mer. Les vagues poussent le coffre jusqu'à l'île de Sériphos. Un pécheur ramène le coffre dans son filet, donne hospitalité à la mère et élève le petit Persée jusqu'à son adolescence. A Sériphos règne le tyran Polydectes qui convoite la belle Danaé, mais Persée veille jalousement sur sa mère. Un jour, le tyran Polydectes organise un festin auquel il a convié tous les jeunes hommes du pays. Durant le festin, ces jeunes hommes se mettent chacun à promettre un présent au tyran de l'île. Quand son tour est venu, Persée, pour surpasser tous les garçons de son âge, se vante d'offrir à son hôte, non le cheval qu'il demande, mais la tête de la gorgone[1]. Pour l'éloigner de l'île et l'envoyer à une mort certaine, ce qui facilitera son entreprise auprès de Danaé, le tyran le prend au mot.

            Sous la conduite d'Athéna et d'Hermès, Persée s'en va tuer Méduse[2]. Pour ce faire, les nymphes l'arment du casque d'Hades qui rend invisible et des sandales ailées d'Hermès. Pour trouver les nymphes, Persée, avec l'aide d'Athéna, va à la rencontre des Grées, soeurs des Gorgones. Les Grées sont les seuls êtres qui connaissent le chemin qui mènent vers les nymphes. Les Grées sont trois soeurs qui ne disposent que d'une seule dent et d'un seul oeil, néanmoins elles restent redoutables. Il en est toujours une qui garde la dent et l'oeil quand les deux autres dorment. Athéna, se transformant en chouette, vole la dent et l'oeil au moment propice et les tend à Persée. Celui-ci se saisit des deux objets et ne les rend aux Grées qu'une fois le chemin menant vers les nymphes révélé. Ce qui ne tarde pas à arriver.

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II. Timecreṭ, le premier sacrifice

Nous vous présentons ici le mythe de Prométhée1, le créateur de la race humaine2, selon la mythologie grecque, l'un des Titans, fils de Japet et de la nymphe Clyméné. Ses frères sont Epiméthée, Atlas et Ménoetis.

 

Un jour, selon Hésiode, une querelle éclata à Sycione, entre les hommes au sujet d’un taureau offert en sacrifice. Au moment du partage, personne n’était d’accord sur les morceaux qui devaient être consacrés aux dieux et ceux qui revenaient aux hommes. On appela Prométhée pour arbitrer le conflit. Celui-ci, après avoir dépecé et découpé le taureau, prend la peau et confectionne deux sacs. Il remplit le premier sac de chair qu’il dissimule sous l’estomac, qui est la partie la moins appétissante de l’animal; et le deuxième sac d’os qu’il cache sous une onctueuse couche de graisse blanche. Chose faite, il invite Zeus, roi des dieux, à choisir entre les sacs. Zeus se laisse tromper, prend le sac d’os couvert de graisse qui deviennent depuis ce jour-là la part3 réservée aux dieux.

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